‹ La Loterie d'État en PologneChapitre 66 sur 106 · PREMIÈRE LOTERIE DE BIENFAISANCE DES LÉGIONS POLONAISES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LOTERIE DE BIENFAISANCE DES LÉGIONS POLONAISES

Lors de la guerre mondiale, les Polonais habitant les trois . parties de leur patrie divisée : le royaume de Pologne, la Galicie et la Grande Pologne furent obligés, sous les drapeaux étrangers et dans les rangs des armées ennemies, de prendre part à la lutte fratricide. C'était la grande tragédie d’un peuple qui, sur son sol national foulé par les envahisseurs, voyait les propres fils de ses trois provinces obligés de participer au carnage. À ce moment, une partie de la jeunesse, désireuse de combattre sous un drapeau particulier et pour l’indépendance de la patrie, se groupa äutour du grand héros national, Joseph Pilsudski, créateur des légions polonaises, actuellement premier maréchal de l’armée de la République de Pologne.

C’est sous les ordres de ce chef aimé nommé «le commandant », et sous un régime de conditions politiques des plus compliquées, que les légionnaires donnèrent leur vie pour la résurrection de la Pologne.

La vaillance séculaire de la ton affirmée par ces fils inspirés de l’amour du pays, l’héroïsme de cette jeunesse bravant - audacieusement la mort, l’idée sacrée pour laquelle ces hommes donnèrent leur vie n’arrêta pas l'Autriche dans son désir de mettre la main sur la légion. Mais, se heurtant à la volonté unanime de l’état-major de ce corps de demeurer fidèles aux

engagements pris envers la nation polonaise, les dirigeants de l'Autriche-Hongrie décidèrent d’interner les légionnaires.

Pour secourir les invalides, les veuves et les orphelins des légionnaires couverts de gloire, tombés sur les champs de bataille pour la patrie polonaise, une loterie de bienfaisance fut organisée en 1917.

Cette première loterie portait le nom de «loterie de bienfaisance des légions polonaises ». Elle fut divisée en cinq classes et comportait 32.000 billets avec 16.000 lots à gagner. Le plan de celle-ci prévoyait de gros lots ainsi répartis : 25.000 marks en première classe, 30.000 en deuxième, 35.000 en troisième, 40.000 en quatrième, 200.000 en cinquième. Une prime du montant de 100.000 marks, fut accordée au plus gros lot sorti au dernier jour du tirage de la cinquième classe de la loterie. Le paiement des lots fut garanti par la Banque foncière de Varsovie. Sur la somme de 25 marks représentant le prix du billet pour chaque classe, 22 marks 50 pfennigs furent destinés au capital de jeu, le reste étant réparti entre les dépenses de lPadministration de la loterie et la récompense du collecteur. Sur le total de 3.262.500 marks représentant la somme des lots gagnés au cours de l’exercice, un prélèvement de 17%, au profit de l’œuvre de la loterie, et de 3%, en faveur du collecteur, furent effectués. Pour la vente des billets, une agence générale fut instituée, et c’est elle qui se chargea, grâce à la collaboration des autres collecteurs, du placement des billets dans le public.

Cette première loterie présenta, au point de vue du plan ainsi établi, un inconvénient qui, par la suite, devait être éliminé. Il consistait en ceci que les lots gagnés, lors des quatre premières classes, et représentant le montant de l’enjeu ne permettaient pas au souscripteur d’acquérir un billet pour la classe suivante, sans y ajouter une somme variant entre 5 et 10 marks, tandis que les autres loteries pratiquaient une meilleure utilisation du plan suivant laquelle le montant de l’enjeu, gagné au cours des quatre premières classes, permettait, après le prélèvement de 20 %, opéré au profit de la loterie et du collecteur, d’acquérir un nouveau billet sans débourser une somme quelconque (1).

4. Plan de la loterie des invalides de guerre, Varsovie, 1917.

$ 2, — LA PREMIÈRE LOTERIE EN CLASSES AU PROFIT DES INVALIDES DE GUERRE.

(Deuxième loterie de bienfaisance des légions polonaises.)

Cette loterie, deuxième loterie de bienfaisance des légions polonaises, fut organisée au profit des invalides de guerre. Son but primordial était la continuation de l’œuvre de secours apportée aux invalides, aux veuves et aux orphelins des Polonais morts pour la Pologne. Cette loterie, jouée en 1918, ne fut pas soumise à de grands changements.

Le nombre des billets aussi bien que celui des lots furent maintenus au même niveau qu’à la loterie précédente.

Cependant quelques remaniements durent être apportés au plan selon lesquels les lots moyens furent augmentés en nombre et en importance. De même, l’inconvénient rencontré lors de la première loterie, concernant le montant de l’enjeu à gagner, fut par une nouvelle initiative, complètement écarté.

Quant au prix du billet, son montant, élevé à 26 marks, fut réparti de la manière suivante : 23 marks pour le capital de jeu et 3 marks au profit de l'administration et du collecteur. Sur le chiffre de 3.335.000 marks, légèrement majoré et représentant la somme des lots gagnés, le même prélèvement de 17% et de 3%, en faveur de l’entreprise et du collecteur, fut maintenu.

$ 3. — DeuxiÈME LOTERIE EN CLASSES AU PROFIT DES INVALIDES DE GUERRE.

(Troisième loterie de bienfaisance des légions polonaises.)

Prévue et organisée à la fin de l’année 1918 et au début de 1919, cette loterie fut, par la suite, appelée à répondre aux besoins de nombreux invalides revenus en Pologne. Par décision du ministère de la Guerre, en date du 28 janvier 1919, cette loterie fut subordonnée à la section de Protection du ministère. Mais trois semaines plus tard, c’est-à-dire le 17 février 1919, une décision du ministère des Finances accorda à la loterie le délai nécessaire pour terminer l'exercice courant et procéder ensuite à la liquidation de l’administration.

Cette loterie différa, par son plan, fort peu de la précédente.

Ce n’est que par l’augmentation du prix du billet, fixé à 28 marks pour chaque classe, qu’un léger changement fut introduit. Sur la somme de 28 marks, 24 marks étaient destinés au capital de jeu et 4 marks aux frais de l’administration et à la récompense du collecteur. Le même prélèvement, au profit de la loterie et du collecteur, fut effectué sur la somme des lots s’élevant à 3.480.000 marks.

La loterie en classes au profit des invalides de guerre jouit de la part du public d’une grande considération. On se rendait compte de l’importance de l’œuvre de bienfaisance à laquelle étaient destinés les bénéfices réalisés lors de chaque exercice. Le sort de ces jeunes défenseurs de l’idée d'indépendance de la patrie, qui déposaient leur vie en offrande sur l’autel de la résurrection de la Pologne englobant toutes ses anciennes provinces, touchait de près la nation entière. Et c’est pour cette raison que de nombreux citoyens remplissant leur devoir favorisèrent cette loterie créée, au début, au profit des légionnaires invalides.

Section IV. — LA LOTERIE EN CLASSES DES SOCIÉTÉS DE BIENFAISANCE « EZRA »

Cette loterie, organisée par quelques sociétés de bienfaisance groupées sous une seule direction, comprenait 30.000 billets avec 16.000 lots (15.000 lots, au premier exercice de 1917) et 11 primes. Le prix du billet en fut fixé à 20 marks. Les gros lots furent répartis de la manière suivante : quatre de 25.000 marks chacun pour les quatre premières classes et un de 150.000 marks pour la cinquième. Quant aux primes, l’article 10 du plan de la loterie les prévoyait comme il suit :

« Les 11 primes seront payées aux porteurs des billets qui auront gagné les plus gros lots de la dernière journée du tirage de chaque classe », dans l’ordre suivant : # primes à 10.000 marks lors des quatre premières classes et une prime de 125.000 marks, en cinquième classe.

« Si, à ce dernier jour de tirage, sortent plusieurs gros lots de sommes égales, les primes seront attribuées aux porteurs de billets

dont les numéros seront, dans l’ordre de ces lots extraits les derniers de la roue de la fortune ».

« La deuxième prime de la cinquième classe, se montant à 75.000 marks, sera décernée au porteur du billet gagnant un des 9 premiers gros lots, indiqués par le plan (au moins 10.000 marks), qui sortira le dernier de la roue. Toutefois, dans le cas où un de ces 9 gros lots, restant dans la roue de la fortune, ne sortirait que le dernier jour du tirage, le porteur du numéro gagnant se verra accorder les deux primes de 125.000 et 75.000 ie den l'ordre sus-indiqué ».

« Les autres primes, de 1.000 marks chacune, seront attribuées aux 5 numéros sortis les derniers de la roue de la fortune, lors de la fin du tirage, complétant ainsi Le total de 16.000 lots ».

Il faut ajouter que le même inconvénient rencontré à la première loterie des légions polonaises se retrouva de même aux trois loteries successivement organisées par la direction des sociétés de bienfaisance « Ezra». De la sorte, le souscripteur gagnant, lors des quatre premières classes, l’enjeu normal, en défalquant 20% au profit de la loterie et du collecteur, ne pouvait acquérir un billet, pour la classe suivante, qu'après avoir ajouté, au montant du lot gagné par lui une somme variant entre 12 et 24 marks.

Jusqu'à la disparition de la lotérie, qui dut liquider son entreprise, eonformément à la décision du ministère des Finances, en date de 15 février 1919, rien ne fut fait pour éviter l’inconvénient mentionné.

Section V. — LA LOTERIE DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS AUX MÈRES PAUVRES

Cette loterie divisée en 5 classes se composait de 20.000 billets, avec 10.000 lots et une prime de 50.000 marks. Sur la somme de 20 marks, représentant le montant du prix du billet, 18 marks étaient réservés au capital de la loterie et 2 marks pour les

frais de l’administration et la récompense du collecteur. Les

gros lots de cette loterie, jouée en 1917 et 1918, furent répartis de la manière suivante : 15.000 en première classe, 20.000 en deuxième, 25.000 en troisième, 30.000 en quatrième et 150.000 en cinquième classe. Une prime de 50.000 marks fut accordée, à

RS

l'instar des autres loteries, au plus gros lot sorti le dernier jour du tirage de la cinquième classe. Sur le total de 1.620.000 marks, total de tous les lots gagnés, un prélèvement de 17 et de 3%, au profit de l’œuvre de la loterie et du collecteur, était effectué.

Après une existence d’une courte durée, cette loterie fut liquidée pour céder la place au groupe des sociétés de bienfaisance.

Section VI. — LA PREMIÈRE LOTERIE POLONAISE EN CLASSE DE PÉTROGRAD

A titre documentaire, nous avons jugé opportun de signaler l’existence d’une loterie polonaise, divisée en 3 classes, et jouée en dehors de la Pologne même. Le projet de cette loterie, au profit des écoles, orphelins, vieillards et réfugiés polonais à Pétrograd, fut établi lors de la première révolution russe de Kerensky. Le tirage de la première classe fut fixé au 15 mai 1918, celui de la deuxième au 10 juin et celui de la troisièma, au 1° juillet de la même année. Sur le prix du billet, arrêté à 21 roubles pour chacune des 3 classes, 20 roubles devaient être réservés au capital de jeu et un rouble au profit du collecteur et de l'administration. Sur un total de lots s’élevant, pour toute la loterie, à 4.700, les plus importants furent répartis de la manièré suivante : 10.000, 5.000 et 2.000 roubles en première classe, 20.000, 7,500 et 5.000 roubles en deuxième et 50.000 15.000, 7.500, 5.000 roubles en troisième classe. La somme totale devant être payée pour l’ensemble des lots gagnés devait être de 397.390 roubles.

Malheureusement les conditions politiques créées par la seconde révolution russe ont complètement empêché la réalisa-

tion des bénéfices escomptés.

Il est à remarquer que, dans la partie du royaume de Pologne occupée, au cours de cette période, par les armées austro-hongroises, quelques loteries d'importance moyenne furent orga-

nisées par des sociétés de bienfaisance et même par les caisses

locales de sections de partis politiques. Par exemple, en 1914, par la société de secours exceptionnels de la ville de Czestochowa ; en 1915, par la société chrétienne de bienfaisance de

Sosnowice ; en 1917, par la section du parti populaire du département de Tomaszow, etc.

Section VII. — INCONVÉNIENTS RÉSULTANT DE L’EXISTENCE DE CES NOMBREUSES LOTERIES

Nous nous sommes arrêtés à la description de cette époque afin de donner un tableau exact de la situation créée par des conditions exceptionnelles et par les perturbations profondes causées par la guerre mondiale. Ces ravages, d’ordre politique et économique, furent douloureusement ressentis dans le pays par leur répereussion sur la moralité publique. La population appauvrie ne résistait pas au désir dé souscrire sans mesure aux nombreusés loteries pour améliorer son sort. Aucune autorité polonaise, sous l’occupation étrangère tolérant, dans l'intérêt de ses loteries nationales ou locales, cette ardeur au jeu, n’était en situation de s’opposer à cette fâcheuse passion. La protestation des honnêtes gens auxquels tenait à cœur le maintien du bonheur et de la droiture des mœurs de la société, ne pouvait se faire entendre dans ces milieux respectifs : elle fut assourdie, en ces temps de guerre, par des événements d’une importance bien plus considérable.

Les difficultés rencontrées, à cette époque, en raison de la concurrence des nombreuses loteries, qui, pour attirer les souscripteurs, n’hésitaient pas à adopter des méthodes jusqu'alors tenues pour peu praticables, forcèrent la direction du Conseil principal de Protection à adresser, en 1917, au département des finances du Conseil provisoire d'Etat, un Mémoire détaillé de la situation (1).

Afin de se rendre compte de la gravité de la confusion générale et de la situation ainsi créée, qu’il nous soit permis de citer ici quelques passages de ce Mémoire :

« L'état, en lequel se trouve, actuellement chez nous, le problème des grandes loteries d'argent et résultant des conditions de la guerre ne correspond : ni aux exigences minimes qu’on devrait imposer à cet

1. W. Paszkowski, Memorjal w sprawie handlu losami loterui A Varsovie, 4917. 2 i loteryjnemi,

élément de la circulation monétaire, afin d'éviter de grands préjudices, ni aux prescriptions légales, chez nous en vigueur et jusqu'à présent irrévocables, ni, enfin, à la demande d’une politique rationnelle relative aux loteries, politique dont les grandes lignes devraient déjà, dans une certaine mesure, être formellement établies.

« Les dispositions essentielles, qui ont pour but d'enlever, à la loterie,ce qu'elle peut avoir de funeste etafin de diriger la passion du jeu de hasard sur la voie du bien public, se résument en cette idée tendant à faire accepter le principe de l’organisation d'une loterie telle que personne ne soil encouragé ni même entraîné au jeu.

« La condition fondamentale pour la réalisation etle maintien d’un pareil état est la suppression de la libre concurrence en matière de loterie. On arrive à cette fin par l'établissement du monopole, autrement dit par la tolérance d’une seule loterie sur le territoire d’un même pays. Plusieurs loteries, se faisant mutuellement concurrence sont forcées, par nécessité commerciale, d’intéresser et d'attirer au jeu les personnes qui lui sont demeurées jusqu'alors indifférentes.

« C’est pour cette raison que les Etats acceptent chez eux des entreprises de loteries et appliquent les mesures nécessaires :

40 Pour qu'il n'existe, sur les territoires qu’une seule loterie correspondant à l'importance de la demande de billets ;

20 Pour que la publicité relative à la loterie soit réglée par des prescriptions limitant le mode de placement des billets, par exemple : l'offre, l'envoi des billets à domicile sans commande préalable ; et que le colportage en soitinterdit ;

30 Pour que les collecteurs soient des personnes capables d’accomplir consciencieusement leur devoir, sans chercher à exploiter, à fin de spéculation, l’excitation de la passion et l'ignorance des souscripteurs,et pour que les intermédiaires et les sous-agents de seconde catégorie soient exclus.

40 Enfin pour que les billets, par leurs prix élevés, ne soient accessibles qu'aux classes aisées et, par conséquent, pour que le fractionnement du billet, par Le collecteur, en parts minimes

soit définitivement interdit.

« La partie du royaume de Pologne, occupée par les armées des puissances de l’Europe centrale, est devenue, depuis deux ans, un marché de placement pour toutes les loteries de ces deux pays. Grâce à ces circonstances, d'innombrables comptoirs de loteries et une foule de particuliers nationaux et étrangers commencent à faire de la publicité pour attirer la population à l’aide de moyens nulle part tolérés ».

«En même temps, différentes organisations se voient accorder l’autorisation d'établir des loteries en classes. Sans exagérer, on pourrait

affirmer que c'est devenu une mode que chaque association, sans ressources pour poursuivre son activité, projette ou fasse des démarches pour avoir une loterie en classes.

« Le degré de placement dans les pays ayant accepté les loteries est actuellement présenté par le tableau comparatif ci-joint de la quantité de billets jouée en moyenne par 1000 habitants lors de chaque semestre ». C'est une statistique d’avant-guerre.

Nombre Nombre Total : de dé . dela Pour Pays loteries billets population 1.000 habitants

Autriche ...... 1 115.000 29 millions 4,0 Hollande... 4 31.500 6 — 5,2 Allemagne ..... 1 878.000 65 — 43,5 Sérbie #0. Et 830.000 2,8 — 10,7 Hongrie........ 1 110.000 20 — 5,9

«En additionnant le nombre des billets de nos loteries, y compris celles projetées ou même déjà autorisées, nous atteignons un total de 200.000 billets pour chaque semestre. En remarquant que, en raison des difficultés créée par les barrières militaires ou politiques, un chiffre minime de billets est placé au-delà des limites de l'occupation allemande, nous en arrivons à cette constatation que la presque totalité est absorbée par une population de 6 millions d'habitants.

« Par conséquent, nous seront ainsi amenés, sous peu, à un chiffre de

33 billets pour 1000 habitants, c'est-à-dire deux fois et demi plus élevé

que dans le pays de l'Europe centrale le mieux fourni en billets. « D'autre part, en indiquant:

19 Qu'en Allemagne avec 13,5 billets pour 1000 habitants, la population urbaine (il faut entendre celle des joueurs) l'emporte sur la population rurale (celle des non joueurs) tandis que, chez nous, c’est juste le contraire :

20 Que l'Allemagne, avec le chiffre indiqué, souffre de la surproduction des billets en cette période de guerre ;

30 Que, outre les billets de nos nombreuses loteries, nous voyons placer sur notre territoire une quantité importante mais indéterminée de billets étrangers :

Nous serons obligés de constater que notre pays est amené, en grande partie, à cause de nous-mêmes, à une situation exceptionnelle.

« En limitant notre comparaison à ces loteries nationales, qui ont passé du domaine des projets à celui des réalisations et qui sont, à présent, normalement placées, nous atteignons un chiffre de billets

de 117.500, c'est-à-dire à peu près 20 billets pour 1000 habitants, proportion nulle part rencontrée.

Ces loteries sont celles :

du Conseil principal de la Protection....... 42.000 billets CO RE MON ne die ee an eue cad do a 82.000 — RUN) CPE NT SE 9 SP EE RS ER EEE 23.500 —

de la Société de bienfaisance « Ezra » ,.... 20:000 . — ’ 417.500 billets

« Pour préciser, remarquons qu’une de ces loteries nationales, à cause du manque de souscripteurs, a émis seulement des moitiés de billets en diminuant ainsi de 50% son fonds de roulement et de tout autant la valeur des lots.

« L’énonciation de ces faits suffit à certifier que la création de plus en plus chez nous de nouvelles loteries aboutit à quelque chose d’anormal puisqu'elles dépassent toute possibilité de placement. Par leur répercussion fâcheuse sur la moralité publique, elles conduisent au développement de la passion pour le jeu de hasard, sans aucune limite et sans se soucier d'établir une protection légale convenablement organisée.

« En se faisant concurrence, ces loteries, pour ne pas sombrer, ont recours à des moyens de vente complètement interdits à l'étranger. Une publicité tapageuse et parfois même mensongère s’épanouit ; le placement ambulant et imposé de force des billets est constant ; la vente à la population peu fortunée de promesses sur des divisions minimes de billets n’a pas de fin.

« C’est pourquoi le Conseil principal de la Protection, qui, depuis 1916, occupe la place abandonnée par la loterie du royaume de Pologne et dirige une grande loterie d’argent nationale, l'assainissement de la situation des loteries lui tenant à cœur autant que l'élévation de cette branche des finances et du commerce à un niveau arrêté par les prescriptions chez nous en vigueur, comme par les lois et l'expérience d’autres Etats, a l'honneur de s'adresser au département des Finances du Conseil Provisoire pour qu'il veuille bien :

49 Arréterla délivrance des autorisations à de nouvelles loteries ;

20 Interdire la propagation des loteries étrangères ;

30 Maintenir une seule loterie nationale correspondant, quant à sa forme, à son importance et aux moyens de placement, aux conditions donnant toute garantie d'ordre et de répression des abus qui favorisent l'exploitation du public ».

Le Mémoire susmentionné est un témoignage assez explicite

de la situation créée, en cette période, par le bouleversement produit dans chaque domaine de la vie publique. Les événements de la guerre ont laissé, outre leurs dévastations et maux de toute sorte éprouvés par le pays, une empreinte de désorganisation ayant partiellement atteint la structure sociale de la nation. Cependant le redressement de la conception du devoir envers la société, la juste compréhension de la moralité publique, l’entendement consciencieux des fonctions qui incombent au citoyen s’imposèrent sans retard. Ces nécessités furent entièrement comprises des milieux dirigeants de la Pologne indépendante. Dès leur arrivée au pouvoir, à partir de 1918, ces hommes nouveaux réalisèrent définitivement la réorganisation complète de la nation, en réparant les préjudices matériels et moraux causés par les hostilités de la guerre mondiale.

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