SCÈNE V
Les MÊMES 5 ALBERT, Trois autres Convives, ensuite VENTRE-A-TERHE.
CHOEUR
Air : f^we un bal champêtre.
Vive la campagne, Pays de Cocagne, C'est là que l'on gagne Appétit , gaîté , Santé !
AiEERT. ,
Ici l'on oublie L'ennui des lauriers, Les traits de l'envie Et ses créanciers.
TOUS
Vive la campagne, etc.
ALBERT
Vive la joie ! bonjour , Charles.
CHARLES
Arrivez donc, traînards !
ALBERT
C'est que nous avons pris un fîncre pour venir plus vite, et canoMS a retardés... Enfin voici toiijours l'avant-garde ; eh! cocher , ma boîte decoidcurs, mes pinceaux. Ventre-a-terre, entrant.
Les v'ià, not' bourgeois, lesv'lhl... On dirait d'une bo te d'allumettes.
JULIENNE , le reconnaissant.
Tiens, c'est vous, monsieur Vontre-à-Terre? vEWTPiE-A-ThRRE, de même.
Mani'zelle Juliennueici!
(// laisse tomber la boîLe.^ ALBERT, au cocher.
Eli birn l \cnx-tii donc prcndie garde a ce que lu fais?
vewtke-a-tehre. Pardon, excuse, not' bourgeois; mais, voyez-vous, c'est l'émotion du s.iisissement de la sensibilité en reconnaissant mon objet. (A sps chenaux.) Ho donc! l'Efflanqué, la Giraffe! (^Se retournante G est mes botes, messieurs, sans vous commande]..., deviX fiers arabes... sauf
vot' respect un peu essoufflés pour le momeut; et si
j'av.iis là un verre de vin ça leur ferait fameusement du
bien !
TOUS, riant.
C/est juste !
CHARLES
Allons, Julienne, verse h ce brave homme !
JULIEMNE.
Ben volontiers; attendez une minute, monsieur Ventrea-Terre.
ALBERT
Quelle journée, mes amis; allons-nous nous en donner! j'ai apporté ma palette et mes couleurs , pour saisir quelques bonnes caricatures.
JULIENNE, rei^enant avec une louleille et un verre.
T*ene:r, ,' monsieur Ventre-h-Terre.
VENTRE- A-TERRE
En vous remerciant, mon Eurydice.
ALBERT
Mon Eurydice Peste! il a de l'érudition , ce compère-là.
VEKTRE-A-TERRE, apj'ès avoir bii.
J'crois ben. {Â Julienne.) Sans vous commander, mirn'zelle, eocore un tour deioue. {^ux autres. )'\^^\ que vous rA^oyez, mes bourgeois , je n^ai pas toujours eu l'étrille à la main et la pipe à la bouche; j'ai servi i\es gens d esprit, moi; et il m'en est resté une facilité d'iulocuiion. Albert.
Tu as servi des gens d'e-| ri' ?
VEJSTRE-A-TERRE.
Et d'solides encore : monsieur Bontems, le poëte pour l'opéra. Oh! il m'était l)Ien attaché, monsieur Bontems; il m'a chassé au bout de huit jours.
TOUS
De huit jours!
VEIVTRE-A-IERKE.
Oui, mes honrgeois, sous prétexte que je n'savais pas Tservice... JTai rejzretté, parce que qmnd on a fiéquenié les savans, on a de la peine à vivre avec les bêtes.
JULIENNE
Monsieur Bontem;^! Ah bien! par exemple, si j'avais su cela, lui qui vient toujours me pincer le menton»
VE.NTRE-A-TERRE.
Hein! mam'zelle.... (^A ses chevaux.) Hol la GirafFe! veux-tu te taire, grande haridelle! (^A Julienne ) Diiesdonc, princesse, vous m'êtes fidèle, sans vous commander?....
CHARLES
Eh! sans doute, sois donc tranquille. J'ai même promis de fournir aux frais de votre noce, car lu n'es pas en fonds, je crois?
VENTRE-A-TERRE
Dam! not' bourgeois, beaucoup d'nmonr et trente deux sous la course, ça n'peut pas m'ner loin j avec ça ces coquines de fourrages sont si chères, elles sout h ois de prix.. Douze sous une malheureuse bouteille de vlu !
• ALBERT
C'est bien , c'est bien, nous causerons de loul cela.
CHARLES
Tu viendras nous reprendre ce soir.
ALBERT
A onze heures.
VEJSXRE- A-TERRE.
Oui , not' bourgeois.
JULIENNE
Comment, monsieur Ventre-à-Terre, vous ne restez pas ? il y a si long-tems que nous ne nous sommes vus.
VENTRE- A-l ERRE.
Je n'peuxpas, mam'zelle! un fiacre, c'estcomme l'àoleil, faut qu'il roule pour tout l'monde. J'ai une prasiquû qui m'a donné rendez-vous aux Champs-Elysées : c'esi quel-
ro
que partie fine , y aura un bon pour boire , et par ëtai je n'pciixpas y manquer. A ce soir, mon adorable ! .. Allons, la Giraffe, rEjQflanqué ! haut le pied, sans vous commander.... A l'avantage mes bourgeois.
(// sort.)