‹ La Loterie d'État en PologneChapitre 58 sur 106 · VITRE · texte numérisé non relu

VITRE

Pactivité de la loterie en classes fut interrompue et de nombreuses familles qui s'étaient vu assurer, par elle, leurs moyens d'existence, se trouvèrent jetées à la rue.

«Au nom de cette catégorie de personnes, nous prenons la liberté de nous adresser au Comité Civique de la Capitale comme étant actuellement l'institution nationale suprême, en lui demandant de vouloir bien favoriser la renaissance de la loterie en classes. Nous appuyons notre requête des raisons suivantes :

« Nous connaissons l'argument fondamental auquel on a généralement recours à l'encontre de l’organisation de toute loterie. C’est la crainte de faire naître, dans le public, une passion pour le jeu de hasard et d’exposer la population peu aisée aux dépenses improductives. Il serait vraiment difficile de considérer le faible prix du billet de loterie, lequel est assez souvent payé par quelques joueurs associés, comme une dépense d’une grande importance, même pour le budget d'un citoyen peu fortuné. |

«Néanmoins, on sait bien qu’il n’est plus guère de souscripteur pour jouer plus d’un quart de billet ou d’une part de celui-ci et qu'en général on n’achète qu’un seul numéro choisi. Le système-de la loterie en classes ne suscite pas cette tendance d'ordre psychologique à jouer en même temps plusieurs billets ou une série entière de numéros par opposition avec les véritables jeux de hasard, comme la roulette, où le joueur mise simultanément sur les couleurs, les douzaines et autres combinaisons.

« En réalité, toutes les précautions prises contre le jeu de hasard sont sans effet, puisque le public achète quand même les billets de toutes les loteries étrangères qui, à présent, prospèrent légalement à Varsovie, en alléchant les habitants par des annonces tapageuses, par de grandes promesses, etc.

« Telle a toujours été la nature humaine d’avoir constamment besoin d’une parcelle d’espérance, d’une croyance en la décision miraculeuse du sort capable d’arracher subitement le pauvre à son infortune. La privation de cette lueur d'espérance, serait considérée par la foule comme une sentinelle placée, contre la chance, à la porte de ses foyers. C’est pour cette raison qu'étant même dans une grande misère ils jouent, pour une petite somme, chez un agent inconnu et peu sûr, sans pouvoir contrôler sa probité pas plus que sa responsabilité. Il serait difficile d’admettre que le paiement de leurs lots aux gagnants se produisit, en cette occurence, sans préjudice pour le public et plus particulièrement pour les acheteurs mal avertis. Ceux-ci pourraient être amenés à verser de trop grandes épingles sur leurs lots, au profit des collecteurs, ou se verraient obligés d'accomplir des cessions,

des changement de conditions et autres transactions, ayant pour but de les priver, même partiellement, des lots gagnés.

« Cependant une loterie en classes, régulièrement organisée par les autorités nationales et fondée sur un système connu du public aurait en peu de temps éliminé les nombreuses loteries étrangères en attirant vers elle leurs souscripteurs habituels en Pologne. ss

«Un contrôle civique, notoirement exercé par les autorités municipales sur la vente des billets et le paiement des lots, préviendrait les causes de préjudices en réfrénant les abus actuellement pratiqués envers les joueurs. Et le pourcentage prélevé sur les lots, au profit des collecteurs et des sociétés de bienfaisance, rendrait leurs moyens d'existence à des centaines de familles qui actuellement par leurs demandes de secours contribuent à augmenter le fardeau du Comité civique. Ge pourcentage pourrait, en même temps, enrichir « le fonds des pauvres » d’une somme s'élevant à plusieurs dizaines de mille [roubles] par an.

« Une fraction polonaise du personnel des fonctionnaires occupés jadis au service de la loterie, rattachée à la succursale de la Banque d'Etat russe, à Varsovie, connaissant à fond les rouages et la technique de l'entreprise, est restée à Varsovie. Il suffit donc de prendre une décision convenable etferme pour rappeler à une nouvelle existence le service de la loterie dont l’organisation et le fonctionnement pourraient être réalisés rapidement sans grands préparatifs ni efforts,

« Nous pensons que les fonctions de collecteurs pourraient être confiées, par le Comité Givique, en premier lieu aux personnes qui tiraient de ce métier leurs moyens de subsistance. Néanmoins, vu le chiffreimportant de billets accordé jadis aux nombreux collecteurs et aux sociétés de bienfaisance d’origine russe, il resterait à la disposition du Comité Civique, un certain nombre de billets à répartir parmi les personnes méritantes qui, malgré leurs sollicitations répétées, adressées au service de la loterie de Pologne, ne sont pas arrivées à recevoir des billets pour la vente.

« En résumé de ce qui vient d’être exposé, il y aurait lieu de tenir compte de l'argument suivant : la population est à la recherche d'une loterie à laquelle elle souscrira de quelque manière que ce soit, tandis qu'en l’absence régulière d’une institution semblable, des loteries étrangères et illégales prospèrent dans des conditions nuisibles aux intérêts du public sans que la municipalité, les pauvres et les collecteurs puissent réaliser un bénéfice quelconque. Par conséquent la conclusion s'impose de l'intérêt à établir normalement une loterie municipale qui donnerait des avantages à la population, à la ville et à cette catégorie de pauvres gens qui portaient jadis le nom de collecteurs.

«Avec l'espoir que la présentation impartiale des faits, qui viennent

d’être exposés, sera favorablement et objectivement aussi prise en considération par les autorités nationales nous prenons la liberté de vous remettre cette pétition » (1).

Le Comité Civique prêta attention à la requête ainsi présentée par les collecteurs et engagea des pourparlers avec les représentants de la ville de Varsovie. Après quelques délibérations communes, une décision fut prise suivant laquelle une loterie en classes de la ville de Varsovie devait être instituée. On arrêta les conditions et les dispositions à prendre pour la réalisation du projet de cette nouvelle entreprise.

Le plan établi, qui rappelait celui de l’ancienne loterie du royaume de Pologne, était conçu de la manière suivante. Il s’agissait d’une loterie répartie en cinq classes échelonnées sur une durée de six mois. Le nombre des billets devait être de 30.000, avec 15.000 lots. Le prix de chaque billet fut fixé à 11 roubles, y compris un rouble pour la récompense des collecteurs et pour les frais de l’administration. Les gros lots des quatre premières classes devaient être supérieurs à ceux de l’ancienne loterie polonaise, par leur chiffre de 15.000 roubles chacun. Une innovation devait être apportée en cinquième classe selon laquelle, outre le gros lot, d’une somme de 70.000 roubles, une prime de 30.000 roubles fut prévue. Sur la somme globale, 190%, au profit du Comité Civique, et 5% en faveur des collecteurs et au profit de grandes œuvres de bienfaisance, devaient être prélevés.

Cependant au moment de mettre en pratique le projet ainsi élaboré par une commission spéciale, on se heurta à une opposition née dans les milieux dirigeants, de telle sorte que l’idée d’une loterie, sous forme d’entreprise dirigée par la municipalité de la Capitale, dut être définitivement abandonnée. En raison de ces difficultés, on se rendit compte qu’il serait bien préférable, pour des raisons d’ordre général, de mandater une société de bienfaisance jouissant dans le pays d’un grand prestige, pour la réalisation du projet de loterie. C’est dans ces circonstances que naquit la première loterie appelée généralement, par abréviation, la loterie en classes de la R. G. O. Ces initiales sont les premières lettres de trois mots désignant, en polonais,

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