La loi de Hammourabi
Ensemble, I'an passe, nous avons publie avec nos noms en grosses lettres, dans un gros ouvrage, Le Code des Lois de Hcunmourabi^ decouvert a Suse par M. de Morgan, dechiffre par votre serviteur.
De longtemps, lemarche litterairen'avait expose un livre plus digne d'interesser le monde savant par ce qu'il nous revelait sur I'etat de la societe, il y a quatre mille ans. II n'est homme si pen clerc qui n'en ait oui parler, et qui n'eiit voalu le connaitre.
Vous me mandiez cependant, Monsieur, a Suse on je passai I'hiver dernier dans les ruines, que pour une diffusion plus large de cet admirable document, il vous fallait, sans tarder, un leger opuscule, quelques feuilles volantes ou nos Lois parussent en
simple tcxtc frangais, dans lour expression la plus claire et la plus nette.
Cast cle la sorte, dites-vous, qu'on a agi en Allemagne, en Angleterre, etc. La, plusieurs editions populaires de ce Code furent lancees d'apres notre publication, et sont exploitees par cent auteurs, juristes, theolog'iens-exegetes, historiens, etc., qui, d'ailleurs, ajoutez-vous, « se taisent de votre nom » .
II est vrai, Monsieur, que, par tel moyen, la diffusion de ce document a ete grande a I'etranger, singulierement en Allemagne ou de savoir s'il favorisait pen ou prou le Biblisme, passionnait les esprits au moins autant que sa valeur specifique intrinseque.
Sans trouver chez nous le meme engouement, vous compterez encore, que je ne me trompe, assez de moralistes, juristes, historiens, etc., qui vous beniront de leur donner, a bon marche, dans un livret court et substantiel, une des plus belles decouvertes qui aientete faites en Orient, depuis qu'on y interroge des mines.
Quant a I'autre point, souffrez que j'en touche, apres vous, cliscretement un mot. Les auteurs de traductions parues hors de France, assyriologues eux-memes, et au courant de ce qu'est un tel travail, ne se font faute de rendre justice, le plus honnetement du monde, au premier interprete. En retour, je n'ai garde de me plaindre qu'ils s'efforcent, par la discussion de quelques paragraphes obscurs (un Code latin de Jules Cesar aurait ses paragraphes obscurs), de meriter une part de I'honneur d'un premier dechiffrement. Le reste, ou ceux qui etudient de seconde main, citent naturellement la traduction qui est a leur portee, et ne sauraient songer a frustrer qui que ce soit.
Agreez, Monsieur, etc.