CERCLE CHROMATIQUE DES COULEURS FRANCHES
DE LA VISION
le 1er cercle et le second , sera couverte par une très-faible quantité de couleur, de sorte qu’elle aura l’aspect de blanc légèrement teinté; la 3e surface, comprise entre le 2e et le 3e cercle, sera un peu plus foncée mais toujours de même nuance, et ainsi de suite; ensuivant les surfaces le long d’un même rayon, on augmentera l’intensité de la couleur et on arrivera à la dernière surface voisine de la circonférence, dont la couleur sera si foncée qu’elle semblera presque noire; enfin à l’extérieur du cercle on suppose l’absence de lumière ou le noir.
L’ensemble de cette dégradation d’une même nuance est appelée gamme, et les parties diverses d’une même gamme se nomment des tons; ces tons ont été choisis expérimentalement au point de vue optique pour qu’ils soient également espacés ou distincts entre eux. Les mémoires de M. Ghevreul cités plus haut renferment l’indication de la méthode suivie pour obtenir ces résultats.
Chacune des 72 nuances du cercle chromatique est dégradée en 20 tons, puisque toutes les premières surfaces ayant pour sommet le centre du cercle chromatique sont blanches dans toutes les gammes; le premier ton de chaque gamme ne commence qu’entre le 1er et le 2e cercle. Les tons compris dans chaque gamme entre deux cercles sont dits à la même hauteur. On voit, d’après cela, que les 72 gammes du cercle, dégradés en 20 tons, forment 1440 couleurs d’intensité et de hauteur différentes; on les appelle couleurs franches , c’est-à-dire qu’elles ne sont pas rabattues par du gris qui en domine l’éclat. Mais il est rare que la^nature présente des objets colorés ainsi et le cercle chromatique dont il vient d’être question ne serait pas complet s’il ne donnait pas les changements qu’éprouve chacune des couleurs franches , par son mélange avec diverses proportions de gris; c’est alors la partie hémisphérique du cercle qui va donner toutes ces nuances ainsi rabattues.
Supposons que l’on fasse passer un plan perpendiculaire au cercle précédent, etpassantpar le rayon correspondant, aurouge, par exemple ; supposons ensuite que l’on décrive sur ce plan, avec les mêmes rayons que ceux du cercle horizontal, 21 cercles qui correspondent à ceux décrits sur celui-ci et ayant le même centre, et que l’on divise la demi-circonférence du plus grand cercle en 20 parties égales. On remarquera que chaque moitié de ce demi-cercle aura 10 segments; les 10 segments qui comprendront le quart de cercle correspondant à la gamme rouge seront destinés à donner toutes les nuances rabattues de rouge, et les 10 autres donneront les nuances rabattues de la gamme
verte qui se trouve à 180° du rouge sur le cercle chromatique horizontal des gammes franches.
L’ensemble des tons des 10 segments rouges sera formé par la dégradation du blanc à l’absence de lumière ou au noir, en passant par le gris dans les mêmes conditions d’équidistance de ses tons que dans les gammes ordinaires. Ces gammes en s’éloignant du rouge, pour se rapprocher du gris, perdront de la première couleur pour prendre du gris dans la proportion de leur éloignement de la gamme du cercle horizontal des couleurs franches ; la transition est tout à fait semblable à celle dont on a parlé plus haut. Ainsi la première gamme du plan vertical, voisine du rouge, contiendra ,90 de rouge et /0 de gris; la deuxième gamme en s’éloignant du rouge contiendra -fa de rouge et ^ de gris et ainsi de suite. Si Ton fait la môme opération pour les 72 grammes franches, on voit que les 3G plans verticaux, passant par le centre commun, , contiendront 72 quarts de cercle renfermant toutes les gammes rabattues de chacune des gammes franches, ainsi que la gamme de gris. Toutes les gammes rabattues au même degré, par exemple celle à ^ de gris, peuvent , dans toutes les nuances, être supposées se trouver sur les génératrices d'un cône dont le sommet est au centre commun et ayant la gamme grise comme axe. L’ensemble de ces cônes à même sommet, à même axe et à génératrices égales, formera avec le cercle des couleurs franches le cercle chromatique hémisphérique contenant toutes les nuances et les tons de couleurs naturelles et artificielles.
Le nombre des couleurs et des teintes de cercle est facile à estimer : puisque le cercle chromatique des couleurs franches est formé de 20 fois 72 nuances, et qu’il y a 10 fois autant de couleurs rabattues, cela fait 14400 tons, comprenant toutes les nuances et tous les tons depuis le blanc jusqu’au noir.
Au lieu de représenter de cette manière les différentes nuances rabattues, on forme sur des plans des cercles chromatiques semblables à celui qui représente les gammes des couleurs franches plus ou moins foncées; on a le cercle comprenant les couleurs rabattues à jE de gris, le cercle k-^j, etc., et chaque cercle contenant 1440 nuances, les iO cercles plans donnent les 14400 nuances destinées à la comparaison des couleurs naturelles.
Ces déterminations des couleurs et des nuances normales ont été faites avec le plus grand soin par M. Chevreul, d’abord avec des écheveaux de laine teints , puis ensuite dans certains cas avec des émaux
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vitrifiés, et reproduites également sur papier. Il y aurait un très-grand intérêt à ce qu’elles fussent toutes reproduites par des émaux. On peut toujours, en suivant la méthode simple qu’il a décrite avec soin, retrouver les différentes nuances dont il s’agit et refaire à nouveau ce cercle, car M. Chevreul a eu soin de comparer aux différentes nuances et tons de son cercle chromatique non-seulement les couleurs du spectre solaire qui servent de type comme on l’a vu plus haut, mais encore les couleurs des principales fleurs et des principaux fruits.
On peut exprimer aisément par une formule la couleur et le ton d’une nuance quelconque. On cherche d’abord dans le cercle des couleurs franches à quelle gamme la couleur peut appartenir ; une fois la gamme trouvée, on cherche le ton de l’échantillon. Par exemple 2 RO 7 exprime 2° gamme du rouge orangé, 7e ton; 4 V B 6, exprime la 4e gamme du vert bleu, 6e ton.
Si maintenant, ce qui arrive habituellement, la couleur n’a ni la pureté ni l’éclat des couleurs franches, on cherche sa nuance correspondante dans les cercles chromatiques des couleurs rabattues. La première observation n’en est pas moins utile; mais quand elle est faite on cherche la nuance semblable à celle que l’on étudie dans les cercles des couleurs rabattues et la formule se complète: si l’on trouve par exemple que pour la lre nuance ci-dessus il y a de gris, on écrira 2 R O 7 -fc, ce qui signifie deuxième gamme du rouge orangé septième ton, rabattu à ^ de gris; dans le même cercle rabattu, la deuxième formule deviendrait 4 V B 6 TV
On suppose que l’intensité des lumières diverses est la même, mais en réalité, quand on veut comparer des couleurs inégalement éclairées, M. Chevreul a reconnu que la nuance pouvait changer un 'eu avec cette intensité comme on l’a dit précédemment page 339; ainsi une couleur violette très-vive se comporte comme donnant une sensation un peu plus bleue. Ces changements sont du reste compris entre de très- faibles limites.
Ce mode de classification des couleurs peut rendre des services aux arts et à l’industrie en donnant des types invariables puisqu’ils sont basés sur les couleurs simples des rayons différemment réfrangibles de la lumière solaire.