LEVE ’.! L£ CE
Fig. CI.
Après la sclérotique et la cornée, on rencontre le système de Vuvée, qui est composé de la choroïde et de 17m.
LuchoroïdeX est une membrane mince, d’une couleur foncée, qu’elle doit à des cellules pigmentaires; elle renferme une grande quantité de vaisseaux sanguins capillaires. Aux environs de la partie correspondante à la cornée transparente, en G, la choroïde affecte la forme de replis membraneux, au nombre de 70 environ, auxquels on donne le nom de procès ciliaires.
Le système de Vuvée se termine enfin par 17m, sorte de diaphragme circulaire D percé d’une ouverture C qu’on appelle la pupille. Cette ouverture peut se rétrécir ou s’agrandir sous l’influence de certaines causes physiologiques, indépendantes de la volonté, de manière à permettre l’admission de faisceaux lumineux plus ou moins considérables. La dilatation de la pupille s’opère au moyen de fibres musculaires jusqu’ici mal définies; son rétrécissement est dû à la contraction d’un muscle circulaire, le sphincter de la pupille , qui entoure le bord de celle-ci sous la forme d’un anneau d’un millimètre environ de lar-
geur.
Quand on regarde un œil vivant, l’iris paraît bombé par l’effet des réfractions de la parti p antérieure de l’œil; mais il est sensiblement plan. C’est de la coloration de l’iris, variable avec les individus, que dépend ce que l’on appelle généralement la couleur des yeux.
Après la choroïde on trouve l’intérieur de l’œil tapissé d’une membrane très-mince E (représentée en blanc sur la ligure) , qui peut être considérée comme l’épanouissement d’une masse nerveuse concentrée eu m, point d’insertion du nerf optique. Quoique cette membrane soit bien mince (son épaisseur varie de 0'nm,22 au fond de l’œil, à 0mni,09 vers la partie antérieure ), l’examen microscopique a pu y faire distinguer une série de huit à dix couches présentant des caractères plus ou moins tranchés, dont le détail ne saurait trouver place ici.
Dans une région située entre K et L, la rétine de l’homme, ainsi que celle du singe, présente sur un espace très-restreint une couleur jaune caractéristique, qui lui a fait donner le nom de tache jaune ( macula lutea). Au centre de la tache jaune se remarque une légère dépression très-transparente, à laquelle on donne le nom de fuvea centralis.
La tache jaune est caractérisée par quelques particularités anatomiques, encore peu étudiées ; mais on sait d’autre part que c’est le lieu de la vision la plus distincte, c’est-à-dire que lorsqu’on veut examiner en détail une région déterminée de quelque objet, on donne à l’œil une direction telle que l’image de celle partie de l’objet vienne se faire sur la tache jaune.
La rétine possède un système spécial de vaisseaux sanguins, artériels et veineux, qui pénètrent dans l’œil par l’axe du nerf optique. Dans sa partie antérieure la rétine change de constitution en venant se souder aux procès ciliaires.
Comme dernière enveloppe intérieure de l’œil, on trouve la membrane hyaloïde, très-mince , parfaitement transparente, qui recouvre toute la rétine à laquelle elle est adhérente. A sa partie antérieure, la membrane hyaloïde porte le cristallin E, aux bords postérieurs duquel elle se soude, tandis qu’une autre membrane plissée F, appelée la zonule de Zinn , le maintient par sa partie antérieure.
Par sa face antérieure, le cristallin est en contact avec l’iris, au moins lorsque celui-ci est moyennement ouvert.
Le cristallin est une masse organisée, de consistance gélatineuse , dont la dureté et la densité paraissent augmenter de la circonférence au centre, et qui est contenue dans une enveloppe membraneuse mince ,
DE LA VISION
Fig. 61.
transparente, qu’on appelle la capsule du cristallin. Toute la masse du cristallin est constituée par des fibres microscopiques de section hexagonale formant des couches dont la disposition est peu connue, mais qui ont pour effet de donner au cristallin une certaine élasticité, tout en assurant la permanence de la forme primitive lorsque les actions qui tendent à la modifier viennent à cesser.
Le cristallin se comporte comme un milieu biréfringent; placé entre deux tourmalines ou deux prismes de Nicol , il présente la croix et les anneaux des cristaux uniaxes taillés perpendiculairement à leur axe optique.
La courbure du cristallin n’est pas la même sur ses deux faces. D’après M. Krause (1) la surface antérieure se rapprocherait de celle d’un ellipsoïde de révolution aplati , et sa surface postérieure serait celle d’un paraboloïde de révolution.
Tous les organes que l’on vient de décrire partagent l’œil en deux cavités bien distinctes : la première, comprise entre la cornée transparente A et la surface antérieure du cristallin, la seconde entre la surface postérieure du cristallin et la membrane hyaloïde.
(l)Dic6rec7iM?j(7sn!,rf/ces,elc...IIanovre, 1855. — Ilelmholtz, Optique physiolog .,p. 110.
Le premier de ces espaces, que l’on appelait autrefois chambre antérieure de l’œil, est rempli d’un liquide qui n’est autre chose que de l’eau renfermant seulement 2 pour 100 de sel marin et quelques matières organiques, et dont l’indice de réfraction diffère très-peu de celui de l’eau; ce liquide est l’ humeur aqueuse.
L’espace enveloppé par la membrane hyaloïde est rempli par le corps vitré , sorte de masse de consistance gélatineuse, formée d’une partie fluide se rapprochant de la composition de l’humeur aqueuse et d’une matière mucilagineuse; on ne sait si cette dernière matière n’est pas disposée sous forme de filets irréguliers ou de membranes.
D’après M. Listing (1) on pourrait regarder les indices de réfraction de l’humeur aqueuse et du corps vitré comme égaux à 1,337 , et celui du cristallin à 1 ,454. On voit d’après cela que le cristallin est plus réfringent que le milieu qui l’entoure, et il contribue à augmenter la convergence des faisceaux lumineux déterminée par leur première rencontre avec la surface convexe de la cornée.
L’œil des vertébrés fonctionne donc comme une véritable chambre noire, assimilable à celles que l’on met en usage pour la fixation des images par la photographie. Le système de la cornée , du cristallin et des liquides de l’œil, constitue un objectif composé, qui donne sur le fond de l’œil occupé par la rétine, des images réduites et renversées des objets lumineux extérieurs.
On sait qu’étant donné un système optique convergent, les images d’objets situés à des distances diverses de ce système se forment à des distances différentes; si donc certains objets sont tellement placés que leur image se produise nettement sur la rétine, des objets situés plus loin ou plus près donneront des images confuses ; on sait cependant qu’il nous est possible de voir distinctement des objets situés à des distances très-différentes, mais l’expérience journalière montre que leur perception distincte ne peut être simultanée, et qu’il faut que l’œi! s'accommode à la distance de l’objet que l’on veut examiner.
Cette accommodation de l’œil est une opération instinctive; on a été pendant longtemps réduit à des conjectures sur les modifications que subissait l’appareil oculaire pendant l’accommodation ; mais depuis les travaux de M. Helmholtz sur ce sujet (2) , on peut regarder comme certain que la courbure des deux surfaces du cristallin varie de telle
(1) Beitrag sur physiologischen optik. Gottingue, 1 8 i5.
(2) Helmholtz, ouvrage déjà cité, page 121 ctsuiv.
DE LA VISION
sorte que cette courbure diminue pour l’accommodation à de grandes distances et augmente pour les petites. On ne peut d’ailleurs rien préciser sur le mécanisme qui détermine ces changements de courbure, mais il n’y a guère que le muscle ciliaire à l’action duquel on puisse les attribuer. Des expériences précises ont montré que, contrairement à une opinion souvent émise , il n’y avait pendant l’accommodation aucune variation dans la longueur de l’axe oculaire.
L’iris contribue d’une manière accessoire à l’accommodation ; l’ouverture de la pupille se resserre dans l’accommodation pour les objets rapprochés, s’élargit dans celle pour les objets éloignés. 11 est probable que le rétrécissement de la pupille dans la vision des objets rapprochés a pour objet d’empêcher les aberrations produites par des rayons s’écartant trop de l’axe optique.
§ 2. Absorption , difjusion et transformation des différents rayons par les
milieux de l'œil.
L’humeur aqueuse et le corps vitré, qui sont de l’eau presque pure, absorbent en très-grande proportion les rayons calorifiques obscurs ou faiblement lumineux. D’après M. Cima (1) le cristallin laisserait passer 13 pour 100 , le corps vitré 9 pour 100 et l’œil entier également 9 pour 100 de 'la partie calorifique du rayonnement d’une lampe Locatelli.
MM. Janssen (2) et Frantz (3) ont trouvé que l’œil présentait, au point de vue de l’absorption de la chaleur, des propriétés sensiblement égales à celles de l’eau. Seulement, d’après M. Frantz, le pouvoir absorbant de la cornée et du cristallin, pour les rayons rouges, serait un peu plus considérable que celui de l’eau.
M. Tyndall (4) a pu, avec des précautions particulières sans lesquelles l’expérience pourrait être dangereuse, admettre dans son œil un faisceau concentré de rayons provenant des charbons incandescents d’une lampe électrique, rayons qui étaient dépouillés de toute la partie lumineuse par leur passage à travers une dissolution d’iode dans le sulfure de carbone; dans ces conditions, il n’éprouva aucune sensation de clia-
(1) Sid poteredegli umori dell'occhio, Turin (1852).
(2) Ann. de chimie et de physique, 3e série, t. LX, p. cl (1800).
(3) Ann. de Poggend., t. CXV, p. 206, 1862. — Archives des sciences physiques de Genève, t. XVI, p. 140 (1803).
(4) Tyndall, Sur la radiation (1865). — Philos. Transact t, CLVI (1800).
leur au fond de l’œil. Il n’en était pas de même pour les paupières si le faisceau venait à les rencontrer. Une lame de platine platinée, mise à la place occupée par l’œil , fut portée en un instant au rouge vif: ce résultat montre que l’on doit prendre les précautions les plus grandes pour répéter de telles expériences.
Les rayons ultra-violets aussi sont absorbables par les milieux de l’œil, mais en beaucoup moins grande proportion que les rayons infra-rouges. D’après MM. Briicke, Donders, Rees, la lumière ultra-violette quia traversé un œil de bœuf produit encore la phosphorescence de la solution de bisulfate de quinine, et impressionne les substances photographiques. D’après M. Briickc (1) c’est surtout le cristallin qui jouit de la propriété d’absorber les rayons ultra-violets.
On peut d’ailleurs reconnaître, même sur le vivant, que la cornée et surtout le cristallin présentent une phosphorescence à durée plus ou moins longue. (Voir tome 1er, page 319.) D’après M. Helmholtz la rétine elle-même est phosphorescente à un degré un peu moindre que le papier, la toile ou l’ivoire. Pour reconnaître ces faibles degrés de phosphorescence, il faut placer la substance dans la partie ultra-violette d’un spectre bien épuré produit par des lentilles et un prisme en quartz, et les examiner au travers d’un verre d’urane, qui puisse absorber la lumière renvoyée simplement par diffusion, pour ne laisser arriver à l’œil que celle dont le degré de réfrangibilité a diminué par la transformation propre aux substances phosphorescentes.
11 résulte de là que bien que les milieux de l’œil absorbent en grande partie les rayons infra-rouges et en plus faible proportion les rayons ultra-violets, il pourrait en arriver encore assez à la rétine pour qu’elle pût les percevoir si elle était aussi sensible à leur impression qu’à celle des autres rayons colorés; si la rétine a son action ordinairement limitée aux derniers rayons visibles rouges et violets, c’est-à-dire en deçà de la raie A et un peu au-delà de H, il faut qu’elle ne soit surtout sensible qu’entre ces limites extrêmes de réfrangibilité et qu’elle ne soit pas également impressionnée par les vibrations éthérées quelle que soit leur longueur d’onde. Quant à la vision des rayons situés au-delà du violet et dans les circonstances qui ont été rapportées tome Ier, page 141, il est possible qu’elle n’ait pas lieu habituellement en raison du peu d’intensité
(1) Rrücke, Muller’s Archiv. fur Anat. und Physiol. , 1845-4G. — Poggendorf, Annalen, t. LXV, j>ag. 593; t. LX1X, pag. 549.
I)E LA VISION
de ces rayons ; on reviendra du reste plus loin sur ce sujet, page 340. On voit néanmoins que la rétine se trouve dans des conditions analogues à celles des différentes matières impressionnables, soit par phosphorescence, soit par action chimique, puisque l’on a vu que chacune d’elles était sensible entre des limites particulières de réfrangibilité.
Les milieux de l’œil peuvent d’ailleurs s’illuminer par les rayons qui n’éprouvent pas d’absorption, et cet effet est produit par une diffusion latérale; en outre, la rétine elle-même peut réfléchir une certaine quantité de lumière qui lui est ensuite renvoyée par les autres parties de l’œil, et il en résulte que lorsqu’une grande quantité de lumière pénètre dans l’organe, il s’en répand toujours des quantités sensibles sur le champ de la vision. Entre autres expériences propres à mettre ce faitjen évidence on peut citer celle-ci : « Si l’on voit, dit M. Helmholtz (4), une flamme lu- « mineuse en avant d’un champ très-obscur, par exemple devant l’ou- « verture d’une porte qui donne dans une chambre tout à fait sombre, « la lumière paraît entourée d’un nuage blanchâtre [dont la plus grande « intensité appartient aux points où il touche la flamme. On remarque a mieux encore ce reflet lumineux lorsqu’on amène un petit corps opaque « entre l’œil et la lumière, de manière à masquer la flamme : aussitôt le « brouillard lumineux disparaît, et le fond reprend la coloration noire « qui lui est propre. Si la lumière est colorée, le nuage lumineux co- « loré diffusé présente naturellement la même couleur. Je crois que, « dans ce cas encore, le nuage lumineux provient certainement de la « diffusion de la lumière objective, car la distribution de la lumière « diffuse ne diffère pas de celle que donnerait, dans les mêmes condi- « tions, un système de lentilles de verre. Pour la lumière bleue, on voit « encore s’ajouter la lumière blanc bleuâtre diffuséejpar la fluorescence « du cristallin, et qui s’étend également sur tout le fond de l’œil. »
Cette quantité de lumière diffusée ainsi par diverses causes peut varier avec les individus, et surtout avec l’état pathologique qui peut modifier la nature des milieux, au point de vue, soit de leur limpidité, soit de leur propriété de donner, par phosphorescence ,'des rayons d’une autre longueur d’onde que celle des rayons incidents.
En résumé, on voit qu’en dehors des images que forment les rayons directs, la rétine peut recevoir de la lumière diffuse provenant d'une imperfection de la partie pigmentaire de la choroïde (albinisme), des ré-
(1) Optique physiologique, page 526.
ilexions qui ont lieu aux changements de milieux, de la diffusion dans les milieux plus ou moins troubles, enfin de la diffusion par phosphorescence.
§ 3. Défaut (T achromatisme de l'œil .
Les rayons de diverses réfrangibililés dont se compose un faisceau de lumière blanche ne suivent pas le même chemin dans l’intérieur de l’œil ; pour que cela eût lieu il faudrait que les milieux traversés présentassent des dispersions ayant des différences convenables ; or on sait que les différentes parties de l’œil sont, sous le rapport de leurs propriétés optiques, presque identiques à de l’eau pure. Les choses se passent donc pour l’œil comme pour les lentilles formées d’une seule substance réfringente: des rayons de lumière blanche émis par un même point lumineux donnent, après leur passage dans la lentille, des foyers distincts pourles rayons des diverses réfrangibililés. Ces foyers sont d’autant plus rapprochés de la lentille qu’ils appartiennentàdesrayonsplusréfrangibles.
Il arrivera donc que si on regarde un point lumineux , la rétine pourra, pour une certaine accommodation de l’œil, recevoir l’impression produite par des cercles superposés de différentes couleurs; on verra une image centrale blanche entourée de cercles de diffusion de diverses teintes parmi lesquelles domineront le rouge et le violet. L’accommodation sera aussi parfaite que possible lorsque les cercles de diffusion des couleurs rouge et violette se trouveront égaux. C’est ainsi qu’à notre insu les choses se passent dans la plupart des cas; aussi a-t-on longtemps regardé comme une vérité évidente à priori que l’œil était achromatique; c’était Popinion d’Euler, entre autres. On conçoit cependant que les circonstances qui permettent cette accommodation moyenne ne se présenteront pas toujours; par exemple si on accommode l’œil pour voir un certain objet médiocrement lumineux et que dans une direction peu différente et à une autre distance il s’en rencontre un autre assez notablement éclairé, l’image de celui-ci apparaîtra bordée de franges irisées.
L’achromatisme de l’œil fut d’abord révoqué en doute par Young (1), qui trouva que son optomètre donnait la sensation du rouge et du bleu en deçà et au delà de la distance de vision distincte.
Wollaston (2) remarqua qu’en regardant un point lumineux au travers
(1) Philosophical Transactions, t. LXXIX, p. 258.
(2) Id., t. LXXXI, lr« partie, p. 50 (180t.)
DE LA VISION
d’un prisme de façon à donner lieu à une spectre linéaire, il était impossible de voir nettement à la fois les deux extrémités de ce spectre.
Arago (1) varia de différentes manières l’expérience de Wollaston; il reconnut que pour voir nettement un astre dans une lunette il fallait enfoncer l’oculaire de quantités différentes lorsqu’on interposait entre l’œil et la lunette des verres diversement colorés.
C’est en éclairant des fils fins par des lumières monochromatiques que divers observateurs, Fraunhofer et Mattbiessen, entre autres, ont cherché à mesurer la distance des foyers formés par les différentes couleurs. Le procédé employé par M. Helmholtz (2) pour ces évaluations consiste à éclairer, au moyen de la lumière des différentes couleurs séparées par un prisme, une très-petite ouverture pratiquée dans un écran obscur, et à chercher la plus grande distance à laquelle l’œil peut la voir sous forme d’un point lumineux. Ce physicien a trouvé ainsi que la plus grande distance visuelle de son œil étant de 2 mètres environ dans la lumière rouge, elle. n’était plus que de 50 cantimètres dans la lumière violette, et qu’elle descendait au-dessous de 20 centimètres pour les rayons ultra-violets les plus réfrangibles de la lumière solaire. Pour un œil accommodé sur l’infini, la différence des distances focales oculaires correspondantes aux rayons rouges et violets est d’environ 0rara,6.
Quand on observe un petit orifice éclairé par un mélange de rayons rouges et violets (tel que le mélange que laissent passer certains verres d’un bleu foncé colorés par le cobalt), on observe des apparences diverses qui s’expliquent par la différence des accommodations relatives aux différentes couleurs. Si l’œil est accommodé pour les rayons rouges, on voit une image rouge entourée d’une auréole violette; le contraire a lieu lorsque l’œil est accommodé pour les rayons violets; enfin on peut trouver une accommodation telle que l’image de l’orifice paraisse nette et elle possède alors la teinte composée qui convient au mélange des couleurs employées.
M. Le Roux (3) a fait un autre usage de l’éclairement bichromatique d’un petit orifice pour démontrer, par une expérience tout à fait objective, que les faisceaux de rayons de réfrangibilités différentes suivent dans l’œil des chemins différents.
On sait que si sur une lentille non achromatique AB (fig. 62) on fait
(1) Vallée, Théorie de l'œil , Paris, 1844, Ire part., p. 332.
(2) Optique physiologique, p. 173.
(3) Annales de chimie et de physique, 3r série, tome LXVI, p. 173.
tomber un pinceau lumineux S I, parallèle ou à peu près à l’axe de ligure de celle lentille, ce pinceau supposé homogène sera d’autant plus dévié de sa direction qu’il rencontrera la lentille en un point plus éloigné de son centre de figure. Si ce pinceau, au lieu d’être homogène, est composé de deux espèces de rayons, le rouge et le bleu par exemple, les rayons de ces deux couleurs seront séparés l’un de l’autre et donneront lieu à deux pinceaux émergents dont l’intersection avec un écran fournira deux images, l’une bleue, l’autre rouge. Un milieu réfringent terminé par une seule surface courbe , et c’est à trcs-peu près le cas de l’œil, produirait le même effet.
Une manière très-simple de soumettre à cette épreuve le système convergent de l’œil consiste à regarder le soleil à travers un petit orifice t de quelques dixièmes de millimètre, devant lequel on place un verre bleu-violet BB' (fig. 63) qui laisse passer en quantité à peu près égales les
rayons rouges et bleus. On n’admet ainsi dans l’œil qu’un faisceau de lumière très-étroit; s’il y pénètre par la partie centrale de l’ouverture de la pupille , on ne perçoit qu’une seule image du soleil qui est alors colorée de la teinte du verre employé; mais si on déplace l’œil latéralement dans quelque sens que ce soit, cette image se dédouble etaulieM d’un seul disque on en aperçoit deux, l’un rouge Sr, l’autre bleu Sb, d’autant plus séparés que lefaisceau lumineux pénètre dans l’œil plus loin du centre de la pupille. Le sens du déplacement des rayons est tel que
DE LA. VISION
l’indique la figure, et concorde avec celui que fait prévoir la réfrangibilité des rayons.
Si on supprimait la partie supérieure de l’écran à l’endroitde l’orifice t, cela ne changerait rien aux circonstances principales du phénomène ; seulement le faisceau lumineux, au lieu d’être limité en haut et en bas parles bords de l’orifice, le serait en haut par la pupille et en bas par le bord de l’écran. On peut donc dire que les apparences de dispersion # oculaire qui viennent d’être fournies par un petit orifice, pourront l’être par le bord d’un écran placé convenablement devant l’œil.
Brewster et d’autres physiciens avant et après lui ont fait une expérience de ce genre (1) en regardant le fond éclairé du ciel, et en mettant un doigt devant l’œil; lorsque les circonstances d’éclairement sont favorables, on aperçoit ainsi une sorte de spectre plus ou moins nettement dessiné.
M. Le Roux a employé encore une autre disposition qui rend l’expérience indiquée ci-dessus plus facile à répéter et plus nette. Au lieu de regarder le soleil à travers un petit orifice t on peut simplement regarder cet orifice en l’éclairant au moyen de la lumière solaire réduite au rouge et au bleu par l’interposition d’un verre convenable. Mais il faut placer en avant de l’orifice un oculaire qui empêche le faisceau de s’élargir avant de pénétrer dans l’œil. Grâce à cette disposition , on peut voir les deux images de l’ouverture entièrement séparées l’une de l’autre.
La figure 64 représentée ci-contre rend compte de la marche des
Fig. 64.
rayons lumineux; Tb etTr sont les images virtuelles dont l’œil perçoit la sensation.
L’effet de séparation est d’ailleurs d’autant plus marqué que le faisceau lumineux pénètre dans l’œil plus excentriquement, et par conséquent que la pupille est plus dilatée. On facilite cette dilatation en
(1) Voir pour le détail de ces expériences : Trouessart, Recherches sur quelques phénomènes de la vision ; Brest, 1854.
s’entourant la tête d’une étoffe noire qui empêche la lumière de pénétrer latéralement dans l’œil.
Il y a avantage à placer, comme la Figure l’indique, en avant du verre bleu, un verre d’urane d’au moins un centimètre d’épaisseur. Ce verre absorbe les rayons ultra-violets que le verre bleu laisse passer, et qui, par l’illumination qu’ils produisent dans l’œil, troubleraient l’observation.
§ 4. Appareils destinés à l'étude de l’œil. Oplithalmoscopes. —
Effets enloptiques.
La possibilité d’observer le fond de l’œil paraît avoir été entrevue depuis longtemps par divers observateurs ; mais c’est M. Helrnholtz qui a le premier résolu la question et doté les sciences physiques et médicales d’un nouveau moyen d’exploration dont les résultats ont été déjà trèsféconds. Les appareils qui permettent d’observer sur le vivant l’intérieur de l’œil et surtout la surface de la rétine ont été nommés ophthalmoscopes; leurs dispositions ont déjà beaucoup varié; nous nous contenterons d’indiquer ici les principes sur lesquels ils sont fondés et nous ne décrirons que les plus usités (1).
Le système optique de l’œil humain peut Cire considéré comme équivalant à une lentille convergente donnant sur la rétine l’image nette d’un objet extérieur si cet œil est accommodé pour voir distinctement l’objet. D’après le principe de la marche inverse des rayons, si l’image qui se forme au fond de l’œil était remplacée par un objet lumineux, ce même système optique en donnerait au dehors une image considérablement agrandie. Mais au fond de l’œil se trouvent la rétine et les divers organes qui l’accompagnent; si nous les supposons suffisamment éclairés, ils donneront au dehors une image, et un observateur se plaçant à une distance de cette image égale à la distance de la vision distincte percevra une image renversée et agrandie des organes qui occupent le fond de l’œil.
C’est là l’ophthalmoscopie naturelle; malheureusement elle est à peu près impossible à pratiquer, à cause du peu d’intensité de l’image des parties en question, de l’exiguïté du champ et surtout de cette condition difficile à remplir que l’œil observé doit rester toujours semblablement accommodé. On peut de deux manières différentes modifier ces
(1) Helrnholtz, ouvrage déjà cité, page 239.
DE LA VISION
conditions de façon à produire des images de la rétine, soit réelles, soit virtuelles, plus commodes à observer :
Quand on place près de l’œil observé une lentille convexe de quelques centimètres de foyer, comme le représente la figure 65, on aug-
Flg. 6.'..
mente la convergence du système optique de l’œil, de manière à rapprocher en A' B' l’image renversée ab du fond de l’œil, qui sans cette interposition se serait formée en A B. L’observateur vient ensuite examiner à la loupe cette image A' B' comme on examine les images formées au foyer de l’objectif d’une lunette ou d’un microscope.
Si, au lieu d’une lentille convexe, on place en avant de l’œil observé une lentille concave, on a, dans ce cas, une image virtuelle qui a l’avantage d’être droite, car la lentille concave se combine avec le système optique de l’œil observé, de façon à faire l’office d’une loupe composée de telle sorte que la rétine peut se peindre virtuellement à la distance de la vision distincte de l’observateur.
Quelque procédé que l’on emploie, on est gêné par la pupille de l’œil observé, et lorsqu’on veut explorer la rétine sur une surface très-étendue on est obligé d’avoir recours à la dilatation artificielle de la pupille au moyen de l’atropine.
Dans l’un ou l’autre des systèmes indiqués une des conditions les plus importantes à remplir est celle d’un bon éclairage. L’éclairage direct, qui consiste à placer une lumière dans le voisinage de l’œil observé, en la cachant par un écran à l’œil de l’observateur, est le plus souvent impossible à réaliser. Le mieux est d’amener dans l’œil la lumière provenant d’une source placée en avant de l’observateur; on l’y dirige par un système convenable de lentilles et par un miroir percé d’un orifice par lequel l’observateur regarde; cette disposition est ana-
logue à celle du miroir percé de Lieberkühn dont on munit les microscopes pour éclairer la surface des objets opaques.
La figure 66 montre un éclairage disposé pour l’observation de Pi-
ng. 03.
mage réelle renversée. L’a lumière provient d’une lampe placée derrière la tête de la personne que l’on examine; elle est dirigée convenablement au moyen d’un miroir portant une ouverture par laquelle ré-.
garde l’observateur,
Fig. 07.
Quelquefois la lampe est placée latéralement.
On a varié la disposition du miroir : dans l’ophthalmoscope de Coccius il est plan, concave dans celui de Ruete et convexe dans celui de Zehender.
Parmi les ophthalmoscopes on distingue les appareils à main et les appareils fixes. La fig. 67 représente un ophtalmoscope à main employé par M. Desmares et d’un fréquent usage. Il se compose d’un miroir concave en verre étamé, en argent ou en acier; ce miroir, fixé à un manche, a une distance focale de 20 à 25 centimètres et est
DE LA VISION-
percé à son centre d’un orifice de 3 millimètres de diamètre environ. Il est accompagné d’un ou de plusieurs verres concaves et convexes ayant 24, 15 ou 20 pouces de distance focale, suivant que l’observateur est myope ou presbyte; ces verres peuvent se placer dans une pièce à charnière vue sur le côté, pouvant se rabattre sur l’appareil. La lentille convexe, que l’on approche de l’œil observé, doit avoir 2 pouces \ environ de distance focale.
La fig. 68 représente un ophthalcosmopeconstruit par M. A. Che-
Fig. 68.
valier à l’aide de lentilles achromatiques, a est l’appareil composé d’un miroir concave et d’une lentille oculaire; b est la lentille objective qui modifie dans le sens convenable l’image du fond de la rétine que tend à fournir le système optique de l’œil, comme on l’a expliqué ci-dessus. Cette image est examinée au moyen d’un oculaire concave, dont on voit la coupe en c, lequel forme avec l’objectif b comme une lunette de Galilée.
Quand on examine ainsi les yeux normaux avec un ophthalmoscope, le fond de l’œil paraît rouge; seule, la partie où pénètre le nerf optique, et que l’on nomme la papille, semble blanc clair. Sur le fond'rouge on
distingue les ramifications des vaisseaux de la rétine, vaisseaux dont les troncs principaux apparaissent au milieu du nerf optique ; les artères se reconnaissent à leur couleur rouge claire. Souvent, surtout dans les parties latérales, on reconnaît les vaisseaux de la choroïde. Ce sont les changements qui se produisent dans l’image ainsi observée qui peuvent guider les praticiens pour le traitement de certaines maladies des yeux.
Fig. 69.
Les appareils simples à main ne sont pas les seuls qui soient employés pour l’étude des parties intérieures de l’œil : quelquefois, quand il s’agit d’un examen un peu prolongé, on se sert d’ophthalmoscopes fixes;* la fig. GO donne une disposition d’un appareil de ce genre. La lentille objective située à gauche se place près de l’œil observé; l’oculaire réuni au'miroir est situé à droite, et une tige articulée terminée par
DE LA VISION
une sphère, sert à diriger le regard de la personne que l’on examine.
M. Giraud-Teulon (1) a lait usage d’un ophthalmoscope binoculaire stéréoscopique, donnant la sensation de relief et construit par M. Nachet, lequel a utilisé le système de prismes à réflexion totale qu’il avait appliqué au microscope binoculaire. Cet appareil est représenté fig. 70. La partie
supérieure représente l’appareil, et la partie inférieure sa coupe théorique. Un des deux prismes A est fixe; l’autre est divisé en deux parties, l’une fixe B, l’autre C mobile au moyen d’une vis V.
Les deux yeux visent par des ouvertures les deux images du fond de l’œil après deux réflexions totales qui les feraient paraître en I et I' sans l’interposition des demi-lentilles; celles-ci, par un effet de réfraction, comme dans le stéréoscope, font coïncider ces images en ee' ; on a donc en e é l’image du fond de l’œil avec la sensation de relief due à la vision binoculaire simultanée.
(1) Giraud-Teulon, Vision binoculaire, 18G1. — Zander ,lOphihalmoscope.
Dans son ophthalmoscope , M. Helmholtz emploie, comme éclaireur, au lieu d’un miroir un certain nombre de lames de verre superposées, a Quand on examine, dit-il (1), des yeux normaux sans employer l’atro- « pine, on pourrait obtenir la même intensité par l’un ou l’autre procédé « d’éclairage, si les pupilles étaient immobiles. Mais le miroir étamé en- « voie, en somme, plus de lumière dans l’œil observé, l’éblouit davantage, a ce qui cause une contraction plus considérable de la pupille, de telle « sorte que, dans ces conditions, le miroir non étamé peut donner un « plus grand champ visuel et une plus grande intensité. En outre, il « éclaire d’une manière uniforme la portion de rétine que l’on exa- « mine , tandis qu’avec le miroir percé, l’image de diffusion du trou <« rend l’éclairage irrégulier. Enfin le reflet cornéenest moins gênantavec « le miroir non étamé, parce que la lumière réfléchie par le miroir « est plus ou moins polarisée, et qu’étant renvoyée par la cornée sans « changement dans sa polarisation, elle ne.traverse qu’en faible propor-
« lion les lames de verre Cet ophthalmoscope à main, le plus ancien-
« nement décrit, est celui dont l’usage est préférable. Un œil sain peut « supporter, pendant des heures sans en être ébloui, l’éclairage que « donne ce miroir. C’est ainsi qu’il m’est souvent arrivé de montrer « successivement, avec cet instrument, ma rétine à vingt étudiants, « sans en éprouver d’incommodité, tandis que l’œil ne peut guère sup- « porter pendant plus de cinq minutes l’éclairage au moyen des miroirs « étaméssans être fortement ébloui. Aussi je préfère ce miroir aux autres « pour la plupart des expériences physiologiques. Pour les oculistes , « au contraire, il est plus avantageux d’avoir le champ visuel trèsci étendu et fortement éclairé, en sacrifiant le grossissement; aussi em- « ploient-ils, le plus souvent, des miroirs étamés percés et des lentilles « convexes. »
On a imaginé beaucoup d’autres formes d’appareils pour lesquels on peut consulter les ouvrages spéciaux publiés sur ce sujet (2). D’après des dispositions particulières, il est même possible de voir soi-même les différentes parties de la rétine, et l’on forme ainsi ce que l’on nomme l’ aut. ophthalmoscope (3).
Effets entoptiques. — Une disposition assez simple permet d’étudier sur
(1) Optique physiologique, page 248.
(2) Zander, V Ophthalmoscope. — Follin, Leçons sur l'exploration de l'œil. — Helmholtz, Optique physiologique, etc.
(3) Helmholtz, Optique physiologique, pages 253, 286.
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soi-même, dans certaines circonstances, différents objets contenus dans le cristallin, l’humeur vitrée, etc., c’est-à-dire dans les diverses parties de l’œil situées en avant de la rétine; ces perceptions sont dites entoptiques (1). Pour les observer, on approche de l’œil, soit l’image d’une lumière éloignée se formant au foyer d’une petite lentille convergente, soit un petit bouton de métal bien poli qui reçoit la lumière du soleil ou celle d’une lampe, soit un écran de papier foncé ou de carton placé très-près de l’œil , et ne laissant passer la lumière qu’à travers une très-petite ouverture. La disposition la plus convenable consiste à employer une lentille convergente de grande ouverture et de petite distance focale; en avant de cette lentille et à quelque distance on dispose une lumière, ou onreçoit simplement la lumière des nuées; on place alors l’écran opaque percé d’nne très-petite ouverture de façon à ce que l’image de la lumière vienne se faire sur cette ouverture qui laisse alors échapper un large cône de rayons divergents. En mettant l’œil très-près de l’ouverture de l’écran, cet œil voit à travers cette ouverture, la surface large et bien éclairée de la lentille sur laquelle se représentent avec une grande netteté les objets entoptiques que l’on veut étudier.
On voit d’abord les bords de l’iris, car le champ lumineux est limité par l’ombre de l'iris; on peut donc observer sur soi-même l’élargissement ou le rétrécissement de ce diaphragme ainsi que les entailles, plis ou protubérances de ses bords. On peut distinguer des stries, des places claires dépendant des humeurs (larmes, secrétions des glandes palpébrales) qui recouvrent la cornée. On peut voir aussi des lignes uniformes provenant d’une déformation temporaire de la surface antérieure de la cornée, quand on a frotté ou pressé l’œil par l’intermédiaire de la paupière. Il est possible de reconnaître également par l’ombre qu’elles portent sur la rétine, des taches, des bandes, des lignes radiées que présente le cristallin, lesquelles existent toujours d’une manière plus ou moins marquée et surtout dans certains cas pathologiques. On reconnaît encore des formations mobiles dans le corps vitré et en particulier ce que l’on a nommé des mouches volantes. On peut enfin , en disposant convenablement les lentilles et l’écran, distinguer les vaisseaux de la rétine. M. Robert Houdin a indiqué des dispositions d’appareils simples qui permettent d’examiner facilement ces divers effets entoptiques (2).
(1) Helmholtz, Optique physiologique, p. 204.
(2) Comptes-rendus de VAcad. des sciences , t. LXII, p. 617, et t. LXIII, p. 865. — Ro-
§ 5. Lueur oculaire. — Sensibilité de diverses parties de la rétine ; punctum
cæcum, macula lutea. — Phosphènes.
Lueur oculaire. — Il n’est peut-être personne qui n’ait remarqué que dans certaines conditions d’obscurité les yeux des chiens et surtout des chats brillent d’un éclat remarquable. On a longtemps cru que les yeux de ces animaux brillaient d’une lumière propre et que l’irritation ou d’autres impressions morales pouvaient développer à un degré plus marqué cette faculté. Prévost (1) paraît être le premier qui ait démontré expérimentalement que la condition nécessaire du phénomène était l’admission dans l’œil des animaux, d’une certaine quantité de lumière arrivant de derrière l’observateur. Ce ne peut donc être qu’un phénomène de réflexion, et l’éclat si frappant de cette lueur tient à l’effet du contraste, les animaux étant plongés dans l’obscurité. Il faut remarquer d’ailleurs que les animaux chez lesquels on observe le plus communément ces effets présentent deux circonstances particulières : d’abord une grande dilatabilité de la pupille, ce qui élargit le champ du phénomène, ensuite la présence au fond de l’œil d’une place dépourvue de pigment et recouverte de lamelles minces possédant à un haut degré la propriété de réfléchir la lumière.
L’œil humain peut aussi donner lieu à ces phénomènes, mais seulement dans quelques cas particuliers. Plusieurs observateurs, parmi lesquelsMM. Brücke,Behr,etc., avaient observé cette lueur oculaire dans des cas de maladies Fares, telles que des tumeurs du fond de l’œil ou d’aniridie, M. Helmholtz a donné le premier la solution complète de cette question, en montrant que l’œil humain normal pouvait donner lieu à l’observation d’une lueur analogue pourvu qu’il fût placé dans des conditionsconvenables; c’est même à ce propos qu’il imaginal’ophthalmoscope.
Ainsi qu’on l’a expliqué ci-dessus, si un œil est accommodé pour voir un objet lumineux, l’image formée sur la rétine sera elle-même un objet donnant une image qui viendra se superposer à l’objet lumineux lui-même. Notre œil n’étant pas lumineux, nous ne pouvons voir de lumière dans un œil qui regarde le nôtre, mais nous en verrions dans un
bert Houdin, note sur do nouveaux instruments propres à l’observation de divers organes de l’œil. Blois, 18G7.
(.1) Bibliothèque Britannique (1810), tome XLV.
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œil fixant un point lumineux à très-peu près en ligne droite avec notre œil, parce que dans ce cas il peut arriver que notre œil intercepte une partie du faisceau de retour émané de l’œil observé. Mais il faut pour cela des conditions particulières qui ne peuvent généralement se produire que par suite d’une disposition spéciale.
Quant à la lumière rougeâtre qui caractérise l’ouverture de la pupille des albinos, elle provient de l’éclairement de la rétine par de la lumière qui a traversé la partie antérieure de la sclérotique de ces sujets dont la choroïde est dépourvue de pigment.
Punctum cæcum. — Les libres qui constituent le nerf optique sont insensibles à l’action directe de la lumière; elles sont transparentes, car l’examen ophthalmoscopique permet devoir au travers de leur substance les vaisseaux artériels et veineux qui en occupent le centre que l’on nomme la papille du nerf optique, comme on l’a vu plus haut, et s’irradient avec lui sur la rétine; on reconnaît cependant que cette partie de l’organe de la vue est complètement insensible à la lumière. Elle forme au fond de l’œil une taclic aveugle ou punctum cæcum dont la découverte est due à Mariotte.
Voici une manière très-simple de constater l’existence de celte région insensible à la lumière : on ferme l’œil gauche et on regarde à la distance de 25 à 30 centimètres la figure 71, en ayant soin de fixer la petite croix
Fir
et en plaçant l’œil droit à peu près perpendiculairement au-dessus de la croix; en variant un peu dans un sens ou dans l’autre, à droite ou à gauche, ou en avant ou en arrière, la position du livre, on en trouve une pour laquelle l’image du cercle blanc disparaît complètement; en deçà et au delà elle apparaît de nouveau. Il est bien entendu que pour que l’expérience réussisse, il faut avoir soin de ne pas cesser un seul instant.
de fixer la petite croix; cette condition est nécessaire pour orienter l’œil d’une manière convenable, car on va voir que la' région de la vision spécialement distincte correspond à une partie très-restreinte de la rétine.
Pour faire l’expérience avec l’œil gauche, il faudrait employer une figure symétrique de celle-ci.
On peut se rendre compte que dans cette circonstance l’image du cercle blanc vient bien se faire sur l’entrée du nerf optique : M. Donders a montré directement, au moyen de l’ophthalmoscope, l’insensibilité de celte région en y faisant tomber l’image d’une flamme qui ne produisait dans ce cas aucune sensation lumineuse chez le sujet soumis à l’expérience; il a pu donner ainsi la démonstration la plus] directe que la tache aveugle correspondait bien à l’insertion du nerf optique luimême et non pas seulement à celle des gros vaisseaux qui s’y trouvent. Enfin M. Coccius a montré qu’on pouvait faire cette même expérience sur soi-même.
Le diamètre moyen du punctum cæcum est d’environ lnim, 8; son diamètre apparent horizontal est d’environ G0 en moyenne; mais d’un sujet à un autre il peut présenter des variations du simple au triple.
• On peut se rendre compte de l’importance de la tache aveugle dans le champ visuel, en remarquant, commelefait M. Helmholtz, que 11 pleines lunes pourraient s’y ranger à la file, et qu’à la distance de 2 mètres environ une figure humaine y peut disparaître.»
On peut se demander comment il se fait que nous ne soyons pas gênés à chaque instant par la présence de cette tache aveugle? mais cette question est évidemment du domaine de la physiologie; on peut dire cependant que les conditions ordinaires de la vision étant l’emploi des deuxyeux, lesindications fournies par un de ces organes complètent celles de l’autre, et aussi que la véritable manière que nous employons pour prendre connaissance des objets qui se trouvent dans le champ visuel est de déplacer rapidement l’axe de fixation ou de maximum de netteté dans la vision, lequel correspond à la partie de la rétine à laquelle on donne le nom de laclic jaune et dont il va être question.
Macula luteci ou tache jaune. — Dans la description de l’œil faite anté-
rieurement page .302, fig. 61, on a déjà fait remarquer que très-près]de l’insertion du nerf optique dans la rétine, et à peu près symétriquement par rapport à l’axe de figure de l’œil entre les lignes L et Iv, se trouvait une sorte de tache remarquable par sa coloration jaune; on ne l’a
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jusqu’à présent observée que dans l’œil de l’homme et des singes.
Au centre de la tache jaune se trouve une petite dépression beaucoup plus transparente que les parties environnantes, qu’on appelle la fovea centralis. La tache jaune est composée d’une couche de fibres particulières qui rayonnent du centre de la fovea centralis.
Des mesures prises par différents observateurs donnent :
Diamètre horizontal de la tache jaune. 2mm,25 à 3mra, 2-4
— vertical 0 m™, 8 1
Diamètre de la Joveci centralis .... 0 ram, 18 à 0nim, 22.
La tache jaune est le lieu de la vision distincte ; fixer un objet de manière à en percevoir les détails, c’est diriger l’œil de façon que l’image de cet objet vienne se faire sur la tache jaune.
Lorsqu’au contraire l’image d’un objet tombe sur les parties latérales de la rétine, elle donne une sensation d’autant moins nettement définie qu’on s’éloigne davantage de la région de la macula lulea. C’est ce qu’on appelle la vision indistincte.
Phosphènes. — La rétine, au lieu d’être impressionnée parles vibrations lumineuses, peut être excitée mécaniquement, et il en résulte une sensation de lumière qui ne correspond à aucun éclairage objectif du champ visuel ; ainsi un coup subit donné sur l’œil produit une lueur répandue dans tout le champ de la vision, elle est souvent assez intense et passe comme un éclair. Au lieu d’un choc violent, si l’on vient à presser le globe de l’œil en un point voisin de l’orbite, il se produit une impression de lumière correspondant à la partie de la rétine qui a été comprimée. Tout autre mode d’excitation nerveuse, comme l’électricité, peut conduire à des résultats analogues. Ces sensations lumineuses dues à des causes différentes de l’excitation lumineuse, ces phosphènes comme on les appelle, sont très-variées et ont été étudiées par plusieurs physiologistes; elles ont pu guider dans l’élude de certaines affections de l’œil.
On doit également rapporter à des effets de cette nature la lumière propre delà rétine, lumière blanchâtre, admise par les physiologistes et qui ne dépend d’aucune cause objective; elle provient d’une excitation nerveuse interne, peut-être du mouvement du sang dans les vaisseaux qui tapissent cette partie de l’organe.