TOUS
Jules Janin !
(// tombe évanoui).
JUILLERAT (Paul). — Au milieu de tous ceux qui se présenteront, munis d'énormes bagages littéraires, à la gare de la postérité , M. .lui liera t n'aura qu'un modeste et élégant sac de nuit , brodé par la main des fées , ses marraines. Dans ce sac de nuit (pure moquette) il aura mis La Reine de I^esbos, Ia Lièvre et la Tortue, Le Mariage mystique.
JUBINAL (Achille). — «Frères, il faut mourir! »se disent entre eux les Trappistes. La devise de M. Jubinal ne serait-elle pas plutôt : « Frères, ?l faut se nourrir ! »
JOLTROIS (Auguste). — Celui-ci a fait, en collaboration avec M. Albéric Second, un vaudeville : English spoken. Albéric II et Jol III ! ne dirait-on pas deux souverains dépossédés ?
JOUVIN (Baptiste ou Bénédict). — Ecrire la vérité sans talent est une chose odieuse, impardonnable. Otez pour un instant à M. Jouvin l'esprit et le relief, et vous verrez quel
haro le poursuivra. Ce critique, dont l'apparition ne remonte pas à plus de cinq ou six ans , se rallie par mille atomes crochus aux Gustave Planche, aux Granier de Cassagnac, aux Louis Veuillot, à ces farouches éreinteurs qui ont des pavés pour toutes les mouches, et dont le talent s'impose en faisant le vide autour d'eux.
JÀLLAIS (Amédée de). — Tous les événements, toutes les émotions se traduisent pour lui sur l'air de Tm Famille de F Apothicaire.
KÉRATRY (Augute-Hilahion). — Sur le versant dune agreste colline, non loin du, riant hameau de Marly, habite dans un modeste ermitage le doyen de la littérature , et peut-être de la politique, l'auteur du Dernier des Beaumanoir. M. Kératry, ou de Kératry , sera bientôt centenaire. Avide de détails biographiques , nous avons interrogé une multitude de brochures et de recueils ; les uns nous ont appris que M. Kératry était un fort joueur de cochonnet (1); les autres nous ont dit « qu'enthousiaste
(i) Petite biographie a>* gem de lettres virante ; in-42 (j>ar Constant Taillard).
de la liberté conservatrice, il n avait jamais attaché son nom à aucun excès T il était Kami de Camille Jordan T et sH ne marchait pas son égal , do moins peut-on assurer qu'il le suivait de très près (1). » Député du Finistère. M. Kératry a longtemps fourni des articles au Courrier français. « Pour les journaux du côté gauche , écrivait-on en 1826, M. Kératry est ce qu'est M. de Bonald pour les journaux du côté droit : ils exploitent Fun et l'autre le champ nébuleux de la métaphysique; cependant, il est juste de convenir que 11. Kératry est moins obscur que M. de Bonald, et que, lorsqu'il est en verve, il nous donne des pages véritablement éloquentes (2).
En 1831, un petit livre s'exprimait avec moins de respect : « Cet écrivain , disait-il , est doué de tous les avantages physiques de Pélisson. H est de tous les députés celui qui craint le plus la République ; il assurait naguère à la tribune qu'il avait vu passer cette effrontée en carmagnole et en pantalon, ce qui lui eût fait dresser les cheveux sur la tète, si l'honorable avait eu des cheveux... Nous pourrions en dire davantage , mais nous craindrions
[%) Dictionnaire de* gens de lettres vivants; 1836.
(2) Biographie indiscrète des publicisles , feuillistes, libellâtes , journalistes, libraires, furets de coulisses et autres du dis-neurième siècle;
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que M. de Kératry nous gardât une de ses dents de six pouces. Allez donc vous y faire mordre (4 ) ! »
Tout récemment, madame Sand a raconté d'une façon plaisante, dans YHistoire de ma vie, son entrevue avec l'auteur du Dernier des Baumanoir, et comment elle fut reçue par une jeune femme à qui elle demanda ingénuement si son père était visible. — M. de Kératry n'est pas mon père, c'est mon mari! répondit la jeune femme, irritée.
Enfin, nous avons recherché, dans les catalogues de librairie, la liste des ouvrages de M. Auguste-Hilarion de Kératry; ils sont nombreux. Voici les principaux :
Mon habit mordoré ou Joseph et son maître, 2 vol. (4802).
Voyage de vingt-quatre heures, 1 vol. iu-12.
\ja Charrette versée, 4 vol.
La Pervenche de Madagascar, 1 vol. — Ah! c'est gracieux !
Frédéric Styndall, 5 vol.
Traité sur le Beau dans les Arts.
Saphira, 3 vol., etc., etc.
Mais le titre le plus étonnant est celui-ci :
La Nécessité de savoir les premières règles d'arithmétique avant de songer à se marier, 4 vol.
(1) Grand Dictionnaire des petits hmnmes de 1831, par un descendant de Rivarol.
KERMAINGUY (A. de). — Auteur de Fleur d'Epée et de Mannarino ou Malte sous les Chevaliers.
KOCK (Charles-Paul de).
O Paul de Kock qu'embellissent les roses, Va, ne crains rien des ontrages du temps :
Tu survivras à nos siècles moroses, Gai philosophe en habit de printemps.
On relira tes poèmes de joie, Vaste odyssée où domine le flan, Et que le Pape, en des étuis de soie, Soigneusement conserve au Vatican.
A ton école, où les enlumineuses S'en vont apprendre à sabler le vin doux.
En redisant tes chansons amoureuses, Je vois nos fils se donner rendez-vous.
Tu vis passer avec insouciance Tous les partis, sans leur vouer ton luth ; A chacun d'eux, libre, ta conscience Avec orgueil répondit toujours sut !
De ce temps-ci périra l'œuvre éparse ; (La vieille Mob l'aura dans son caba), Toi seul vivras, classique de la farce, Eternisant l'édition Barba.
Une statue, ô roi de la goguette, Rendra ses traits que tous nous admirons ; Et Ton verra Tapote et Bastringuette, A tes côtés, épluchant des marrons !
En bas-relief, Chinois le liquoriste Escortera — joyeux bondissements ! — Frac le tailleur, Mélasse le droguiste , Et Vermillon, le peintre en bâtiments !
Tout un essaim de jeunes kockolâtres, Aux prés Gervais, chaque dimanche, ira En ton honneur s'épandre enjeux folâtres...
— Montalembert, seul, s'en éloignera.
O Paul de Kock, dont la verve suprême Sait nous mener du bal au violon, Poursuis toujours ! et dans un plat de crème Renverse encor l'immortel Baisemon.
De vin à quinze et d'amour enflammée, Vois ta Nini, Galatée en rubans ; Vers la Chaumière, antique renommée, Conduis, Amour, ses genoux titubants !
Groupe adoré ! la grisette profane Va se coiffer de ton chapeau tromblon ; Que son bonnet flotte au bout de ta canne, Kt répétez La mère Gaudiclxon l
ROCK (Henri de)
Et toi, son fils, Henri, noble jeune homme.
De tes succès, l'avenir me répond ; Kt si tu veux qu'un jour l'on te renomme, Henri de Kock. relis Monsieur Dupont.
LAPERDKIS DE MORAINVILLE. — Membre de la Société des gens de lettres.
LAVERGNE (Alexandre de). — Romancier, qui fait ce qu'il peut peut.
LACROIX (Paul). — La bibliographie lui doit une partie de son mouvement actuel ; il a été un des meneurs du cortège moyen-âge qui a traversé Paris après la révolution de 1830, suivi des Jay, des Etienne et des Arnault, criant : A la Chi-en-lit ! M. Paul Lacroix a fait bonne contenance ;
ce n'était pas sa faute si les pièces de son armure rendaient des sons de casserolle. Plus tard, il déjoua les railleurs, en écrivant d'une plume ferme jusqu'à la brutalité des romans modernes.
LACROIX (Jules). — Valéria est un beau drame, et, quoique il ait été écrit en collaboration avec M. Maquet , c'est encore le meilleur titre littéraire de M. Jules Lacroix. Très-grand, blond et des lunettes. H a épousé une sœur de M rae de Hanska, veuve de Balzac.
LEGOMTE (Jules). — Un petit volume , devenu aujourd'hui une rareté bibliographique , Les Lettres sur les Ecrivains français, par Van Engelgom (Bruxelles, 4 837), fournit les renseignements suivants sur M. Jules Lecomte : « C'est un grand mince et pâle, qui porte moustaches et mazarine. On lui donne l'air hautain et quelque peu fat ; c'est un de ces hommes qu'on aime complètement ou qu'on hait complètement. Comme écrivain il a de l'imagination, mais son style tâtonne encore et cherche une forme. Il fait des vers ridicules , et menace d'en publier un volume sous le titre des Goélands. Il a été officier de marine , et s'est mis depuis trois ou quatre ans à vulgariser la marine, comme il le dit lui-même , en fondant des journaux maritimes qu'il rédige. M. Jules Lecomte a vingt-quatre ou vingt-cinq ans, et il porte à l'année un petit lorgnon d'écaillé incrusté dans
l'œi). Une espèce de roman appelé L'Abordage, qu'il a publié il y a un ou deux ans , et dont on a fait tapage , m'a paru , je dois le dire, assez médiocre, lorsque je l'ai lu. Ce livre ressemblait, à mon avis, à ces capharnaums où Ton amoncelle un tas de choses fèaantqp et fastidieuses ; ainsi a peut-être fait l'inventeur des journaux maritimes (et aussi le pêcheur de baleines) pour son roman. Il en aura fait une porte par laquelle il a chassé tout le fratras qui lui encombrait le cerveau ; en tout cas, le livre est mauvais. » On cite de cet écrivain quelques à-propos qui sont ceux d'un homme d'esprit ; je vous en dirai un que mon compatriote tenait d'un témoin auriculaire, M. Alphonse Karr. M. Jules Lecomte se battait à l'épée avec un homme qui , peu après le croisement du fer, lui sembla plus faible en escrime que lui. Soit maladresse, soit que cet examen lui fit apporter plus de nonchalance dans son jeu , toujours est-il que l'adversaire de M. Lecomte parvint à lui porter dans le bas-ventre un furieux coup d'épée. Alors s'adressant à ses témoins : — Il est évident que je tire mieux que monsieur, cria le blessé , et pourtant monsieur s'en est mieux tiré que moi ! — Et il tomba sur le dos , baigné dans son sang, avant que ses amis aient pu le rejoindre. »
LUCAS (Hippolyte). — Avant de continuer, souffrez que j'essuie les verres de ma lorgnette.
LESCfUILLON'. — Les verres de ma Uwgnette sont
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LEBIDOfS. — Ils briDent d'un éclat nouveau. Pbur-
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LEFRÀNC — (Test moins on homme d'esprit qu une vie d'esprit. H a tourné autour do théâtre et est devenu vaudevilfiste ; il a tourné autour de M. Scribe et il a épousé sa cousine ; il a tourné autour de la Bourse, et le voilà presque millionnaire.
LESPÈS (Léo). — Les gens de lettres peuvent se partager [en deux classes : ceux qui ont fait de tout le monde, et ceux qui ont Vair de ce qu'ils sont. M. Léo Lespès appartient à cette seconde classe. Ses cheveux ne connaissent point de règles ; il est couvert d'une sorte de manteau où courent les passementeries et les brandebourgs les plus arbitraires ; il porte des breloques et des graines rouges d'Amérique : cela le regarde. Ceux qui ne Font pas vu le tiennent pour un vif esprit, très-observateur, très-pratique, mais un peu négligé de style. — Paris dans un fauteuil s'ajoutera aux originales esquisses de moeurs que ce temps
inspire.
LEMOINE (Edouard). — Homme de théâtre, comme on dit homme de peine. Frère de M. Lemoine-Montigny, il lit les vaudevilles qu'on adresse au Gymnase. Entre deux ours, il a composé un volume de nouvelles intitulé : Le Dessous des cartes. Nous eussions mieux aimé : Le Dessous des planches
LUBINE (Louis). — Ses amis l'ont surnommé la période sonore. En effet, sous un aspect froid et sombre, M. Louis (.urine cache une éloquence dont la véritable place était peut-être à la tribune ou dans la chaire. 11 aime l'énumération jusqu'à la folie ; il égrène sans relâche des adjectifs qui reluisent souvent comme des pensées; il s'enivre d'antithèses et de jeux de mots à la façon des improvisateurs italiens: de son style, ainsi que d'une boite a surprise, s'élance toujours quelque paradoxe vêtu de vert comme un diablotin, et tirant une langue de feu. Aussi M. Lurine est-il mal à l'aise dans la nouvelle ; on sent que la déclamation est là, qui s'impatiente et qui attend, pour l'emporter, comme le hussard de Lénore. Ici l'on aime est un recueil où l'ingénieux arrive au puéril, où le spirituel devient le fatigant. Le Train de Bordeaux, à la bonne heure ! voilà l'élément do M. Louis Lurine ; ici l'on galope, ici l'on fait claquer son- fouet; ici l'on éblouit, ici l'on étonne ! Les postillons ont de beaux catogans d'où la
poudre s'envole ; les cabaretières sourient sur le seuil des
Lion d'or et des Tète noire; c'est une fête et une merveille !
LABOURIEU (Théodore). — Une fois pour toutes, nous voulons nous mettre à l'abri des reproches d'omission ou d'injustice. Chaque fois que nous 'manquerons de renseignements sur un auteur ou que nous répugnerons à exprimer une opinion trop délibérément désagréable , nous remplacerons la petite notice par un extrait d'un de nos meilleurs classiques. De cette façon, le public n'y perdra rien.
L'EPINAY DE BRÀD1 (Marie de). — Huit volumes de romans réunis en série, sous le titre de : Noblesse et Boutgeoisie.
LOPEZ (Bernard). — Petit , gentil , actif, poli, instruit. A première vue, on ne lui donnerait pas plus de quinze ans ; et cependant, à seize ans, il débutait dans le Figaro, sous M. Roqueplan. Mais le démon du théâtre le tentait; Lopez ne sut pas lui résister : il lui vendit son âme, moyennant un certain nombre de succès qu'il réalise actuellement. Ses premiers mélodrames se ressentent néanmoins de la préoccupation de ce pacte : ils ont des titres
infernaux : La Taverne du Diable, Le Tribut des Cent Vierges. Plus tard , sa gaîté reprit le dessus ; on s'en aperçut à plusieurs pièces d'une gradation folâtre : Turlurette, Roger Bontemps, La Chasse aux belles Filles, Le Carnaval partout. Bernard Lopez était mur pour la Comédie-Française et pour TOdéon ; il y entra , appuyé sur les collaborations de Méry et de Théophile Gautier.
LEYNADIER.
Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire , J'ai tu tomber ton temple et périr ta mémoire ; Dans un cachot affreux abandonné vingt ans , Mes larmes t'imploraient pour mes pauvres enfants. Et lorsque ma famille est par toi réunie , Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie ! Je suis bien malheureux».. C'est ton père, c'est moi , C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi.
(Voltaire, Zaïre, acte II.)
LACROIX (Octave.) — Ecole des amoureux, école buissonnière, chansons d'avril, roses entr'ouvértes, la poésie et son train! M. Lacroix, qui s'appelle Octave comme les jeunes premiers des comédies d'aventure et de galanterie, est aussi un jeune premier littéraire ; on Ta trouvé blotti dans le fauteuil de La Folle Journée. Est-ce M. Sainte- Beuve, de qui il a été jadis le secrétaire, qui lui a appris la chanson à madame ?
LA FIZELIÈRE (Albert de). — Les jeunes bibliophiles sont rares; M. de La Fizelière est un des plus jeunes, il sera l'un des plus distingués.
LAPOINTE (Savinien). — Auteur pour dames et enfants.
LEFLOCH. — t La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, eat celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes , il l'aime , il le cherche et s'anime de la même ardeur; il partage aussi ses plaisirs à la chasse, aux tournois, à la course ; il brille, il étincelle; mais docile autant que courageux, il sait réprimer ses mouvements. » (Buffon, Histoire na~ twrttie).
LARCHEY (Loeeuan). — Oui , Lorédan, comme dans les tragédies de Ducis. M. Lorédan Larchey n a rien de tragique cependant ; esprit un peu narquois, surtout épris du rare et du caché, il a fondé la Jfero* mntcdotique , un recueil à propos duquel on a murmuré le nom de Bachaumont M. Larchey est , en outre, attaché à la bibliothèque llazarine.
LACRETELLE (Henri de). — Conteur élégant, trop élégant peut-être , ce qui Vempôchera de devenir un romancier.
LA MADELÈNE (Henri de). — Blond flamboyant. Il a fait Germain Barbe-Bleue, un récit d'une vérité originale , et il a donné une biographie complète de M. de Raousset- Boulbon.
LA MADELÈNE (Jules de). — Môme cœur et môme esprit que son frère , avec plus de gravité. Tous les deux sont de Carpentras ou des environs. Le Marquis de Saftras, que M. Jules de La Madelène a écrit pour la Revue des Deux Mondes, est un roman étudié et fouillé comme un un poème ; certaines parties rappellent le faire minutieux d'Aloysius Bertrand et du peintre De La Berge. Il a mis autrefois son nom dans la Revue indépendante, au bas de quelques jolis refrains ; j'ai retenu celui-ci par les deux ailes :
Certes, ce sont choses charmantes Que ces amours interrompus ; Mais un jour Laure ne vint plus, Poursuit-on les feuilles volantes Quand tous les chapitres sont lus ?
J'ai bien oublié la coquette -, .
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Mais je vous pleure, amours perdus, Quand j'entends une voix secrète Qui me dit en mille façons :
Amours de cœur, amours de tête, Chansons !
LA LANDELLE (Gabriel de). — Breton né à Montpellier. Le public ne connaît de lui que des romans sauvages et tatoués : Les Princes tfébène, Les Iles de glace, L'Homme de (eu, etc. Mais ce que nous connaissons , nous , ce sont ses chansons de bord , malheureusement inédites pour la plupart : son vrai talent est là. '
L'HERMINIER (Louis). — Il a conduit la diplomatie sous les tonnelles et mis des mouches à la politique. Du temps de Benoît XIV et de M me de Pompadour, on l'aurait fait cardinal ; il ne sera qu'ambassadeur.
LORDEREAU (René). — Misanthrope qui cache bien son jeu. Les femmes mal ferrées sur l'orthographe croient que c'est un Anglais.
LUCHET (Auguste). — Ne cherchons pas plus loin le type du romancier indigné; le voilà : sa phrase brûle et fume comme un tison. Dans Frère et Sœur, dans Le Nom à&Familk, dans Marguerite, trois des plus hardis pam-
phlets qui aient grondé sur la société do Louis-Philippe , il a arraché les appareils sanglants des plaies de famille et répété après Napoléon : « La tyrannie vient de la paternité. »
LELIOUX (Adrien). — L'Odéon a mis dix ans à représenter son Don Gaspar; et la Comédie-Française, poussée à bout , lui a donné de l'argent pour aller se faire jouer, — comme on dit se faire pendre — ailleurs.
LEMER (Juliein). — « Qu'on m'apporte un grand cercueil , chantait Henri Heine, un cercueil énorme comme le tonneau d'Heibelberg ; je veux y jeter mes illusions et mes amours. » Quel tonneau, quel cercueil serait assez grand pour contenir tous les articles de Julien Lemer, qui écrit depuis l'âge de huit ans? Le journal, ce mendiant insupportable qui le tire et le sollicite tous les jours par le coin de son manteau , a peut-être tué en lui un romancier, un poète, un dramaturge. Lemer essaie de se consoler aujourd'hui en refaisant la Bibliographie universelle, qui disonsle d'ailleurs , par suite des travaux remarquables et des matériaux nouveaux dont l'histoire s'est enrichie depuis une trentaine d'années, avait grand besoin d'être refaite.
LOMÉNIE (Louis de). — Un homme jeune encore, mais froid et chagrin. Il a appris à écrire en faisant ses Biogtfh
phies; et, quand il ne suppléait pas M. Ampère au Collège de France, il travaillait à un excellent livre qui a eu tout le succès qu'il méritait : Beaumarchais et son temps.
MAQUET (Auguste). — Voici un homme qui n'a pas eu le dourage des luttes littéraires, des travaux opiniâtres, des r ésultats lents ; qui a eu peur du grenier et peur de l'hôpital ; qui après quelques années de souffrances s'est mis à dire; assez ! et n'a pas voulu aller jusqu'au bout; qui, nouvel Esaii , a vendu son droit de glorieuse aînesse pour un plat de lentilles d'or; voici M. Auguste Maquet. Que cet homme est bien l'image de notre siècle horrible et harcelé ! Il est ou plutôt il a été longtemps le représentant de la littérature mercantile , de la littérature sans utilité et sans beauté , de cette littérature qui est à l'art ce que la
rinçure d'un tonneau est au vin passionné qui gronde et soupire dans un flacon. Que de fois je l'ai plaint, cet homme, et que je le plains encore! La critique, même la plus féroce , pouvait s'attaquer à lui , et lui n'avait pas le droit de répondre à la critique ; elle pouvait le battre et lui ne pouvait pas se regimber, car s'il se regimbait, voici ce qu'elle lui disait, la brutale : « — Tu es semblable au remplaçant militaire; tu trafiques de ton intelligence comme le remplaçant trafique de son corps. Tu n'as pas d'excuse, du moins d'excuse littéraire : à qui persuaderastu que tu cours après la renommée et que tu cultives les lettres ? Baisse la tête et retaille ta plume, manœuvre ; et si quelque pauvre écri^in sérieux , amaigri et vêtu d'un habit mélancolique, vient à passer sous ta fenêtre, salue-le bien bas, entends-tu , car il vaut mieux que toi. »
AfURGER (Henri). — M. Henri Murger en est aujourd'hui à sa deuxième manière : il vise au simple , au naturel , à la réalité domestique. Nous n'oserions (tire qu'il a perdu à cette transformation; mais nous sommes de ceux qui préfèrent la première manière de l'auteur des Scènes de la Bohême, alors que , sans conseil et sans modèle, il ébauchait d'une plume spirituelle ces vifs croquis de la vie de misère et d'amour qui ont commencé sa réputation. À cette profusion enjouée de tons audacieux, de saillies alertes, a succédé une touche plus sobre. Les com-
positions d'Auguste Lafontaine , de Topffer et de M. Jules Sandeau ont tenté ce jeune esprit, jusqu'alors bruyant comme un tambour de basque. La muse de Schubert est venue chasser sur ses lèvres les derniers sons du Carnaval de Venise. Il est d'abord résulté de cette lutte quelques livres mixtes, où M. Henri Murger, regrettant d'avoir trop ri et ne voulant toutefois pas trop pleurer, s'est révélé comme un Bouffé littéraire. Maintenant , la lutte est terminée ou du moins paraît l'être, car dans son dernier roman, Adeline Protat, on trouverait difficilement un seul mot joyeux. Comme quelqu'un qui ferait pénitence, M. Murger s'est retiré dans les gorges de la forêt de Fontainebleau, et là il a écrit, ave^p toutes sortes de métaphores mortifiées et de périodes repentantes, cette histoire anti-mondaine.
Nous nous demandons néanmoins si, dans son petit royaume d'autrefois , royaume de la bonne humeur et des amourettes, M. Henri Murger, n'était pas bien plus maître et plus souverain que sur ce terrain agreste , foulé avant lui déjà par bien des concurrents redoutables. Ses caractères n'ont rien de très-nouveau ; son dialogue n'ennuie pas , mais il n'amuse pas non plus ; le style est rempli de qualités négatives : il est pur mais tiède, harmonieux mais sans accent. Sobriété ! sagesse î ce sont là certainement des mots bien estimables, mais j'aime mieux encore : passion! puissance!
Des personnes ont quelquefois paru douter de l'érudition de M. Murger. Nous les renvoyons à la collection de V Artiste, où il fit ses premières armes; ils y remarqueront particulièrement, à la date du 15 février 4846, une savante étude philologique ; M. Henri Murger y parle avec enthousiasme des langues orientales; il recommande le bengalais, le ralenga, le tamvul; il cite Joseph de Maistre et Wronsky. Cet article, écrit très-fermement , se termine de la sorte : — Eleg haddebarim asher lebi-welo ch'thobethi-beawoth nafshechd adoni-htthchas dehem aweh nafshi.
MARTONNE (Alfred de). — Archiviste du département de Loir-et-Cher; inspecteur des Archives communales et hospitalières du même département; ancien élève de l'Ecole impériale des Chartes ; ancien professeur [d'histoire au collège de Draguignan; membre résident de la Société de l'Ecole des Chartes, de la Société des gens £e lettres, du Comité central des artistes, de la Société universelle, de la Société des sciences, belles-lettres et arts du Var, de la Société académique de Saint-Quentin, de la Société Hàvraise d'études diverses, et de la Société d'agriculture, sciences et belles-lettres de Bayeux.
MUSSET (Paul de). — On ne peut refuser à M. Paul de Musset des qualités sérieuses , une science vraie et de
fort honorables scrupules littéraires. Son livre des Femmes de la Régence est mieux qu'une agréable galerie, c'est un excellent volume d'histoire attrayante. On ne fait pas assez de ces livres-là. Il a été longtemps feuilletonniste de théâtre; peut-être était-il un peu gris, un peu terne, mais au moins il ne rabâchait pas, comme rabâchent tant d'autres ; il ne joignait pas l'épaisse fantaisie à l'extrême injustice ; il hésitait souvent avec sagesse , comme font les personnes instruites.
MASSAS (Charles de). — « Pour faire un civet, prenez un lièvre , découpez-le par morceaux et l'empotez avec de bon bouillon, puis le faites bien cuire et assaisonnez d'un bouquet; étant à moitié cuit , mettez-y un peu de vin, y passez un peu de farine avec un oignon, fort peu de vinaigre, du laurier : servez à la sauce verte et proprement; c'est un manger délicieux. » (Le Cuisinier François).
MOLERI. — Il s'appelait Molière ; mais, afin de ne pas chagriner l'ombre du grand comique, de Molière il a fait Moléri. C'est un homme qui sait son métier; avant de murmurer des historiettes au feuilleton du Siècle, il s'essayait à des comédies de talent.
MARCO DE SAINT-HILAIRE (Emile). — Vive l'Empereur !
MATHIEU (Gustave). — Sa ressemblance à*è> Htoi IV est extraordinaire. Emule heureux de Pierre Dupont, ses Matelots, ses Vendanges, son Fou, ont de la couleur et un entrain du diable. Mathieu n'est pas aufHébut de la vie : il a été marin, agriculteur, voyageur de commette; oit l'aime pour son enthousiasme et pour sa bonne humeur constante.
MALLEFILLE (Félicien). — Il n'a qu'un œil. Dans un feuilleton qui remonte à cinq ou six ans, M. Eugène Pelletan a raconté la vie orageuse de l'auteur des Sept Infants de Lara: des voyages, des tempêtes, la mort etia résurrection. Randal est un beau drame, trop peu connu ; Le Cœur et la Dot n'a que des portions réussies.
MARY LAFON. — Ce fut un romancier, voyez plutôt La Belle Royaliste ; ce fut un poète , lisez Silvio ou le Boudoir. Sur le frontispice gravé de ce dernier ouvrage, on voit des roses, des aristoloches, un jet d'eau, des papillons, des vases , des paons. Les vers sont les plusj gracieux du monde , ils ont la chaleur méridionale, le caprice romantique :
Une femme ! oh ! mon Dieu ! savez-vous ce que c'est ? L'être le plus léger, le plus nul , le plus vide, Des plaisirs d'un instant l'être le plus atfde , Allez ! mon cœur le sait !
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C'est bien, très-bien; il faut lire aussi Suicide, Agonie, Lorsque je pense à roua. Si tu allais tne faire des (rails, la Cascade, Me reux-tu, et Oh! qu'on est fou, d'aimer; ce sont des pièces fort jolies, en vérité, les unes sentimentales, les autres rugissantes; mois c'était la mode. Par exemple, il ne faut pas lire La Lamentation saint-simonfcnne sur les femmes , on serait exposé a y rencontrer celte slropho :
De vos liens insupportable»
Insupportable* et Sapks sont deux rimes que les Jeux Floraux et le Midi loul entier conspueraient avec justice. M. Mary Lafon se doit a lui-même de les faire disparaîtra dans une seconde édition. — C'est aimable et vif, Le Chevalier de Pompone. Et la Rome ancienne et moderne? voyons, il faudra pourtant lire cela. Ou nous sommes critique, ou nous ne le sommes pas. Nous irriions déjà beaucoup de pens; faisons-y attention.
MAILLARD (Firmin). — Il a découvert cent cinquantecinq journaux dans Tan 1856 et il en a courageusement écrit l'histoire. Ces jeunes gens ne doutent de rien !
MOLENES (Paul de). — En changeant d'existence, cet écrivain a changé de nom. Autrefois , lorsqu'il faisait de la critique au Journal des Débats , il signait tranquillement, lourdement : Gaschon de Molènes. Balzac, dont les plaisanteries sont quelquefois grosses comme des maisons, s'est égayé sur le nom et sur l'homme (il avait sans doute ses raisons pour cela) ; « Depuis quelque temps, dit-il, la Russie éprouvait le besoin d'acheter un de nos grands hommes, et elle pensait surtout à Gaschènes de Molon. En rentrant chez lui, hier au soir, Galon de Moschènes y trouve trois envoyés du czar, qui l'attendaient depuis longtemps. Ces messieurs venaient lui présenter , de la part de l'autocrate , vingt-trois tabatières de platine , onze portraits avec diamants, très-ressemblants, et seize boisseaux de roubles en papier. En échange de ces petits cadeaux, S. M. Nicolas I cp implorait seulement l'amitié de M. Groschène de Molleton. Mais, sourd à toutes les prières, M. Galènes de Moschon, indigné, repousse les présents et renvoie les seigneurs, en leur disant : — Allez dire à votre empereur que je n'accepte rien des ennemis de la France. De pareils exemples doivent prouver que notre époque n'est pas entièrement déshéritée de vertus. »
Après la révolution de 1848, M. Gaschon de Molènes, que h vue d'une épée a toujours exalté, s'est fait militaire. Il écri. encore sous la tente , à la lueur des étoiles , mais ce ne s>nt plus des articles de critique, ce sont des nouvelles 01 les hussards sont rêveurs, où les officiers meurent avec leui secret dans leur poitrine.
MONTÉS UT (Emile). — Rédacteur de la Revue des Deux-Mondes.
MILCENT. — Rédacteur de la Revue des Deux-Mondes.
MARTIN (Edouard). — Rédacteur de la Revue des Deux- Mondes et des Noces de Bouchencœur.
MANTZ (Paul). — M. Paul Mantz est, dit-on, Bordelais ; mais tout en lui proteste contre cette origine ; il parle peu, il ne se vante jamais, il ne voit que quelques amis. Ses débuts datent de 1845 : des vers, de bonnes études sur quelques personnages littéraires du dix-septième siècle , des articles d'art. Cette dernière spécialité lui est surtout familière ; jl y apporte un goût sûr, et une bienveillance qui ne s'arrête que devant l'impartialité. Paul Mantz est petit , mince, avec des allures de souris, et la vue basse. Il occupe un emploi au ministère de l'intérieur.
MERY. — La nuit est uniformément noir£; la fenétf'es* laissée tomber dans un sac à charborifimnme dit^krl^quin. Une foule énorme se meut dans les ténèbres épaisses ; elle est sur les ponts, sous les arbres, aux balcags ; elle attend, elle fait silence. Tout-à-coup, bouml boum! ce^mt deux détonations et, presque aussitôt, deux grandes lueurs dans le ciel. La foule répond à ce signal par une claneur immense. D'abord lents, des jets de feu partent et s'élèvent; le bruit qu'ils font ressemble à celui des pièces de toile qu'on déchire. Des fleurs naissent, des étoiles s'ouvrent; des pluies rouges se déclarent ; on voit la foule qui trépigne, on aperçoit les nuages. Puis l'ombre revient. Les bombes recommencent à tonner. Un petit travail s'entend ; ce n'est qu'un pétillement d'abord ; quelque chose tourne , tourne, confus au premier aspect , et , se dégageant , devient éclatant, ingénieux; ce sont des artichauts, des roues, des colonnes torses. Cela" dure cinq minutes, se complique, passe du bleu au blanc et du blanc au rouge. Les fusées se mettent de la partie ; elles se croisent, s'appellent, se pourchassent, les unes grêles, les autres puissantes et turbulentes , mourant dans l'immensité ou retombant avec la rapidité effrayante d'un aérolithe , dans l'effroi et dans les éclats de rire. Les yeux se dilatent , on se passionne. Des cascades se dessinent , semant la poudre de feu à la place de la poudre d'eau ; des kiosques apparaissent, chassés par des nuées écarlates. Une demi-heure s'écoule ainsi.
Tous les èchc$ do^ontmartre, de Suresne, de Meudon, du Puiltlîêon et du Père-Lachaise se sont réveillés en sursaut. Us grognent , W s'étonnent. Les bombes vont toujours. Enffo, au moment où la curiosité est près de se lasser, le wile difcrtemple se fend en deux ; la flamme dresse ses échell^ hésite un instant, escalade avec furie les degrés d'un palais de diamants, s'attaque aux portiques, les embrase, s'enroule autour des arceaux, grimpe aux frises et plante son drapeau sur le sommet. C'est le bouquet ! L'horizon se transforme en une gueule^e cratère, et, comme le Polyphème du parc de Versailles, lance vers les . cieux une gerbe aveuglante. Un cri unanime rase la terre. Tout le monde s'est vu, et ce fout le monde, c'est cent mille personnes, deux cent mille, dans un brasier. Joies du feu d'artifice ! Cinq minutes après, tout est morne , tout
est noir ; les rues charrient une masse murmurante —
Méry a cessé de parler.
MEURICE (Paul). — « Dès qu'il me faut faire l'éloge de quelqu'un,' je ne trouve plus rien à dire, » m'avouait ingénuement un fameux critique. A ce compte, je devrais rester muet devant M. Paul Meurice , un de ces littérateurs pour qui semblent avoir été inventés les mots : recommandable, estimable, distingué. Sous cette physionomie discrète et ferme, derrière ce sourire un peu triste , dans ce corps jeune et sec, on devine une nature d'élite, blessée
profondément et gardant le secret de sa blessure. Satellite considérable, — mais satellite, — longtemps emporté dans l'orbe lumineux d'Alexandre Dumas et de Victor Hugo, il s'essaie depuis quelques années à dégager sa personnalité. Il y parviendra, je n'en doute point. Alors nous aurons ou un poète, ou un romancier, ou un auteur dramatique de plus. En ce moment, nous n'avons qu'un charmant et habile écrivain, bon à tout, même au mélodrame. Ce n'est pas assez.
MONTIGNY. — Auteur d'Amammpo ou la Découverte du Quinquina, pièce qui eut autrefois un succès de fièvre à la Gaîté. Le directeur nous dérobe un peu l'auteur aujourd'hui.
MONNIER (Henri). — Comprendra-on plus tard qu'un homme qui a tant fait pour l'histoire dé nos mœurs n'ait pas été de l'Académie française? Ainsi donc, il ne suffit pas d'avoir créé un type éternel et vrai comme Tartuffe et Figaro ; d'avoir sténographié avec une fidélité inconnue aux littératures antérieures les propos de la vie privée ; d'avoir raconté le peuple du dix-neuvième siècle, comme Caylus et Vadé avaient raconté le peuple du dix-huitième; d'avoir signé Jean Hiroux et Le Roman chez la portière, deux chefs-d'œuvre qui arrivent à l'effroi dans la réalité et qui auront certainement l'éclatante durée des épopées in-
diennes ; d'avoir fait mouvoir, parler, chanter, glapir, rouler dans un cadre immense tout un monde disparu ou prêt à disparaître de gardes nationaux , de conducteurs de diligences, de grise t tes, de bureaucrates et de cabotins; il ne- suffit pas de tous ces titres et de bun d'autres pour avoir le droit de s'asseoir sous la coupole glorieuse à côté de M. Ernest Legouvé.
Ce qu'on ne connaît pas d'Henri Monnier vaut peut-être mieux encore que ce que l'on en connaît ; ce qu'il raconte est souvent supérieur à ce qu'il exprime. Ainsi : La Diligence de Lyon, La Pierreuse, M. Prudhomme à Cythère, Les Officiers. Mais où s'en iront après lui ces inimitables récits? quelle mémoire les recueillera ? quelle presse clandestine de Hollande en sèmera la tradition par le monde ? Hélas ! il en sera d'Henri Monnier comme de Musson ; vous ou moi, nous serons là pour dire : — Je l'ai vu, je l'ai entendu ; j'ai vu ce masque empreint, comme par une ironie étrange, d'une ressemblance napoléonienne; j'ai entendu cette voix qui semblait sortir du ventre chamarré d'un polichinelle emphatique ; j'ai souri , j'ai ri à gorge déployée, j'ai frémi à ces onomatopées, à ces gestes, à ces regards, à ces mots que rien ne rappelle et qui ne ressemblaient à rien. Voilà ce que nous dirons , vous ou moi , à une génération incrédule. Mais après vous ? mais après moi ?
MÉNÉTRIER (Charles) — Il est des bibliophiles intelligents et des bibliophiles stupides ; il en est qui ne savent
pas ce qu'il y a dans leurs bibliothèques, et qui se contentent de rapprocher mystérieusement les paupières quand on leur cite un ouvrage. M. Ménétrier est loin d'appartenir à cette dernière classe ; c'est au contraire un érudit de la famille de Nodier, un dégustateur aimable et fin de l'esprit d'autrui, ce qui ne Ta pas empêché de s'associer discrètement à plusieurs succès de théâtre Le capuchon de deux ermites de Ménilmontant qui signèrent autrefois un bizarre roman intitulé Caliban ne recouvre pas si bien l'un d'eux que nous ne distinguions les traits un peu moqueurs de M. Ménétrier. Mais que de pseudonymes, grand Dieu ! et quelles peines il apprête aux Saumaires futurs ! Hier encore, M. Quérard ne cherchait-il pas à me persuader que le Ustener de la Gazette des Théâtres n'était qu'une des innombrables incarnations de notre érudit ?
MA VIEILLE. — Vaudevilliste du Café des Variétés.
MONSELET (Pierre-Charles). — Ce que je placerai à la suite de ce nom ne peut être ni une biographie ni une appréciation. On ne croirait pas à ma sévérité, on sourirait de mon indulgence. Cependant je ne voudrais pas avoir l'air d'esquiver une difficulté, puisqu'il est convenu que c'est une difficulté de parler bien de soi-même.
D y a dix ans que je fais de la critique, mais toujours incidemment ; la plus large part de ma vie est donnée à
la production. Dans ces heures de critique, il m'est arrivé de blesser certaines personnes, tantôt involontairement, volontairement d'autres fois. J'avais, pour me soutenir dans cet exercice, plusieurs idées générales que j'ai encore, et que j'ai essayé d'exprimer en maintes circonstances. Aujourd'hui je les résumerai, — pour n'y plus revenir.
Selon moi, ce qu'un jeune écrivain doit d'abord se hâter de faire dès ses débuts, c'est d'exprimer son opinion nette et franche sur les hommes importants de son époque. Plus tard, il ne le pourrait plus. Plus tard, les amitiés, les convenances et les intérêts l'entoureront d'un réseau difficile à déchirer.
La vérité ne nous est jamais venue que par les jeunes gens. Ce premier coup-d'œil surpris et hardi que l'on jette sur les personnages de son siècle; au sortir du collège, ce premier coup-d'œil trompe rarement. A cet âge-là, les admirations ont des larmes, les antipathies ont de belles colères ; les indifférences même ont leur signification. Que les jeunes gens nous crient donc la vérité dans leurs premières pages ! que leurs paroles n'aient pas peur ! que cet âge soit sans pitié, enfin ! Et s'il est vrai que la vérité compromette de nos jours, — eh bien! qu'ils se compromettent !
Ils auront tout le reste de leur vie pour revenir sur leur accès de courage, pour accepter les transactions et
pactiser avec les médiocrités. Ils auront tout le reste de leur vie pour s'endormir dans l'heureux ron-ron des gros chats de la critique, pour reposer dans un tiède fauteuil rembourré par les concessions et capitonné par l'insouciance. Mais ils n'auront qu'une fois vingt ans et vingtcinq ans pour parler à cœur ouvert et à front levé, comme des imprudents, comme des dupes, comme des niais, comme des hommes honnêtes !
Honte au jeune homme hypocrite, qui entre sournoisement et furtivement dans le monde des lettres, avec une prudence prématurée, et de qui les premiers pas ressemblent aux derniers d'un vieillard !
La jeunesse, c'est l'élan.
Vers trente ans, on commence à faire comme Fontenelle, on referme ses mains pleines de vérités. On cherche sa place dans la société ; et, comme l'on désire être tranquille, on finit par laisser tranquilles les autres. C'est la seconde phase de la vie, tout aussi logique que la première. Les relations forcées arrivent et se groupent autour de l'écrivain de trente ans. Un excellent homme, qui est en même temps un auteur exécrable, lui rend un bon office, par hasard ou autrement, n'importe, n'en voilà pas moins le critique condamné au silence sur son bidÉhfaiteur, sur son ami ; sa conscience littéraire est morte à partir de ce jour-là. Et puis, ce n'est pas un sauvage, après tout : il assistera à des, banquets ou ses confrères
viendront lui tendre la main ; on ne résiste pas à une main tendue ; il trinquera avec de bons garçons qui rachètent leur peu de style par beaucoup de gaîté. Il fera partie, après quelques hésitations, de la Société des Gens de lettres ; car enfin, quoiqu'il eût préféré vivre toujours à l'écart, il ne peut cependant pas se priver des avantages que cette Société lui offre. Il aura besoin du président, du secrétaire pour toucher ses droits de reproduction. Il est poli, ils seront obséquieux. Un jour, un de ses confrères lui frappera sur l'épaule et le tutoiera ; un vaudevilliste l'appellera : Mon petit! — Un critiquo qu'on tutoie n'est déjà plus un critique.
Il se sentira muselé de plus en plus. Tout le monde le saluera, et il saluera tout le monde, car il est bien élevé ; mais il enragera. Voyez plutôt : Un livre tombe soudainement chez lui, un mauvais livre, absurde, inepte, honteux, pleins d'accrocs à la morale et à la langue; un livre à proscrire, à bafouer, à écharper ; un livre funeste. Quelle belle occasion pour le critique 1 Sa tête bout, sa plume des anciens jours se hérisse comme la crête d'un ara ; il faut un réquisitoire ardent, sa verve va couler... Hélas! non. Sur la première page du livre, sur la page blanche il a lu ces mots : Offert à mon meilleur ami; souvenir affectueux de etc., etc. »
La plume tombe de ses doigts. Encore un mauvais livre qui passera sans protestation, qui fera son chemin peut-être 1
Le lendemain , c'est une comédie qu'il va voir : une comédie imbécile, faite avec des vieilles comédies, des vieux caractères, des vieux mots, des vieux costumes et des vieux succès. Il a vu cela soixante fois. Il le verra soixante fois encore. N'y a-t-il pas de quoi s'irriter et écrire en rentrant chez soi un factum sévère , juste , un rappel à l'invention, à l'esprit, à la passion, à toutes les qualités dramatiques qui s'en vont à vau-l'eau? Oui, certes. Et pourtant, dès les premières lignes, le critique s'arrête. Une sueur froide a passé sur son front. Qu'allait-il faite ? L'auteur de la pièce nouvelle a été son hôte maintes fois, et maintes fois il en a reçu des loges entières. Fautil passer pour un malotru et écraser une pièce qui, si mauvaise qu'elle soit, a peut-être coûté bien des veilles ; une pièce sur laquelle l'auteur, peu fortuné, a fondé sans doute des espérances pécuniaires?
Ainsi réfléchit le critique. Et le critique se tait. Il se tait pour la mauvaise pièce, comme il s'est tu pour le mauvais livre. Il se tait, ce n'est que demi-mal. Son silence fait supposer un reste de dignité, de pudeur. Il ne se relève pas, mais il ne s'avilit pas, au moins. Il se lave les mains, comme Ponce-Pilate.
Mais un jour viendra qu'il ne se taira plus ; un jour viendra qu'il parlera du mauvais livre avec éloge et qu'il prédira cent représentations à la mauvaise pièce.
Ce jour-la , priez pour le critique. A sa place , il y aura
un homme aimable , riche peut-être, chevalier ou même officier de la Légion-d'Honneur, serviable, entouré, écouté, un homme « raisonnable » diront les quelques gens qui se souviendront seuls des premiers coups de griffe du critique aujourd'hui sans ongles.
Je n'ai pas la force de blâmer cet homme.
Il n'aura fait que céder à la force des choses, qu'obéir à la loi du temps. Je ne demande point de feuilletonistes Spartiates, d'aristarques en bronze. Je veux seulement que l'on-profite de sa jeunesse pour avoir l'honnêteté littéraire. Or l'honnêteté littéraire, — c'est la franchise.
Tout à l'heure, j'ai dit que la vérité ne nous arrivait que par les jeunes gens. Je me suis trompé. Elle nous arrive aussi par les malheureux. Les auteurs qui ont à porter le poids de leur misère, de leur paresse ou de leurs vices, laissent quelquefois s'échapper de leurs lèvres crispées cette vérité si rare. Mais ils sont moins dignes de foi que les jeunes gens ; ils ont plus vécu, ils ont souvent transigé ; partant, leur colère est suspecte au public, qui les accuse de partialité ou d'envie. — Vous êtes malheureux, donc vous êtes injuste ! Telle est la logique du public.
Le malheur ne traîne aucun avantage après lui. C'est pourquoi les jeunes gens ont et auront toujours le privilège de la vérité, de la vérité écoutée. Pourquoi les suspecterait-on, eux ? Ils sont souriants, contents, enivrés ;
ils n'ont pas la conscience des regrets qu'ils s'apprêtent et des obstacles qu'ils accumulent devant leur avenir. Qu'ils se laissent donc aller — jusqu'à trente ans — au courant de leurs impressions ; qu'ils ne craignent pas de pousser trop loin l'expression de leur blâme ou de leur louange ; mieux vaut dépasser le but que de ne le point atteindre. Il est toujours temps d'être sage ; il n'est pas toujours temps d'être fort.
Hélas ! j'ai eu trente ans, hier.
MARMIER (X.) — Le froid vous gagne rien qu'à prononcer le nom de M. X. Marmier ; votre nez gèle dès que vous ouvrez un de ses livres ; il semble que derrière chaque feuillet va apparaître un ours blanc ; Andersen et Franzen ont beau murmurer leurs petites chansons, vous êtes obligé de faire allumer du feu, si vous voulez dépasser la deuxième page.
MALITOURNE (Pierre). —
Le Malitourne de Véron
If a rien de notre Malitourne :
C'est un vieux homme en chapeau rond,
Le Malitourne de Véron.
Le nôtre est pimpant et luron,
Tandis que l'autre s'en retourne.
Le Malitourne de Véron
N'a rien de notre Malitourne.
Le Malitourne d'aujourd'hui Est Malitourne de L'Artiste.
Il vaut mieux que Carie Ledhuy, Le Malitourne d'aujourd'huy.
Sa phrase qui brille et séduit, A la valeur d'une améthyste.
Le Malitourne d'aujourd'hui Est Malitourne de L'Artiste.
MAGNIN (Charles).
Polichinelle. — Compère?
Le Compère. — Eh bien ! quoi, Polichinellle?
Polichinelle. — Je vais me marier, Compère.
Le Compère. — Tu vas te marier, Polichinelle ?
Polichinelle. — Oui, Compère.
Le Compère. — Je t'en fais mon compliment, mon ami.
Polichinelle (chantant et dansant) . — To. to. to... ro, to, to . . . ro, to, toire ï . . .
Ainsi s'exprime, ou à peu près, M. Charles Magnin, dans sa très-savante Histoire des Marionnettes. Par suite de ses recherches, il ne serait pas impossible, en remontant l'échelle des âges, de retrouver chez les peuples préadamites la trace d'un monstrueux Polichinelle, orné d'une trompe comme le poisson Macar. Il est hors de doute, en tous les cas, que les Assyriens ont connu une idole joyeuse sous le nom de Guignol-Phalazar.
Ce grand amour des marionnettes a fait nommer, il y a quatre ans, M. Charles Magnin, membre du Comité de lecture à la Comédie-Française.
MIGNET. — Décoré de juillet.