CHAPITRE II
Effets produits par les rayons différemment réfran-
gibles.
§ 1. Effets du spectre solaire sur les matières impressionnables.
Les effets produits par la lumière sont si variés qu’il est nécessaire d’examiner comment chaque matière sensible se comporte sous l’influence des rayons différemment réfrangibles, et l’on va voir que si quelques principes généraux peuvent résulter de cet examen, cependant on peut dire que chaque substance est un instrument à l’aide duquel on doit interroger le rayonnement lumineux, et qu’il y a autant d’effets différents que de substances impressionnables.
En général les effets chimiques ont lieu dans les rayons les plus
EFFETS DE LA LUMIÈRE
réfrangibles du spectre solaire et môme dans la partie ultra-violette , et l’on a pu voir tome Ier, page 31, ainsi que page 43 de ce volume quelles avaient été les premières observations de Schéele et de Ritter sur le chlorure d’argent; on a vu également tome Ier, livre IV, page 438 (1), que j’avais été conduit à observer, à l’aide des actions chimiques, les mêmes raies noires que celles du spectre visible, même au delà du violet; ainsi les différences observées proviennent seulement des matières inégalement impressionnables. Examinons quels sont les effets que présentent la plupart des matières qui ont été indiquées dans les chapitres précédents.
Afin d’agir avec des rayons lumineux d’une réfrangibilité bien définie, on fait réfléchir un faisceau de rayons solaires sur le miroir métallique d’un héliostat, et l’on introduit ce faisceau dans une chambre obscure par une fente verticale très-étroite dont on peut faire varier le diamètre depuis 0 mill. 1 jusqu’à 2 mill. : A la distance de 2 mètres environ de l’ouverture, sur le trajet des rayons, on place un prisme de flint glass très-blanc et très-pur, d’un angle de 60° et dans la position du minimum de déviation pour les rayons moyens; immédiatement derrière le prisme on fixe, perpendiculairement aux rayons réfractés, une lentille achromatique de 1 mètre de foyer, et Ton reçoit le spectre, sur un carton blanc à 2 mètres à peu près de la lentille. On a un spectre solaire bien étalé et dans lequel on distingue les raies noires. Quand on fait usage de substances très-impressionnables, il est nécessaire d’agir avec un spectre d’une certaine étendue, de 1 à 2 décim. de longueur entre les raies A et H par exemple ; comme on peut faire varier la distance de la lentille et du prisme, et employer une lentille à plus court foyer, on peut augmenter ou diminuer la grandeur du spectre. Avec les matières très-peu impressionnables il faut se servir d’un spectre de 5 à 6 mill. de hauteur sur 30 à 33 mill. de longueur entre les raies A et H.
Je supposerai qu’on ait employé un prisme de flint glass très-blanc; avec le quartz, comme on l’a vu dans le Ier volume, page 140, on a un spectre un peu plus long pour la partie ultra-violette; mais la dispersion est moindre et la différence entre les effets observés avec les rayons les plus réfrangibles et ceux que présente un prisme de flint blanc sont assez faibles, eu égard aux indications générales qui vont être données, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en faire usage.
(1) Bibliotli. univ. de Genève , t. 40, p. 341 (1842).