SCÈNE VIÏI
SAINT-JEAIN , ZANETTA , sortant de /'appartement de Juliette.
ZANETTA
Là !... il faut encore refaire ce berret... mon Dieu ! que
22 L'AiMBASSADEUB ,
ces grandes tlanios qui oui du chagrlu, sont difficiles à îiabiller... rleix ne leur va
SAINT-JEAN, s' approchant .
Mademoiselle...
ZANETTA
Ah pardon !.. monsieur, je ne vous voyais pas.
SAINT- JEAN
Un mot... fe vous en supplie... j'ai peu de tems , et je surs forcé d'aller droit au fait... dites-moi, avez -vous ua amoureux ?
ZANETTA, étonnée.
Comment, monsieur!., qu'est-ce que c'est que ces questioos-là ?
SAINT-JEAN
Je conçois qu'avec une figure aussi piquante... ma, demande doit vous paraître une impertinence... mais j'ai le plus grand intérêt à savoir...
ZANETTA, à part.
Est-ce qu'il voudrait se proposer ? un valet de chambre d'ambassade... un homme titré... ce serait un parti trcssorlable.
SAINT-JEAN
Eh ! bien ?
Monsieur... on ne répontl pas à des demandes aussi indiscrètes... et, à moins que vous ne vous expliquiez plus claii'ement...
SAINT-JEAN
C'est que, moi, j'en ai un à vous proposer.
ZANETTA
Un amoureux !.. quoi, monsieur ?
SAINT-JEAN
Il ne s'agit que d'une ruse innocente; d'un amour sans conséquence', d'une passion à part.... rà ne vous obligera
à aucun sacrifice contraire à vos sentimens particuliers,., si vous en avez.
ZANETTA
Ah ' ca... qu'est-ce qu'il dit donc ?
SAINT- JE AN
Qu'il y a cent piastres destinées à la jolie Zanetla... si elle veut, pour quelque tems seidemenl, aimer monsieur Frédéric.
ZANETTA
Air de Marianne.
Ah! grand Dieu ! quelle audace extrême!
SAINT-JEAN
Vous ne me comprenez pas bien.
Il suffit d'avouer qu'on l'aime , Cela ne vous engage à rien.
Eh ! quoi , vraiment , C'est un semblant ?
SAINT-JEAN
Qui n'a rapport en rien au senliment.
ZANETTA
Ah ! c'est e'gal , C'est toujours mal, De feindre, he'las!
Un amour qu'on n'a pas.
Dût-on me traiter de be'gueule , J'aimerais mieux, et pour raisons, Eprouver quinze passions , Que d'en feindre une seule.
SAINT-JEAN
Rien ne vous empèclie deTéprouverj ça n'en vaudrait que mieux... im jeune homme charmant.... le fils du xnarquis d'Aveiro.
ZANETTA
Un marquis !
SAINT-JEAN
Eh ! oui , sans doute. . . je n'irais pas vous proposer une
mésalliance... ; tout ce qu'on vous demande, c'est de répéter à l'ambassadeur, à tout le monde : « J'aime Frédéric... » j'aime Frédéric...» mais d'un ton , là... vous savez bien., quand vous aimez , ou quand vous voulez qu'on le croie. . .
ZANETTA
Mais encore, faudrait-Il connaître les gens, crainte seulement de se tromper.
SAINT-JEAN
N'est-ce que cela V je m'en charge ainsi donc , c'est
décidé.
Air des Maris ont tort.
A mes vœux vous daignez vous rendre , J'en étais sûr. . . car, en honneur, Tous deux nous devions nous entendre. » . Fre'de'ric a donc votre cœur ; Mais ne redoutez nulle erreur:
Avec nous , sans vous compromettre , Vous devez vous y retrouver ; Car l'amour qu'il va vous promettre , Je me charge de l'e'prouver.
ZANETTA
Du tout , du tout si vous vous avisez de me faire des
déclarations. . . vous allez m'embrouiller. . . dites-moi , avant tout , monsieur Saint-Jean , qu'est-ce qu'il faudra faire.
SAINT-JEAN
Vous laisser adorer.
ZANETTA
Me laisser adorer !.. bon , je saisj ca n'est pas difficile... mais si on me parle , que répondre?
SAINT-.1EAN.
Je vous l'ai déjà cWt... f aime Frf'dén'r. .. et ne sortez pas delà.
ZANETTA
Mais enfin , pourquoi cette ruse ?
SAINT- JEAN , écoutant.
Vous lesaurez.... j'entends unevoiture... c'est lui... vite,^
COMEDIE-VAUDEVILLE. a5
descendez parle petit escalier,., je vous rejoindrai bientôt , et j'achèverai de vous donner les instructions....
ZANETTA
C'est bien pour VOUS rendre service, au moins, monsieur Saint-Jean; car c'est terrible d'aimer comme ça quelqu'un... sans avoir eu le tems de s'y préparer!...
Saint-Jean la fait sortir par r escalier dont la porte est aur le premier plan , à gauche de l'acteur.