‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 58 sur 270 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. ET Madame MATHIEU.

MADAME MATHIEU

Ail! en, Monsieur Mathieu , vous me direz peut-être cenne signifie ce d(?jeuner splcndide.

Aiu : On dit que je suis sans malice.

Vous qu'on citait pour la prudence ,

Vous qui craigniez tant la dépense ,

Ainsi qu'un banquier du grand ton ,

Vous répandez l'or à foison...

Ce brillant et fol étalage

Me semble d'un mauvais présage;

(Ea riant.)

Mon cher, seriez-vous au moment

De déposer votre bilan ? C^'^-)

M. MATHIEU

Du loiît, du tout , madame Mathieu j c'est mon ge'nie qui travaille !...

MADAME MATHIEU

Voire génie!.,. Je savais bieu , mon ami, que vous n'étiez pns dans votre assigne ordinaire.

MATHIEU

Ça m'est venu comme une fusée.... et quand vous connaîtrez le |)lan admirable que j'ai fait... Ecoutez : vous vous rappelez bien 1 1 foule qu'il y avait bier au soir a la Gaîté ?

MADAME MATHIEU

Je crois bien , nous avons eu un mal affreux , ma fille A ieiorine et moi, à trouver (leux places à la galerie.

MATHIEU

Plaignez-\ous, je vous le conseille Et moi, donc,

qui ai payé trois francs une demi-place à l'orcbestre... Moitié assis , moitié debout... Mais je n'y ai pas de regret.... J ai passé une soirée cuarmanle !.. Avez-vous remarqué le jeune homme qni étr.it à côté de moi ?

MADAAIE MATHIEU.

Un blond... une mise éîéginte.

MATHIEU

C'est cela, cliarmant garçon... Il m'éioiiffait! et vous sentez que quand on s'écrase mutuellement, ça établit bien vite la confiance et l'amitié.... Nous avons parl(5 des mérinos... de la princesse du mélodr;^mp... des h .:^ de coton à jour. ..et aux (iiscours de mon voisin, j'ai vu sur-le-champ qi;e j'avais ;iff;:ire au fils de mon ancien ami , ce bon jDubriel , le plus riclie et le plus honnèie maniifaclurier de Caudebec.

MADAME MATHIEU

Mais quel rappoit 1...

MATHIEU

Un moiiient donc... Vous êtes d'une pétulance ! Je me suis (Ht: c'est loujoni's la première chose à laquelle pense un bon père, en voy.mt un jei ne homme aimable ] je me suis dit : voilà qui conviendrait merveilleusement a notre fille Victorine.

MADAME MATHIEU

Comment ! il se pourrait ?

M ATHIEU.

Le difficile éiail de trouver un moyen adroit de l'attirer

clipz nous sans qu'il se doutât de rien ; dans l'entre-acte et an milieu d'une profonde dissertiition sur les tricots et les barèges.'jfî m'écrie lonl-à-coup... Ah!.. Une jolie femme'.Ce n'était pasde voire côié. Où donc, dit mon vo;sin?Là... a la galerie, ee cliapeau lilas. Pasmd... et ces deux jeunes personnes en blouses... charmantes! Et tout doucement je dirigeais ses yeux du côté de tiotre Victorine... il l'apeicoil et soudain, comme un volcan,., Ali ! celle-ci hs van! tonîes, quel sourire gracieux , quel regard , quelle fVaîclienr !... Jugez de ma joie. Cello-hî , dis-je d'un nir indiUérent , à côté de Celle bonne femate , la grosse maman — C'étLiit vous... Hum !.... De ces '. is-ii^es nn'on voit partout et dont on ne dit rien , la beauté du di;djle.

MADAME MATHIEU

Eies-vous fou d'avoir parlé aiiisi?

MATHIEU

Très-sensé au contraiie... je le piquais au jeu... effet sûr... Mon jeune homme prend feu; je résiste, il s'obs^tine; je m'entèle : enfin cet excellent jeune horfimc, que j'aime déjà comme un fils, s'emporte, p:éieud que je l'ai insulté, me propose le duel et j'accepte.

MADAME MATHIEU

Miséricorde! un duel! et voilà ce beau trait de génie?...

MATHIEU

Certainement... j ai trouvé très-drôle de commencer la connaissance par une dispute!... Je lui ai donné mou adresse, et je l'attends.

MADAME MATHIEU

Pour vous battre?

Laissez-moi donc tranquille, madame Mathieu.... est-ce que je fais de ces bêdses-là !... Ah! bien oui, toucîier une épée ou un pistolet, moi qui r'ai jamais manié qtie la demiaune.. Du tout., je l'attends de pied ferme., pour déjeuner. C est sur ce terrain-là que j'aime à me mesurer.... Mon étourdi voit Victorine.... surprise, coup de théâtre, changement à vue... Croyez-vous que le jeune Armand aoit alors d'humeur à se couper la gorge avec le père de Chimèue?

MADAME MATHIEU

Je comprends... Ah! mon ami, que vous avez d'espiii!... Oui, oui, cj^a doit réussir, et voilà enfin notre chère fille éial)lie selon nos voeux.

MATHIEU

Je m'en Halte... m.iis que Victorine ne se doute de rien, ça f!éran£,'era;t toutes mes combinaisons. Ah ca, allez surveiller la partie de la toilette. C'est essentiel ; il faut que toute la famille soit sous les armes. ^

MÂnAME MATHIEU, s'éloi^naflt.

kSovez tranquille... \^ Revenant. ) Ah! mon Dieu ! je fais nne rcllexion... vous avez donné voire nom, et Armantl sait q e vous êtes l'inlime ami de son père.... il se doutera...

MATHIEU

Pi(;vu...La porlièic et Vincent ont le mol î pour aujourd'Juji , je ne suis plus M. Mathieu, je m'appelle Beliepoitiîc.

MADAME MATHIEU

Bellepoinle! comnienl' le nom de notre voisin du n" i^; d'un ferraiilf (u- de p: cfc sionq;.i se bat pour toutle m«nde, qui en faii méiior, ei qui deiuièremeut encoie, a blessé, liii-cn, i;n officiv r.. cl. p' ut vous compromettre.

Bon, bon, cVsi entre nous, ei pour une ou deux heu-

res.

MADAME MATHIEU

Air : p^audevilU de Partie carrée.

Mais ?ongez-donc qu'il ne s'est fait connaître. Dan 'out Paris que comme un spadassin; Prendi e son no m , c'est dangereux peut-être.

SIATHIKU.

Du tout, vraiment, cela sert mon dessein. Il me fallait, près démon adversaire, Pve point ));i'<:fcr pour un ])ourgeois poltron.

:sî\i)\MK MATHIEU , souriant.

C'est trts-i icn vu, vcus ne pouviez mieux faire Que de ciianger de nom.

{Elle sort.)

SCÈ3ÎE II.

MATHIEU, seul.

Par e\emple, je crois que c'est In première fois qu'tin hon père s'est avisé de se met: re iinduel snr les bras, pour établir son enfant... (/est véritablement enlever un gendre à la pointe de Tépée.

Air : Vaudeville de la Somianibule.,

Ah ! si pour marier sa fille On trouve heureux le moyeu que je prends ,

Que de bons pères d« famille '

Vont chercher noise aux jeunes gens !

Pour le bon ordre dans la ville ^

Je vois d'ici déjà nos magistrats ,

Qui par prudence, à domicile,

Consigneront tous les papas.

( On enlend sonner. ) On sonnr*... c est Ar:nand sans doute; atiention, et déployons toute la vigueur dont ]e suis susceptible.

vijrcE^T, annonçant.

M. Armand Dubriel. {Artnand entre et foncent sort. )

SCÈi^^Ë Ilï.

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