‹ La lorgnette littéraire: Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps (volume 3)Chapitre 2 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il y avait, l'autre soir, comme disent les gazettes, une foule nombreuse et choisie dans la salle de la rue des Bons-Enfants, ancienne maison Silvestre. Tout le Paris littéraire (autre cliché à l'usage dos feuilletons) s'y était donné rendez- vous. Ce n'était point cependant de livres qu'il s'agissait. Une vente d'une nature plus originale et plus intime avait appelé là les coloristes , les réalistes , les fantaisistes et môme quelques timides adeptes de l'école

du bon-sens. Ces derniers portaient un coq gaulois brodé sur la manche, en signe de ralliement.

On vendait, — du libre consentement de la plupart des gens de lettres , et pour cause du décès de quelques autres , — on vendait , dis-je , un nombre assez considérable de formules littéraires, de tropes, d'aphorismes, de périphrases artistiques, le tout en très-bon état. Un commissaire-priseur assistait à la vente , et Ton payait cinq centimes par franc en sus du prix de l'adjudication.

- On rfavait pas distribué de catalogue ; cela expli- <W que les omissions que Ton pourra remarquer dans notre relation.

Vers huit heures, avant que la salle fût entièrement remplie, on a commencé par mettre sur table, en guise de lever de rideau, un lot de métaphores du temps du Directoire et de la Restauration, ayant appartenu tour-à-tour à François de Neufchâteau, à Ginguené, à Edmond Géraud, etc.

Il s'est présenté peu d'acquéreurs. Néanmoins « Deux globes arrondis par la main des Grâces, » provenant de la succession de M. de Jouy, ont été adjugés à M. A. de Pontmartin.

« Un site romantique, — Une magique icresse, —

Un délire amoureux, » après avoir été vivement disputés par MM. Lesguillon et Hippolyte Lucas, ont été livrés à ce dernier.

M. Rollo a acquis « Un demi-jour favorable au&

doux larcins, » trouvé dans les papiers de M. Dupaty .

Enfin, M. A. de Mazade s'est rendu propriétaire

d'un « Echafaudage de grands sentiments, » légué

par M me la comtesse de Genlis.

A neuf heures, grâce à l'arrivée de quelques amateurs, la vente a offert une physionomie un peu animée. « VEcharpe d'Emma, » cédée par M. Emile Deschamps, a été achetée par MM. Des Essarts père et fils. Dès lors, on est entré à pleines voiles dans le romantisme. Les antithèses, les rimes Dante et ardente, les opulences orientales se sont succédées pendant uno demi-heure environ. Mais les enchères se sont particulièrement portées sur :

« Un gouffre sublime ;

» Des rayonnements infinis;

» Un amour hautain et profond. »

M. Eugène Pelletan, M. Victor de Laprade et M. A. de la Guéronnière se sont fait remarquer par leur acharnement à se disputer ce lot, qui a fini par rester à M. Pelletan. On lui a donné , par dessus le

marché, « Un sourire indéfinissable, » et quelques « Regards semés d'étincelles. » Il était fort content.

Les beaux-arts n'avaient pas fourni un contingent énorme à cette vente d'un nouveau genre. Toutefois, Gustave Planche y a fait l'emplette d'une maxime provenant de la rédaction du vieux Globe : « La figure est le siège des passions. »

On a poussé très-chaudement quatre ou cinq paradoxes, que tout fait supposer être sortis de chez M. Léon Gozlan, le meilleur faiseur. Deux d'entre eux : € Un bienfait est toujours perdu, » et « Les meilleurs pâtés d'Amiens se font à Strasbourg, » ont été couverts par M. Louis Huart et par M. Julien Lemer, à qui ils sont définitivement restés.

« Long-Champ se meurt ! Long-Champ est mort! » Il y avait trois concurrents pour cette phrase du dernier Ermite de la Chaussée-d'Antin : M. Eugène Guinot, M. Amédée Achard et M. Edmond Texier C'est M. Achard qui , avec sa pétulance habituelle , l'a emporté sur ses rivaux. Rien ne saurait rendre le désespoir de M. Edmond Texier ; on lui a donné, par manière de consolation : « La poésie s'en va ! » Il a paru se calmer.

A dix heures, la vente s'est sensiblement ralentie,

et môme plusieurs lots sont demeurés sans acquéreurs. Ce sont :

Quelques « flammes éparses et hautes » échappées du cabinet de M. Sainte-Beuve.

Une Cuisine remplie de latin, — à M. Jules Janin.

Un « Eléphant bleu, » cadeau de M. Méry.

Les auteurs dramatiques se sont montrés plus accommodants à l'endroit des expressions qui leur ont -été offertes. Ainsi , il a suffi d'annoncer : « Oh ! ce signal n'arrivera donc pas ! » pour le voir enlever immédiatement par M. Raymond Deslandes, jeune débutant dans la carrière illustrée par MM. Dennery et Colliot.

Une rage véritable a signalé l'enlèvement de : « Si c'est un songe, mon Dieu! faites que je ne m'éveille pas! » M. Jules Barbier a proposé de diviser cette gracieuse image en deux lots : le lot en prose et le lot en vers. Sur le refus du commissaire-priseur, une cotisation s'est formée entre MM. Decourcelles, Lambert Thiboust et Delacour. A eux trois, ils sont devenus ainsi seuls possesseurs de la gracieuse image.

M. de Biévillo, qui s'était contenu jusque-là dans de justes bornes, a acheté tout d'un coup et d'un

seul bloc , pour les besoins de son compte-rendu hebdomadaire :

« M . un tel a brodé sur ce canevas un peu léger quelque jolis vers. ....

» Le succès lia pas été un seul instant douteux.

» Les directeurs semblent s'être soufflé le mot pour donner le même jour leurs premières représentations. Nous, qui n'avons pas le don d'ubiquité

» Nous reviendrons sur ce drame, riche en situations émouvantes. Contentons-nous, pour aujourd'hui, de constater l'immense succès qu'il obtient sur toute la ligne des boulevards.

f> A bon entendeur, salut. Nous verrons bien. Francisque jeune a très -heureusement tiré parti d'un petit bout de rôle »

Etc., etc., etc.

Ces dernières acquisitions s'étant prolongées fort tard, la salle a été désertée peu à peu. A onze heures, il ne restait plus que M. de Biéville, qui achetait encore :

« C'est V erreur d'un homme d'infiniment d'esprit, qui prendra sa revanche. »

Il existe toujours uu noyau d'hommes qui se rattachent tant bien que mal à la grande tradition du xvn e siècle. L'Université, l'Académie française, deux ou trois Revues, le clergé et quelques journaux légitimistes fournissent ces hommes dont l'influence, sinon la valeur, est encore très-grande, car ils tiennent en mains l'éducation publique. Ils pèsent sur l'avenir, tout en s'appuyant sur le passé. J'ai nommé YÉcok classique, dont l'intolérance, pour être sourde, n'en est pas moins active , et contre laquelle nous avons le tort de ne pas nous tenir assez en garde. Je sais bien que la génération à laquelle nous appartenons a échappé en partie à son despotisme étroit ; mais si l'école classique n'a pu asservir les 'pères, elle tient aujourd'hui les enfants.

Les interrogez-vous quelquefois, vos fils ? vous rendez-vous bien compte de la rhétorique idiote et vieillie à laquelle on les livre ? Peut-être vous ima-

ginez-vous que de temps à autre on prend la peine de les initier aux littératures anglaise, allemande, italienne et espagnole. Vous vous dites : — Sans doute on a fini par briser ce vieux moule dans lequel on me forçait jadis à verser ma pensée. Vous ajoutez encore : — On ne • peut pas vivre perpétuellement en marge du progrès ; et nos luttes depuis vingt-cinq années, ces luttes qui durent encore et qui ont bouleversé l'Europe pensante, ces efforts qui ont reconstitué une librairie et un théâtre universels, cet ensemble de travaux, ces triomphes qui ont été la gloire, la seule gloire peut-être du règne de Louis- Philippe, tout cela a dû certainement avoir son écho dans la rue à côté , en dedans des murs du collège voisin I

Là est votre erreur. C'est avec une persistance calculée et froide que l'Université attèle à son éternel sillon la jeunesse du pays. Notez en passant que je ne suis occupé que de la seule question littéraire. Elle lui répète sans cesse : — « Redites ce que les autres ont dit, c'est le moyen de toujours bien dire. On ne peut être un grand écrivain qu'à la condition de ressembler à d'autres grands écrivains. Il y a une série d'expressions adoptées, de métaphores

toutes faites, dont vous pouvez vous servir sans crainte, telles que :

» Essuyer des malheurs ;

» Laver- sa faute ,

» Empoisonner ses jours ;

» Etouffer un espoir ;

» Eteindre son amour ;

» Dévorer l'espace ;

» Rallumer sa colère ;

» Combattre une idée ;

» Un bruit qui transpire;

» Enfanter un projet ,

» Se faufiler dans une société ;

» Nourrir des remords ;

» Enchaîner son cœur ;

» Tuer le temps ;

» Bouillir d'impatience, etc, etc.

» Ces expressions, — c'est toujours l'école classique qui parle, — ont servi aux anciens, et les modernes s'en servent continuellement avec succès. Voilà pourquoi nous vous les imposons. Elles sont très hardies, nous n'en disconvenons pas, mais elles sont consacrées ! » C'est-à-dire que vous voudriez , usant de votre droit de poète et d'homme d'imagi-

nation, créer de nouvelles métaphores, plus belles et plus justes, que l'école classique crierait aussitôt à l'absurde et à l'impossible. Surtout n'essayez pas de vous approprier les mêmes tropes en y changeant quelque chose; n'allez pas vous aviser de dire , par exemple : donner à manger à ses remords, au lieu de nourrir ses remords; se battre en duel avec un dessein au lieu de combattre un dessein. La métaphore ne serait plus alors classique. A quoi tient pourtant une métaphore !

Il est permis de dire : un roc sourcilleux ; cela est même trouvé fort beau, et vous ne sauriez le répéter sans exciter l'approbation des professeurs ; mais il est défendu de dire : les sourcils d'un roc.

On trouvera que nous tombons dans des détails puérils ; c'est vrai ; mais nous voulons exposer le côté ridicule d'une école qui appelle bon goût ce qui ,exalte le plagiat perpétuel , et met son honneur à ne '^jpiËS faire un pas en avant ; d'une école de fétichisme et d'orgueil, qui spécule, comme autrefois les gouvernements religieux , sur l'humilité de l'esprit humain. L'école classique n'est que cela.

Elle a résisté à tout , même aux avances de Chateaubriand , l'homme qui était le mieux doué pour l'amener à concession.

Quelques-uns parmi l'école classique, ceux qui sont de bonne foi, croient ingénument suivre le grand courant littéraire ; mais, comme dans les décorations d'opéra , c'est le rivage qui défile devant eux, tandis qu'ils demeurent immobiles. Niais, qui pourraient vivre chaudement dans des habits neufs et qui préfèrent grelotter sous les manteaux de Virgile et d'Ovide! Stupides, qui veillent auprès ^

des vieux temples au lieu d'aider à en construire de * "'*'

nouveaux!

Des personnes m'ont dit : — Ne publiez pas ce livre.

Tiens ! *

Je le publie cependant, et pour plusieurs motifs : le premier, c'est qu'il est fait.

Le deuxième, et le troisième , et le quatrième c'est que je le considère comme absolument inoffensif.

Aucun homme de lettres ne se fera sauter la cervelle à cause de ce que j'aurai dit de lui. Je n'ai pas la prétention de croire mes jugements infaillibles. Mon opinion est celle de cette année ; elle se modir fiera peut-être l'année prochaine.

On ne songera certainement pas j[et Ton fera sagement) à rapprocher ces pages de VAlmanach des grands hommes de Rivarol. Si cependant il arrivait qu'on s'en avisât , on ferait bien de se rappeler que le premier nom raillé dans cet Almanach est celui d'Alibert.

Une statistique semblable n'est jamais complète ; elle aurait l'importance matérielle des tables du Journal de la Librairie et de l'Imprimerie ; elle en aurait aussi l'aridité.

Les petits volumetdu genre de celui-ci se recommencent tous les dix ou vingt ans ; ils n'ont et ne peuvent avoir rien de définitif.

* Est-ce à dire qu'ils soient complètement inutiles ; je ne le pense pas : ils indiquent, et quelquefois même ils déterminent, en dépit delà volonté souvent très-arbitraire de leur auteur, un courant d'idées et % de sentiments qu'il jmporte d'observer.

Ces livres doivent toujours être un peu en avance

sur leur temps , au risque de paraître inspirés par un juvénile esprit de coterie ; ils doivent s'arrêter sur les écrivains de demain, plutôt que sur les écrivains d'hier. Un peu de prophétie ne messied pas dans un ouvrage qui n'a que l'éphémère valeur d'un calendrier littéraire.

Aussi serait-on mal venu à chercher ici les noms de Guizot , de Michelet , d'Alexandre Dumas , de Lamartine et de quelques universitaires sur lesquels les jugements semblent épuisés. J'ai fui le point de vue élevé, j'ai ajourné l'appréciation enthousiaste ou sévère. Ce n'est qu'un recensement à vol d'oisillon.

On criera peut-être à la personnalité ; on essaiera de dire que j'ai parfois collé mon œil aux fentes de la vie privée. Bah ! mes révélations ne sont pas bien terribles. «

Mais la dignité littéraire ?

Et mes doctrines ?

Ah ! oui, mes doctrines. Au fait, il est peut-être temps que je les expose.

Les voici.

A Jean Riant! — C'est l'enseigne d'un- cabaret .•#* situé au bas d'Amiens, au coin de la rue de la Ba-

rette et sur le bord de la Somme. A Jean Riant ! Et tout invite à entrer dans cette maison, dont la pierre a été peinte en vert, ainsi que cela se pratique pour la plupart des cabarets du Nord. Du reste, on adore la couleur verte à Amiens, tout le témoigne : la rue du Puits-Vert , la rue des Verts-Moines, la rue des Verts- Aulnois, l'hôt* du Vert-Soufflet.

Au milieu d'un cadre de feuilles vertes, — àes feuilles de vigne, naturellement, — un peintre local a représenté le type inconnu de Jean Riant sous les traits d'un énorme compère en manches de chemise, au teint rubicond, aux lèvres entr'ouvertes, et dont les cheveux hardiment blonds ont cette crôpelure , indice de la passion et de la force. Il élève un verre dans sa main. Au-dessus de cette peinture,

qui n'est pas plus naïve qu'il ne faut, on lit cette indication : àmédée, débitant.

Mais que m'importe Amédée et son débit ! C'est à Jean Riant seul que je viens rendre hommage.

Quand je m'arrête dans le cabaret de Jean Riant, je monte au premier étage. De la fenêtre je vois la Somme, à qui ses nombreux et hauts peupliers donnent des reflets si verts et si profonds. Ces peupliers font, avec leurs belles feuilles métalliques et luisantes, un tapage continuel : ils s'inquiètent, ils s'étonnent, ils se penchent les uns vers les autres comme pour se consulter ; puis ils éclatent, ils se tourmentent, ils sanglottent; ils passent en une minute par toutes les gammes du bruit. L'eau les laisse dire, et coule lentement en charriant des légumes.

— Garçon I une bouteille ! #

Je fais comme Jean Riant; j'élève mon verre, et je suis heureux. Je ne pense pas, je me contente de la sensation. J'envoie mes yeux se promener tout là-bas, au fond de ces épaisses masses d'arbres qui interrompent l'horizon ; et ils y vont en compagnie de ma rêverie. Comme ils se trouvent bien sous ces allées touffues ! Les nuages, oîi tant de gens cherchent leurs idées , m'importent moins : d'abord ils

sont si blancs qu'ils me font cligner les paupières ; j'aime mieux les regarder dans la Somme.

Le temps est superbe, mais le vent est un peu fort ; je ne m'en plains pas : cela me rafraîchit le front et disperse mes cheveux. Devant moi un jeune officier pêche à la ligne. La rivière est, par-ci, parlà, un peu abîmée par les teinturiers , qui sont en grand nombre à Amiens. — Au lointain, tout est ; i(P marais et tourbières ; les cultivateurs vont de Tune

à l'autre de leurs maisonnettes dans un bateau étroit et long ; chacune de ces maisonnettes a un potager où resplendissent des tournesols magnifiques , oh s'étalent des nappes de cresson qui font frissonner d'aise, des choux énormes avec de larges feuilles (conçoit-on que ces choux-là récèlent un si joli et si tendre petit cœur y Tout cela est charmant à examiner du cabaret de Jean Riant. C'est la Venise maraîchère.

Je ne parle pas de ces innombrables ponts de bois, — joie du paysage, — non plus que des grandes roues du moulin qui battent l'eau. Il n*y a rien de tel que les environs d'Amiens pour cette variété d'aspects. Quel dommage qu'il n'y vienne pas de vin, n'est-ce pas, Jean Riant?

Voilà les peupliers d'en face qui font un vacarme prodigieux ; il va pleuvoir. Plus affermis sur leurs troncs, les petitsarbres fruitiers des jardins voisins ne bougent pas, eux , et se moquent du vent. Mais, échevelés et flexibles , les acacias se donnent à tous les diables, ils se lamentent, ils se tordent par toutes leurs branches

Adieu le soloil ! il recule devant le vent et se voile. Pour moi, je ne m'en soucie guère : j'ai le soleil dans le corps, grâce à ma bouteille. A ta santé, Jean Riant, joyeux patron de ce gîte picard, bonne face, grosso santé, belle humeur, Bacchus du peuple 1 Que j'aie longtemps pied alerte et longue soif, et je te promets sonores litanies ! — Jean Riant , protégez-nous ! — Jean Riant, étoile du port (en amont), brillez sur nous! — Eloignez de nous, Jean Riant, les trois plus épouvantables fléaux du monde : la fièvre, la guerre et l'amour ! — Je m'arrête, car il faut des rimes à cette litanie, comme il faut des clochettes d'or à une haquenée de reine ; des rimes qui aient le son et la couleur, la couleur du rubis, le son du cristal. Hélas ! pour oser tenter pareille œuvre, je ne suis encore que Jean Souriant. J'attendrai donc. On peut écrire impunément sur

— xvm —

les frontons, sur les livres, sur les socles : aux Muses, aux Grâces, à la Patrie, à la Vertu, à la Beauté, aux Grands hommes, aux Dieux , — mais on n'écrit pas sans pâlir, en tête d'une ode matérialiste , ces trois mots qui illuminent le papier : A Jean Riant !

ABOUT (Edmond). — De l'esprit, de l'activité et du bonheur. Un type essentiellement parisien. Grèce à une polémique qui a dépassé le but , le bruit de Tolla est devenu presque un succès. Dans Les Mariages de Paris il y a un courant d'observation moderne bien suivi; mais quelquefois aussi c'est commun, inutile, terminé à la hâte. Trop de chemisiers cités, du dilettantisme à tout prix et de toutes mains , une lithographie d'après Charles de Bernard. Faut-il rappeler le Voyage à l'Exposition universelle des Beaux-Arts ? voilà de la critique d'écureuil ; M. About y fatigue l'attention à force de saillies.

ÀCHARD (Amédée). — C'était Grimm avant-hier, c'était Âkeste hier ; en fait de pseudonymes on pourrait choisir plus modestement. Il est voué aux Courriers de Paris, comme M. Eugène Guinot, et Ton sent parfois qu'il ronge son frein avec tristesse. Pour se délasser, il écrit des romans où semble passer le souffle de M. Alexandre Dumas. On parle beaucoup dans le monde de ses beaux meubles en bois de boule et de ses consoles du célèbre Rocaille.

ALBY (Ernest). — Le trompette Escoffier lui doit une heure de célébrité. Bien avant que Henri Heine publiât dans la Revue des Deux-Mondes ses Dieux en exil, M. Albv avait publié dans Le Globe les Dieux de l'Olympe en habit noir. Depuis quelques années, M. Alby est, dit-on, régisseur de la Maison-d'Or.

ALTAROCHE (A). — M. Altaroche a commencé par où les autres finissent , par des chansons. Le Charivari a gardé la mémoire d'une multitude de couplets qui ont été l'émoi, le scandale et la gaîté de leur temps. Entre tous, un chef-d'œuvre que Ton ne connaît pas assez, bien qu'on en parle toujours, c'est la fameuse Complainte sur M. /tomieu, dévoré par les hannetons. M. Romieu était alors souspréfet de Louhans ; plus tard il devint préfet de la Dordogne. Dans la complainte , M. AètarocTie le représente, donnant de nouveaux soins à son roman du Mousse; tout

à coup entre précipitamment un garde-champètre qui lui annonce une invasion de hannetons , ravageant le terri toire. M. Romieu fait ses adieux à sa famille :

Après ces scènes touchantes, A tout Romieu décidé Prit donc son habit brodé, Son épée étincelante, Sans oublier toutefois Mousse et Bulletin des Lois.

Accompagné du champêtre, Vite en campagne il se mit, Marchant droit à l'ennemi Pour d'abord le reconnaître. Assez longtemps il marcha, Puis enfin le rencontra.

Ce hanneton incendiaire En si grand nombre volait, Que sa masse obscurcissait Le soleil qui nous éclaire -, Faisant un bruit si confus Qu'à Feydeau l'on se fût cru.

Romieu transporté de rage Tire, son épée, et leur Envoya sa croix d'honneur,

Aaee son Mousse, au visage !

.Mais Pftftmal furieux If en détint que plus nombreux.

L'insecte, comme une teigne, Rongea tout le sous-préfet, Commençant par le plu.net Et finissant par l'empeigne.

A l'instant il dévora Yeux, pieds, mains et cœtera.

Il a brandi son épée

Tant qu'il eut un bras encor ;

Mais lorsque de tout son corps

Sa langue seule est restée,

Cette langue a proféré :

— Vive le roi des Francis !

Bientôt le garde-champêtre A recueilli ses débris, Lesquels étaient si chétifs Qu'en sa poche il put les mettre ; Car il ne restait, je crois, Que Le Mousse, avec la croix.

Je ne cite qu'un fragment ; selon moi , c'est épique. Rappelons encore , — mais n'en parlons pas trop, — son roman des Aventures de Victor ÂugeroL Après avoir joué un rôle politique , M. Altaroche a obtenu la direction du second Théâtre-Français; plus récemment, il vient de fonder, avec M. Louis Huart, les Foliaf|lfowvelles.

ALMBERT (Alfred d'). — U*.Jto%r te Duel, un autre intitulé : Flânerie aux l&atiKptfi^ei quelques ar-

ticles dans les journaux , principalement dans L'Artiste, où il a raconté d'une façon touchante les derniers moments de J. Chaudes-Aiguës.

ANCRE (Alfred d'). — Des cheveux blonds s'épanouissant en soleil autour d'une tête de vingt-cinq ans à peine, des moustaches fines , de la poésie comme s'il en fleurissait ; heureux jeune homme 1 M. Alfred d'Ancre en est à son premier volume : Le Printemps de la vie humaine. Le grand mal, si ses vers et sa prose rappellent de temps en temps Alfred de Musset !

ANNE (Théodore). — Né en 4797. A appartenu au 46 e régiment de chasseurs; puis a été admis, en 4823, dans les gardes-du-corps du roi. Rédacteur du Drapeau Blanc, sous Martainville ; vaudevilliste ingénieux , feuilletoniste honnête.

ARAGO (Etienne). — M. E. Arago a composé beaucoup de pièces de théâtre , parmi lesquelles Les Mémoires du Diable ont toujours eu un grand succès. Une comédie en cinq actes et en vers, Les Trois Aristocraties, repré-* sentée au Théâtre-Français, a trahi ses prétentions à la haute littératoiÉi; nous préférons ses vaudevilles. C'est un galant hcmmf ÉÊÊê^^V Te ^ on favorite de M. Jules Jamn. s^>

ANCELOT (Virginie). — «Au moral comme au physique, Virginie Ancelot n'a pas un mérite visible pour tout le monde, et il en faut beaucoup avoir pour sentir tout ce qu'elle en a. Cela vient d'un certain abandon répandu dans toute sa personne ; elle a l'air si désintéressé sur elle-même qu'elle n'appelle pas tout de suite l'intérêt, et, jugée par la distraction, elle ne recueille que l'indulgence. Je doute qu'on l'ait jamais trouvée ni très-jolie ni très-spirituelle au prBmier abord; une sorte de mystère enveloppe tout son être.

a Virginie a la tête admirablement bien posée, ses mouvements sont pleins de nonchalence et de grâce. Brune de cheveux, blanche de teint, elle abandonne à ses yeux tout l'honneur de sa figure et ils suffiraient à sa beauté. Modeste et timide, elle laisse quelquefois tomber sur vous ces beaux yeux, dont l'expression est sérieuse et mélancolique, d'une manière si directe et si prolongée qu'une pareille attention vous inquiète et vous charme ; elle ne se doute pas de l'effet de ces longs regards si expressifs à son insu ; ils sont, pour ainsi dire, absents de la personne qui les reçoit ; ce sont des éclairs de ce feu sacrés qu'il faut lui reconnaître, et des préoccupations de sa pensée. »

Mettez au bas de ce portrait la signature de M. A. Malitourne et la date de 4828.

AURIOL (Jules d'). — Qui est-ce qui jn't pas été un peu dans sa vie rédacteur en chef de la Patrie t M. d'Auriol l'a

été et l'est peut-être encore. Sa plume est taillée pour la polémique, et son esprit tourne facilement à l'épigramme. Trente ans et une élégante tenue.

AMPÈRE. — Académicien. Et après ?

Professeur au collège de France. Et après ?

Voyageur. Et après ?

ASSELINEAU (Charles). — Parisien II s'occupe beaucoup d'art et de bibliographie ; on a de lui des notices, qui sont de véritables découvertes, sur l'ébéniste Boulle, sur le peintre Bruandet , sur le poète Neufgermain. Il a donné une édition nouvelle du Roman bourgeois par Furetière. Ses articles de critique littéraire sont très-remarques ; esprit sain, posé, il fuit les concetti.

AUBERT (Constance). — Fille de madame la duchesse d'Abrantès . Ses articles de mode font autorité — chez les marchands.

AUBRYET (Xavier). — La Femme de vingt-cinq ans est un roman exquis ; la petite bête y est chassée avec une ardeur et une jcunosité sans égales. Quoique jeune, M. Aubryet a bedïcofrp vécu" — par les nerfs. Il est tourmenté du beau dans l'art, du nouveau dans la poésie, du char-

mant dans la prose , du moral dans la vie ; ses tentatives indiquent une nature d'élite, quoique un peu tournée vers le pessimisme. Grattez le littérateur, vous trouverez un aimable garçon loyal et spirituel à outrance.

AUDEBRAND (Philibert). — On couvrirait la superficie de la place du Carrousel avec le total prodigieux des écrits de cet homme de lettres. Où sont cependant ses écrits? où sont ses mille et une nouvelles , Ses anecdotes, ses comptes-rendus, tout ce pêle-mêle semé de paillettes ? Ils ont le sort des improvisations ; son auteur les oublie lui-même. M. Philibert Audebrand appartient corps et âme au journalisme quotidien , dont il est depuis quinze ans l'expression la plus vivace et la plus insouciante. On consultera beaucoup son Voyage à travers la petite presse, une des pages les plus piquantes des mémoires littéraires du dix-neuvième siècle.

AUGER (Hyppoltte). — Il y a des noms qui ne portent pas bonheur. On sait que l'ancien Auger, l'académicien, le commentateur , s'est noyé. Son homonyme, celui qui nous occupe , sans être réduit à une extrémité aussi fâcheuse, s'est vu quelquefois forcé de vendre ses ouvrages, non pas à des libraires, mais à des écrivains plus en renom que lui. a Je suis en effet l'auteur du roman que M. Alexandre Dumas a publié en France, sous le titre de Fernande, »

dit-il dans une lettre adressée récemment à l'éditeur des Contemporains. L'aveu est triste à tous les points de vue. — « Il faut que je vive ! » ajoute avec amertume M. Auger.

AUGIER (Emile). — Celui-ci est heureux autant qu'homme de France; il est jeune, il se porte bien, il a le fauteuil de Boileau. Deux de ses dernières pièces décèlent un progrès dans sa manière jadis trop bourgeoise : Le Gendre de Af. Poirier et Le Mariage d'Olympe; celle-ci surtout, malgré son insuccès, a des parties ardentes et tout à fait arrêtées. C'est déjà loin de cette école du bon sens où M. Emile Augier avait malencontreusement marqué ses premiers pas ; viendra un temps où il ne pourra relire, sans rire, sa Gabrielle. Je ne lui souhaite qu'un peu plus d'invention : il emprunte constamment à M. Jules Sandcau, on finira par s'en apercevoir.

AVENEL (Paul). — On lui doit plusieurs romans. Sans compter une nouvelle imprimée dans Le Mousquetaire, et sur le titre de laquelle nos yeux se sont arrêtés avec

effroi : LE GUILLOTINÉ STUPÉFAIT.

AYCARD (Marie). — Des personnes éloignées du mouvement parisien et quelques voyageurs de commerce croient encore que c'est une femme. Détrompons-les à

f# êk

jawa**^ >K Marie Auajnde&t trapu., baièu et doux pronalto mauiùeuaej^ eUaoetat swia-s«»-l il, a. l'organe impétueu* . et sunere ; il porte- unat c^unew Ce ne sont, point là la» signe» partagera d r tn» cbevaUès^ d Jïon. En U*6, un Dùlùmmira dm gm* delettre» rivants décrivait sur lui la$4igne&~suivaBt» -: « Hoc rcnaata eu trois* volumes un recueil de biAhricBy quoique» acùcififr- épaifr -da»^ la défunt Ptmmwra dm Nhwmmtâi pQtw*Mm r et prota&taueat ({MeA^ut«ô-4iuireîf^nta4inonyow&Y voiià. tout ce dont s& rompe** lei btlia UUérasn&: de ce jeûna auteur. Il a, de rirnegwafcca et nfn manquera»désuni : mais cela sittfilHi pe*ur ètra inscrit au tewpta demémoire? Peut-être sô; eha*gera-t-il de nwufe let promer dm^Le PUote, où il mat paribiô» qu#kpue»-acttcie&« «.» Db»puia la piibticaùeo. de ce* lignes \h Ayeacdest-deram un des muguet* danfr Tart difieik de- la nçwaUe; o».n* saurait dire le nombre de \aude*iUe&et de* coiaédiiefr-4ii*spii éé de ses ieuiUetoot*

BABOU (Hippolyte). — Il fut un instant l'honneur de l'ancienne Revue de Paris et l'espoir de la Revue des Deux- Mondes. Comment le jeune Babou trompa-t-il une aussi chère attente? On le retrouve feuilletoniste de théâtres

dans l'ancien Courrier français. Dans l'ancienne Revue nouvelle il publie une série spirituelle et satirique , intitulée : Les Revenants. Ensuite , il passe tour à tour, comme à travers des tonneaux de papier, dans l'ancienne Révolution, dans l'ancien Monde littéraire,dans l'ancien Athéneum et dans l'ancienne Comédie, qui n'eut qu'un seul numéro... Hippolyte Babou ne ressemble- 1- il pas un peu à cet ami

de M. Prud'homme dont la position sociale se résumait par le titre pompeux d'ancien propriétaire des anciens terrains de V ancien Tivoli? — En tant que critique , Babou a la réputation d'un assez mauvais coucheur. N'appartenant à aucune école (ce dont il faut le louer), il a eu plusieurs fois maille à partir tantôt avec les fantaisistes et tantôt avec les réalistes , un jour avec la Bohême et une autre fois avec PAcadémie. N'importe, c'est un écrivain de race; il aura sa place dès qu'il voudra se déranger pour la prendre.

BALLARD (Charles). — Violette littéraire, qu'il faut aller chercher sous l'herbe de la Légion-d'Honneur. M. Ballard rédigeait autrefois en chef Le Petit-Poucet , un des journaux les plus rares et les plus singuliers de la période 4832-4833. Le roman intitulé : Un Cousin de province est son principal titre de gloire. ^

BALATHIER DE BRAGELONNE. — Encore une âme damnée du journalisme! La collection de toutes les gazettes où il a marqué son passage , depuis La Silhouette jusqu'au Canezou, moniteur de rajustement en France, suffirait à le rôtir durant l'éternité.

BANVILLE (Théodore de). — Depuis plusieurs minutes la phrase suivante est suspendue au bout de notre

plume : a Au premier rang de nos meilleurs poètes, entre Musset et Gautier, on doit placer M. Théoctyre de Banville, dont plusieurs recueils, Les Cariatides et Les Stalactites attestent l'éclat, la grâce et l'esprit. » Cette phrase est claire et rend ma pensée ; mais n'est-elle pas trop simple, à propos d'un poète lyrique? Estril convenable de parler de Pindare dans les mêmes termes que de Fumade? Allons un peu d'élan, et cherchons mieux :

« Parmi ceux dont la poitrine saigne incessamment sous les ongles d'or de l'idéal vautour , les sirènes ont retenu le nom de M. Théodore de Banville, qui a signé de ses sanglots deux poèmes ivres de la folie embrasée, et où les ors de l'image se mêlent splendidement aux sonorités épanouies des rhythmes. »

Voilà qui est un peu plus satisfaisant.

En dehors de ses odes païennes, Banville a jeté au hasard, sous le titre d'Odes Funambulesques, une série de pièces enjouées.

Nous ne connaissons à M. Théodore de Banville qu'un travers, c'est sa préoccupation constante des choses et des personnes du théâtre. Il conserve un étçmnement enfantin pour les malpropretés des coulisses; il met sa vanité à savoir l'époque précise des débuts de mademoiselle Yamini, et on l'a vu suivre sur les boulevards l'acteur Machanette, en donnant les signes du plus vif attendrissement.

BAZANCOURT (de). — Ayant reconnu combien les manuscrits s'éjwaient facilement dans les bureaux de rédaction, M. de Bazancourt a imaginé de mettre ses romans dans des boîtes à chapeaux et de les porter ainsi renfermés aux journaux.

BARBARA (Charles). — Talent discret et fort; vie isolée. L'Assassinat du Pont-Rouge et les Histoires émouvantes ont attiré beaucoup l'attention sur lui.

BARBIER (Auguste). ~ C'est un homme de taille moyenne, brun, très-proprement vêtu, d'une politesse aisée, les allures d'un bourgeois dans le sens honnête du mot. Je le vois souvent au cercle Valois , où il vient lire les papiers assidûment ; il n'a pas du tout Pair de mâcher la poudre, — Voilà celui à qui il fallait donner un fauteuil d'Académie ! Est-ce M. Ponsard qui écrirait une ligne du Pianto, une strophe de Lazare ? Honte du temps de Louis- Philippe : M. Auguste Barbier n'a pas même la croix !

BARRIÈRE (Théodore). — Collaborateur de MM. Capendu, Henry de Kock, Taillade, Decourcelles, feu Jules Lorin, Murger, feu Bayard, Arthur de Beauplan, Marc- Fournier, Fauchery, Dumanoir, Lambert-Thiboust, Jaime fils et Morand.

BARBEY D'AUREVILLY (Jules).— Il est des personnalités et des talents assez difficiles à saisir^tfurtout en quelques lignes. M. Barbey d'Aurevilly a écriFdes romans psychologiques, tels que L'Amour impossible et La Vieille maîtresse, et un roman d'action , L'Ensorcelée, qui témoignent d'une supériorité littéraire évidente , mais qui accusent en même temps un esprit bien troublé, quoique impérieux, sans point d'appui et plein de monstrueuses contradictions. Le catholicisme de fer de M. de Maistre y coudoie les mondainetés de Balzac et les lascivités premières du romantisme. Et puis , avec tout cela , il adore Joubert ! Cependant le style de M. d'Aurevilly est loin des froides limpidités de l'empire, il appartient au contraire à l'école du trop de zèle; chez lui il faut que la phrase irradie ou dise pourquoi. Depuis quelques" années, M. Barbey d'Aurevilly rend compte des livres dans Le Pays ; ses qualités de critique nous semblent préférables à ses facultés de romancier ; il voit parfaitement la paille dans l'œil de ses confrères et il a la sévérité des gens consciencieux.

BARANTE (de). — L'auteur de YHistoire des Ducs de Bourgogne doit avoir aujourd'hui soixante-treize ans environ. Il a été préfet sous l'Empire et pair de France sous la Restauration. Malgré son grand âge, M. de Barante est un des académiciens les plus actifs; son dernier ouvrage, YHistoire du Directoire , a donné lieu à des appréciations

diverses, mais qui n'enlèvent rien à l'exactitude de ses rei

BARENTON (Armand de). — C'était, il y a quelques années, le jeune et élégant secrétaire de M. Nestor Roqueplan. La Physiologie du sentiment, publiée sous le pseudonyme de Georges Rœder, est de lui. Il écrit dans L'Illustration, où il paraît être spécialement chargé de Férein tement du docteur L. Yéron.

BARTHÉLÉMY. — Le vers colossal et bronzé des Douze Journées de la Révolution, l'alexandrin coloré et souple du Craps et de L'Art de fumer, la part brillante de collaboration à la Némésis, assignent à M. Barthélémy un haut rang parmi les poètes modernes. Il est fâcheux qu'il ne se préoccupe plus maintenant que des côtés mécaniques de son art ; ses nouvelles pièces officielles , §t particulièrement son poème de Sébastopol, trahissent une lassitude de pensée que ne déguise point suffisamment l'inattendu de certaines rimes, puériles à force de richesse. M. Barthélémy hante peu ses confrères, auprès desquels il passe pour misanthrope. Son visage est triste ; il fume toujours.

BARTHET (Armand). — M Barthet est ce jeune homme qui eut la bonne fortune de voir jouer sa première comédie par M lk Rachel ; depuis lors , il a donné à la librairie un

volume de Nouvelles, favorablement accueilli de la critique et du public , ainsi qu'un volume de vectf# ta Fleur du Panier. Le chemin a été pour lui aisé et riant; les fleurs qu'il y ramasse ne sont ni des pivoines ni des tournesols : ee sont tout au plus des fleurettes , mais le panier qui les enferme est charmant ; il est découpé à jour , orné de faveurs et tout frais de rosée. Aline, avant sa royauté de Golconde , l'avait sans doute oublié au bord de la route. (Suis-je assez précieux ?) M. Armand Barthet est de l'aimable famille des poètes heureux ; il ne pleure jamais , c'est à peine s'il soupire.

Quant à l'homme, c'est autre chose. Franc-Comtois , nature en dehors , Barthet apparaît chaque soir dans le divan Lepelletier, où il fait un vacarme de tous les diables et où il se produit dans des toilettes impossibles : casquette de turf , fraise à la Henri III, paintalon à pont, manchettes. brodées. De plus, Barthet a ce qu'on appelle la main malheureuse, c'est-à-dire qu'il casse tout ce qu'il touche; il était autrefois l'effroi des soirées de Victor Hugo, chez lequel il n'allait que pour renverser, en saluant ou en se retournant, les curiosités romantiques et fragiles dont le salon de la place Royale était encombré.

BASCHET (Armand). — La similitude de leurs noms rend très-malheureux Armand Baschet et Armand Bar-

thet ; aussi évitent-ils de se rencontrer. Baschet court le monde , afin de» foire mieux son chemin. Quand il s'arrête à Paris , il vaque à toutes ses visites avec son groom , un petit bonhomme qui rappelle le Toby-Paddy-Joby de Beaudenord , dans La Maison Nucingen. Le groom monte seul dans les maisons : — Monsieur ou madame, dit-il, pouvez-vous recevoir M. Armand Baschet, qui est en bas? Sur la réponse affirmative ou négative , Baschet sort alors de son coupé ou se renfonce dans les coussins. Cela prouve une chose : c'est qu'il n'aime pas à perdre son temps. Il n'y avait pas trois jours, lors de ses débuts dans le monde littéraire, qu'il était débarqué de la diligence de Blois, et il avait déjà vu M. de Broglie, le père Lacordaire, madame Mélanie Waldor , Halévy , Horace Vernet et Albert Biffa rd. Son admiration pour les œuvres de Balzac lui a dicté un volume qui a eu du succès.

BAST (Amédée de). — M. de Bast a fait : Une Carpe dans un baquet , Monsieur Pélican , Le Mameluck de la Grenouillière , etc 11 ne faut pas s'étonner si les romans de M. de Bast, un des doyens de l'in-42, sont à peu près oubliés. Qui se souvient des romans suivants de Le Sage , dont je relève les titres sur un ancien catalogue de Lepetit, libraire, quai des Augustins :

Adelson et Salvini, 4 vol. in-48, avec figures.

Lucie et Mélanie, 4 vol. in-48, fig.

Nancy et Ânnebel, 4 vol. in-48, fig.

Belleval et Selville, t vol. in-48, fig.

BATAILLE (Charles). — M. Charles Bataille est un homme de polémique, comme l'indique ttn nom. Il ne peut souffrir particulièrement les poètes qui se réunissent le soir dans une brasserie de la rue des Martyrs. Il les trouve laids, absurdes ; on dirait, à l'entendre , que ce sont eux qui ont empêché le succès de son volume intitulé: Des Vers. En fait de critique et d'appréciations individuelles, moins que personne , sans douté , nous avons le droit d'avertir et de conseiller un de nos confrères , môme un de nos confrères de talent, comme M. Charles Bataille. Nous croyons cependant qu'il aurait tout à gagner à ne pas égarer son tempérament d'écrivain dans des attaques vraiment trop frivoles contre des gens de son âge , qui travaillent comme lui, qui luttent comme lui, qui souffrent peut-être plus que lui, et dont les ridicules, au demeurant, importent peu au public. Les ridicules! A-t-on bien été au fond de ce mot? Pour nous, nous avons vu souvent des ridicules qui soutenaient des ' courages. Maint jeune poète aux cheveux démesurés est parti pour la gloire avec la superstition capillaire de Samson. Une manie est un encouragement perpétuel , un rappel continu à l'espérance. Nous avorfs pu plaisanter quelquefois à propos des rapins et de leurs chapeaux pointus , mais nos paroles n'ont jamais emprunté le caractère violent de M. Bataille. Nous comprenons tout en art, et nous respectons les hâbleries inoffensives aussi

bien que les mutismes orgueilleux. Les agrégations des réalistes, lenr conversation, qui se bisse parfois naïvement à la hauteur d'une prédication, leur dédain brutalement exprimé pour les écrivains précieux et les marchands de sirops littéraires , tout cela agace M. Bataille. Jusqu'à un certain point on peut comprendre cette antipathie; il y a des gens qui veulent boire leur choppe en repos, rien de plus naturel. Mais alors pourquoi M. Charles Bataille ne change-t-il pas de brasserie ? Il pourrait également faire monter chez lui de la bière; on en vend par cruchons, qui est excellente et qui se conserve très-bien.

BAUDELAIRE (Charles). — Les lèvres serrées, un nez sensuel et frémissant , des veux brillants « «mime deux gouttes de café noir, » une voix brève et coupant les mots comme avec un couteau de boulanger, voilà M. Baudelaire. Nous commençons par sa personnalité, parce qu'elle est inséparable de son talent. Il y a quelque chose de choquant dans l'excès d'intelligence qui anime cette physionomie; on se sent interrogé, presque deviné, et l'on se révolte. £tes écrits sont rares, mais empreints d'un double cachet de force et d'étrangeté ; ses vers sont substantiels, précis ; il leur a donné le titre de : Fleurs du Mal ; nous ne voulons pas trop approfondir ce titre, nous craindrions d'y trouver un système, une théorie. Très-âpre à la recherche des œuvres sérieuses et vécues , M. Charles Baudelaire

a rencontré son semblable à travers l'Océan , — Edgar Poe; — en conséquence, il Ta étudié avec une rare puissance d'assimilation et Ta traduit avec une passion effrayante. Edgard Poe, en effet, avec des vices douloureux en plus, a des facultés et des procédés qui sont communs à M. Charles Baudelaire; on reconnaît dans tous les deux le même amour des exceptions morales, la même insanité de milieu, toujours la même concentration de style.

Si ce petit répertoire n'était pas chose si légère et si fugitive, nous aimerions à nous arrêter encore au nom de M. Baudelaire. Comme tous les artistes volontaires et qui ne se préoccupent ni de leurs confrères ni de l'opinion publique, M. Baudelaire compte de véritables et acharnées inimitiés. — Est-ce parce qu'on annonce, comme devant paraître prochainement, un ouvrage de lui, intitulé : Conversations de M. Charles Baudelaire avec les Anges ?

BASSET (Charles). — Il est fils de M. À. Basset, ancien directeur de l'Opéra-Comique. M. Charles Basset n'est connu dans la littérature que sous le pseudonyme d'Adrien Robert, qui lui sert à signer des romans du demi-monde écrits avec une certaine verve.

BEAUVOIR (Rogeb de). — Quel sang actif! Gomme il va ! Comme II vient ! et toujours souriant I Sa vie se passe à échanger des poignées de main sur les boulevards, chez Tortoni et à l'Opéra. D ouvre la bouche et il parle en vers, il ne se tait que pour boire du vin de Champagne. Mais qu'il le boit avec grâce et avec gaîté ! Où donc prend-il le temps d'écrire , ce causeur, ce viveur , cet amateur de tableaux, ce voyageur, ce plaideur, ce duelliste ?

BELL (Georges). — D y a deux hommes en M. Georges Bell : le Basque et l'écrivain. Le Basque est le plus tempétueux, le plus passionné de tous ceux qui jurent par Diou bibant, ses discours répandent l'épouvante, son regard est une menace. Ouvrez ses écrits : vous n'avez plus qu'un rhéteur charmant, sans audace , indulgent ; il promettait d'assommer, il caresse; il devait tout détruire, il débute par s'asseoir modestement sur une chaise.

BELLOY (maiçctis de). — Un poète d'esprit, ce qui ne se rencontre pas à toute heure et sur tous les chemins, un chevalier d'Aï, un marquis de Sillery mousseux. Ses légendes fleuries ont de l'attrait et souvent mieux que cela. Le marquis de Belloy a été le camarade de Balzac, qui lui a dédié sa belle nouvelle de Gambara.

BERGER DE XIVREY. — Membre de l'Institut et auteur d'un dictionnaire universel. Savant à vingt-deux carats.

BAUCHERY (Roland). — A qui la faute si, malgré ses nombreux romans, M. R. Bauchery n'est pas en possession d'une réputation plus étendue? Les premiers catalogues du libraire Roux proclamaient cependant en lui le successeur direct de Walter Scott.

BÉDOLL1ÈRE (Emile de la).— M.Emile de La Bédollière est le premier littérateur que nous ayons vu, une heure après notre arrivée à Paris. Le hasard m'avait envoyé loger sous son propre toit, rue du Mail. Son accueil fut extrêmement accort : il me donna une lettre de recommandation pour M. Curmer et une autre pour M. Hetzel. M. Curmer me demanda si je saurais lui faire un paroissien. Quant à M. Hetzel, voilà dix ans que je le cherche pour lui remettre la lettre de M. La Bédollière. A l'hôtel des Capucines, en 4848, j'ai failli le rencontrer ; il y a un mois, je l'ai manqué de dix minutes seulement. Je compte pourtant beaucoup sur cette lettre de recommandation.

Emile de La Bédollière était né pour être mieux qu'un traducteur et qu'un nouvelliste ; il avait commencé par la poésie et rimait à cœur perdu quand le hasard mit

M. Barba sur sa route. Dès lors, adieu chansons I il fallut tout traduire : Hofiman , Cooper, Dickens et madame Beecher Stowe. La pipe devint sa principale consolation.

BEAUPLAN (Arthur de). — Fils de feu Amédée de Beauplan. Commissaire du gouvernement auprès de l'Odéon, M. Arthur de Beauplan a fait jouer... au Théâtre-Français Les Pièges dorés, que les réclames des journaux persistaient à appeler Les Sièges dorés.

BOULLAND. — Membre de la Société des gens de lettres.

BONNIN. — Id.

BORDOT. — Id.

BAUDOT. — Id.

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