I.A EA-nOMNE
Et d'où étes-vous?
POLELkA.
De Bude en Hongrie.
LA BARONNE
De Budeî.. il serait possible! avez vous entendu parlez de M. de Fersieim ?
POLESKA, à part.
O ciel! mon père! où veut-elle en venir? (Jiaut) Oui, madame, oui, je le connais beaucoup... nous demeurions même dans son liôlel.
LA BARONNE
C'est à merveille... vous allez me donner des détails... imaginez-vous, qu'il y a quelques mois, quand j'en partis pour mon grand voyage; car je viens de voyager... mon Irère, le comte de Woronskî, avait des idées de mariage... il voulait épouser la fille de M. de Fersteim.
POLESKA.
Que dites-vous?
LA BARONNE
C'est moi qui l'en ai empêché; car elle avait dit-on un caracière... mais puisque vous l'avez vue^ que vous avez habité avec elle, vous devez savoir mieux que moi... Comment la trouvez-vous ?
POLESKA.
Mais, madame... je...
LA BARONNE
Oui j'entends^ elle avait été gâtée par son père... un vieux militaire qui l'adorait, et qui était sans esprit et sans caractère.
POLESKA, avecjierlé.
Un instant^ madame , je ne souffrirai pas un mot de plus... quelque soit l'opinion que vous ayiez de sa fille ^ je ne chercherai point a la justifier; elle avait de grands défauts... je commence a le croire puisque tout le monde le dit... du reste, si elle eut des torts elle en est bien punie... mais je défendrai toujours monsieur de Fersieim, que je révère , que j'honore , et je ne le laisserai point outrager devant moi*
LA BARONNE
Et pourquoi ?
poLESKAj ai^cc noblesse.
C'est qu'il est mon père , madame.
LA JiXT.ois NE, se levant.
Il serait possiljle !
POLESKA.
Oui, madame, c'est moi que le comte de Worouskl devait épouser... et c^est sur le bruit de ce marisije qui s etait répandu, qu'cm inconnu, un malheureux s'est présenté à ma famille sous le nom de votre frère; il a obienu le consentement de mon père, le mien... et c'est contre une pareille trahison que je venais dans ce moment réclamer la proteciion de monsieur le comte, et la vôtre, madame.
LA BARONNE
Que m'apprenez-vous là!., une pareille audace!., c'est lioriûble à imaginer, n'est-il pas vrai?
Comme dit madame la baronne, c'est horrible... à imaginer...
LA BARONNE, regardant Polesîta.
' Et est-il bien ce séducteur ?
{Poleska baisse les jeux et ne répond rien; alors la baronne regarde Koulikof comme pour lui faire la même question.)
KOULIKOF
Oui , madame, de fort bonnes manières.
LA BARONNE
C'est encore pis... (à Poleska) soyez tranquille, mon enfant, vous ne me quitterez plus, et dès que mon frère sera arrivé, je veux que vous ayez satisfaction, je veux qu'il soit pendu... il le faut pour le bon exemple !
POLESKA.
Mais du tout, madame, ce n'est pas là ce que je vous demande.
LA BARONNE^ lllsistanl.
Ah 1 il le faut^ il le faut...
POLESKA.
S'il vous faut quelqu'un , prenez maître Jean^ le sabotier... ou votre intendant, qui étaient tous deux d'intelligence.
KOULIKOF
Corameni !
POLESRA.
Muis peu importe... tout ce que je demande c'est que vous daigniez me renvoyer au[ :cs de mon père, dans ma famille...
LA BAnONNE.
Je vous y conduirai moi-même... cette clière enfant, mademoiselle de Fersteim, épouse d'un sabotier! c'est bien l'aventure la plus extraordinaire... et cela va produire un effet à la cour.
POLESKA.
Quelle humiliation.
LA BARONNE
Je voudrais déjà y être... mais le plus pressé est de f^/ire casser ce mariage.
POLESkA.
Oui , madame, et sur-le-champ.
LA BARONNE
Pour les prétextes^ ils ne manqueront pas... sans doute, il est brutal... colère.
POLESKA.
Lui, madame?., mon dieu non... c'est la douceur même.
LA BARONNE
Il faut cependant quelque moyen.
kOULlKOF.
Mais monseigneur ne peut-iî pas de sa seule autorité casser le mariage d'un de ses vassaux?
LA BARONNE
11 a raison; entrez dans cette chambre, faites votre demande en divorce; signez-là, et je me charge du reste.
POLESKA.
Oui, madame (<^'zm ai> rep-ew/-) INIais quand monsieur le Comte aura signé cette demande. ...
LA BAPiONNE.
Tout sera fini, ionisera rompu.
POLESK.A.
Et il pourra en épouser une autre ?
LA BARONNE
Certainement j et vous aussi.
POLESkA.
C'esl-là ce que je ne conçois pas.;, parce qu'enfin on aura beau casser ce maria^^e , on no poiura pas empêcher qu'il n'ait été mon mari.
kOULIKOF.
Peut-être... les gens de loi sont si habiles. {On entend frapper a la porte de V appartement a droite.)
LA BARONNE
D'où vient ce bruit?
KOULikOF.
C'est l'individu dont nous parlions tout-h-rheurc... que j'ai fait enfermer dans la salle h côté... je ne vous ai pas dit que, depuis son arrivée, il a demandé à paraître devant monseigneur ou devant vous... mais vous sentez bien qu'il a le temps d'attendre.
POLESKA.
Et pourquoi donc?., daignez le voir madame et lui parler, surtout le consoler... dites-lui bien qu'il le faut , et que la résolution que j'ai prise... c'est-à-dire que je m'en vais prendre... car je vous demande encore le temps de réflécliir... (on frappe encore) c'est lui., (à partj en s en allant) Oh ! je le sens la , je n'en aurai jamais le courage. {Elle entre dans V appartement à gauche.)