‹ La lumière visibleChapitre 62 sur 89 · Dr Suuvk. JSnin. pkilc · texte numérisé non relu

Dr Suuvk. JSnin. pkilc

Luther, dans sa révolte contre l'Eglise, avait conservé la divinité de Jésus-Christ ; mais cette première rébellion va être suivie, pendant trois cents ans, d'une progression décroissante qui ne fera que s'accentuer.

Après Luther est venu Socin pour qui le Christ, suivant sa propre interprétation de l'Ecriture, n'est qu'un homme adorable mais nullement divin. Puis Kant, établissant une distinction entre la foi religieuse et la foi ecclésiastique, choisit dans les textes sacrés ce qui plaît à la première, et repousse ce qui affermit la seconde. Ensuite Semler rejette presque tous les livres de l'Ancien Testament. Eichhorn, à son tour, soumet le Nouveau Testament à la critique négative appliquée par Semler à l'Ancien. D'autres viendront qui, usant toujours de la Bible d'après leur sens individuel, n'affirmeront pas autre chose de Dieu sinon que l'homme vertueux doit souhaiter qu'il existe.

L'anglicanisme n'a guère été plus heureux. Il rejette le Pape, tout en voulant conserver tout le Symbole avec les Evêques. Mais vient le presbytérianisme qui, au rejet du Pape, ajoute celui des Evêques, ne voulant que des prêtres. Plus de prêtres, diront les calvinistes mais que des pasteurs ; puis d'autres sectes : Plus de pasteurs, mais seulement que des prédicants. Avec les quakers enfin, chacun est à soi-même son docteur, son pasteur et son prophète. Et c'est ainsi que s'est effondrée toute la hiérarchie ecclésiastique, une fois la tête supprimée.

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L'anglicanisme n'a pas même conservé les croyances qu'il voulait retenir. La confession auriculaire, la messe, la transsubstantiation, l'infaillibilité des conciles généraux, les indulgences, l'établissement divin de l'épiscopat, toutes ces croyances que l'Eglise d'Angleterre avait juré de garder, ont été amoindries, défigurées ou réniées par elle. Tant il est vrai que le privilège de ne se point contredire n'appartient qu'à la vérité. Tant il est vrai aussi que mettre la Bible indistinctement entre les mains de tout le monde, sans l'autorité voulue pour la protéger et en fixer le sens, c'est livrer la parole de Dieu à toutes les aberrations humaines, l'exposer aux interprétations les plus fausses et les plus dangereuses.

Voilà où m'a conduit mon enquête, toute sommaire qu'elle est, sur la réalité de la révélation divine. J'ai d'abord acquis la preuve que les livres qui composent la Bible, tant de rÀncien que du Nouveau Testament, sont des livres authentiques ; que leurs auteurs, reconnus pour la rectitude et la sainteté de leur vie, sont dignes de foi ; qu'ils étaient vraiment inspirés, et que les révélations primitive, mosaïque et chrétienne, lesquelles en réalité n'en font qu'une, contiennent la parole même de Dieu révélée et transmise au monde. Ma raison m'a encore démontré que Dieu a parlé par son Fils, et que ce qu'il nous a dit est parvenu par renseignement de l'Eglise dans sa forme originale, authentique. Cette enquête,

en me prouvant le fait de la révélation, m'a conduit au seuil même de l'Eglise et m'y a fait entrer en m'ouvrant les portes de la foi. Je n'ai plus maintenant qu'à me laisser guider, et accepter avec soumission les vérités que l'Eglise est chargée de m 'enseigner, pour tout ce qui se rapporte aux matières de foi et de mœurs. Elle ne peut à cet égard se tromper. Même dans les mystères qu'elle me propose, j'ai la parole de Dieu qui me garantit de son infaillibilité doctrinale. Au reste, si je comprenais tous les mystères qu'elle propose à ma foi, où serait mon mérite de celle-ci, et celui de mon obéissance à Dieu ? qui veut que ma foi soit un témoignage de confiance. Mais dans les dispositions nouvelles de sa Providence pour conduire l'homme à sa fin, la foi devient le principe de sa justification ; elle le met en grâce avec Dieu et le fait vivre de sa vie ; que dis-je, la foi devient l'instrument indispensable de son salut. Celui qui croira et sera baptisé se sauvera, et celui qui ne croira pas sera condamné, disait Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses apôtres. Ces graves paroles sont comme le testament et l'expression de sa dernière volonté. Nous marchons dans la foi, dit saint Paul, et non dans la vue claire ; nous ne connaissons qu'en partie, nous ne prophétisons qu'en partie ; maintenant nous voyons comme par un miroir et dans l'obscurité, en attendant le jour où la vérité nous sera révélée dans toute sa perfection et sa plénitude, où nous la verrons intuitivement face à face, comme nous nous voyons et comme nous nous connaissons nous-mêmes.

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Un grand chrétien du siècle dernier, Ozanam, écrivait un jour à un de ses amis, qui lui avait exposé ses doutes en matière de religion, ces lignes admirables :

" O mon cher ami, les difficultés de la religion sont comme celles de la science: il y en a toujours. C'est beaucoup d'en éclaircir quelques-unes ; mais aucime vie ne suffirait à les épuiser. . . Pour moi. après bien des doutes, j'ai assis ma foi sur un raisonnement qui peut se proposer aux maçons et aux charbonniers.

" Je me dis que tous les peuples ayant une religion, bonne ou mauvaise, la religion est donc un besoin universel, perpétuel, par conséquent légitime, de l'humanité.

" Dieu qui a donné ce besoin s'est donc engagé à le satisfaire. Il y a donc une religion véritable.

" Or, entre les religions qui partagent le monde, sans qu'il faille ni longues études, ni discussion des faits, qui peut douter que le christianisme soit souverainement préférable et que seul il conduise l'homme à sa destinée finale?

"Mais, dans le christianisme, il y a trois Egliaee: la protestante, la grecque et l'Eglise catholique, c'est-à-dire l'anarchie, le despotisme et l'ordre, Le choix n'est pas difficile et la vérité du catholicisme n'a pas besoin d'autre démonstration.

" Voilà le court raisonnement qui m'ouvre les portes de la foi ; mais une fois entré, je suis tout éclairé d'une clarté nouvelle et bien plus profondément convaincu par les preuves intérieures du

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christianisme : j'appelle ainsi cette expérience de chaque jour qui me fait trouver, dans la foi de mon enfance, toute la force et toute la lumière de mon âge mûr, toute la sanctification de mes joies domestiques, toute la consolation de mes peines. Quand toute la terre aurait abjuré le Christ, il y a dans l'inexprimable douceur d'une communion et dans les larmes qu'elle fait répandre, une puissante conviction qui me ferait encore embrasser la croix et défier l'incrédulité de toute la terre \"

Je sais tout ce qu'il y a de divin et d'humain dans l'Eglise ; que l'infaillibilité que Jésus-Christ a promise à ses ministres ne les soustrait pas aux infirmités et aux faiblesses humaines, ne les exempte pas de passions. Je sais les désordres et les scandales même de certains siècles passés ; mais je sais également tous les prodiges de vertus et de génie que l'Eglise seule a su en tirer dans sa lutte contre le mal, la vertu purificatrice qu'elle apporte aux hommes, les saints qu'elle a produits, qui sont la gloire de l'humanité ; que le principe divin qui est en elle non seulement échappe à la

1. Ozanam avoue lui-même qu'à un moment de sa vie il fut tourmenté de doutes sut la foi. Dans cet état d'esprit il entre un jour dans une église et y voit M. Ampère prosterné dans un coin, et récitant humblement son chapelet. La vue d'un tel chrétien et en même temps si grand savant priant ainsi dissipa toutes ses inquiétudes religieuses. Ampère avait lu Vlmitaiion de Jéatu-Chriat tant de fois qu'à son lit de mort, à un anù qui lui proposa de lui en lire un chapitre : "Je la sais par cœur tout entière", répondit-il.

corruption, mais communique à la volonté une énergie qui l'élève jusqu'à l'héroïsme de la vertu, et cela, aussi bien aujourd'hui, après vingt siècles d'existence, qu'au moment de sa fondation. Je sais encore que l'Eglise est gouvernée non par des hommes confirmés en grâce, mais par des mortels fragiles, sujets à la tentation ; mais ce que je n'ignore pas non plus, c'est que je serais l'esprit le plus borné si je faisais retomber sur tout le corps sacerdotal la faute ou la défection d'un de ses membres, comme si la religion en était responsable. Ce mal qui tend à envahir et à profaner le domaine ecclésiastique vient du monde et non de l'Eglise, qui demeure incorruptible dans les éléments qui la composent. Son divin fondateur nous a donné l'exemple de toutes les vertus avec la sainteté de sa doctrine.

" Quelle preuve de la sainteté de l'Eglise que sa sincérité doctrinale! Comme elle est immaculée dans sa foi une société qui en respecte à ce point les fortiiules : plutôt que de retrancher un mot de son symbole, celui qui exprime la consubstantialité du Verbe, elle a consenti à perdre les innombrables adhérents des sectes ariennes. Plutôt que de transiger sur la Procession du Saint-EIsprit, elle sacrifia ses plus anciennes conquêtes de l'Orient, Plutôt que d'attenter à l'indissolubilité d'un sacrement, elle subit la vengeance d'Henri VIII et la désertion de l'Angleterre, Enfin, plutôt que de sanctionner, sans restriction, les principes de 89, elle affronte le

choc de tous les préjugés modernes coalisés contre elle : c'est-à-dire qu'elle compte sa popularité pour rien, la vérité pour tout, et fait sans cesse ce qu'il faudrait pour être humainement immolée, si elle n'était divinement préservée \"

Enfin, dernière considération : La plupart des hommes, obligés sans cesse de vaquer aux travaux les plus pénibles, n'ont ni les loisirs ni les moyens de se livrer à l'étude, et de faire par eux-mêmes l'enquête à laquelle j'ai eu recours pour arriver à la connaissance de la vérité et au point où elle m'a conduit. Comment parviendraient-ils à connaître par eux-mêmes tous les dogmes essentiels, toutes les lois de la religion ou seulement les, conserver dans toute leur pureté, s'ils n'avaient pour cela d'autre guide que leur propre raison, quand on sait que les plus grands génies de l'antiquité n'ont réussi, à la suite de longues méditations, qu'à n'apercevoir que des parcelles de ces mêmes vérités. Ce n'est donc pas sans motif que Jésus-Christ a voulu que les peuples fussent évangélisés, que la vérité leur parvînt par voie d'enseignement, incapables qu'ils étaient par eux-mêmes de la découvrir. Il s'ensuit que l'autorité est, pour la plus grande majorité des hommes, le seul moyen d'instruction à l'égard des vérités qui sont la base ou la règle de leurs devoirs. La seule autorité qui puisse véritablement les éclairer

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