SCENE
MARGUERITE
Pourquoi donc ?
ÉRIC
Pourquoi?... ah! pour des raisons à moi connues... c'est justement parce que j'adore notre jeune maîlre que je voudrais le voir tout autre qu'il n'est.
MARGUERITE
Bah! il est si gentil... si doux et si sage... c'est trèsbien pour un jeune homme !
Éric, avec impatience.
Eh non ! parce qu'à son âge ça lui fait du tort.
MARGUERITE
Ecoutez donc... c'est demain seulement qu'il est majeur, seize ans.
ÉRIC
Eh bien!... à cet âge-là... il n'y a personne... fût-ce un simple particulier... un simple étudiant, qui ne soit vif... audacieux... mauvais sujet... à plus forte raison... un roi... un jeune roi qui doit le bon exemple... Mais j'ai beau le sermonner, tout le déconcerte... ou l'intimide... Les déjeuners de garçons l'ennuient. ..le Champagne lui fait mal à la tèle etlamoindrepartiedechasse le fatigue.
MARGUERITE, à demi-voix.
Et l'autre jour, lorsque les officiers de votre régiment ont tout-à-coup tiré l'épée pour lui jurer serment de fidélité... il a pâli...
Éric, à par!.
Elle l'a vu !... (Haut.) Allons donc... quelle folie !...
Dame!... c'est tout simple... des épées nues... moi ainsi ça m'a effrayée.
ERIC
Toi !... c'est possible!... mais lui!... ee n'est pas une
femme.
MARGUERITE
Dame! je ne crois pas.
ÉRIC
Il a commandé pour aujourd'hui une grande revue... à dix heures... sous les fenêtres du palais... et tout-à- I'heure,en lui portant ce bouquet, tu lui rappelleras...
MARGUERITE
Oui, monseigneur.
ÉRIC
Qu'il n'aille pas l'oublier.... Et hier soir on m'a dit qu'il t'avait fait appeler...
MARGUERITE
Oui, vraiment... je voulais même lui parler pour Daniel Swéborg, mon fiancé.
ÉRIC
Tu as un fiancé... un amoureux...
Tiens! comme tout le monde!... Voilà plus d'un an qu'il est absent de Copenhague!... matelot dans la marine marchande, je voudrais le faire entrer dans la marine royale... mais je n'ai pas osé hier en parlerai! roi... parce qu'il était dans son cabinet.
ÉRIC
A travailler?
MARGUERITE
Justement!... il faisait de la tapisserie.
éric, avec dépit.
Lui!... (Essayant de rire.) Oui... c'est un goût qu'il a ! des tapisseries de bataille...
" Marguerite, Éric.