SCENE V
BONNARD , THERESE
Thérèse !
Mon oncle Bonnard !
BONNARD, -THÉRÈSE
BOWNAnr.
Mais Pinljiasso-inoidonc , mon enfant , je n en reviens pas , ma petite Tliérèse. . . sous ce hel habit* . .
TinonisE , embarrassée.
Oui , mon oncle.. . . je venais pour apporter (juelrpies broderies à ces (laines.. .
BOMVARD, ai'ec boulé.
Des broderies ! ne te donne pas la peine de mentir. ,. Je sais tout , et e'esl poui cela même que je suis venu.
THlÎRKSE.
Vous êtes \enu de Joigny pour me voir débuter... Ali! cjue vous êtes bon ....
BOMVAnp.
Te voir débuter! non morbleu, j'espère bien que lu n'en feras rien.
THÉRÈSE , à part.
Là, j'en étais sûre, ces grands parens »)nt des idées! ( haut) comment mon oncle. . .
BONNAnn.
Ecoute-moi 5 mon enfant, je n'ai point de ])réjugés... je suis mareliand... toutes les professions sont bonnes quand on s'y distingue et qu'on est honnête , mais celle d'artiste (lemande des talens- . . une éducation que tu n'as point reçue , et sans laquelle on ne peut obtenir de véritables succès. . . tu jne diras que tu .is une vocation prononcée , c'est la réponse ordinaire de ceux qui ne veulent suivre que lem* goût; mais prends garde de t'abuser, ma pauvre Thérèse , de céder, non a des dispositions réelles , mais à cette petite ambition cpii travaille maintenant toutes les tètes, qui fait sortir chacun de son état pour courir après la fortune , et qui nous donne dans tous les genres tant de médiocrités désespérantes î
Air. : // me faudra quitter V empire.
Plus d'un marcliaiid , désertant sa boutique , Court à la Bourse, afin de spéculer...
Un artisan se fait acteur tragique...
Qu'arrive-t-il ? faute de calculer.
L'un a manqué , l'autre s'est fait siHlcr ! Alors, traliis par leur talent liop mince.
Nous les Toyons s'enfuir tous à grands pas, ^ oilà pourquoi nous fournissons , hélas ! Tant de mauvais acteurs à la province , Tant de sujets'au roi des Pays-B;-j.
THÉRÈSE
C est çà, parce qu'il y a de mauvais acteurs, il ne faudrait jamais débuter. . . avec ce système là, mon oncle, il n'y aurait plus qu'à fermer les théâtres.
BONNARD
J'en serais bien fâché pour mon compte , car je les aime beaucoup. ... et quoique marchand de bois, je suis un des premiers piliers de Vordiestre à Joif^ny , quand il y a spectacle. . . . mais il m'est bien permis de vouloir l'épargner des chagrins , des regrets,... ah! si tu devais a\oi! un grand talent. . . .
THÉRÈSE
Eh! bien, mon oncle, je vous dirai en confidence, (nous ne sommes que nous deux) que j'en ai beaucoup.
BONNARD
Du talent ?
THÉRÈSE
Oui , liion oncle.
BONNARD
C'est toi qui le trouve ?. . •
Non , c'est un conn tége dans l'intérêt de 1
BONNARD , avec doute.
Dans l'intérêt de lart. . . huai ! . . .
THÉRÈSE
C'est lui qui m'a prédit qu'avant six mois j'éclipserais les premières actrices.... vous verrez d'abord mon costume- • . . comme il est joli. . .
BONNARD
Ah î c'est quelque chose ! . . .
THÉRÈSE
Et jugez donc mon oncle , quelle diiféreoce de végéter dans «n comptoir , ou de briller sur la scène • vous-même quand vous serez établi ici avec ma bonne tante , car vous loeeiee chez moi , dans ma maison , je le veux. • . .
La Demoiselle. G
laisseur , un digne homme qui me pro- 'art... " ^'
BONNARD
Diable ! il paraît que nous allons rouler carrosse !
THÉRiSE.
Eh î bien , vous-inênio , est-ce que vous ne serez pas flatté en lisant les jovnnaux , les afllches , d'y voir toujours mon nom ? et quand vous viendrez au balcon , cjue vous m'entendrez applaudir. . . Je vous vois d'ici , le menton appuyé sur votre canne , vous frotter les mains et dire à vos voisins. . . au fait ce n'est pas mal !. . . c'est ma nièce, messieurs ... ah ! cette idée là vous fait sourire. . .
BONivARD , à part.
C'eslunepetite tète montée, et tout ceque je pourrais dire... ( haut et lui tenant In main ) tu es une bonne fille , Thérèse, et je sens que je t'aime plus que jamais. . . .
THÉKKSE.
Eh ! bien , mon petit oncle I
BOMNARD.
Eh I bien , je ne suis pas ridicule, si dans six mois tu dois être une Contât ou une petite Mars, je ne peux pas l'en vouloir, je te déclare même que je me contenterai à moins, THÉRÈSE, Vembi'assant.
Ah ! que vous êtes gentil.
BONNARD
Tout ce que je te demande , c'est d'attendre un peu , quand on prend un état ....
THÉRÈSE
Attendre- . . c'est ce soir que je débute.
BOlViVARD.
Ce soir. ( On entend une cloche. )
THÉRÈSE
Eh î ^oilà la cloche de la répétition.
BONNARP.
La répétition !
Je manquerai mon entrée, venez avec moi.
Air : Pan pan ^ polichinelle.
La cloche me commande , Venez.
BONNARD
Ecoute-moi.
xn«i:mel£.
(;45 ) THÉRÈSE
Je vais être à l'amende.
BONWAKD.
Je la pairai pour toi.
THÉRÈSE
Venez , je vous en prie.
BONNARD , entraîné.
Quoi ? me montrer ainsi.
Allons, quelle folie !
Moi je débute aussi !
f THÉRÈSrS
La cloche me commande , Venez vite avec moi ; Si je suis à famende Vous la pairez pour moi.
BOXNARD.
La cloche nous commande ; Si par ma faute à moi.
On te mets à Tamende , Je la pairai pour toi.
{Ils sortent. )
FIN nu TROISIEME TABLEAU.