SCÈNE V
JOLIVET, LELIÈVRE, un plnleau à la main avec des îafraiclùsseniens.
i-ELiÈVRE , parlant à la cantonnadc.
Allons donc ! . . . dépècliez-vous , la société z'est arrivée. ( A tui-mcnie. ) Je vous demande où sont fourrés mes aidesde-camp. . . je veux dire mes aides de cuisine. . . Dans le raiomenl du coup de feu . . .
joi.ivET , derrière lui et lui frappant sur Vépaule. Un mot , l'ami. . .
LELiÈvRE, effrayé.
Heim. . . qu'est-ce que c'est? Prenez-donc garde. . . vous avez manqué me faire renverser.. .
JOLIVET
Vous avez eu peur ? . . .
IjELlÈVriE.
Du tout, mais je n'aime pas ces familiarités - là. . . au milieu de la nuit (yj part.) Il a une mauvaise tournure,
JOLIVET
Vous êtes au service de M. de Loirmont ? LELIÈVRE .^appuyant.
De M, le comte de Loirmont. . . Appuyons un peu, mon cher, et soyons respectueux, je vous en prie. . . LTjie asseï jolie jilacc, je m'en Halle.
JOLIVET
Tant pis.
LELiÈvRE , posant son plateau sur wi banc de côté. Et pourquoi ?
JOLIVET, lentement.
Parceque j'n'ai pas idée qu' vous la gardiez long-temps, et j' vous conseille de vous pi écantionner d'uue autre.
LELlÈVRr.
Eh bieni . . . il serait joli celui-là \ je ne suis pas encore entré. . .
JOLIVET
Suffit. . . Allez dire seulement à votre M. le Comte , qu'il y a un de ses amis, un militaire.. . qui l'attend, au bout du parc, pour lui dire deux mots tête à tête. . . en particulier.
LELIÈVRE, étonné.
Au bout du pare PPour quelle alîaire, mon clier?. . .
JOLIVET
On l'en instruira (« x'oix basse. ) Du reste, il n'a pas besoin d'apporter des armes ; on en a . . .
LELIÈVRE, effrajé.
Des armes I comment, un duell et quiètes vous pour. . .?
JOLIVET , lui serrant le bras.
Faites ce qu'on vous dit, M. le cuisinier j et qu'il ne sorte pas un mot de plus de votre bouche. . . si vous tenez à vos oreilles. Sans adieu !
11 il j) araît pendant ces derniers mots; des valets allument , autour de la salle de verdure, les lanternes et les pots a feu.
LCLIÈVRE, seul.
Après un moment de silence.
L'insolent! J'en suis encore tout bouleversé I Un duel! oser provoquer un comte I H y a des gens d'une immoralité I mais il n'ira pas... je me garderai bien de l'avertir... Dieux! . . . un si bon maître. . . et une si bonne place . . . dont je n'ai pas encore touché le premier trimestre! {Il jCi^arde de côté. ) Le voilà qui vient avec toute sa société. . . si je pouvais. . . {Se frappant la front. ) Ohl quelle
idc'e. . . c'est le seul moyeu de le sauver, de conserver ma jilace... ])eul-èlre même d oLleiiir de l'avancement... Allons, i elièvrc, du courage. . . mon ami. . . ils en souperoiit deux heures plus laid , mais c'est égal I
Il sort en courant au nionienl où toute la société entre du côté op[)Osé.