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juxtaposition, et classa les divers phénomènes qui se rapportent à l’étude de cette question. M. Chevreul a distingué les effets de contraste simultané des effets de contraste successif et même des effets de contraste mixte; niais ces derniers effets rentrent dans les phénomènes des images accidentelles, et l’on doit surtout examiner ici ceux qui dépendent du contraste simultané.

Avant d’indiquer quelle peut être la cause des effets dont il s’agit, il fautexposer les circonstances principales dans lesquelles on les observe.

Un des effets les plus favorables pour la vivacité du contraste est le phénomène des ombres colorées observé par Rumfort. On a déjà vu dans le- tome Ier, page 99, quel était le procédé employé par Rumfort pour comparer les intensités lumineuses de deux lumières différentes : Une

l ig. 5-

lampe L et une bougie 1 étant devant un écran en papier CD dans une chambre obscure , on place une tige opaque AR et l’on dispose les deux lumières de manière à projeter sur l’écran deux ombres MN, mn, trèsrapprochées l’une de l’autre, de façon à ce que l’inclinaison des rayons incidents lAm, LAM, soit la même. On recule alors la flamme la plus

vive L, ou l’on approche celle qui l’est moins, jusqu’à ce que les deux ombres paraissent de même intensité; si l’on remarque que l’ombre de chaque lumière est éclairée par l’autre , et que le reste de l’écran reçoit la somme des clartés des deux lumières, on voit que l’égalité des ombres indique l’instant où chaque lumière donne la même clarté à une même surface dé l’écran. Mais ce qu’il y a de remarquable au point de vue des phénomènes qui nous occupent ici, c'est que s’il existe la moindre différence dans la couleur des deux lumières elle apparaît immédiatement; si l’une d’elles, la bougie 1 par exemple, est jaunâtre, l’ombre MN offre cette teinte jaune, mais en outre mn apparaît colorée de la couleur complémentaire de celle du fond qui est un mélange des deux lumières, et celle teinte de mn est bleuâtre.

On peut aisément, à la place d’une des deux lumières, employer la lumière du jour ou un faisceau de rayons solaires introduit dans la chambre noire, et les effets sont très-tranchés. Lorsque l’on place devant une des lumières L ou 1 un verre coloré en rouge, son ombre paraît aussitôt verte; si le verre est jaune la couleur de l’ombre devient bleue, mais il faut pour que les colorations présentent la plus grande netteté qu’on égalise l’intensité des deux sources lumineuses que les deux ombres paraissent également sombres. Ces effets sont très-remarquables, et l’influence d’une couleur pour nous donner le sentiment de la couleur complémentaire est ici très-nettement manifeste.

Prieur employait la disposition suivante pour observer des effets de contraste : il plaçait entre une fenêtre et l’œil un morceau de papier coloré possédant une certaine transparence, et il appliquait sur le papier une petite bande de carton blanc; elle paraissait teinte de la couleur complémentaire du papier. Ainsi la bande de carton paraissait rose sur un papier vert, lilas sur un papier jaune, etc.

On peut encore faire usage du procédé suivant qui est très-simple : on forme des raies noires ou des taches noires, cercles ou carrés, avec de l’encre, sur des papiers de couleur, rouges, verts, jaunes, etc.; puis, on place sur ces papiers une feuille de papier mince translucide et on examine au jour l’ensemble de ces surfaces.

Le papier translucide donne de l’égalité de ton aux images en répandant une certaine quantité de lumière blanche; sur les parties noires le fond du papier paraît alors légèrement nuancé de la couleur du papier coloré qui est vu par transmission, mais les barres et les taches

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sont vues avec la couleur complémentaire. Ainsi, sur un papier rouge, ces raies ou ces taches paraissent vertes ; sur un papier bleu elles semblent jaunes, etc.

M. Chevreul a prouvé d’une manière générale que cette modification dans la perception des images colorées est réciproque , c’est-à-dire que lorsqu’on voit simultanément deux objets colorés dans le voisinage l’un de l’autre, les deux couleurs semblent réagir mutuellement de manière qu’à chacune d’elles s’ajoute la complémentaire de l’autre. Voici le procédé qu’il a employé pour faire cette démonstration : on place sur une feuille de papier ou de carton deux handes de papier ou d’étoffe teintes des deux couleurs que l’on veut soumettre à l’observation; l’une par exemple est rouge, l’autre jaune ; ces deux bandes doivent avoir 12 millimètres de largeur et 60 millimètres de longueur. On place parallèlementà l’une de ces bandes, et à la distance d’un millimètre, une seconde bande qui lui soit identique en dimension et en couleur, et qui est destinée servir de terme de comparaison ; on dispo parallèlement à l’autre bande et à la même distance d’un millimètre, une bande qui lui soit également identique et l’on a ainsi quatre bandes colorées : deux d’une couleur d’un côté du carton, à droite de la ligne médiane, par exemple, et les deux autres de l’autre côté à gauche. Les deux bandes intérieures se touchent par leur plus grand côté, et la ligne de contact forme la ligne médiane; elles ont des couleurs différentes et c’est sur elles que l’on observe l’action mutuelle des deux couleurs.

Il suffit pour juger de l’effet de regarder la surface à la distance de la vision distincte dans un certain sens par rapport à la lumière incidente pendant quelques secondes. Le contraste qui échapperait dans les circonstances ordinaires, devient presque toujours appréciable à l’aide des deux bandes extrêmes servant de termes de comparaison. Ainsi, avec les bandes rouges et jaunes, la bande rouge intérieure deviendra un peu violette et la bande jaune contiguë paraîtra verdâtre.

Le principe général que M. Chevreul a déduit de ses nombreuses expériences consiste en ce que quand deux couleurs juxtaposées sont vues simultanément, elles s’inlluencent mutuellement de sorte qu’à chacune d’elles s’ajoute le complémentaire de l’autre. Il est facile alors de rendre compte des différents effets observés dans les conditions suivantes :

1° Lorsque les deux couleurs sont complémentaires l’une de l’autre, comme le rouge et le vert, le jaune et le violet, elles s’avivent par la juxtaposition et acquièrent de l’éclat.

-° Quand on juxtapose une couleur quelconque avec une surface blanche, cette dernière se teint de la couleur complémentaire ; en môme temps la couleur employée devient plus brillante et plus foncée, car la complémentaire du blanc étant le noir, d’après le principe énoncé la couleur employée doit devenir plus sombre. Exemple : par la juxtaposition du rouge avec le blanc ce dernier prend une teinte légèrement verdâtre et le rouge devient plus sombre.

3° Si l’on juxtapose unecouleur avec une surface noire, cette dernière prend d'une manière plus ou moins prononcée une légère teinte complémentaire, mais cette couleur employée devient plus brillante et plus claire; car la complémentaire du noir est le blanc qui se réunit à la couleur employée pour produire cet effet.

4° En vertu du même principe, si dans les deux couleurs juxtaposées il y a une couleur commune aux deux , elle tend à s’affaiblir.

Le blanc et le noir éprouvent aussi par leur juxtaposition une modification récipror j*3, le premier devenant plus éclatant et le second plus sombre.

De môme si deux objets voisins diffèrent en clarté, cette différence paraît en général augmentée par leur voisinage; on peut donc aisément comprendre que des objets faiblement éclairés peuvent disparaître complètement lorsque leur image se peint sur la rétine dans le voisinage d’une partie fortement éclairée par un objet brillant.

On peut se rendre compte d’un effet curieux observé lorsqu’on superpose par gradins des bandes de papier colorées par teintes plates avec de l’encre de Chine et de façon que la coloration aille en croissant de l’une à l’autre.

En éclairant la surface totale, l’intensité de la lumière est évidemment la même dans toute l’étendue de chaque bande; cependant chacune d’elles, par contraste, paraît plus foncée sur le bord qui touche à une bande plus claire, et plus claire sur le bord en contact avec une bande plus foncée, de sorte que l’ensemble donne par illusion une apparence de cannelure aux différentes bandes (1).

Les observations de M. Chevreul ont montré que les modifications mutuelles des couleurs ne sont pas bornées au cas où les objets colorés sont contigus l’un à l’autre ; il a prouvé qu’on pouvait les rendre sensibles même quand ils sont séparés par un intervalle de 5 centimètres,

(1) Chevreul, Contraste simultané, planche 1, fig. 3.

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mais alors l’intensité de l’effet est d’autant moindre que la distance est plus grande.

Ces effets se produisent dans un grand nombre de circonstances ; ainsi quand un appartement, dont les murs sont revêtus d’une, couleur vive, est éclairé par le soleil, les parties de l’ameublement éclairées par diffusion semblent se teindre d’une couleur complémentaire de celle des murs. De même quand on imprime des dessins sur des étoffes ou des papiers colorés, la couleur de ces dessins est ordinairement modifiée par la couleur complémentaire de celle du fond; parles mêmes motifs, si l’on veut produire des dessins blancs sur des fonds colorés, par exemple sur fond vert, il faut que les dessins soient légèrement verdâtres pour former du gris en neutralisant la couleur complémentaire rose que le fond donnerait par contraste; car, si ces dessins étaient blancs en réalité, ils paraîtraient roses.

M. Cbevreul a montré comment toutes ces observations sur les sensations chromatiques pouvaient être utilisées dans les’ arts pour faire valoir les tons des couleurs employées dans la peinture ou dans les étoffes.

On a dit précédemment que si, au lieu d’examiner les effets produits par la vision simultanée d’objets colorés, on portait successivement les yeux sur des fonds de diverses couleurs, on pouvait observer des changements dépendant des images accidentelles et rentrant dans les phénomènes de contraste successifs. En effet, si l’on regarde par exemple pendant longtemps une couleur rouge éclatante fixée sur une large surface, on voit à mesure que l’œil se fatigue la couleur se ternir et faire place à une nuance briquetée différente de la première. Cet effet est dû à la disposition que l’œil prend à voir la couleur verte complémentaire du rouge comme on l’a dit antérieurement,page 356; car cette couleur, s’ajoutant au rouge par contraste, donne la nuance briquetée. On peut remarquer du reste que les colorations par contraste dans les images accidentelles sont très-vives.

On comprend aisément comment les couleurs des objets doivent varier quand, au lieu de les éclairer avec la lumière blanche, on se sert de lumières artificielles colorées différemment : la composition de la lumière incidente influe d’abord, car les divers rayons colorés diffusés parles objets sont alors en plus ou moins grande proportion; mais, en outre, les corps qui entourent ces objets changeant de nuances par les mômes motifs, l’effet du contraste des couleurs peut devenir

différent de ce qu’il était avec la lumière blanche. En général plus on se rapprochera d’une lumière ayant moins de rayons de diverses réfrangibilités, plus les couleurs des objets auront de tendance à se rapprocher les unes des autres. C’est ainsi que les tons bleus et verts sont moins différents à la lumière du gaz ou des lampes qu’à la lumière blanche (1).

Pour expliquer tous ces phénomènes, on a supposé soit une modification physique de la rétine, c’est-à-dire une altération de la sensation, soit une différence dans l’appréciation. M. Plateau (2), qui admet le premier genre d’action , a rattaché les phénomènes de contraste à sa théorie des couleurs accidentelles; la rétine, suivant lui, pourrait, à distance comme après des temps différents, osciller entre des états d’excitation contraires : dans le voisinage immédiat de la partie excitée se présenterait une phase semblable donnant lieu aux effets d’irradiation, mais à une distance plus grande la phase contraire donnerait lieu au contraste. Cependant il n’a pas rejeté complètement l’intervention du contraste ou de l’influence exercée l’une sur l’autre par deux couleurs voisines ; il pense que cette influence, dans certains cas, peut accroître les effets observés.

L’autre hypothèse, dont l’idée est due à Prieur (3), consiste à admettre sous le nom de contraste une cause morale faisant ressortir ce que deux couleurs mises en présence ont de dissemblable en affaiblissant le sentiment de ce qu’elles ont de commun. M. Helmholtz admet cette manière de voir (4) et il pense meme que l’habitude dans l’appréciation des couleurs doit exercer une grande influence sur les effets observés, de sorte que le contraste doit présenter moins de vivacité à des yeux exercés qu’aux yeux qui ne le sont pas. Toutes ses expériences l’ont conduit à cette conclusion que l’appréciation des couleurs, dans les phénomènes de contraste simultané, provient d’un acte du jugement, bien qu’on ne puisse pas en donner jusqu’ici de preuve satisfaisante.

(1) Voir Chevreul, ouvrage cité précédemment, et Comptes rendus de V Acad, (les sciences, t. 62, p. 93.

(2) Ann. clé chim. et de physique, 2e série, t. 58. — Ilerschel, Traité d'optique , trad. • franc., t. 2, p. 513.

(3) Ann. de chim., t. 54, Mèm. cité plus haut.

(4) Optique physiologique, p. 510.

DE LA VISION

§ 5. / is ion binoculaire. Stéréoscope ; Pseudoscope.

Les phénomènes visuels viennent, d’être étudiés indépendamment du concours des deux yeux; iLfaut examiner maintenant quelle peut être l’influence de l’action simultanée de ces organes. N’ayant en vue dans cet ouvrage que les effets de la lumière, il n’a pas été question des sujets relatifs à la marche des rayons lumineux ainsi qu’à la direction de l’axe visuel; néanmoins il est utile, pour terminer ce sujet, de parler de quelques-uns des phénomènes les plus intéressants qui se rapportent à la vision binoculaire.

Cette partie de l’optique a été le sujet de nombreux travaux de la part des physiciens et des physiologistes sans que l’on puisse donner avec certitude la solution des questions qui s’y rapportent. On a fait plusieurs hypothèses depuis Galien (1) pour expliquer la vision simple avec les deux yeux; ainsi on a admis une réunion dans l’encéphale de fibres nerveuses provenant de points correspondants des deux rétines; on a supposé que l’on ne voit successivement qu’avec un seul œil ; enfin, ce qui paraît le plus probable, on a pensé que la vision simple dépendait de la manière dont nous interprétions nos sensations visuelles.

Mais avant de donner plus de détails sur ce point, il est nécessaire, de décrire le stéréoscope dont la découverte est due àM. Wheatstone (2), car les expériences que l’on peut faire au moyen de cet appareil, ainsi que la combinaison des couleurs vues séparément avec chacun des yeux, permettent de mieux apprécier les différentes circonstances de la vision binoculaire.

Si l’on est placé à quelque distance d’un objet, d’un cube par exemple, et qu’on le regarde successivement avec l’œil droit et avec l’œil gauche, on ne percevra pas, dans les deux cas, la môme projection, car on voit l’objet dans le premier cas un peu plus à droite et dans le second un peu plus à gauche. Supposons donc que l’on dessine sur deux feuilles de papier les deux projections planes de l’objet et que l’on puisse faire en sorte que chacun des yeux ne voie que la projection qui lui convienne; alorsl’observaleur percevra une seule image, mais avec la sensation du relief. L’appareil découvert par M. Wheatstone

(lj Helmholtz, Optique physioloy., p. 959.

(2) Ann. de chimie et de physique, 2me série, t. 2, p. 330. — Philosoph. transact. 1838, partie 2.

réalise une disposition qui permet d’atteindre ce but : deux glaces inclinées à 45° sur un plan perpendiculaire à l’axe qui joint les deux yeux sont juxtaposées de façon qu’on puisse approcher les yeux de leur arête commune; il est évident alors que le miroir de droite ne donnera que des rayons qui seront vus par l’œil droit et le miroir de gauche des rayons arrivant dans l’œil gauche. On place alors les deux images qui portent les projections différentes d’un même objet en face des deux miroirs, on incline ou en approche plus ou moins ces images, et en cherchant la position qui leur convient pour que les axes optiques correspondant aux mêmes points viennent converger à la distance de la vision distincte, on ne voit qu’une seule image provenant des deux images différentes, chacune d’elles étant perçue simultanément par chacun des yeux ; mais cette image donne la sensation du relief.

Non-seulement on peut voir en relief de cette manière des figures de géométrie même très-compliquées, et dans ce cas les effets de reliefs sont très-saisissants, mais encore en peut représenter des yues, des paysages, etc.; alors, pour obtenir les deux images de ces objets dans les positions convenables, on se sert d’images photographiques prises à la fois avec une chambre noire à deux objectifs, de façon à ce que chaque image soit la projection que chacun des organes doit examiner, ou bien l’on

fait usage d’épreuves obtenues avec un seul objectif placé successivement dans deux positions différentes.

Brewster (1) a donné au stéréoscope une forme assez commode et généralement employée aujourd’hui : cet appareil, représenté fîg.

7G, consiste en deux prismes à surfaces convexes 1, 1’, obtenus en coupant en deux parties une lentille convexe de 18 centimètres de distance focale, et disposés de façon à ce que leur partie la plus étroite se trouve en contact. Ces prismes lenticulaires sont fixés à la partie supérieure d’une caisse MN de 15

(1) Flclmholtz, Optique pliysiolog page 811 et suivantes.

DE LA VISIOM.

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cent, de hauteur environ séparée en deux parties par une cloison G. Le i deux images planes, placées en ab, a'b', sont vues la première pard’œil gauche en o, la seconde en o' par l’œil droit; l’effet des deux prismes est de faire voir les images ab, a'b', en a"b", les rayons émanés des points d et d' symétriques de l’image, éprouvant une réfraction qui leur donne la direction obd", o'a'd", et la position de a"b" étant celle du foyer conjugé de ab ou de a'b' par rapport aux lentilles, 1, 1'. On a aisément ainsi la sensation d’une seule image en relief au lieu de celle de deux images planes vues séparément. Les dessins sont introduits par des fentes ménagées sur le côté de l’appareil en a et b' et sont vus soit par diffusion, soit par transparence; dans ce dernier cas, on place en dessous de aba'b' une plaque de verre dépoli qui permet d’éclairer les images au travers des papiers ou des glaces sur lesquelles elles sont représentées.

Souvent les prismes lenticulaires 1, 1' sont placés dans des montures en cuivre fixées à la partie supérieure du stéréoscope et s’écartent ou se rapprochent Tune de l’autre selon l’écartement des yeux; elles peuvent également s’approcher plus ou moins des images suivant la distance de la vision distincte de l’observateur; on a même changé la distance focale des lentilles de manière à amplifier les images. Ces diverses dispositions peuvent être utiles selon les circonstances.

Comme les images stéréoscopiques sont répandues de tous côtés et * surtout les photographies stéréoscopiques, il n’est pas nécessaire d’insister ici sur les effets surprenants qu’elles donnent; la vivacité avec laquelle elles représentent les reliefs est tellement frappante comme dans les paysages, les monuments, les glaciers, etc., que, lorsqu’on voit en réalité les objets, on n’acquiert, sous le rapport de la forme, aucune notion nouvelle plus exacte que celle que l’on possédait déjà.

On a beaucoup multiplié les dispositions des appareils basés sur la perception simultanée d’images différentes par les yeux de façon à faire naître diverses illusions : tels sont le psendoscope qui renverse le relief stéréoscopique; le télestéréoscope qui exagère le relief des objets, lesquels à cause de leur grande distance ne donnent pas d’effet stéréoscopique; et d’autres encore.

On a appliqué les principes stéréoscopiques au microscope, ainsi qu’à rophthalmoscope, comme ou l’a vu antérieurement, page 319; on a également représenté par projection des images planes qui au moyen de dispositions convenables peuvent donner la sensation de re-

LA LUMIÈRE. — T. II. 2i

EFFETS DE L\ LUMIERE

lief. On peut consullei* sur ce sujet les ouvrages où se trouvent décrits les procédés à Faide desquels on obtient ces diverses illusions d’optique (I).

Parmi les expériences que l’on doit prendre en considération quand on cherche à se rendre compte des effets de la vision binoculaire, ainsi que de la perception des couleurs, on peut citer celles dont la première idée est due à Dutour (2); elles consistent à impressionner simultanément chaque rétine d’un observateur par des rayons lumineux de couleur différente. On peut, pour arriver à ce but, regarder une surface blanche en plaçant devant chaque œil un verre coloré de diverses teintes, ce qui s’exécute aisément à l’aide de lunettes besicles ayant des verres de différentes couleurs. Au lieu d’opérer ainsi on peut peindre sur deux cartons deux cercles égaux de feintes dissemblables et les observer dans le stéréoscope ; les résultats sont les mêmes, c’est-à-dire que dans ces divers modes d’expérimentation les deux champs visuels sont simultanément éclairés par des rayons diversement colorés.

L’impression ressentie par les observateurs n’a pas toujours été la même, ce qui montre que ce fait présente des différences individuelles considérables : un certain nombre d’expérimentateurs, et c’est le plus grand nombre, voient dans ce cas le champ coloré avec la couleur résultant du mélange des deux, non-seulement pour des couleurs faibles, mais encore pour des couleurs vives, et dans le cas où les couleurs sont complémentaires, ils ont la sensation du blanc. D’autres voient unealternance des deux couleurs, qui a lieu d’abord au commencement de l’expérience, puis qui s’atténue quand on prolonge l’observation et qui reparaît après, alternance indiquant que la vision de chaque œil l’emporte successivement. Quelquefois la superposition des impressions différentes n’a pas lieu dans tout le champ de la vision; une des teintes qui prédomine semble parsemée de taches offrant la couleur des rayons lumineux qui affectent l’autre œil, ce qui montre que les différents points des rétines ne sont pas, à ce moment, également sensibles.

Ces expériences semblent être favorables à l’hypothèse d’après la-

(1) Transacl. philos. d’Edimbourg, t. 15. — Journal d' Edimbourg , t. 48, p. 150. — Journal rinstiiut, n° S50, p. 128 (1850,'. — Comptes rendusde l'Académie des sciences de l' Institut de France, t . 31, p. 895. - Bullet. de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale , 1851, p. 45. Giraud-Teuton, vision binoculaire.

(2) Mém. des savants étrangers , t. 3, p. 514. ld., t. 4, p. 541.

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quelle on considère les libres nerveuses émanées de parties correspondantes des rétines des deux yeux comme aboutissant au même point de l’encéphale, c’est-à-dire que les filets nerveux seraient constitués par paires semblables aboutissant à des points correspondants des rétines. 11 y a un fait physiologique qui semblerait encore venir à l’appui de cette opinion : c’est une espèce de fatigue ou de paralysie momentanée de la rétine, par moitié et de même côté pour chaque œil, de droite ou de gauche simultanément, en sorte que les personnes qui en sont atteintes momentanément ne voient que la moitié droite ou la moitié gauche des objets. Cette hypothèse a été combattue dans ces dernières années en se basant surtout sur les effets de la vision stéréoscopique, car l’impression d’un seul objet résulte, dans ce cas, de deux images objectives différentes.

Il semble, d’après ce qui précède, qu’il n’est pas plus difficile de comprendre la vision simple avec les deux yeux que d’avoir la notion de l’unité des objets par le toucher au moyen des deux mains. Quand on fixe les yeux sur un objet placé à quelques mètres de distance, si l’on vient, sans changer la direction des axes optiques, à interposer le doigt ou une tige de bois vis-à-vis des yeux à quelques centimètres de distance, on a deux images du doigt ou delà tige, quoique d’une manière indistincte; ce n’est qu’en dirigeant les yeux sur le doigt ou sur la tige qu’on la voit simple et distinctement. Ainsi la direction des axes optiques fait que les deux images formées sur la rétine donnent une sensation simple.

Quant à la position exacte des objets , la vision simple avec un œil ne saurait la donner immédiatement sans que le toucher ou les rapports de position avec les objets extérieurs viennent faire juger du lieu où elle se trouve. L’expérience connue de Malebranche le montre aisément : si l’on place un anneau à quelque distance de soi et qu’en fermant un œil on cherche à passer le doigt dans l’anneau, on ne peut en général y parvenir immédiatement et l’on se trompe sur le lieu réel où il se trouve; en ouvrant les deux yeux l’erreur n’est pas possible. Cependantavec un seul œil on parvient aisément à juger la position des objets; mais il faut examiner d’autres objets voisins, comparer leurs grandeurs, leurs positions , et pour cela déplacer l’œil ; avec les deux yeux, ce jugement est produit instantanément, probablement en raison de l’habitude que l’éducation des yeux nous a donnée. Ce fait de l’instantanéité est prouvé en illuminant une pièce d’un appartement par la décharge d’une bouteille de Leyde; la lumière ne dure qu’un instant

très- court et cependant ce temps suffit pour nous donner la notion de la position, de la grandeur et du relief des objets.

On n’a cité ici qu’un petit nombre des exemples que l’on pourrait donner au sujet des effets de la vision binoculaire, mais ils suffisent pour montrer que si dans l’état actuel de la science on ne peut donner une explication complètement satisfaisante des différentes circonstances qui peuvent se présenter, on peut dire d’une manière générale que la vision unique des objets avec les deux yeux vient de ce que les images objectives formées par un objet sur les deux rétines, sans être identiques, sont à peu près semblables, et de ce que la notion de la position de cet objet résulte de la convergence des axes optiques vers lui ; nous jugeons d’après cela qu’il est unique; c’est une question de jugement que l’éducation des yeux et l’habitude nous a appris à porter. La vision simple avec les deux yeux dépend donc de la manière dont nous interprétons nos sensations (1).

(1) Voir, pour plus de détails, Longet, Traité de physiologie, tome 2. — Giraud- Teulon, Physiologie et pathologie delà vision binoculaire. Paris 1861. — Helmholtz, Optique physiologique.

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