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C. Mentzelius, Traité sur la pierre de Bologne

Lcmery, Cours de chimie.

PHOSPHORESCENCE

l’on supposait devoir être produit par l’escarboucle et les autres minéraux prétendus lumineux. Cette découverte a été faite, dit-on, par un artisan de Bologne (on a même dit un cordonnier), nommé Vincenzo Casciorolo, qui s’occupait d’alchimie et qui ayant trouvé une pierre luisante et très-pesante croyait qu’elle renfermait de l’argent et l’avait calcinée; au lieu de cela, il découvrit le curieux phénomène qu’elle présente de rester lumineuse dans l’obscurité pendant quelque temps, après son exposition à la lumière, en donnant une lueur qui s’éteint graduellement. Cette pierre en effet était du sulfate de baryte, qui étant calciné entre des charbons s’était changé superficiellement en sulfure de barium phosphorescent.

Boëce de Boot et Jean de Laët , cités plus haut, ont publié leurs ouvrages près de cinquante ans après la découverte des propriétés lumineuses de la pierre de Bologne; s’ils ont eu connaissance de ce fait, il est digne de remarque qu’ils n’ont pas songé à établir quelque rapport entre les effets que présentait cette matière et ceux que la tradition attribuait aux pierres prétendues lumineuses, en remarquant surtout, comme ils l’ont fait, que des corps organisés pouvaient jouir spontanément de la faculté de devenir des sources de lumière. Mais il est possible, d’un autre côté , qu’ils n’aient pas eu connaissance des propriétés lumineuses dont il s’agit ; car Lemery, dans son cours de chimie , en parlant de la pierre de Bologne, dit qu’Homberg a contribué à rappeler l’attention sur cette pierre, qui avait été presque oubliée. Dans un voyage qu’il fit en Italie, dit-il, pour la rechercher, on la connaissait si peu à Bologne qu’Homberg n’y trouva personne qui pût lui en donner des nouvelles et trèspeu qui en eussent entendu parler En outre, la plupart des per-

sonnes croyaient que la pierre de Bologne était une composition dont le secret était perdu.

La pierre de Bologne a donné lieu à un grand nombre de publications et même à des traités spéciaux au sujet de sa préparation. On peut citer, par ordre de dates, comme les plus importants le mémoire d’Ovide Montalbani, médecin à Bologne (1); un des chapitres de la pharmacopée de Pothier d’Angers, médecin, dans lequel il décrit la préparation de la matière (2); le traité de Licetus, cité plus haut, qui date de 1640 et qui donne une histoire complète de la découverte, de la préparation et

(1) Ov. Montalbani, De illuminabili lapide bononiensi epistola familiaris ; 1634.

(2) Phannacopea spagirica, ouvrage cité plus haut

LA LUM1ÈUE. — T. I.

SOURCES DE LUMIÈRE

des principales propriétés de celte substance; le traité de Mentzelius, publié en 1G75 et indiqué aussi précédemment; un mémoire du comte deMarsiglii (1), le fondateur de l’Académie de Bologne, en 1712; enfin, les ouvrages de Lemery (2) et de Margraff (3).

C’est à peu près au milieu du dix-septième siècle que le nom de phosphore fut appliqué à cette substance, comme aux autres matières émettant dans l’obscurité une lueur plus ou moins vive. Pothier appelle la pierre de Bologne la pierre lucifer ; Licetus lui a donné, vers 1640, le nom de litheosphore ; Baudoin, en 1673, donna au nitrate de chaux calciné, dont on parlera plus loin, le nom de phosphore hermétique. Boyle s’est servi de la même expression, et nous verrons ci-après qu’on a donné tout aussi bien le nom de phosphore au phosphore ordinaire qu’aux substances ou aux préparations chimiques qui luisent par elles-mêmes sous l’influence de la chaleur, de la lumière ou du frottement.

Les méthodes de préparation indiquées pour la pierre de Bologne peuvent se réduire à deux : dans la première on pulvérise la substance, l’on forme avec la poudre humectée d’eau, ou d’albumine, des gâteaux, qui une fois secs sont disposés par couches avec de la braise calcinée; ce mélange est ensuite placé dans un fourneau où l’on opère la calcination jusqu’à ce que le fourneau s’éteigne, et Ton ne retire la matière qu’après le refroidissement complet. Si par cette opération elle n’offre pas une lumière assez vive après l’insolation, on la calcine de la même manière une seconde et même une troisième fois. C’est la méthode donnée par Pothier et suivie par Mentzelius; Margraff l’a perfectionnée en faisant subir une première calcination à la matière, la pulvérisant ensuite et formant les gâteaux avec de l’eau qui tient en dissolution 4 de son poids de gomme adragante.

La seconde méthode consiste à faire adhérer autour de morceaux de pierre de Bologne elle-même de la poudre de même substance, et à opérer la calcination au milieu du charbon. Elle a été suivie par Marsiglii et Lemery. C’est encore la poussière de sulfate de baryte qui devient lumineuse après son exposition à la lumière, et comme les pierres qui sont au centre de chaque masse ne servent que de support, la première méthode est préférable.

(1) Disscrtatione cpistolarc del fosforo minérale, o sia délia pielra illuminabile bolognesc ; 1698; réimprimée, en 1702.

(2) Cours de chimie.

(3) Margraff, Opuscules chimiques, 12™ dissertation, Paris, édition de 1762, t. l,p. 312.

PHOSPHORESCENCE

Quand on expose à l’insolation des masses ainsi calcinées et qu’on les transporte dans l’obscurité, elles y luisent en général avec une teinte orangée rouge, analogue à celle du charbon qui s’éteint; quelquefois cependant cette teinte est plus jaunâtre ou entremêlée de parties blanchâtres • et bleuâtres. Margraff en opérant à deux ou trois reprises la calcination des gâteaux, comme l’indique Pothier, après avoir pulvérisé chaquefois la matière, et en se servant d’une moufle, a obtenu des teintes mélangées.

On verra plus tard quelles sont les conditions à remplir pour avoir une grande uniformité de couleur dans la lumière émise.

En 1663, une observation faite par Robert Boyle (1) avec un diamant qui était lumineux dans l’obscurité après avoir été frotté, chauffé, ou approché d’une bougie, attira l’attention sur les effets de phosphorescence que pouvaient donner les minéraux. Boyle reconnut bientôt que d’autres diamants jouissaient des mêmes propriétés, mais qu’il y en avait qui en étaient privés. On verra dans le chapitre suivant que beaucoup d’autres corps présentent des effets analogues, et se trouvent naturellement dans les mêmes conditions que la pierre de Bologne Calcinée.

§ 2. Phosphore.

En 1677, la découverte du phosphore vint montrer qu’une matière pouvait produire de la lumière par elle-même, au milieu de l’air, et sans le concours de la lumière, de la chaleur ou du frottement, et dès lors les recherches des chimistes sur cette matière firent oublier en partie celles relatives aux substances qui ne possédaient que temporairement la propriété de luire dans l’obscurité.

Il n’est pas sans intérêt de dire quelques mots de cette découverte chimique importante (2). Un négociant de Hambourg nommé Brandt, voulant réparer sa fortune, s’occupait d’alchimie et travaillait sur Burine, espérant arriver à la pierre philosophale ; au lieu de ce qu’il cherchait, il découvrit le phosphore. Runckel, alors professeur à Yittemberg et dont la réputation comme chimiste était très-grande, en entendit parler, et en fît part à Krafft de Dresde, afin de se réunir à lui pour acheter ensemble le procédé. Krafft, à ce qu’il paraît, fît le voyage de Hambourg et acheta le secret de Brandt moyennant 200 dollars, à condition qu’il ne le révé-

(1) De adamante intenebris lucente, 27 octobre 1663. — Id. Boyle, Operaomnia, t. 3, p. 152.

(2) Mémoires de V Académie des sciences , t. 55, p. 342, 1737.

SOURCES DE LUMIÈRE

lerait à personne. Kunckel, d’après ce qu’il rapporte, outré de la conduite de son ami, travailla de son côté, et sachant que Brandt employait l’urine, opéra sur cette matière, et après de longs essais parvint à en retirer du phosphore. Il publia le procédé de préparation, et c’est par ce motif que pendant longtemps cette matière a pris le nom de phosphore de Kunckel. Boyle, vers cette époque, s’occupa aussi de ce sujet, et indiqua également le moyen dont il se servait pour obtenir cette substance (1).

Cependant la préparation était difficile, et le phosphore était assez rare; mais en 1737 (2) un étranger, s’étant rendu à Paris, offrit de faire connaître un procédé qui fut soumis à l’examen d’une commission de l’Académiedes sciences, composée de Dufay, de Duhamel, de Geoffroy et de Hellot, et le gouvernement français lui accorda une récompense. La méthode de préparation fut décrite avec détails par Hellot, rapporteur de la commission ; elle consistait à évaporer l’urine putréfiée et à chauffer ensuite fortement le résidu dans une cornue en grès dont le col, par une allonge, plongeait dans l’eau. Quelques années après, en 1743 (3), Margraff fit voir quelle était la substance qui dans l’urine donnait le phosphore, et conseilla l’addition, dans la matière, d’un sel de plomb. Enfin Gahn, en 1769, ayant découvert la présence du phosphore dans les os, publia avec Schèele un procédé qui permet de s’en procurer aisément des quantités un peu grandes. C’est ce procédé modifié que l’on emploie encore aujourd’hui.

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