LIVRE V
DE LA VISION
Le plan de cet ouvrage ne comporte pas l’élude de la manière dont les rayons lumineux pénètrent dans l’œil pour nous fournir la notion des objets extérieurs, non plus que celle du mécanisme des sensations; la première est du ressort de l’optique géométrique, la seconde de la physiologie. On doit donc se préoccuper seulement des effets directement appréciables de la lumière sur l’organe de la vue; les effets de ce genre, tels par exemple que la phosphorescence de durée plus ou moins longue , que présentent certaines parties de l’œil sont excessivement restreints; les autres effets immédiats de la lumière sur notre organe visuel ne sont pour la plupart appréciables que par la sensation qu’ils nous font éprouver : il est donc impossible le plus souvent de démêler la part d’action de l’organe qui reçoit les impressions de celle de l’appareil sensitif qui porte ces impressions à la connaissance de notre être intelligent.
L’intervention de cet appareil est évidente dans l’appréciation du groupement des rayons suivant certaines directions, indépendamment de leur nature, c’est-à-dire de la couleur, appréciation d’où résultent les jugements que nous portons sur les objets extérieurs; mais on ne saurait absolument rien préciser à ce sujet quant aux impressions dépendant de la nature des rayons lumineux. On ne saurait dire, par exemple , si la combinaison des couleurs est une opération s’effectuant dans les milieux de l’œil, sur la rétine ou bien dans le cerveau.
Cette difficulté dans le classement des phénomènes visuels surprendra moins si l’on songe que l’on est réduit à des conjectures relativement au mode d’action de la lumière sur la partie sensible de notre œil , la rétine, là où l’on voit se souder l’appareil nerveux avec l’appareil optique. Est-ce une action purement mécanique comme le pensaient Newton, Mclloni, Seebeck, etc., une action électrique directe suivant l’idée de M. Dubois-Reymond , une action calorifique ou photo-chimique
exercée sur les liquides eu contact avec la rétine? La première hypothèse semble être la mieux en rapport avec les faits, et le mouvement vibratoire transmis à la rétine par les ondes lumineuses donne probablement aux tissus nerveux l’impression d’où résulte la sensation de la lumière.
il sera donc question des sensations lumineuses au point de vue de l 'intensité, de la durée, e t de l’ appréciation des couleurs. Mais il est nécessaire auparavant de donner une description succincte de l’œil et de signaler quelques phénomènes accessoires dont il importe de pouvoir se rendre compte pour ne pas les confondre avec des effets d’un autre genre.