C. Réactions extrêmement vives des milieux cathotiques
a) Le conflit scolaire au point de vue religieux, avait atteint son point culminant.
L'Eglise catholique d’Alsace et de Lorraine luttait une fois de plus pour conserver intact le caractère officiel de sa présence à l’école primaire : l’ensemble du clergé catholique alsacien tient ce caractère, tel que le lui assure à la fois le maintien du concordat et de la loi Falloux complétée par les lois locales, pour un élément indispensable de son influence et de l'efficacité de sa mission chrétienne. Il faut, au surplus, se garder d'oublier que les trois départements recouvrés n’ont pas durant 48 ans participé à l’évolution idéologique et politique de la France, et que le clergé et les leaders politiques catholiques ont durant cette période succédé aux partis bourgeois libéraux très avancés qui représentaient politiquement l'Alsace jusqu’en 1870, et qu’enfin les méthodes et l'esprit politique de l’ancien parti du centre catholique allemand (Zentrum), au contact duquel les dirigeants catholiques actuels ont fait leur apprentissage, sont toujours agissants.
a) L’évêque de Strasbourg leur chef, Mgr. Ruch dans sa réponse l'au communiqué présidentiel maintint entièrement les affirmations de sa lettre pastorale. Tout en admettant que ce n’était pas le Président du Conseil qui proposait l’école laïque, il affirme que le décret et l’option proposée par le président du Conseil aboutiront finalement à l’école laïque et il précise : « D'ailleurs, un établissement où il est défendu d’instruire la jeunesse dans la connaissance de Dieu, de sa doctrine et de la Joi,
1. Croix de Paris, 16 février 1937. Doc. cath., N° 836, 3 avril 1937, p. 844 et Bull. Jean Macé, avril 1937, p. 56.
établissement dont il devient possible de confier la direction à des athées, à des libres penseurs, à des ennemis du christianisme, c’est, à coup sûr, en ce qu’il a d’essentiel une institution neutre, sinon malveillante. Même si elle n’est pas de tout point, provisoirement et pendant quelques années, semblables à l’école des autres départements, déjà elle est laïque par le programme et peut-être par le maître. À qui le contesterait, on ne pourrait que répondre : elle fait œuvre laïque, sans vouloir l'avouer... Ce qui importe, c’est moins ie nom, l'étiquette que la réalité. Que penser d'écoles où il n’y aura plus d'heures consacrées à l’enseignement religieux ? ». :
Les principales Encycliques, ainsi que les déclarations des cardinaux et archevêques de France sur l’instruction et l’éducation de l’enfant catholique, sont citées par Mgr. Ruch, à son appui; sa réponse au Président du Conseil s’achève sur les conséquences très graves que pourrait avoir le maintien de son décret et « avec l’espoir que demain on n’écrira pas l’histoire des relations de l’Alsace et de la France avec du sang ». Avertissement très grave dans la bouche d’un évêque, nous n’irons, certes pas jusqu’à dire qu’il fût presque une menace.
b) Les appels toujours plus passionnés à la protestation, puis à la résistance à l’application du décret incriminé, lancés par les parlementaires d’Alsace et Lorraine et les journaux de l’'U.P.R. contiennent eux, des avertissements beaucoup plus précis, menaces à peine déguisées, sous la forme d’annonce de « répercussions graves au sujet desquelles ils déclinent toute responsabilité : Communiqué des 39 parlementaires d’Alsace et Lorraine du 13 novembre 1936; Réponse des parlementaires d'Alsace et Lorraine au président du Conseil du 4 février 1937 ; Elsässer Kurier du 31 octobre, du 7 novembre et du 14 novembre 1936 : commentaires et communiqués de l’Elsässer du 14 novembre 1936 et février 19371. Cependant l’aile autonomisante du parti catholique de l’U.P.R., à savoir la tendance Rossé, représentée par l’Elsasser Kurier, saisit le prétexte du décret
1. Cf. Doc. cath., N° 836 du 3 avril 1937, p. 835-859. Bull. Jean Macé, avril 1937, p. 39-82.
scolaire pour réclamer l'autonomie administrative 1, en tant que garantie absolument sûre du maintien du statu quo scolaire et moyen d'introduire un programme scolaire régional avec la langue allemande pour véhicule de l’enseignement. Une série d'articles, d'octobre et novembre du journal autonomiste l’Elz, abondèrent naturellement dans le même sens ; sous cet aspect, le conflit scolaire glissait du domaine pédagogique au domaine politique international, sur lequel en raison des tendances pangermanistes certaines du IIIe Reich, risquaient d’être soulevés facticement des problèmes que l’immense majorité des Alsaciens et des Lorrains repousseront toujours avec indignation.
D. Vives approbations des décrets par les milieux de gauche et les syndicats professionnels du corps enseignant?. — Contrastant avec ce mouvement d'opposition et de combat, une approbation du décret et des félicitations non moins vives pour ses communiqués venaient au président duConseil de la part du personnel enseignant intéressé, des partis politiques et des syndicats ouvriers de gauche. Aïnsi une motion de l’Union des groupements professionnels, présidée pourtant par M. Rossé, député autonomisant de l’U.P.R. et directeur de l’Elsässer Kurier votée le 18 octobre « salue en connaissance de cause, la nouvelle loi qui prolonge la scolarité », après une discussion de la prolongation de la scolarité, jusqu’à l’âge de 15 ans pour les garçons »°.
La Fédération générale de l'Enseignement d’Alsace et de Lorraine, le 19 novembre 1936 à Strasbourg, proteste « contre la campagne d’agitation créée autour de la prolongation de la scolarité » et déclare les textes des décrets incriminés « éminemment favorables aux intérêts de la population qui tient à son programme scolaire spécial» ; les journaux communistes *
1. Cf. le journal Ælsaesser Kurier (Courrier d'Alsace) du 31 octobre 1936, article intitulé : Wir wollen die Selbsivernaltung (Nous voulons lPautonomie administrative).
2, Voir au sujet de la rubrique D. la Doc. cath., N° 839 du 24 avril 1937, p. 1032-1044, ainsi que le Bull. Jean Macé, précité d’avril 1937.