‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 22 sur 270 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LA B.\[10NNK, ALEXIS.

ALEXIS

A L'! fin , il s'éloigne.

LA EAUONNE.

Mon frère ^ mon clier Gustave... sous ce déguisement! et la surprise de l'intendant... Ali! ah! j'en rirai longtemps.

GUSTAVE

Et moi je n'en ai pas envie, depuis unelieure que je suis là, sous clef... sans pouvoir te piévenir.

LA BARONNE

Est-ce qu'il y a du mystère... une aventure ^ c'est délicieux... mais mettez-moi du secret... car je ne me doute de rien... Tu arrives donc à l'instant.

GUSTAVE

Depuis iroîs jours j'étais caché dans les environs, pour des motifs... un projet d'oi\ dépendait le bonheur de ma vie... et ton imprudence... ta légèreté... viennent de tout compromettre.

LA BARONNE

Et comment cela?.. Est-ce que ton mariage est encore manqué? est-ce que ma future belle-îoeur?..

GLSTA\E.

Elle est ici , tu viens de la voir.

LA BARONNE

Poleska !

La lune de Miel. i

JO GUSTAVE

Elle-même... Depuis huit jours nous sommes mariés , et je suis le plu? raallicnreiix des homtîios!

LA GArOKJI.':.

Déjà!... moi q'.ii vous cro^aisdaiie les Ijals^ daiis l(v. plnisirs : car, vons 11- savez, moiisifU'-.

Air r/e Voltaire chez Ninon.

Suivant l'usage solennel

A se divertir on s'applique ,

Pendant cette lune de miel ,

Ce mois charmant , ce mois unique ,

Ainsi nommé par sa douceur ;

Car pendant ce temps-là , je gage ,

Plus d'un époux prend du bonheur

Pour tout le temps du mariage.

GUSTAVE

Oui, orclinairemciiî... il eu est ainsi... mais cliez moi c'est tout le contraire. J'ai voulu me dévouer, ])endant les premiers mois, aux cliagrinsel aux tonrmcus, pour assurer après , le repos de ma vie et le bonlieur de mou ménage... Quand j'épousai Poleska, je ne m';ib:3sai point sur ses déf;.uK.

LA BAnOMNE.

D'abord, monsieur, je vous eu avais prévenu.

GUSTA\E.

Eli! ({ue peuvent les conseils quand on aime... cjuand on est aimé... et puis^ le l'avouerai-je?... à force de soins et de tendresse, j^espcrais changer son caractère... Dès les premiers jours je fus déirom|)é... La r; ison , l'amour même ne peuvent rien contre l'hiibitude... il n y a que la nécessité et le temps... Il y allait de notre avenir, de son bonheur et du mien, je n'hésitai point, et dès le troisième jour mon parti fut pris... Le colonel de Fcrsteim, mon beau-père , fut seul instruit d'un dessein que sa raison approuvait peutêtre, mais qu'il n'aïuait jamais eu le coiuage d'exécuter...

5r Hoiis le nom d'Alexis le sabotier, je vins m'élablir à une liene de ce château... dans ces «lomai/^es qic jp viens d'ac- ({uéiif, et où je suis inconr.u.

LA BAKOINNE.

Quelle idée!

Air: ITii pctgs aimait la jeu .e Adclc.

Si l'on apprend une telle folie , A tes drpens comme on lira.

GUSTAVE

Quand il s'agit du bonheur de ma vie ,

Peu m'importe ce qu'on dira.

Oui , sans rougir, du moins j'aime à le croire , Un grand seigneur peut être sabotier, Dans im pays , oîi jadis avec gloire

Un empereur fut charpentier.

Mon intention éîait de rester ain<:i avec raa femme, u)i mois, detix mois, un an s'il le faliait ; rrrionçanl à tous les avantages dp ma naissance et de ma fortune, et vivant tous deux du travail de nos mains., seul moyen de dompter aon caractère... Tout avait réussi au gré de mes vœux; nous étions déjà comme de bons paysans, installés dans notre ménage., ma femme même comeriCuil à se résigner... lorsque ma soeur, que je croyais encore à Varsovie, ma sœur dont j'iguoraia l'arrivée, s'avise de prcndrema femme sous sa protection, me fait amener prisonnier ici , dans mon chàieau, etrenverse en un instant imis mcsprojets.

LA BAROKAE.

Comment! j'ai fait tant de choses depuis ce matin? jene m an serais jamaisdoutée... Mais par quel moyen au moins potir( ai-je réparer?

GUSTAVE

Il n'y a plus d'espoîr... et on ou're, m-intenant ma femme m'abhorre, me méprise et me déti>ste... Voila ce qui; j'y ai gagné.

LA BAî'.OA'iVE.

D'abord, c'est presque toujours ce que l'on gagne "a faire des épreuve?... mais , dans cette occasion... vous êtes plus

hem eux que vous ne méritez., carje parierais moi... qu'elle aime lODJours son mari.

GUSTAVE

Que dis- tu ?

LA- barokjve.

Et je vais vous le prouver en un instant.

GUSTAVE, lui baisant la main.

Ah! s'il en est ainsi .. je suis trop iieureux.

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