La loi du Maine ou de tempérance aux États-Unis [microforme]
Tempérance ! voilà sans doute un mot fort beau, Et je rends, pour ma part, ample justice à l’eau ; Mais distinguons : l’usage est un droit légitime, Quant aux biens d’ici-bas ; l’abus seul est un crime. Dieu nous donna ces biens sans nombre et la raison, Afin que nous puissions distinguer le poison.
Pour nous le libre arbitre est un bienfait suprême, Faculté qui nous fait approcher de Dieu même. Toute loi, qui défend à l’homme de jouir:
Sagement de ces dons, et, sans vouloir l’ouir,
De certaines boissons lui prohibe l’usage,
Est une loi mauvaise, odieuse et sauvage.
Elle assimile l’homme à la brute, et lui dit :
“Tu dois boire de l’eau ; le vin t’est interdit,
Ou, comme un grand enfant, un idiot le traite,
Etat peu différent de celui de la bête.
Inique en provoquant les dénonciateurs,
Elle enrichit ainsi d’audacieux menteurs C
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Mais, par sa rigueur même, elle est impraticable Et, frappant l’innocent, n’atteint pas le coupable. Non, dans aucun pays, comme dans aucun temps, Par nuls législateurs, nuls chefs omnipotents
Une pareille loi n’eut été proposée,
Sans irriter le peuple ou causer sa risée.
Je me trompe, deux rois fléaux du genre humain, Voulurent autrefois l’établir, mais en vain,
Ce fut Domitien, trop connu dans l’histoire,
Et Charles IX, tous deux de sanglante mémoire. Leur décret impuissant ne leur survécut pas; Briguez-vous donc l’honneur de marcher sur leurs pas ?
Une loityrannique est toujours éphémère;
Telle sera la vôtre empreinte d’arbitraire.
Un réglement légal concernant l’estomac,
Comme celui jadis fait contre le tabac,
Est bon pour des Chinois. Rien d’étonnant qu’en Chine On érige du thé la boisson en doctrine ;
Dans ses vieux préjugés son peuple est encroûté
Et rétrograde, enfin c’est le pays du thé,
Ce qui n’empêche pas plusieurs hauts personnages, Gouverneurs, mandarins d’user d’autres breuvages, Car partout les décrets de prohibition
Pour les riches, les grands font une exception.
Mais aux Etats-Unis, pays qui se croit libre,
Et ne l’est pas autant qu’on l’est aux bords du Tibre, Dans plusieurs cas du moins, tels les jours du sabbat, Ceux où du carnaval on punit tout ébat,
Le mot proscription est une anomalie
Qui blesse la justice et touche à la folie.
Eh! quoi, par la raison que l’homme fait abus Quelquefois des liqueurs, vous ne soufirirez plus Qu'un honnête marchand se livre à ce commerce, Que le rentier paisible, à son repas, se verse
Le vin qui sur sa table appelle la gaité,
Lors même qu’il en use avec sobriété !
Pour le coupable il faut que l’innocent pâtisse, Cent pour un ! et c’est là votre haute justice ! Quoi ! l'actif ouvrier fatigué de labeur,
Pour étancher sa. soif, ranimer sa vigueur,
Ne pourra, sans délit, à sa lèvre altérée
Porter cette liqueur, du puriste abhorrée,
Que Noé nous légua, celle dont les Normands,
Les Picards, les Bretons furent toujours gourmands ;
| Le gin ni le cognac, le cidre ni la bière,
dti Délice des Flamands, orgueil de la Bavière ! Quoi ! l’honnête bourgeois, invitant ses amis, Doit les traiter à l’eau, sans qu’il lui soit permis | D’égayer, par le jus du raisin, ses convives, Sans que ces vins qui font les heures fugitives, Le Champagne mousseux, le Volney, le Bordeaux, D'une joyeuse humeur suscitent les bons mots ! Mais ne voyez-vous pas que l’eau versée à table, Chasse l'esprit, et rend un repas lamentable ? Bien plus, des Francs-maçons, au banquet fraternel, Unis à la St. Jean, jour pour eux solennel, Envahissant les rangs, la sombre intolérance D'un nouveau genre, et sous le nom de Tempérance, Leur proscrira le vin, en les régalant d’eau, Liquide antipathique aux chansons du Caveau ! Au lieu de poudre forte ils verront triompharite La poudre faible et point de poudre fulminante, Pour charger leurs canons, enfin au mot de : feu ! Les sectateurs d’Hiram boiront de l’eau !.. grand Dieu ' Eh ! comment mastiquer avec l'artillerie De ces teetotalers, cruelle raillerie !
Le vin peut être un mal, donc on doit le bannir ; D’après cet argument il faudrait s’abstenir De boire et de manger, de toute jouissance, Du beau sexe avant tout, qui, depuis la naissance De la première femme, enivre, chaque jour, Les hommes du poison dangereux de l'amour.
Pour une comédie, oh! la bonne matière !
Tout Tartuffe n’a pas été peint par Molière.
L’eau, nous dîtes-vous, faux serviteurs de Jésus,
Seule convient à l’homme, et non l’excellent jus
Qu’ont chanté Béranger et mille autres poètes,
Plus aimables, plus gais que vos anachorètes ;
Mais lisez l'Evangile ; aux noces de Cana, Le Christ, par un miracle, aux convives donna
L’eau transformée en vin, et par cette merveille
Prouva qu’il estimait les doux fruits de la treille. Or ce breuvage offert par la Divinité,
Etait du vin réel, énivrant, fermenté,
Comme était celui dont l’auteur de la vigne Noë, subit jadis l’influence maligne. | Cet exemple détruit l'absurde assertion Ps De lextrait du raisin sans fermentation, | Ainsi que le prétend la secte tempérante,
Car ce suc n’est du vin qu’au moment qu’il fermente.
Par quel droit osez-vous interdire le vin { Qu’a permis et goûté notre maître divin ?
Vous singez Mahomet, avec votre abstinence, | Qui mérite plutôt le nom d’extravaganee ; | Vous vous dites Chrétiens! Non, messieurs les tyrans, Vous êtes de vrais Turcs, plus qu’eux intolérants ; Leur prophète qui sut, par la force et la ruse, Fanatiser l’Asie, eut du moins une excuse,
En proscrivant le vin, sous sa zône de feu ;
Vous non, sous votre ciel qui n’est pas toujours bleu.
Députés ! sénateurs ! daignez ouvrir la Bible ;
Le grand législateur, pour qui Dieu fut visible, Moïse, at-il proscrit le vin dont vous jeûnez?
Non, mais le porc impur qui trône à vos dîners,
Et sur ce mêts grossier, aussi bien qu’indigeste, Vous buvez, quoi ? de l’eau ! fort bien ; nul ne conteste Vos droits à l’eau; vantez le médecin Presnitz,
Cet arôtre hydropathe, à l’instar du Phénix, Renaissant sous vos traits, loin du sol germanique ; Mais vous exagérez son système aquatique.
Le docte paysan, soleil de Freiwaldau,
Mit ses patients seuls au traitement de l’eau, Simple et bénin remède, au goût de ses malades, Douchés à Greflemberg, sous de fraîches cascades ; Vous, prôneurs véhéments de l’eau pure et du thé, Sans égards pour nos goûts, ni pour notre santé, Vous voulez asservir à ce triste régime
Les gens les mienx portants, et leur faites un crime De tout spiritueux dont ils se trouvent bien,
Mieux que de l’eau, boisson du chevai et du chien ! Morbleu ! buvez de l’eau, si cela peut vous plaire ; Mais cessez de crier, et plein vent comme en chaire,
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Au peuple fasciné par vos graves discours,
Qu’étant un animal, comme le bœuf et l’ours, L'homme doit, à l’égal des bêtes ruminantes, Fuir la bière et le vin, liqueurs intoxicantes !
Pour nourriture aussi, que ne prescrivez-vous
Le poireau, le cresson, les navets et les choux,
Les grains, les végétaux, et les fruits et les herbes ? Ce serait conséquent avec vos lois acerbes :
Dieu commande l’horreur de tout sang répandu ; Tuer un animal doit être défendu ;
Donc, prohibez la chair de tout ce qui respire,
Y compris les poissons, je vous le dis sans rire. Saintement, en ermite, au bord d’un clair ruisseau, Vivez de fruits, de glands, ce festin du pourceau ; De la sobriété, vous même offrez l’exemple ;
Que le sang des brebis ne souille plus le temple De votre nouveau culte, et d’abord hâtez-vous
De fermer vos celliers par de triples verroux,
Et d’en jeter les clefs, ou d’en murer la porte,
De peur que le Démon quelque jour ne vous porte A la tentation de rouvrir vos caveaux,
Atin d’y déboucher des flacons de Bordeaux,
De Pomard ou d’Aï, ces nectars délectables,
Qui firent autrefois le charme de vos tables,
Au temps de votre vie où la grâce d’en haut
À votre esprit mondain faisait encor défaut.
Proscripteurs pour autrui, soyez-le pour vous-même ; Soumettez-vous enfin aux règles du carême ;
Plus de vin de Madère et surtout de Cognac, Poisons troublant la tête et brûlant l’estomac.
Votre exemple touchant convertira les âmes
Des pécheurs endurcis ; applaudis par les femmes, D’anathèmes frappez, disciples de Calvin,
Tous les récalcitrants, vils esclaves du vin,
Car ces deux grands partis se sont fait les apôtres De ce dogme nouveau ; j’en pourrais citer d’autres, Tels certains avocats, certains ambitieux, Candidats du pouvoir, hypocrites bilieux, Lesquels, pour rehausser leur petite stature, Aspirent à l’honneur de la législature,
De loups se font agneaux, renoncent aux liqueurs
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Dont ils furent longtemps d’intrépides trinqueurs, Et, du père Matthew saisissant la férule,
Jurent qu’en vrais Romains, sur leur ebaise curule, Ils préfèrent braver outrages et 4iffets
Plutôt que de permettre aux esprits libre accès.
Dans leur fougueuse ardeur ils ne s’inquiètent guère Du sort de ces marchands réduits à la misère
Et trainés en prison, pour avoir débité
Des vins où des liqueurs, oh! monstrüuosité !
Ils s’occupent fort peu du déficit immense
Qu’au Trésor causera leur loi de Tempérance, Appauvrissant, par des scrupules saugrenus,
La source, où le pays puise ses revenus.
Cependant il faudra combler cette lacune
Par de plus lourds impôts, charge au Do importune, Qui doublement ainsi, grâce à vous, souffrira,
Et pour le vin absent, sans en boire, paiera.
Que pourriez-vous répondre, hommes impolitiques,
Si les pays froissés par vos lois fanatiques Reprussaient vos vaisseaux, vos bois, votre coton, Vos farines, d’après la loi du talion,
Sous les prétextes vains que vos vaisseaux les gênent, Que vos blés pour le peuple à trop manger l’entraînent, Que vos bois sont sujets à la combustion,
Enfin le coton-poudre à faire explosion ?
Que feriez-vous, si tous les étrangers papistes,
Sur qui les Ænow-Nothings, belliqueux réformistes Déversent le mépris, fuyaient tous à la fois
Une terre où contre eux on fait de telles lois ?
Oh! que le fanatisme est une chose sotte, Lorsque la Tempérance est son nom, sa marotte ! Copiant saint Jérôme, il jeûne comme lui, Pour imposer le jeûne aux estomaés d’aufrui, Et se moquer du peuple ignorant et crédule.
Passe encor si c’était seulement ridicule ; Mais c’est une injustice, un affront maladroit A Pesprit libéral dont s’honore, à bon droit, La nation qui dit haïr l’intolérance,
Et sur la liberté sut fonder sa puissance ; C'est l’inquisition, souvenir odieux,
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Dont on veut raviver le cadavre en ces lieux, Etrange aveuglement! dans une république
On ose proposer une loi despotique
Digne du moyen âge et des juges obtus |
Qui livraient au bûcher Jeanne d’Arc et Jean Hus! Loi barbare qu’un czar, un sultan en délire
Oserait décréter à peine en son ernpire !
Sur un si beau chemin, pourquoi vous arrêter, Profonds législateurs? pourquoi ne pas voter.
Un semblable interdit contre docteurs, droguistes, Contre libres penseurs, écrivains, journalistes, Coupables d'employer, de vendre du poison, Ceux-là chez eux, à tant l’once ou la livraison, Ceux-ci dans leurs écrits, à tant la période ?
Que dis-je ! rédigez, votez un nouveau code
Pour brûler ces pamphlets où la religion
Par eux est affublée en superstition :
Les traficants maudits de liqueurs condamnées Empoisonnent le corps ; de leurs plumes damnées Eux corrompent l'esprit qu’infecte leur venin,
Au nom de la raison et du libre examen !
Messieurs les Tempérants, dont l’âpre intolérance Montre dans leurs journaux fort peu de tempérance, Par des droits abusifs qu’ils se sont arrogés,
Peu charitablement à des chiens enragés Comparent les marchands et buveurs d’eau-de-vie, Indignes de pardon et même de ;a vie.
Dans un but vertueux, l'amende, la prison, Domiciles forcés et consfiscation,
Tout est juste et légal aux yeux de ces puristes, Quaxkers, épiscopaux, luthériens, méthodistes
Qui trouvent même encor ces châtiments trop doux, Pour de pareils forfaits ; eh bien ! punissez-nous, Hardis réformateurs ! Mais, d’après la logique,
De tout arquebusier condamnez la boutique ; Poignards et revolvers sont objets dangereux ; Supprimez les rail-roads, chemins aventureux ;
Les steamers, dont pourrait éclater la chaudière,
La navigation, l’industrie et la guerre;
Dans tout cela je vois un côté menaçant,
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Les chutés, des périls, des naufrages du: sang ; Détruisez; avant tout, l’instrament de la Presse, Cette arme à deux tranehants qui guérit ou qui blesse - Sur les ballons encor mettez votre embargo;
EI a le magnétisme et l’éther d’un veto; Bâillonnez la tribune, enivrante Syrène, of Interdisez le gaz, l’inflammable camphène,
La poudre qui causa tant de calamités,
Même le feu qui péut dévorer-vos cités ;
Déclarez' hors la loi quiconque un peu s’écarte
De #6s injünctions ; comme Licurgue à Sparte, Bannissez du pays, éloignez de vos mains
L'or, ce métal maudit, qui corrompt les Humains : Décrétez la vertu sous des peines sévères,
Les us du moyen âge et les lois somptuaires ;
IL faut mettre à l'index les jeux dits innocents,
Vù qu’ils tentent la chair et chatouillent les sens; Criez de même haro sur les jeux détestables
Des quilles, du billard, du domino, des tables,
Car la table parlante est un meuble indiscret
Qui pourrait de vos cœurs divulguer le secret ; L’oracle trahirait avec impertinence,
Par son {oc loc le but de votre Tempérance; Lancez:votre anathème enfin sur tous plaisirs, Pour qu’à lire la Bible on passe ses loisirs ! Arrêtez du café l’usage délétère,
Car c’est un poison lent, au dire de Voltaire.
Sous vos aïeux, auteurs du sanglant code bleu, On vendait, moyennant licence, l’eau de feu ; Mais vous la défendez ; imitant leur doctrine,
Qui punissait certains fumeurs de Nicotine, Supprimez le tabac, cet énivrant poison,
Qui, tel que l’opium, dégrade la raison :
De même prohibez le sucre et la melasse,
Rien, pour gâter les dents, n’est plus qu'eux eflicace; Prohibez cornichons et moutarde et piments,
Pour blaser le palais perfides condiments :
Par raison d'hygiène il faut aussi proscrire
Le chocolat, le thé, des liquides le pire;
L'un échaufle le sang, l’autre agitant les nerfs, Délabre l’estomac par ses eflets pervers.
Réduisez-nous à Peau : comme au temps des Croisades.
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Distinguez les buveur: :’innocentes rasades,
Par un signe sacré ; pour eux le Paradis,
L'enfer pour les buveurs de vin, pécheurs maudits ; Successeurs de Luther proclamez à la ronde,
Que le calme et la paix vont régner dans le monde, Du moins en Amérique, où grâce à vos sermqons, Chacun fuyant le vin, comme on fuit les démons, Et de la Tempérance arborant la bannière,
Est sûr de son salut pour son heure dernière.
Quoi! n’entendez-vous pas dire, en propos blessants, Que votre loi stupide insulte le bon sens,
Et qu’elle a de faux poids et de fausses mesures Pour vos concitoyens voués à vos censures, Spoliés de leurs biens, en parias traités, Calomniés, honnis, traqués, persécutés,
Exclus de leur commerce ou de leur industrie, Forcés de fuir peut-être et haïr leur patrie,
Ainsi que des lépreux et des pestiférés,
Comme les Huguenots, dans ces temps exécrés De l’inquisition et de l'intolérance,
Où l’on brûlait les gens pour cas de conscience ! Quoi! les mille émigrants vivant à vos foyers, Sur ces bords qu’ils croyaient libres, hospitaliers, Ces étrangers venus de tous les points du monde Défricher vos forêts, voire terre féconde,
Grossir de leurs trésors, de leurs talents divers Vos richesses croissant sur la terre et les mers, Ces gens habitués, plusieurs dès leur jeune âge, À ces spiritueux, fortifiant breuvage,
Vous les mettez à l’eau ! Nous, fils du continent, Nous, pour qui le vin est un besoin dominant, Et le lait des vieillards, par votre fantaisie,
Nous voilà menacés, de spleen, de dyspepsie
Et de consomption, maux cruels, ignorés,
Bien moins fréquents du moins aux climats tempérés Où le pampre verdit, où les grappes vermeilles, Que mûrit le soleil, se suspendent aux treilles ; Vous nous mettez à l’eau! Mais ne vOyez-VOUS pas Le ridicule éclat de tout ce grand fracas Rejaillir et sur vous, et sur cette contrée,
Qu'on croirait, selon vous, jour et nuit enivrée !
Se peut-il qu'un pays, dont les hôtels géants Servent de grands festins pour nous trop affligeants, Nous producteurs de vin, où l’eau rèyne en maîtresse, Dont rarement l’Aï déride la tristesse, (Car un dîner fut-il dans tous ses mêts parfait, | En l’absence du vin est toujours incomplet) : Se peut-il qu’un pays abreuvé d’eau glacée S’abreuve d’alcools mortels pour la pensée !
Ah! de grâce adrnettez le vin à vos repas 4 Et mettez moins de luxe en fleurs, cristaux et plats, Ainsi qu’en serviteurs blancs ou noirs, dont l’office De soldats en pa:ade imite l’exercice.
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Parlons au au sérieux ; sans frapper d’interdit Tous les spiritueux dont excès abrutit, Proposez franchement un moyen raisonnable î D’en empêcher l’abus, sans doute condamnable.
Pour un il en est dix qu’on pourrait choisir, mais
Vous prenez justement de tous le pias mauvais ; |
Le fantôme du rhum vous donne la berlue : "+ Ce vertige est l’eflet de votre courte vue ; 1
Dans votre zèle ardent, aussi bien qu’insensé, } Voulant toucher le but, vous l’avez dépassé.
Enfant monstre, la loi par vous même engendrée i Vivra peu; tout extrême est de peu de durée.
Pour la réforme enfin que nous désirons tous, Point de proscriptions, d’espions, de verroux !
La force est sans effet contre la conscience,
La persuasion a bien plus de puissance.
Orateurs si piquants à l’endroit des boissons, D'abord par votre exemple, et puis par vos lecons, Moralisez le peuple, accordez-lui l’usage
Salutaire du vin, ce généreux breuvage,
Qui, pris modérément, ne l’enivera plus.
Seul le vin défendu provoqua les abus,
Car telle est la nature, hélas! faible de l’homme, Enfreignant la défense, il mangea cette pomme, Source de nos malheurs! d'Adam, premier péché, Dont tout le genre humain fut depuis entaché.
Un vieux proverbe dit; Les extrêmes se touchent ; Tels les esprits et l’eau; puritains qu’effarouchent Cidres et vins, pour l’eau soyez moins exciusifs :
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“it —
Les buveurs tolérés deviendront moins rétifs. Oh ! si, par des moyens qu’approuve la justice, Vous pouvez arracher livrogne au précipice Qu’un vice déplorable entr'ouvre sous ses pas, Nous vous applaudirons alors, n’en doutez pas.
En attendant, rendons à juste titre hommage
Au gouverneur Seymour, dont le noble courage Et la haute raison frappèrent d’un vero
Votre projet, tombé pour cette fois dans l’eau. Mais si, jusqu’à ce jour, New-York eut la prudence D’échapper à l’excès qu’on nomme Tempérance, En sera-t-il toujours ainsi? je doute, hélas !
Qu'il résiste au torrent ; non ne l’espérons pas.
Il faut que cette loi qu’entoure un vain prestige, Mais dont l’éruité souffre et la raison s’affige, Pèse pendant un temps sur les Etats-Unis,
Que du mal qu’il ont fait les votants soient punis. il faut que sa rigueur sur l’Amérique passe, Pour que, reconnaissant l’erreur, le peuple en masse Renverse cette idole et, de sa grande voïx,
Fasse mettre au néant la plus folle des lois, Lorsque les fruits amers de ce schisme fantasque De ses propagateurs feront tomber le masque, Quand, las de ee régime un peu trop monacal, Qui le rendrait bientôt gai comme un hopital,
Le publie bien portant que l’on traite en malade, Sifllera les auteurs de cette pasquinade.
Jusques là, patience; à l’usage on connait
Le drap et les amis, or, je vous le dis net,
La loi de Tempérance est une frèle épée
far la raison qu’elle est trop durement trempée; Dans vos mains quelque jour elle se brisera ;
Je suis un vrai prophète, et qui vivra verra !
A. MARSAÏTS,
Véritable ami de la Tempérance.