M. Yves Delâge
misme, mes préférences lui sont acquises !
répétera M. Contejean, autre matérialiste et ath On a accusé Hæckel d’avoir, par esprit de pa: sciemment falsifié la vérité, d’avoir inventé modifié des figures dans le but de dissimuler défauts de ressemblance qui existent entre formes embryonnaires des différentes espèc:
d’avoir “habilement maquillé des dessins po transformer en embryons d'animaux supérieu des embryons de l’homme, en supprimant te ou tels organes gênants pour sa thèse ou en défo mant à son gré la tête et l’épine dorsale 2” H bien ! c’est ce même homme qui, pris sur le fa de malhonnéteté scientifique, viendra nous dir de son ton tranchant et avec tout le mépris qu’ éprouve pour les savants spiritualistes : “I croyance à l’immortalité de l'âme humaine es un dogme qui se trouve en contradiction irrémé diable avec les données expérimentales ‘es plu certaines de la science moderne.’ Ou encore “La lutte entre les adversaires et les partisans di libre arbitre s’est terminée aujourd’hui, aprè plus de deux mille ans, au profit des prerniers.' Essayer de raisonner avec quelqu'un qui ni l'évidence, qui traîte d’illusion, au nom de ls science du XIXe siècle, une vérité que la conscience humaine a toujours proclamée de la façon la plus universelle et 1e plus irrésistible. Mais ce
1. Revue Scientifique, 1881, Farges, La Vie et l'Evolution. 2. Journal des Débats du 10 août 1908.
uises ! ”.
et athée.
de parti, venté ou muler les entre les espèces, ins pour ipérieurs ant tels n défor- 3» Eh ir le fait us dire, ris qu’il “La dine est irrémées plus encore :
sans du , après raiers.”’ qui nie de la science çon la Tais ce
lution.
n'est pas de raisonner que les savants de l'espèce du naturaliste allemand se préoccupent : leur souci est de se couvrir d’un manteau qui n’est pas le leur ; d'affirmer en une langue sonore, accompagnée d’épithètes à couleur scientifique, des aphorismes qui en imposent et qu'ils veulent faire accepter pour des vérités indiscutables. Le malheur est que beaucoup d’esprits crédules où qui n’ont point les connaissances nécessaires pour distinguer tout ce que ces affirmations renferment de creux et de faux, deviennent victimes des sophismes de ces savants de mauvaise foi, qui ne sont souvent que des hommes fort ordinaires, d’un esprit étroit et très médiocrement instruits. Leurs incessantes clameurs finissent Par causer chez un trop grand nombre la pénible impression que la Science et la Foi ne peuvent en réalité s'entendre, que ce sont deux forces destinées à se combattre. La grande préoccupation de ces sectaires qui parlent ainsi au nom de la soi-disant science moderne, est de trouver une arme pour triompher du surnaturel. Ils parlent ainsi au nom de la science sans y être autorisés par elle: ils la compromettent, en mettant à son compte leurs opinions individuelles, leurs assertions arbitraires, leurs hypothèses aventureuses, propres à flatter les passions du jour. Ils jouent à l’égard des véritables savants le même rôle que les intrus dans une réunion de gens de bonne société. Ce n’est pas l’amour de la vérité pour la vérité qui inspire ces âuteurs, mais un désir pré-
médité de propagande antireligieuse. Voici ce que l’on disait, avec justice, de l’un d’eux, Gabriel de Mortillet, archéologue, décédé en 1898 : “Tout, dans ses écrits, révèle le parti pris, les théories préconçues, l'esprit de secte. On sent que, dans ses travaux, l'intérêt de la science et de la recherche de la vérité ne viennent qu’en seconde ligne ; le but intrinsèque à peine déguisé, c’est de faire de la science une arme de guerre, et une arme de guerre contre Dieu, contre toute connaissance supérieure ou étrangère au monde matériel en vue de faire de l’homme ‘“‘un singe perfectionné” plutôt, comme on dit dans cette école, ‘‘qu’un Adam dégénéré.”
Ceci explique la vogue dont a joui le transformisme pendant un certain temps et parmi un certain monde : c’est qu’il permettait de se passer de Dieu, lequel devenait un personnage fabuleux dans l’œuvre de la création. De fait, la théorie de l’évolution, devenue un dogme scientifique, tient lieu de celle de la création, et, écarte par là même le Christianisme. Tous les incrédules accueillirent donc d’enthousiasme la nouvelle doctrine. Avec le monisme de Hæckel pou base et la variabilité des espèces comme moyen, elle avait les apparences d’un système logique et conséquent. Elle rendait compte d’une manière tellement évidente, prétendait-on, de l’origine et de la filiation de tous les êtres sans le secour: d’un agent surnaturel, que les enseignements de la
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Bible à cet égard devenaient des puérilités propres seulement à amuser les bonnes gens. “Plus d’argile pétrie, de souffle divin, etc.”, figurez-vous donc la belle victoire ! ‘Il est temps, chantait-on en chœur, de ranger les dogmes du péché et du salut avec les quatres âges et les gahambârs, parmi les plus dangereuses inventions de la curiosité ignorante !,”
Et c’est ainsi que, durant un quart de siècle, dans ce demi-monde de la science, on chercha à s’étourdir, à se persuader les uns les autres, en prenant des airs importants, que rien ne pouvait ébranler la nouvelle doctrine, qui expliquait tout, et qu’il n’était plus besoin ni de Dieu, ni de religion révélée, ni de miracle ; qu’il n’y a pas d’autre dieu que la matière, d'autre providence que le progrès indéfini, d’autre morale que l'intérêt. L'engouement pourtant finit par se dissiper. La vérité et le bon sens reprenant leurs droits, firent bientôt voir le vide de tous ces systèmes, tout ce que ces phrases pompeuses cachaient de duperies et de folies ; que les auteurs de cette science d'imagination ne comptaient ni par le nombre, ni par le génie, rarement par aucun titre scientifique
| vraiment remarquable.
“Le mot science, dit Mgr Maupied, veut dire savoir exactement et non douter, conjecturer à l'aventure, supposer arbitrairement, affirmer sans
1. Revue des Questions scientifiques, année 1898, ler vol., p. 284. ‘1. Dictionnaire des sciences anthropologiques, au mot Age, Parois, 1884.
preuve. Le doute, la conjecture, la suppositi arbitraire, l'affirmation sans preuve, sont l’oppc direct de la science. Celle-ci part de princif évidents par eux-mêmes, ou bien prouvés rigo reusement sans laisser de place au doute. Te est la notion de la science depuis la plus hau antiquité jusqu’à nos modernes matérialistes positivistes. Pour eux, la science est tout l’oppos C’est le doute, la négation coléreuse et passionné la conjecture paradoxale, l'affirmation de l’a surde, la contradiction incessante.”’
Il n’est pas étonnant que ceux qui s'occupe de recherches scientifiques avec un tel esp:
d’aveuglement et de passion, en ennemis syst matiques de la vérité, trouvent matière à d conflits entre la science et la foi.
Quand ce n’est pas l'esprit, c’est le cœur qui fs souvent défaut. ‘Prenez, dit Taine, les pl grands modernes antichrétiens, Frédéric, Laplac Gœæthe, quiconque a méconnu complètement Jésu Christ, regardez-y bien, dans l'esprit ou dans cœur, il lui a manqué quelque chose.”
Deux dispositions, l'humilité de l'esprit et pureté du cœur, sont d’absolue nécessité pot mériter de connaître, de comprendre la vérit religieuse. A ceux à qui elles manquent, voi la réponse que faisait de son temps le P. L cordaire :
“J'entends tous les jours des gens qui disent Si la religion est si manifeste et si bien établi pourquoi ne suis-je pas religieux ? Pourquoi 2
pposition l’opposé principes és rigoue, Telle us haute listes et l'opposé.
ssionnée, de l’ab-
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vois-je pas la vérité de la religion? Ecoutez la réponse : vous n'êtes pas religieux par la même raison que vous n'êtes pas chaste, vous n'êtes pas chaste, parce que la chasteté est une vertu, et vous n'êtes pas religieux, parce que la religion est une vertu. Vous imaginez-vous que la religon soit une science qu’on apprend et qu’on exerce comme les mathématiques ! Eh! Messieurs, si la religion n’était qu’une science, il suflrait pour être religieux d’avoir dans sa chambre un tableau noir et un morceau de craie blanche pour barbouiller des équations algébriques. La religion, il est vrai, est une équation à résoudre, mais une équation entre l’homme et Dieu...
entre la sainteté et la corruption, entre le fini et l'ivfini, entre le néant et l'être absolu. Et cette équation terrible, on ne la résout pas avec l'esprit ; on ne la résout qu'avec la vertu, non pas même avec la vertu qui fait les sages et les héros du monde, avec la vertu de Die-1 acceptée de nous, fruit de notre cœur et du sien, incompréhensible hyménée qui est sous vos yeux, qui vous parle, et que vous n’entendez pas, dans l’inexprimable recherche qu’il fait de vous, parce que vous êtes arrêtés par une triple faiblesse qui vous enivre de vous-même : faiblesse d'esprit, faiblesse de cœur, faiblesse de sens.” |
. Ces soi-disant représentants de la science dont
je viens de parler, loin d’être des hommes sérieux,
n'ont pas même l'esprit scientifique, esprit de
prudence, de réserve dans les affi:mations, da l'énoncé de systèmes que l’observation et l’exp rience n’ont pas suffisamment contrôlés. Rem quons même que les plus grands génies ont é les moins enthousiastes des sciences, parce qu’ savaient en mesurer la portée et la soumett au régulateur de la raison. Tandis que l’ignora audacieux et beau parleur triomohe et rempor la palme, dit un poète espagnol, l’homme d’étu: se cache dans l’ombre, vit dans une humble réserv reste universellement inconnu du vulgaire ; € solitaire, silencieux et :: \deste, suit le senti obscur que foulèrent ie peu de sages qui 0!
vécu dans le monde.
Je me souviens qu’un jour, raconte M. OIl Laprune, je parlais à M. Pasteur des joies q devait lui procurer ce monde des infiniment petit découvert par lui : “Parlez plutôt, reprit-il, d sentiment de mon ignorance que chaque pas dar le monde inconnu rend plus vif ; je ne conna presque rien, je suis de toutes parts entouré « mystères.” Tout grand savant, tout vrai phil sophe, ajoute le même auteur, confesse le myr* : et ceci est très conforme au véritable esprit se... tifique. Si le monde était arrangé comme vous | prétendez, disait-on un jour à Copernic, Vénu aurait des phases pareilles à celles de la lune qu’avez-vous à dire ? Copernic répondit: J n’ai rien à dire; mais Dieu fera la grâce qu’'o trouve une solution à cette difficulté. (J. d Maistre.) Un siècle plus tard, Galilée inventai
ns, dans t l’expé- Remaront été ce qu'ils Jumettre ignorant emporte d'étude réserve, ire ; et, sentier qui ont
M. Ollépies que t petits, it-il, du Jas dans connais ouré de ai philonyrt ", it SCar …vous le , Vénus a lune; it : Je e qu’on
(J. de \ventait
les télescopes au moyen desquels on reconnut les phases de Vénus.
Ces grands intellectuels, ces maîtres dans le domaine scientifique, savent mieux que tout autre qu'il y a, au-delà de ce qu'ils peuvent connaître, une infinité de choses qui dépassent leur esprit, et qu’ils ne parviendront jamais à découvrir : que bien des causes limitent la science humaine, les unes provenant des imperfections de nos facultés, de notre mode imparfait de connaître, de notre impossibilité à acquérir une connaissance adéquate de l’essence des choses, d'expliquer la nature intrinsèque de nombre de phénomènes qui nous entourent. —“Ce que je sais, disait l’illustre Isaac
| Newton, n’est qu’une goutte d’eau ; ce que j’igno-
re, c’est l'Océan vaste, sans fond.’
Que peu de vérités scientifiques nuissent être admises sans restriction, c’est ce que nous font voir l’expérience de tous les jours et l’histoire des différentes sciences. Ah ! combien en a-t-on vu de ces systèmes scientifiques qui ont été acceptés
et regardés par des générations du monde civilisé
comme des vérités irréfutables, puis, finalement, ont été renversés et oubliés à tout jamais!
Est-on même assuré que plus d’une de ces théories qui semblent aujourd’hui si bien assises, ne résisteront pas à l'épreuve du temps. Quenstedt ! disait que la seconde moitié de ce siècle (19e) n’a fait que corriger les opinions scientifiques