LES JOURNAUX FAVORABLES AU PROJET FALLOUX
symptomatiques. Peu importe, en effet, à ce journal, le Comité d'arrondissement, ou le Conseil académique départemental, ou le brevet de capacité, ou le certificat de stage. Ce sont là détails techniques, à ses yeux, et il ne s'en préoccupe guèrei. La loi nouvelle défendra-t-elle la société contre le communisme? Si tel est le résultat que Ton en peut attendre, la loi est bonne. « Il fallait choisir entre la liberté de l'enseignement, et l'avènement prochain, imminent du communisme. La Commission s'est prononcée pour la liberté de l'enseignement ». Et plus loin : « L'homme vit en société, dans la famille, dans la patrie, et dans l'Eglise . L'autorité paternelle, l'autorité civile, l'autorité religieuse ont des droits parallèles, mais non rivaux, mais non contraires, sur son éducation. Le nouveau projet de loi nous parait déterminer ay-ec équité ces droits divers * ». Le projet défend les « droits » de « l'autorité ». Il est donc forcément agréable au parti de l'ordre. Le journal qui représente les intérêts et les passions de ce parti n'en demande pas davantage.
Le Journal des Débats, lui aussi, est content. D'abord, il s'approprie ou accepte les termes brutaux où V Assemblée nationale pose la question. La Révolution de février a tout changé. «Tout le monde, aujourd'hui, le clergé comme l'Université, sans peine de périr, doit faire cause commune contre l'ennemi ». Mais ce n'est pas tout. Le projet de M. de Falloux, s'il répond à une pensée d'union, trop justifiée par les circonstances, ressemble beaucoup à celui que la Commission de l'Assemblée Constituante avait préparé. Il n'en diffère que sur trois points. Dans le projet de la Constituante,*rinspection pouvait être recrutée dans l'enseignement libre : le ministre n'était pas obligé, comme dans le projet Falloux, à prendre, dans cet enseignement, une proportion déterminée d'inspecteurs. — Les Ecoles normales n'étaient pas menacées, et il n'était pas question du fameux stage, dont le Journal des Débats lui-même n'hésite pas à dire
i. Assemblée Salionaley n» du t'i juin 1849.
qu'il ne sera « ni très régulier, ni très instructif ». — Enfin, la Commission de la Constituante n'avait pas songé à multiplier les académies. Elle gardait, pour la surveillance, le Comité d'arrondissement. Mais ce Comité d'arrondissement était « bien près ». Les vingt Conseils académiques de 1833 étaient « bien loin ». Le Conseil académique départemental échappe à Tune et à Tautre objection, et, par ailleurs, l'innovation « n'a rien qui nous inquiète ». Enfin, c'est là le dernier mot du Jowmal des Débats, et la raison même de son attitude : il a confiance à la fois dans les intentions « équitables » du ministre, et dans Thiers. Où trouver meilleur arbitre, « entre les partisans du clergé et ceux de l'Université? » Thiers est l'un des auteurs du projet de loi. Il faut donc que ce projet soit voté. La société s'en trouvera bien*. Voici venir, maintenant, l'appui, discret au début, d'un journal qui se trouvera conduit, par la suite, à accentuer ses sympathies, et qui deviendra finalement l'avocat et le témoin de la loi et de ses auteurs, Y Ami de la Religion. Il venait d'être racheté par l'abbé Dupanloup, en quête, depuis quelque temps déjà, d'un organe, et qui avait songé, l'année précédente, à en créer un. Autour de l'abbé Dupanloup, s'étaient groupés, pour former la rédaction de VAmi de la Religion, le P. de Ravignan, Montalembert, de Falloux, les frères de Riancey, Beugnot, d'autres encore ^ UAmi de la Religion ne pouvait manquer à défendre une cause qui était celle de ses propres rédacteurs, un texte qu'ils avaient rédigé de leur main. Aussi, la thèse de VAini de la Religion est-elle, dès le premier moment, la thèse officielle des auteurs du projet. Ce projet constitue « une transaction ». Il n'est pas parfait. Certains articles, l'article 9 notanunent, apportent des entraves à la liberté de l'enseignement. Il faudra tâcher de corriger ce projet, de l'améliorer. Tel qu'il est, même avec ses imperfections, il constitue un grand
J. Journal des Débals, n» du 16 juillet i849. 5. Voir Lagrange, I, p. 449 et suivantes.