‹ La lumière, ses causes et ses effetsChapitre 86 sur 92 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

Jief. On peut consulter sur ce sujet les ouvrages où se trouvent décrits les procédés à l'aide desquels on obtient ces diverses illusions d’optique (1).

Parmi les expériences que l’on doit prendre en considération quand on cherche à se rendre compte des effets de la vision binoculaire, ainsi que de la perception des couleurs, on peut citer celles dont la première idée est due à Dutour (2) ; elles consistent à impressionner simultanément chaque rétine d’un observateur par des rayons lumineux de couleur différente. On peut, pour arriver à ce but, regarder une surface blanche en plaçant devant chaque œil un verre coloré de diverses teintes, ce qui s’exécute aisément à l’aide de lunettes besicles ayant des verres de différentes couleurs. Au lieu d’opérer ainsi on peut peindre sur deux cartons deux cercles égaux de teintes dissemblables et les observer dans le stéréoscope ; les résultats sont les mêmes, c’est-à-dire que dans ces divers modes d’expérimentation les deux champs visuels sont simultanément éclairés par des rayons diversement colorés.

L’impression ressentie par les observateurs n’a pas toujours été la même, ce qui montre que ce fait présente des différences individuelles considérables : un certain nombre d’expérimentateurs, et c’est le plus grand nombre, voient dans ce cas le champ coloré avec la couleur résultant du mélange des deux, non-seulement pour des couleurs faibles, mais encore pour des couleurs vives, et dans le cas où les couleurs sont complémentaires, ils ont la sensation du blanc. D’autres voient unealternance des deux couleurs, qui a lieu d’abord au commencement de l’expérience, puis qui s’atténue quand on prolonge l’observation et qui reparaît après, alternance indiquant que la vision de chaque œil l’emporte successivement. Quelquefois la superposition des impressions différentes n’a pas lieu dans tout le champ de la vision; une des teintes qui prédomine semble parsemée de taches offrant la couleur des rayons lumineux qui affectent l’autre œil, ce qui montre que les différents points des rétines ne sont pas, à ce moment, également sensibles.

Ces expériences semblent être favorables à l’hypothèse d’après la-

(1) Transact. philos. d'Edimbourg, t. 15. — Journal d'Édimbour g, t. 48, p. 150. — Journal l'Institut , n° 850, p. 128 (1850,'. — Comptes rendus de l'Académie des sciences de l' Institut de France, t. 31, p. 895. — Bullet. de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale , 1851, p. 45. Giraud-Teuton, vision binoculaire.

(2) Mcm. des savants étrangers , t. 3, p. 514. Id ., t. 4, p. 5il.

DE LA. VISION

quelle on considère les fibres nerveuses émanées de parties correspondantes des rétines des deux yeux comme aboutissant au môme point de l’encéphale, c’est-à-dire que les filets nerveux seraient constitués par paires semblables aboutissant à des points correspondants des rétines. Il y a un fait physiologique qui semblerait encore venir à l’appui de cette opinion : c’est une espèce de fatigue ou de paralysie momentanée de la rétine, par moitié et de même côté pour chaque

œil, de droite ou de gauche simultanément, en sorte que les personnes

qui en sont atteintes momentanément ne voient que la moitié droite ou la moitié gauche des objets. Cette hypothèse a été combattue dans ces dernières années en se basant surtout sur les effets de la vision stéréoscopique, car l’impression d’un seul objet résulte, dans ce cas, de deux images objectives différentes.

Il semble, d’après ce qui précède, qu’il n’est pas plus difficile de comprendre la vision simple avec les deux yeux que d’avoir la notion de

l’unité des objets par le toucher au moyen des deux mains. Quand on *

fixe les yeux sur un objet placé à quelques mètres de distance, si l’on vient, sans changer la direction des axes optiques, à interposer le doigt ou une tige de bois vis-à-vis des yeux à quelques centimètres de distance, on a deux images du doigt ou de la tige, quoique d’une manière indistincte; ce n’est qu’en dirigeant les yeux sur le doigt ou sur la tige qu’on la voit simple et distinctement. Ainsi la direction des axes optiques fait que les deux images formées sur la rétine donnent une sensation simple.

Quant à la position exacte des objets, la vision simple avec un œil ne saurait la donner immédiatement sans que le toucher ou les rapports de position avec les objets extérieurs viennent faire juger du lieu où elle se trouve. L’expérience connue de Malebranche le montre aisément : si l’on place un anneau à quelque distance de soi et qu’en fermant un œil on cherche à passer le doigt dans l’anneau, on ne peut en général y parvenir immédiatement et l’on se trompe sur le lieu réel où il se trouve; en ouvrant les deux yeux l’erreur n’est pas possible. Cependantavec un seul œil on parvient aisément à juger la position des objets; mais il faut examiner d’autres objets voisins, comparer leurs grandeurs, leurs positions , et pour cela déplacer l’œil ; avec les deux yeux, ce jugement est produit instantanément, probablement en raison de l’habitude que l’éducation des yeux nous a donnée. Ce fait de l’instantanéité est prouvé en illuminant une pièce d’un appartement par la décharge d’une bouteille de Leyde ; la lumière ne dure qu’un instant

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