SCÈNE IIÏ
ÏIAIMBAUT , GENEVIÈVE, JOLIVET , ils entrent tout doucement , par le fond:, Jolivet porte un portrait pareil à celui de liainihaut sous son bras.
KAiMBAUT , se retoumaut.
Tiens , c'est toi , femme ?. . . «
GENEVIÈVE
Ah ben ! tu te retournes. . . il nV a pas de plaisir , je voulais le faire une surprise. . .
RAIMEAUT.
Il fallait donc rae prévenir , alors. . . .'
GE^EVIÈVE.
C'est égal , l'inlenlion y était. . . Embrasse-moi , mon homme , c'est aujuurd'liui" ta fête , et j'ai voulu te donner ma resseniLlance pour ton bouquet.
TiAiMBAtT, regai-dant lepoitrait.
^ Voilà-t-ilune attention délicate! Voyons que je voye.. .
c'est que c'est ça tout de même ! (Jolivet tient le portrait.)
Air : IS'j* a (jue Paris.
Il faut qu'ce soit un peintr' fameux ! A c'portrait là n'y a rien à dire :
C'est ben ton nez , c'est ben tes yeux , C'est ben ta bouche et ton sourire.
Grands dieux ! comme il est ressemblant! Il est parlant ! { ^ fds.)
GEKEViÈvE , riant.
Tu trouves ?
RAiMBALT , donnant le portrait à Jolivet. Jolivet, mets-moi ce portrait-là en regard du mien. . ►• quand on s'aime bien , on peut se regarder en face . . . pas vrai , Geneviève ?
GENEVIÈVE
Oui , jamais de profil , on a l'air de sournois. . . JOLIVET , attachant le portrait de Geneviève en face de celui de Raimbaut.
IN^a I. . voilà le ménage accroché (Il Tadndre. ) C'est pas pour dire , mais faut qu'il y ait dans Paris des fameux artistes pour attraper les gens comme ça I
GENEVIÈVE
C'est que c'est des portraits qui coûtent six francs la pièce.
JOLIVET
Avec le cadre .^
GENEVIÈVE
Avec le cadre.
JOLIVET
Faut s'iiimcr fièrement pour faire de tes sacrifices-là, . .
Savez-vous qu'on vous eîtc dans la rue de l'Eclielle comme deux modèles de fidélité? On dit : Regardez Jérôme Raimbaut, voyez madame Geneviève. . . on croirait qu'il sont mariés d'hier. . . et ça rejaillit sur moi, vot' premier garçon. . . les petites filles me font des mines ! . . .
GENEVIÈVE
Dame I quand tu seras dans ton ménage , faudra faire comme nous , Jolivet. . . tâche d imiter mon mari.
Air : vaudeville du Bûclieron ( Opéra. )
De pHits soins jamais y n'se lasse ^
\'là c'qui fait qu'nous vivons d'accord :
En rentrant le soir il m'embrasse,,
Il m'embrasse encov quand il sort...
Quand il travaill', si d'vant lui j'passe , Le p'tit baiser s'trouve encor là..
Qu'est-c'qui n'aim'rait pas un homm' comm' ça?
RA.IMBATJT.
Tiens , Geneviève , ce sont les bonnes femmes qui font les bons maris.
Même air.
(^ Jolwet.) Quand j'éprouve une soif extrême, Et qu'la bouteille a disparu, Eli' m'en offre un' seconde eH'-même; Et, si j'dis après avoir bu :
Si t'en montais une troisième?...
A la cave tout d'suite ell' s'en va... Qu'est-c' qui n'aim'rait pas un' femm' comme ça?
GENEViiiVE.
Ail çà I je vas mettre le couvert.
Elle sort et rentre aussitôt tenant Marianne endormie qu'elle va mettre dans son berceau.
RAIMBAIÎT.
Tu vois, Jolivet , ce que c'est qu'un bon ménage 5 ça doit t'encourager . . . maiie toi, mou garçon.
JOLIVET
Oui, c'est ça, marie-toi , marie-toi. . . c'est ben facile à diie. Vous ne savez donc pas que je suis pincé ; je viens d'avoir dix-huit ^is , je suis de la réquisition , il faut que je
flic à la frontière j marie-toi!. . . on va me donner pour lemmc une clarinette de cinq pieds,- ça ne laisse pas que d'èti-e régalant. . .
RAIMBAL'T.
Et tu te plains ! morbleu I tu es plus heureux que nous. Dans ce temps-ci , le métier de soldat est le meilleur*, on est à l'abri des médians , on défend son pays , et on n'est pas témoin dscs malheurs , c'est tout profit!. . . Tiens, regarde ces pistolets.. . ce sont les miens cpiand je servais dans les dragons de Thionville. . . ils ont brûlé plus d'une cartouche en Belgique , en Hollande. . . et si je n'avais pas été blessé. . . j'y serais encore.. . Eh bien! tu feras comme moi, quand tu auras attrapé un bon coup de feu^ tu viendras te reposer avec nous , et tu retrouveras toujours ton marteau prêt et ton couvert mis .
joLivET, se grattant Toreille.
Oui, un bon coup de feu . . . Mou Dieu , je sais. ... il y a de beaux côtés; mais c'est égal, j'aime mieux raboter mes planches. ... Vous me direz qu'il y a de la gloire, mais je vous répondrai que quand on n'est pas né pour une partie , c'est le diable pour s'y mettre
RAIMBAtJT.
Bah ! quand tu auras l'uniforme sur le dos tu iras comme les autres. . . Ah çàl femme, voyons, songes-tu au souper ?
GENEVIÈVE, mettant le coiwert.
Oui , mon homme. . . Ah! que je te dise- . . tu ne sais pas . . . j'ai invité le voisin Lelièvre , le rôtisseur du coin , à souper avec nous . . .
KAIMBAtT.
Lelièvre ! . . . pourquoi ça? je ne l'aime pas. . .
JOLIVET
C'est pourtant mi bon homme . . .
RAIMBAL'T.
Oui , mais si timide, si craintif. . . D voit des conspirations partout.
Air : vaudeville du Petit Coumer.
Il est à craindr' pour ses amis ; De sa frayeur il n'est pas Tmaîlre ,
Et , dans Li pfiur «le s'conipi^omeltt'e , 11 coniproinellrait tout Paris.