‹ La lumière nataleChapitre 5 sur 23 · NATURE · texte numérisé non relu

NATURE

0 Nature, prends-moi pour ne me rendre plus Aux leurres de la ville où lejour ne meurt pas, Doucement, dans la plaine et les eaux, dans les pas Qui vont portant au loin l'angoisse des Elus.

Prends-moi, et qu'en mon cœur toi seule oses tout bas Ranimer mon amour, ma joie et ma vertu, Et, sur le mode cher d'un caprice têtu, L'hymne d'aube qu'on doit aux choses d'ici-bas.

J'ai revu tes forêts, tes prés et tes ruisseaux. Un instant de mon âme habite tes roseaux Depuis le jour où j'y taillai ma flûte frêle.

Prends-moi, pour que, certain de ta beauté sereine, J'aille surprendre Pan dans l'ombre de tes chênes, L'âme perdue au fil de tes heures muettes.

Puisque je trouve enfin le vrai refuge en toi, Nature, en qui je vis, errant et fort et sage, Simple de cœur aussi; sachant qu'un dieu me voit Par les yeux familiers qu'il donne aux paysages,

Qu'en ton sein tout vibrant d'une force ouvrière, Par ces temps revenus du règne de Saturne, J'emplisse avec ferveur mon âme comme une urne Des poèmes dorés qui montent des clairières.

Et qu'en la plaine immense, où le ciel se suspend, Je sois celui pour qui va rouer comme un paon L'heure que l'infini de la Nuance ocelle ;

Ou bien, dans l'orbe vert d'un buisson qui s'allume. L'enfant, né vagabond, de qui la main présume Le rire dont la baie ingénue étincelle.

LNSTANTS DE FÊTE

Comme un enfant craintif j'erre à travers les rues. L'ombre, ainsi qu'un automne, a flétri les visages, Et des paupières d'or d'un azur sans nuages Filtre le long regard des choses disparues.

En vain, je fuis la joie énervante qui rôde Et propage en la nuit sa grossière hystérie. C'est fête. La douleur des cuivres psalmodie... Et rivresse, en haillons, prophétique, clabaude.

Sur la place, où dormaient des silences de lune, La crécelle d'un orgue a repris, une à une. Les valses à la mode en robes de paillons.

Un clown, sur des tréteaux, parodie son martyre. Et la foule, aux éclats de voix de l'histrion, Acclame par instants la souiFrance de rire.

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