‹ La loi [microforme]Chapitre 1 sur 2 · La loi [microforme] · texte numérisé non relu

La loi [microforme]

Dans la langue juridique on dit indistinctement : la loi, comme on dit: le droit. Cependant ces deux idées ne sont pas identiques! : le droit, c’est ce qui est juste ; la loi, c’est ce qui est commandé. Quand la loi est juste elle est l’expression du droit ; même alors, le droit et la loi diffèrent : le droit, du moins le droit naturel, est une abstraction qui existe par elle-même, ayant sa raison dans l’essence des choses ; la loi est un fait concret, une sorte d’incarnation du droit, qui se détermine par la coutume ou par l’écriture. Le droit diffère de la loi comme l’âme diffère du corps ; mais ils sont l’un pour l’autre; ils se rencontrent toujours dans les institutions politiques et civiles des peuples, quand ces peuples sont dignes de leur rôle.

On voit de suite ce que la loi ajoute au droit sans toucher à sa substance. D’abord la loi est déclaratoire du droit naturel. Ici la raison semble suffire pour révéler à la conscience humaine la règle du juste; on sait cependant son impuissance trop souvent. Les premiers principes du droit brillent d’une clarté axiomatique, comme les sommets des huutes montagnes frappés par les rayons du soleil, ce qui n’empêche pas la philosophie au fond des écoles de disputer depuis des siècles sans pouvoir arriver à un accord parfait. Les multitudes, qui ne s’élèvent pas si haut dans la spéculation, et que le bon sens guide mieux que la science, ont besoin elles aussi dns autorité dirigeante à travers les formidabl<s questions du droit, questions orageuses, parce qu’elles sont d’ordre pratique, et qu’à ce titre elles ont coutume d’exciter violemment les passions. D’ailleurs, s’il y a de la lumière autour des premiers principes, elle diminue à mesure que les déductions s’éloignent davantage : bientôt l’ombre devient épaisse ; les esprits s’avancent à tâtons ; les controverses restent sans solution, le oui et le non ont chacun des génies qui les défendent. Comme l’humanité ne vit pas de théories, qu’il lui faut des conciusions parce qu’il faut trancher les questions et fixer les droits, le rôle de la loi s'impose : elle dit le dernier mot sans appel ; quand elle se trompe, elle contribue encore à la paix et à l’ordre.

Là ne se borne pas sa fonction. Elle crée :ncore le droit po-

1— Sum. Theolog. 22% Q, 57, 1, 20,

Page 1