COQUILLE (J.-B.-V
Après avoir longtemps bataillé dans VUnivers, en qualité de premier aide de camp de M. Veuillot, J.-B.-V. Coquille... vint au Monde, où il exerce maintenant les fonctions sacerdotales de rédacteur en chef.
M. Coquille n'a pas le style à grandes guides de son ancien général; sa phrase est courte, sèche, nerveuse;
— Rimais elle pique et pénètre; au lieu d'assommer ses adversaires d'un seul coup, J.-B.-V. Coquille les tue à petit feu; bref, après M. Veuillot, M. Coquille est certainement le plus redoutable des polémistes cléricaux.
Ses articles sont toujours intéressants, croustillants, parfois même ils contiennent un grain de philosophie..., ce qui nous procure le plaisir de pouvoir parler ici de M, Coquille.
Comme auteur, il a publié : Les Légistes, leur influence politique et religieuse. — La Politique chrétienne. — Du Césarisme dans V antiquité et dans les temps modernes.
Depuis de longues années M. Coquille (qui le croirait?) est un des habitués du café Procope, de voltairienne mémoire. Il y arrive presque tous les soirs vers huit heures et prend place dans la salle du rez-dechaussée..., prend place — devinez oià — sous le panneau où est peint le portrait de Piron.... Piron — Coquille ! ! ! !
Notre polémiste n'écrit jamais une ligne au Procope, il se contente d'y lire les journaux et la Revue des Deux- Mondes, en sirotant régulièrement un modeste mazagran
On ne dira pas que nous sommes mal renseigné. Si ces renseignements ne sont pas exacts, nous consentons à être écartelé, comme cela se faisait ^our les incrédules au bon vieux temps que regrette si fort M. Coquille.
Mais — onze heures sonnent au moment oij nous achevons cet article; c'est l'heure à laquelle M. Coquille
quitte le Procope.... Bonsoir, monsieur Coquille, — bonne nuit .. .
COMTE (Auguste).
Auguste Comte occupe, à juste titre, une des premières places parmi les hommes de génie du XIX" siècle. De son vivant même, il rallia autour de lui les penseurs les plus éminents de nos jours: Littré, Stuart-Mill, Richard Congreve, Robin, Herbert Spencer, etc., formaient son brillant état-major.
Mais ce n'est pas du philosophe que nous nous occuperons ici, le cadre restreint de ce petit livre nous en empêche; d'ailleurs, les ouvrages de MM. Littré, Robinet, Janet, Laffitte, de Blignières, etc., donnent à ce sujet tous les détails désirables.
C'est donc l'homme seul que nous considérerons, et, comme homme, M. Comte était, il faut bien l'avouer, un assez drôle de sire.
Vers la fm de sa vie, malgré ses labeurs philosophiques , il tomba subitement amoureux d'une jeune veuve, M'"^ Clotilde de Vaux.
Voici en quels termes originaux il annonce à M. Stuart- Mill cette passion naissante et... positive, puisque positivisme il y a.
« L'invasion décisive de cette vertueuse passion, dit-il^ coïncida l'an dernier avec l'élaboration initiale de mon second grand ouvrage. Vous concevez aussi la vraie gravité dune crise nerveuse qui, jusqu'ici, vous
était imparfaitement connue et dans laquelle j'ai couru un véritable danger cérébral, dont d'énergiques souvenirs personnels m'ont heureusement préservé, sans aucune vaine intervention médicale, par la seule assistance du sévère régime que j'ai introduit à cette occasion pour tout le reste de ma vie. Sauf cet inévitable début, je sentais avec délices l'admirable harmonie spontanée de cette affection privée avec ma mission publique, au moment où je commençais ma nouvelle carrière philosophique, où le cœur, comme je vous l'annonçai, aura désormais au moins autant de part naturelle que l'esprit lui-même. » Lettre à M. Stuart-Mill (du 6 mai 1846).
Délicieuse, n'est-ce pas? délicieuse, cette déclaration! Brave philosophe, va !
Nous aimons à croire cependant que M. Comte n'a pas décerné à cette lettre le titre de bref, comme il le faisait parfois, nous apprend M. Littré, « à l'époque où il se déclara grand prêtre de l'humanité ».
Le grand prêtre de l'humanité laissa un testament, lequel est véritablement une pièce assez folichonne.
Dans ce testament , le grand prêtre de l'humanité chargeait ses treize exécuteurs testamentaires, d'abord de payer ses dettes, ensuite de faire une pension à sa cuisinière; au décès de cette cuisinière, de faire une pension à son mari, et, au décès de ce mari, une pension à leur fils; il donnait en outre à ladite cuisinière son argent comptant, ses bijoux, son argenterie. Quant à ses disciples, il leur coUoquait son mobilier, sa biblio-
— H — thèque, et la charge de « conserver son appartement tel quel, comme premier siège du culte de l'humanité ».
Ce n'est pas tout. Dans ce testament, le grand prêtre de l'humanité trouvait encore le moyen de dire à sa femme mille choses désagréables : on n'est pas plus charmant que cela, en vérité!
COUDEREAU.
M. Coudereau a longtemps personnifié, dans le journal la Pensée nouvelle, l'union de la pharmacie et de la philosophie, deux choses auxquelles, disent certaines gens, l'humanité est redevable de bien des maux; toutefois, la pharmacie nourrit les apothicaires et guérit les malades, quand elle ne les tue pas ; tandis que la philosophie nourrit, il est vrai, les philosophants, mais dérange ordinairement la cervelle des philosophes.
C'est à dessein que nous employons ce terme nouveau et peu connu. On lit en effet dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française : « Philosophé: substantif singulier masculin, synonyme de ramolli; on dit indifféremment, en parlant de quelqu'un : // est philosophé, ou : // est ramolli »
.... Mais revenons à M. Coudereau. Quoique pharmacien à Choisy-le-Roi, il est philosophe jusqu'au bout des ongles, beaucoup plus même que la plupart de nos professeurs d'infini.
Il est vrai qu'il ne sort pas de l'École normale ; il est encore vrai qu'il ne fera jamais gémir sous lui le siège
que M. Caro occupe à la Sorbonne, ce dont nous le félicitons ; il n'entrera probablement jamais à l'Institut, où trône également M. Caro, ce qui ne l'empêche nullement d'être de force à tirer des Caro...ttes philosophiques audit professeur, lequel d'ailleurs ne les épargne guère à ses auditeurs.
M. Coudereau a donné pendant deux ans d'excellents articles à la Pensée nouvelle; réunis ensemble, ils formeraient un livre qui vaudrait au moins ceux de M, Caro, Car ô...tons de ces derniers tous les passages à effet, toutes les digressions éloquentes, en fait de philosophie, que reste-t-il?.... du vent ; et les lecteurs s'aperçoivent, mais un peu tard, qu'en achetant ces ouvrages, ils se sont laissé Caro-tter. ..!!!!
COUSIN (Victor).
Mort subitement à Cannes, le 15 janvier 1867, sans avoir eu le temps de recommander à ses apôtres de soigner l'éclectisme.
Est il au ciel?
Est-il en enfer?
A-t-il été rejoindre quelque part madame de Longueville?
Cousin... e-t-il avec !e diable ou le bon Dieu?
Questions terribles qu'on se pose avec effroi !
DALLY (Docteur).
Médecin distingué. A traduit, en y ajoutant des notes et une brillante introduction^ le célèbre ouvrage de Huxley : De la place de l'homme dans la nature. Il a collaboré aussi à la Pensée nouvelle.
DAUDVILLE (Ch.).
L'Être cause... (in-8)... Taisons-nous...
DEBERLE (Alfred).
Collaborateur de V Année philosophique.
DEHERS (Louis).
Auteur d'un article intitulé : l'Athéisme au XIX'' siècle, publié en 1 866 dans le Libre Penseur bordelais.
DESJARDINS (Albert).
Des jardins de la Faculté de droit de Paris ; on le voyait écrire entre deux examens sur les Moralistes français au XVP siècle (in-S".).
Très-aimé des étudiants en droit; mais pique plus facilement les rouges que les blanches.
DIDON (le Révérend Père).
Dans un ouvrage comme celui-ci, consacré à la philosophie , nous ne pouvons cacher un procédé découvert par le Père Didon et au moyen duquel le premier venu peut distinguer en un clin d'œil un catholique d'un matérialiste.
Écoutons le Père Didon : « Je voudrais, dit-il, voir passer devant moi un matérialiste et un catholique ; eh bien! je reconnaîtrais sur le front des deux des stigmates de leurs doctrines. . . Dans l'un je verrais quelque chose de flétri, d'humilié. Pourquoi? — Parce qu'il est esclave de lui-même, parce qu'il est esclave de sa molécule; tandis que l'autre est maître de lui-même. C'est le bon cavalier qui tient son cheval entre ses jambes d'une main vigoureuse, et qui le mène où il veut. Ces deux cavaliers se reconnaissent bien vite; il ne faut pas une grande étude pour savoir discerner entre l'homme qui est maître de lui-même et celui qui n'est qu'un esclave : celui-ci a des altitudes humiliées, il a senti l'éperon, il a senti le fouet; et tout homme qui a senti cela a perdu la virginité de sa fierté. Mais l'homme qui est maître de lui , cet homme est encore vierge dans sa fierté : il a sur le front cette auréole qui vous distingue , et les vrais savants sauront en faire la différence. »
Noté pendant un sermon prononcé le 5 avril 1868 à Saint-Germain-des-Prés par le Père Didon,