La Lune: histoire, description et particularités
La Lune appartient à l’histoire de la caricature. Sous le second Empire elle a servi de point de départ au talent et à l’immense célébrité d’André Gill qui fît la fortune de ce journal auquel succédèrent l'Éclipse et plus tard la - - Lune rousse. Ces trois journaux satiriques peuvent résutlmer toute la vie artistique du grand caricaturiste dont les charges et actualités passionnèrent Paris, on s’en souvient, aussi bruyamment que les fameuses lanternes d’Henri Rochefort.
c Nous allons décrire minutieusement les numéros de vlcette rare collection entre les mains seulement de quel-
ques amateurs. La mode est, du reste aujourd’hui, aux collections de Journaux à caricatures, et les bibliophiles, qui y auront songé les premiers, n’auront pas à regretter leur temps, leur peine ni leur argent.
La Collection complète de la Lune, 99 numéros dont un numéro bis, se vend aujourd’hui de 75 à 100 francs; on la préfère en numéros aussi bien conservés que possible; les collections reliées ont toujours moins de valeur, car souvent les numéros s’y trouvent rognés. On devrait faire cartonner à la Bradel les journaux illustrés et leur conserver toutes leurs marges. Cette collection ne possédant ni titre ni table, notre petit opuscule pourra au besoin, remplacer cette lacune.
La Lune était la parodie du journal le Soleil d’Albert Millaud qui portait cette épigraphe prétentieuse : « Être utile ». La Lune prit à son tour celle-ci : « M'être utile ».
Le premier numéro de la Lune porte la date de lre Lune octobre 1865, les 6 premiers numéros sont ainsi datés et devaient paraître à chaque nouvelle lune; ces numéros à l’exception du n° 1 qui n’a que quatre pages, ont huit pages de texte et dessins tirés en noir, et se vendaient 20 centimes le numéro.
Rédaction : 333, voie lactée au fond de la cour. Administration, 13, rue du Croissant; au second, rue de Trévise
n° 37, où étaient les bureaux du Hanneton. Abonnement: Paris 3 fr., Départements 4 fr. Le Gérant f Jacques Cousin.
Comme épigraphes :
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume Pour écrire un mot.
(Air connu.)
C’était dans la nuit brune, Sur le clocher jauni La Lune
Comme un point sur un i.
A. de Musset.
1 ve Lune. Oct. 65. — Contient un article intitulé : Les Lunatiques, signé Saturne, dont la première phrase était :
« Vous avez été à Charenton, docteur. »
Cette phrase ne semble-t-elle pas le fâcheux pronostic de la triste fin d’André Gill? Cette chronique est illustrée de 13 dessins de Cham non signés et gravés sur bois, et contient une amusante réclame pour le journal le Hanneton , dont les abonnés d’un an devaient recevoir la Lune gratuitement pendant six mois.
2e Lune . Nov. 65. — Les étoiles populaires. La lune donnant la main à Thérésa et à Suzanne Lagier, derrière celle-ci on voit un tambour, allusion à une chanson de l’époque : « Ce qui fait l’mieux comprendre l’amour, c’est un tambour, etc. », dessin en noir de Carlo Gripp, photographe logé à cette époque au-dessus de l’Alcazar. Quelques croquis de C. Gripp et de Gédéon terminent l’illustration de ce numéro.
3e Lune . Déc. 65. — Le dernier quartier. Revue de l’année 1865, dessinée par Lix; à la 4e page, les Quatre Saisons , croquis de Grévin.
4e Lune. Janv. 66. — Un bal dans la Lune. Orchestre dirigé par Pipe-en-bois qui siffle avec une clef. Allusion à la première représentation d 'Henriette Maréchal , dessins de Morland. 4e et 5e pages, 9 dessins de Morland rappelant les pièces de théâtre de l’époque : les Deux Sœurs , Madame Benoîton et Henriette Maréchal.
5e Lune. Févr. 66. — Ce qu'on voit dans la Lune. Chacun
courtise la pièce de 20 francs, dessin de Gédéon non signé; à la 5e page, suite de 6 dessins d’André Gill non signés. L'amateur de violon (étude musicale), c’est l’épopée d’un ivrogne conduit au poste. Cette première série de dessins de Gill est assez faible. Au-dessous un bois de Chain, signé cette fois.
6e Lune. Mars-Avril 66. — Les Travailleurs de la mer, travaillés par Gill, parodie du roman de Victor Hugo, suite de 18 dessins; à la 6e page un portrait-charge au crayon de Timothée Trimm par André Gill, signé André G. Trimm est représenté couronné de roses, la tête enveloppée d’un exemplaire du Petit Journal comme un bouquet dont les tiges baignent dans un pot à eau.
Nouvelle série. N° 7. 22 Avril 66. — La Lune devient hebdomadaire avec le sous-titre : Semaine comique illustrée , paraissant tous les dimanches; rédaction, 5, cité Bergère; 10 centimes le numéro qui n’a plus que 4 pages. Frontispice , dessin de Morland signé Valio, représentant la lune chassant les abus; à la 4e page, série de dessins de Gill sous le titre de Revue théâtrale.
N° 8. — Dessin en première page de Gill représentant la Course de Journaux de l’époque : Hurrah! les journaux vont vite. De Villemessant arrive bon premier avec le Figaro et V Événement, suivi de Millaud, directeur du Soleil, et de Timothée Trimm avec le Petit Journal.
N° 9. — Il ne contient que des dessins de Carlo Gripp.
N° 10. — Polo devient rédacteur en chef, le directeur gérant, Daniel Lévy. Série de dessins en couleurs de Gill en première page, sous le titre de : Salon pour rire. Ma première Jeunesse, suite d'amusants dessins de Gédéon.
N° 11. — Le Salon pour rire (suite), par Gill; dessins en couleurs lre page; suite des dessins de Gédéon.
N° 12. — Dessin de Bénassit : Le Boulevard Montmartre
(heure de l'absinthe).
N° 13. — Fantasmagorie. D’une marmite renversée sortent trois fantômes qui représentent la France intervenant dans la lutte de l’Italie avec l’Autriche.
C'est le premier dessin politique de Gill; suite de l’histoire de Gédéon : Ma première Jeunesse.
N° 14. — Parodie de la féerie de Cendrillon , par Gill. Suite de dessins en première page; un seul de ces dessins est signé d’un G.
N° 15. — Celle que j’aime, croquis indiscrets, par Gill; 9 dessins pour première page; fin de l’histoire de Gédéon : Ma première Jeunesse .
N° 16. — Un voyage au Grand Théâtre Parisien, par Gill.
N° 17. — Carte du théâtre de la guerre des journaux, par
Gill. Grand dessin noir où la lune est représentée en sentinelle avancée.
N° 18. — Dessins de Carlo Gripp, et de Pépin en 4e page.
N° 19. — Blondin!!! par Gill, portrait-charge lre page, représentant Blondin sur la corde raide au milieu des nuages.
N° 20. — Le fusil à aiguille, suite de dessins de Gill lre page; dès ce numéro commence une histoire amusante dessinée par Gédéon :
la première affaire du fusilier Pilor.
N° 21. — Le mois d’août, dessins d’Humbert.
N° 22.— Le Câble transatlantique,
par Gill et Félix Y (Régamey).
Suite de dessins noirs en lre page de Régamey seul, quoique non signés, on reconnaît bien son crayon très personnel; à la 4e page de ce numéro, suite de dessins de Gill, dont un seul signé, intitulé : Première journée à Bade de la famille Benoîton.
N° 23. — Le 15 août, par Gill; dessin de lre page colorié. Un sergent de ville à côté d’un lampion fumeux surveille les divertissements; à la 4e page du numéro, un très curieux dessin signé André Gill, représentant le flambeau du réalisme . Un
chandelier, entouré d’attributs : une pipe, un chapelet de cervelas, un sabot et un gros soulier, une seringue. La chandelle se termine par les deux profils de Courbet et de Chamfleury réunis sous un même bonnet de coton dont la mèche forme la flamme.
N° 24. — Une Femme à la mer, par Gédéon. 3e page, 3 dessins de Gill non signés sur le concours des prix de Rome; 4e page, dessin de Félix Régamey sur les Don Juan de village.
N° 25. — La dernière mort de Rocambole! par Gill. Ponson du Terrail tient sur un bras le forçat Rocambole peint en vert et de l’autre bras il brandit sa plume trempée dans le sang des victimes de son héros.
Dessin de lre page en couleur; à partir de ce numéro, tous les numéros de la Lune paraissent avec un dessin de première page en couleur.
N° 26. — Les Thugs (étrangleurs), par Gill. Millaud, directeur du Petit Journal , étrangle un abonné avec un foulard et lui fait rendre des monceaux d’or pendant que Timothée Trimm bat la caisse. Ce numéro eut trois éditions exactement pareilles (tirage annoncé : 18,000).
A la 4e page, suite de dessins parodiant la dernière mort de Rocambole, par Gill.
N° 27. — La Nouvelle chanson. Portrait-charge de Thérésa, chantant une chanson alors en vogue à l’Alcazar : La Nom'rice sur lieux. Ce numéro qui se vendit beaucoup décida du sort du journal et traça désormais la voie du succès a André Gill, il eut cinq éditions successives et se tira à 24,000 exemplaires. La chanson en question est reproduite en entier et entoure le dessin. 2e et 3e pages, suite des dessins de la dernière mort
de Rocambole, par Gill ; à la 4e page, Les bourgeois à la campagne,, un des premiers dessins de Léonce Petit.
N° 28. — La Bourse du jour. La Hausse et la Baisse, par Gill ; 2e et 3e pages, suite de la dernière mort de Rocambole , par Gill; 4e page, dessins de Régamey.
N° 29. — Timothée Trimm, par Gill, célèbre par ses chroniques quotidiennes du Petit Journal , est représenté tenant à bras tendu un poids de 365 chroniques par an, l’argent vient de tous côtés remplir la sébile du Petit Journal. Sous ce dessin , l’autographe suivant :
Mon cher Monsieur Polo,
« Vous me demandez un autographe. Laubardemont. demandait cinqlignes de l’écriture d’un homme pour le faire pendre! Voilà pourquoi je ne vous en donne que quatre. »
Léo Lespes (Timothée Trimm).
N° 30. — L’Été de 1866, par Gill. Cette saison ayant été pluvieuse, est représentée en grenouille verte avec un caleçon rouge. Suite des dessins de Gill sur la dernière mort de Rocambole .
N° 31. — Les Ogres du Journalisme, par Gill. Allusion aux duels des journalistes alors fréquents.
N° 32. — Victorien Sardou, par Gill. Il est représenté noyé dans des nuages d’encens; il est assis sur des tonneaux remplis d’or et tient des sacs d’écus que lui rapportèrent ses succès au théâtre avec Nos Bons Villageois . Sous cette charge l’autographe suivant :
« J’autorise la Lune à publier ma charge; une charge étant, et par comparaison, le meilleur moyen de faire passer l’original pour très beau. »>
Vict. Sardou.
Tout portrait-charge ne devait alors être publié sans l’autorisation écrite de la personne représentée. Ce qui nous permettra par la suite de recueillir quelques bonnes pensées prudhommesques, quelques bonnes sentences prétentieuses de nos grands hommes qui durent une bonne partie de leur gloire et de leur célébrité aux portraitscharge qu’on a publiés d’eux. 2e et 3e pages, suite de la dernière mort de Pocambole ; 4e page, de Félix Régamey, sur la pièce de Sardou, Nos Bons Villageois , jouée au Gymnase.
N° 33. — Suzanne Lagieren sultane, entourée de sa nouvelle chanson, La Sultane favorite , succès de l’Eldorado. On peut encore se souvenir du refrain :
Un’ fille honnêt’ qu’a d’ l’instruction Peut toujours fair’ sa position.
Ce n’est pas comme maintenant.
Particularité : Sur certains numéros, le prix remplace la date qui manque.
N° 34. — Le Théâtre moderne, fantaisie par Gill, à propos du luxe des décors et de la mise en scène où la lumière électrique commençait à faire son apparition. 2e et 3e pages, dessins de Gill sur la mort de Rocambole ; 4e page, amusants dessins de Gédéon : Paris au clair de lune. Ombres chinoises.
N° 35. — Jacques Ofïenbach, très beau portrait-charge de Gill ; il est à cheval sur son violon, battant la mesure, suivi du tourbillon de tous les personnages de ses opérettes; il est comme Anacréon couronné de roses.
N° 36. — Émile de Girardin, par Gill. Il est en train de faire la cuisine de son journal, la Liberté . On sait que Girardin
passait pour avoir une idée par jour. Sous ce dessin on lit l’autographe suivant :
« Si je refusais à la Lune l’autorisation que la loi l’oblige à me demander, je contredirais tout mon passé, car ce serait admettre la censure et reconnaître ce que je ne reconnais pas : l’inégalité entre la plume et le crayon. »
E. de Girardin.
2e et 3e pages, Mort de Rocambole , texte et dessin de Gill; 4e page, La conspiration d’Amboise , jouée à POdéon, dessin de Régamey.
N° 37. — Le Figaro quotidien qui remplace Y Événement, avec le portrait de tous ses rédacteurs par Gill : de Villemessant en Figaro, Wolff, Duchesne, Ulbach, Jouvin, G. Maillard, Adrien Marx, Francis Maillard, Prevel, Daudet, Claretie.A la4epage, amusant programme des spectacles, illustré par Gill, deux dessins seulement signés d’un G.
N° 38. — Adelina Patti et sa sœur Carlotta, en hirondelles, par Gill, avec ces deux vers comme légende :
Loin de notre patrie, pourquoi, mesdemoiselles,
Émigrer si souvent? Oh! les vilaines ailes!
Autour, un ange tient avec peine un feu d’artifices de notes; un autre ange verse des flots d’or et de billets de banque.
* N° 39. — Alexandre Dumas en mousquetaire, très belle charge par Gill; il tient Aug. Maquet sous son bras et de sa plume transperce 1 e Remousquetaire, allusion au journal qu’il venait de publier. Dessous ce dessin l’autorisation suivante :
« J’autorise le journal la Lune à publier ma charge, les caricatures étant les seuls portraits ressemblans (1) qu’on ait fait de moi, jusqu’aujourd’hui.
Alex. Dumas.
(1) (sic) Avec sa belle écriture et ces deux fautes d’orthographe, ce numéro a été tiré à 32,000 exemplaires.
N° 40. — A propos des Odeurs de Paris. Pour légende: Deux profils sévères (série des Jolis petits moralistes). Gill s’est représenté lui-même sous le costume du journal la Lune un crayon à la ceinture, une lune blanche découpée sur son costume de folie rouge; il tient d’une main la caricature de Grassot au-dessous de laquelle on lit : « Oh! la Société !... la Société !... » de l’autre la caricature de Louis Veuillot, un goupillon à la main et sacrant. Au-dessous on- lit : les Odeurs de Paris. 1 vol. in-8. 4 francs.
N° 41. — Paul Féval, dessiné par Gill, en Breton, un poignard d’une main et un flacon de poison de l’autre; dans le fond on ne voit que potences et fantômes; à ses pieds des flots de sang sortent de sa plume et de son poignard ; à gauche, dans un médaillon, le portrait de Sardou avec : Un intime.
Au-dessous cet autographe :
« J’autorise le journal la Lune à publier ma charge parce que
mais chut! j’aurais l’air de critiquer les parce que si ingénieux,
allégués à cette même place par mes chers maîtres et confrères. »
Paul Féval.
N° 42. — Maître Lachaud par Gill (tirage 33,000). Il tient dans ses mains deux accusés, de ses yeux sortent des flots de grosses larmes, derrière lui, on voit le banc des orphelins et des veuves. Cette-charge est accompagnée de l’autorisation suivante :
a Je vous autorise, Monsieur, puisque vous le désirez, à faire de mon physique tout ce qu’il vous plaira. » Lachaud.
2e et 3e pages, suite continue de fhistoire de Rocambole , commencée au n° 25.
A la 4e page, douze dessins de Gill, non signés, page de réclame sous le titre d’Étrennes de Fanfan Benoîton.
/ N° 43. — La rédaction de la Lune présente sa carte (nous sommes le 30 décembre) à tous ses lecteurs.
A ses féaux lecteurs, à ses chers abonnés,
La Lune la souhaite bonne
Et pour étrenneselle donne
Ses collaborateurs par Gill crayonnés.
Polo, Blondet, Ops, Halo, rédacteurs; Daniel Lévy, sortant d’un sac d’écus, le directeur; et au-dessous le caissiercomptable présentant un bilan plein de promesses. Du côté des dessinateurs l’on voit : Félix Y. (Régamey) en modeste jeune fille baissant les yeux. Pépin, Carlo Gripp et enfin André Gill à la luxuriante chevelure et un crayon en guise de canne. Plus tard, Léon Bienvenu et Ernest d’Hervilly firent partie de la rédaction de la Lune.
No 44. — Strauss, chef d’orchestre des bals de l'Opéra, par Gill, entouré des quatre types figurant le quadrille des Clodoches : Clodoche, Flageolet, la Comète et la Normande.
Au dessous :
« Ainsi que vous le désirez, Monsieur, je vous autorise à faire ma
charge en trois temps. » Strauss.
suivi d’un air de valse noté en musique.
Particularité : Coloris différent dans le tirage ; sur certains numéros le coloris de la casaque du Clodoche est rouge, le plumet et les épaulettes du pompier sont rouges ainsi que le nez des quatre danseurs.
N° 45. — Théâtre de la Lune. Grande revue de l’année 1866 : As-tu vu la Lune? de Blondet et de Colofanelli, costumes dessinés par Gill. Le tirage de ce numéro est annoncé de 40,000 exemplaires. On y voit parmi les dessins : Un Girardin en cuisinier, un Rocambole, un Albert Millaud, et un Louis
Veuillot en vidangeur, lés mains pleines de sa marchandise. Gill, on le pressent, en faisait déjà sa tête de turc sur laquelle il tapait souvent de toute la force de son crayon.
N° 46. — Silly-Schneider? Schneider-Silly? Fragment de peinture antique qui sera trouvé vers Y an de grâce 2867 sous les ruines du théâtre des Variétés. Ces deux actrices rivales jouaient alors à ce théâtre l’une la Belle Hélène , l’autre la Vénus aux carottes. Elles sont représentées en vestales. Il est à remarquer que Gill a aisément triomphé des difficultés du portrait-charge des femmes, celui-ci est très joli. Ce dessin que Gill avait oublié de signer , sans doute , Va été d’une autre main.
Polo, à propos de ce dessin présenté à la lumière et vu du verso, disait que l’on aurait bien pu l’interdire à cause d’un dessin représentant une chandelle que le hasard ou l’intention avait justement placé à un certain endroit du corps de Mlle Silly.
N» 47. — Mélingue en bossu, sa rapière à côté de lui, il est en train de recoudre la Botte de Nevers , célèbre au théâtre du crime.
Gill admirait beaucoup Mélingue; on dit qu’il tenait de lui cet air de capitan qu’il affectait d’ordinaire à la ville.
Sous ce beau portrait-charge on lit ces vers :
Ce Bossu qui recoud la Botte de Nevers,
C’est D’Artagnan-Mélingue ! Il a mis dans ses bottes Bien du foin... Et toujours, à tort comme à travers,
Les bottes qu’il porta lui valurent des bottes De succès, sans aucun revers.1
U est des numéros qui portent à la place de la date , 2* édition*
2e et 3e pages, petits portraits-charge de Garjat, Sivori, David, Durandeau, Coquelin aîné.
No 48. — L'Amour en 1867 par Gill.
Cora Pearl, qui mourut dernièrement misérable, faisait alors courir tout Paris aux Bouffes -Parisiens où elle avait un petit bout de rôle, Cupidon; elle chantait assez mal avec un accent anglais désagréable, mais sa double réputation d’excentricité et de galanterie attirait alors les élégants à cette opérette d’Offenbach : « Orphée aux enfers ». Gill l’a représentée sous les traits d’un amour assez maigre et laid, comme elle était du reste, tenant une cravache et un arc; elle foule aux pieds des billets de banque; des notes de dentiste, de sellier et de carrossier traînent, et des cartes à gauche, un as dépiqué et des trèfles indiquent, ces dernières cartes étant signe d’argent, les intentions du satirique dessinateur.
Comme légende ces vers :
C’est le portrait vivant d’Eros!
Applaudis, ô peuple en délire!
Afin qu’on ne puisse dire :
Margaritas ante porcos ?
Le tirage monte à 35,500.
2e et 3e pages, suite et fin de la Mort de Rocamhole , texte et dessins de Gill.
N° 49. — Miss Dada Menken dans les Pirates de la Savdne (Théâtre de la Gaîté). Gill l’a représentée donnant le bras à son cheval noir. Cette charge est un de ses meilleurs dessins.
N° 50. Havin (du Siècle ). Gill l’a représenté en tête de pipe, Voltaire met deux sous dans une tirelire verte sur laquelle on lit : Souscription à la statue Ilavin, allusion à la souscription que le Siècle organisa en faveur de la statue de Voltaire.
A droite, cette autorisation :
Monsieur,
a Pourquoi serai-je plus sensible aux malins du crayon qu’à ceux de la plume? Vous me demandez l’autorisation de reproduire ma vieille figure, je vous l’accorde, j’aime trop la liberté pour ne pas m’exposer aux espiègleries du journal la Lune . »
Votre serviteur, G. Havin.
Le tirage monte à 39,000.
N° 51. — Le Vicomte Ponson du Terrail écrivant avec trois bras la lre, 2e et 3e mort de Rocambole. — De la main droite, il tient un cigare, une 4e plume avec des ailes écrit seule à droite, la 4e mort de Rocambole, au-dessous une longue légende de quatre lignes dont la dernière phrase : « ... Voici le père de Rocambole; on montrera bientôt Rocambole lui-même, les temps sont proches! »
C’est la promesse du fameux Rocambole qui viendra au numéro 89.
N° 52. — Le Bœuf-Gras et sa complainte. Le boucher Fléchelle acquéreur du bœuf-gras de l’année auquel il a donné le nom de la Lune donne le bras à sa bête. En 1867 il y eut trois bœufs gras : le Figaro , la Lune, la Petite Presse. Au-dessous cette légende : Notre modestie naturelle nous fait un devoir d’applaudir à la décision du prince de la boucherie qui a orné son bœuf gras du nom de ce journal. A succès-bœuf, succès de bœuf parbleu! Autour du dessin on lit la complainte du Bœuf-Gras sur l’air de Fualdès .
No 53. — M. Glais-Bizoin. Gill le représente en diable rouge sortant d’une boîte verte avec un papier à la main sur lequel on lit l’autographe suivant :
« ,Te suis cet homme absurde qui ne change point. Ce type n’est
pas introuvable, mais il est assez rare aujourd’hui pour que vous ayez peut-être raison de l’offrir comme une curiosité aux lecteurs du journal la Lune. Qu’il soit donc fait à votre gré et au leur. »
Al. Glais-Bizoin.
Ce cliché a resservi dans CÉclipse au n° 99 bis , le n° 99 le dégel ayant été saisi, seulement le coloris a été modifié. Le diable est vert et la boîte rouge, on l’a fait suivre de quatre lignes de légende: voir ce numéro.
Lire à la 2e page la légende de Glais-Bizoin par Ernest d’Hervilly.
$ N° 54. — M. Thiers, très joli portrait-charge. Gill a représenté Thiers, dont il a fait de si belles caricatures sans l’avoir jamais vu, dans un verre d’eau tenant de chaque main le Consulat , V Empire et l'Histoire de la Révolution.
Ce cliché a été redonné dans le n° 212 bis de l'Éclipse , avec une légère modification dans le coloris et la légende ajoutée : « Une tempête dans un verre d'eau . »
N° 55. — Alexandre Dumas fils par Gill (lire au verso Dumas fils jugé par Dumas père).
Dumas fils, est représenté couronnant rosières des cocottes en papier, avec cette autographe :
« La vie est la dernière habitude qu’on veuille perdre, parce que
c’est la première qu’on a prise. » A. Dumas fils.
A la 3e page de ce numéro, un curieux et très long portraitcharge du poète Glatigny par Gill, il est représenté une lyre dans une main et une chope dans l’autre. Il était alors improvisateur à l’Alcazar. Voici la réponse qu’il adressa à Gill qui lui avait demandé l’autorisation de le pourtraicturer :
Quoi! mon consentement! Je le signe de l’une Et l’autre main. Ma place est, d’ailleurs, dans la Lune;
Car fuyant du pavé la boue et les clameurs,
C’est chez elle que vont se loger les rimeurs.
N° 56. — Jules Favre. Gill le représente en Jupiter; très bon portraitcharge comme les quelques-uns qui précèdent et ceux qui vont suivre. Gill est désormais sûr de son crayon et passe maître en ce genre où il n’eut pas de rival. Le tirage du journal monte à 40,000.
Gill dans ce numéro commence un roman illustré sous le titre d 'Écumeurs de Clamart en réponse aux Écumeurs de Paris , de Chabrillat, publié dans le Soleil ; cette histoire dura trois numéros.
N° 57. — M. de Bismark en bouledogue guettant une souris blanche qui va entrer dans une souricière.
. No 58. — Le Baron Brisse en chapon à la broche avec cette légende :
Recette pour accommoder un baron .
Lire dans ce numéro : notice sur le baron Brisse par d’Hervilly.
N° 59. — Louis Veuillot par Gill. Il
est représenté en archange horriblement grêlé, avec des ailes, et le front orné d’une auréole, le col de la chemise débraillé et montrant le poing; allusion aux violentes attaques de son livre : les Odeurs de Paris . De ce portrait date la guerre implacable entre VUnivers et Gill. Cette guerre dura dix ans et s’est continuée dans V Éclipse et la Lune Rousse .
Veuillot prétendit que la Lune n’avait pas son autorisation et que de plus le dessin avec ses accessoires était un sacrilège, une atteinte affligeante à la religion catholique, etc. L’Univers avait pourtant auparavant signalé à ses lecteurs plusieurs jolies trouvailles des gens de ces choses-là ! Ah! c’est que le portrait redouté pendait encore au bout du crayon d’André Gill. Lire les détails de cette polémique dans le n° 60 et 61 de la Lune. Ce numéro se tire à 33,000 exemplaires.
N° 60. — Marie Sass (de l’Opéra) en dame de pique.
No 61. — Albert Wolf! et Henri Rochefort, représentés par Gill en forgerons, jouet d’enfants, tapant à tour de rôle sur l’actualité; derrière eux, le journal le Figaro rappelant le terrain de leurs exploits; au bas ces deux lettres :
Mon cher Rochefort,
« Je vous attends ce soir à six heures précises chez Brébant pour régler l’affaire du Luxembourg. Bismark sera des nôtres. »
Albert Wolff.
Mon cher Wolff,
29 Avril 1867 .
« J’y serai avec cent mille hommes et le Général Boum. »
Henri Rochefort.
Carieux rapprochement. Rochefort connaissait-il déjà le fameux général ?
N° 62. — Ernest Renan à cheval sur un balai, rôtissant au milieu des flammes de l’enfer.
Allusion rappelant sa Vie de Jésus.
N° 63. — Victor Hugo en soleil couchant s’enfonçant dans la mer, une des superbes charges de Gill.
Particularité : Quelques numéros portent cette ligne autographe :
« Je veux toute la liberté! comme je veux toute la lumière. »
Victor Hugo.
La censure a fait supprimer cette phrase trop libérale et presque tout le tirage a paru sans cette pensée avec la signature de Victor Hugo seulement.
Une collection complète doit posséder ces deux numéros, surtout le premier avec l'autographe qui est très rare et très recherché. Cette charge de Victor Hugo a été tirée à part, avec un coloris à six teintes ; en voir l’annonce n° 69 de la Lune .
N° 64. — Madame Ugalde, rôle du prince charmant dans Cendrillon.
Voir à la 2e page une taquinerie de Gill à l’adresse de L. Veuillot. Un gros nez grêlé* avec des ailes, couronné d’une auréole avec cette légende : « Il est fort ce nez! » A la 4e page, une petite revue des théâtres par Gill.
N° 65. — Nadar, avec d’immenses jambes se cramponnant à son ballon le Géant.
f N°66. — Courbet peint par lui-même et par Gill avec cet autographe :
Mon cher M. Gill,
« On m’accuse de toute part de dépenser trop d’argent pour l’exposition de mes tableaux. L’argent que je peux gagner doit être dépensé par moi; en le mettant chez un notaire ce serait avouer l’impuissance de le dépenser plus utilement. »
Gustave Courbet.
Courbet est représenté en train de faire son propre portrait une chope de bière à côté de lui.
C’est Courbet qui disait des charges de Gill :
a On peut déshabiller les bonshommes de Gill, ils sont académiques. »
Lire dans ce numéro l’exposition de Gustave Courbet de Mahalin qui se termine ainsi :
— Avez-vous lu l’article de Vallès sur vous ? demandait -on à Courbet!
— Oui, répondit-il, c'est son meilleur .
La Lune a eu une édition anglaise; j’ai ce numéro 66. 3rd year. No. 66. English édition. Two pence.
N° 67. — Frédérick Lemaître tombe en scène près de la rampe se plongeant un immense poignard dans le ventre sur la lame duquel on lit : Drame. Ce très joli portrait-charge, je ne dis pas ressemblant, c’est inutile pour les dessins de Gill, est suivi de cette profonde pensée :
Avril 1867.
« Lune , fais la caricature des jeunes! le temps se charge de celle des vieux. »>
Frederick Lemaître
N° 68. — Le dompteur Batty tapant avec sa cravache sur une peau de lion en descente de lit dont la langue lui lèche les pieds; ce tapis est cloué par la queue au théâtre de la Porte- Saint-Martin.
N° 69. — Hernani. Mise en scène de M. Auguste Vacquerie. Ce dernier en Saint-Pierre ouvre la porte au théâtre de Victor Hugo par laquelle sortent Delaunay, Mme Favart, Bressant et Maubant dans leurs costumes d’Hernani.
N° 70. — Rossini, par Gill, en pifferaro mettant le feu à un canon-
mirliton sur lequel on lit: Divin maestro, cygne de Pesaro, Pesaro du cygne, excusez du peu. Au bas cette lettre :
Monsieur F. Polo,
« J’adhère avec plaisir a la publication de ma caricature dans votre journal, heureux de voir que le Singe de Pesaro n’est point oublié. »
Passy, 27 juin 1867. G. Rossini.
N° 71. — Jules Vallès en chien crotté, suivant le corbillard du pauvre, une casserole attachée à la queue. Au fond, le mur d’un cimetière où s’étale, énorme mystification dont on peut encore se souvenir, le portrait de M. Sothern comptant ses doigts et prouvant ainsi qu’il a onze doigts, il les compte de 1 à 10, puis recommençant par la fin, 10, 9, 8, 7, 6, disait-il triomphalement, et 5 dans celle-ci cela fait Onze!
Vallès n’a jamais pardonné à Gill cette puissante caricature de lui, sous laquelle on lit cette brutale autorisation :
« Chargez! » Jules Vallès.
A la 2e page deux dessins naïfs illustrant l’annonce du nouveau journal de Vallès ': la Rue .
N° 72. — Ernest Picard marchant sur le plan de Paris un sifflet d’une main et sous lç bras un portefeuille rempli de bons mots et de calembours.
Picard a du piquant, c’est une chose acquise.
Que d’esprit! quel brio! dit-on de tous côtés;
Mais à droite, je vois des messieurs attristés
Mon Dieu! Faites qu’il s’haussmanise.
N° 73. — Juarès et Lopez, à propos des affaires du Mexique. Juarès glisse de l’or dans la main de Lopez. F. Magnard du Figaro ayant contesté la ressemblance de la tête de Lopez, on tint la photographie à sa disposition. Quelques numéros de la Lune ont été réimprimés sous forme de programmes de
cafés-concerts. Je possède, grâce à l’obligeance d’un confrère, un numéro 73 absolument semblable au tirage pour les trois premières pages; la 4e page seule est changée et porte ce titre : La Lune-programme avec un portrait-charge en couleur de Chaillier surnommé le Petit Bossu Parisien , signé Amand. Il est entouré du programme de TAlcazar et ensuite de tous les autres concerts. Ce tirage se vendait dans les concerts, il ne porte ni date ni numéro.
N° 74. — Portrait authentique de Sallot dit Casque de Fer en arracheur de dents. Il arrachait les dents pendant l’exposition de 1867; dentiste ambulant du Midi il avait été compromis dans un crime, puis rendu à la liberté.
N° 75. — Fanfan Benoîton (la petite Camille, qui jouait dans la famille Benoîton de Sardou.) Gill la représente dans un bocal avec cette étiquette :
Esprit du moment.
Au-dessous :
« C’est moi qui suis Fanfan Benoîton, c’est positif!!! »
Camille.
* N° 76. — Ch. Paul de Kock. Gill le représente à cheval sur un chat coiffé d’un bonnet mis de travers, un panier sur le bras, tenant un mirliton se dirigeant vers Romainville, avec ces deux lignes d’autographe :
« On a calomnié les chats, ce sont les meilleurs amis de l’homme; ils sont toujours gracieux, et trouvez donc des amis qui le soient toujours. »
Ch. Paul de Koch.
La Lune servant de frontispice aujournal est coloriée cette fois seulement, aux couleurs nationales. Cette vignette est due, entre parenthèses, au crayon de Gédéon.
9 N° 77. — Edmond About par Houdon et André Gill. La tête
d’Àbout est en effet placée sur le corps du Voltaire de la statue d’Houdon. Il a la rosette d’officier de la Légion d’honneur et fume une pipe dont la tête est le portrait d’Havin le directeur du Siècle , avec cette lettre de Gill à ses pieds :
A M. Léonor, Havin du Siècle .
Monsieur,
« Nous avons l’honneur de soumettre à votre coup d’œil d’aigle (s’il en est temps encore) un projet de statue à la mémoire de l’ami Voltaire.
« Nous osons vous faire observer que ce modèle a le double avantage de rappeler un marbre célèbre et de présenter votre ami sous un aspect beaucoup plus jeune et plus gras.
« Veuillez agréer, Monsieur, etc. >3
André Gill.
Dessous, cet autographe :
« Je respecte trop la liberté de la Presse pour ne pas me livrer à vous en entier. »
Edmond About.
N° 78. — Le Zouave Guérisseur (Jacob). Le fameux zouave est représenté en costume lançant son fluide magnétique par les yeux et les mains. Dessous, en légende, des vers chantent ses louanges. Ce numéro a eu trois tirages semblables.
M. Magnard du Figaro prétendit que cette charge n’était qu’une fantaisie et n’avait avec Jacob qu’un air de famille dans le turban ♦
La rédaction répondit en donnant l’adresse du photographe qui avait donné le portrait à Gill et prétendit que le public qui est bon juge n’avait acheté que 75,000 exemplaires de ce faux Zouave. Peut-être y a-t-il un peu de fanfaronnade dans ce chiffre? Ce numéro servit aussi de programme.
N° 79. — Le général Prim tenant le drapeau rouge et une torche allumée à la main.
% N° 80. — André Gill par X., c’est-à-dire par lui-même; il s’est représenté en décapité, la tête dans un plat plein de pièces d’or. Un crayon et une plume sont posés à côté avec un papier sur lequel est écrit :
Mon cher Polo,
« Je n’aime pas la liberté, vous me demandez celle de publier mon
portrait, je refuse net! » André Gill.
Émile Cohl à propos de ce dessin fait cette remarque dans une étude qu’il fit aussi sur son maître, intitulée : Gill et son œuvre (9 numéros de la Nouvelle Lune du 30 novembre 83 au 1er avril 84), au moment de l’exposition des œuvres de Gill organisée par ses soins.
« Il est à remarquer que Gill frappé un moment de la folie des richesses a toujours eu l’idée tournée vers for. Quantité de dessins représentent des gens entourés d’or ou ayant une légende se rattachant à la fortune. N’a-t-il pas contracté, dans les premiers temps de ses succès, le germe de cette effrayante maladie, en se voyant subitement passer de la plus horrible misère à la possession d’appointements superbes? Toujours est-il qu’il ne pense qu’à l’argent. C’est une obsession. »
Voici quelques jolis vers d’Ernest d’Hervilly extraits d’une pièce intitulée André Gill qui se trouve dans ce numéro.
« Cinq pieds, six pouces, fort comme un turc, vingt-sept ans,
« Des cheveux que jamais le fer ne modifie;
« Fils de Paris, aimant en vrai Napolitain
« A regarder le ciel, tout de son long dans l’herbe;
« Dessinant quelquefois; ignorant le matin,
« Emu, mais affectant le calme froid d’un Serbe,
« Et n’arrivant jamais à l’heure au rendez-vous,
« Quoiqu’il aime à trôner au sein d’une voiture; « Tell estGill, le rêveur aux paradoxes fous,
« Le noctambule qui médit de la peinture! »
Abonnés et lecteurs, que vous dirais-je encor? Moi, parler du talent du prince de la charge ? Allons donc! vous l’avez suivi dès son essor,
Son beau crayon franc, carré, gros et large!
Et son esprit exquis, vous le voyez? Ses doigts Le sèment largement dans ses folles binettes.
Mais il est un détail secret que je vous dois :
Gill est né de parents pauvres, mais très honnêtes!
Ce numéro a été également reproduit pour servir de programme de concert.
N° 81. — Garibaldi, jouant de la flûte avec la pointe de son sabre; à côté de lui un casque : Casquo de Bélisario, légende :
Hymne à la Paix : Grande fantaisie exécutée à Genève, sur le trombone-sabre à pistons, par le signor Garibaldi, avec accompagnement de voix d’hommes et... voies de faits, sifflets et soufflets, oriflammes et horions, coups de tamtam et coups de poings, etc., etc. Excusez du peu!
A la 4e page les Japonais au cirque, dessin de Crafty un des premiers de ce dessinateur.
N° 82. — Ferdinand de Lesseps debout sur un crocodile du Nil.
« Habitué aux voyages, j’accepte celui que vous me proposez de faire dans la Lune, »
Ferdinand de Lesseps.
Numéro qui servit de programme.
^ N° 83. — Jules Mirés, d’une main tenant un sac de bons conseils. de l’autre l’estampe : Crédit est mort. Légende :
Air : Mon petit papa.
Mon petit gogo, c’ matin, c’n’est pas ta fête L’journal m’ia dit : je plains ton triste sort.
Tes beaux papiers ornés d’une vignette Ne valent plus deux sous même au prix fort :
Crédit est mort!
Crédit est mort!
N° 84. — Laferrière, rôle d’Antony; il esta cheval sur un poignard dont la poignée affecte une forme qui aurait bien pu le faire saisir, il tient en main un étendard rouge sur lequel est écrit le mot Romantisme.
N° 85. — Docteur Ricord. Le célèbre docteur est assis dans un fauteuil, il tient un bistouri à la main et soigne tous les petits amours éclopés.
Daniel Lévy, l’ancien directeur quitte le journal. Polo de1 vient directeur et rédacteur en chef.
N° 86. — Les jolies actrices de Paris. Ce numéro est spécialement consacré aux beautés artistiques de Paris. Sous la forme d’un jeu de cartes tenu par une main dans les plis de laquelle on cherchait alors des allusions, étrangères probablement à l’esprit du dessinateur. Une autre maintient une pomme destinée à la plus belle. On voit les portraits de Massin, Montaland, Marie-Roze. Delval, sans la tête, Vernet, Pierson, Desclauzas.
A la 2e, 3e et 4e pages, Félix Régamey a continué la série des actrices de Paris soit 29 portraits.
N° 87. — Les Lutteurs masqués. Ce dessin peut être considéré comme étant le début de Gill dans la caricature politique et compte au nombre de ses meilleurs, c’est le plus célèbre avec le portrait de Rocambole qui viendra bientôt. Deux athlètes fortement musclés sont aux prises : le premier, le lutteur au
masque rouge a le dessus et jette à terre son rival, le lutteur au masque noir sur la tête duquel les malins devinèrent une tonsure, un canon est à leurs pieds sur lequel on lit le mot : Amen.
Au bas cette légende :
« Il est expressément défendu aux 500,000 lecteurs de la Lune de voir dans cette lutte de l’Homme rouge et de l’Homme noir aucune insidieuse allégorie.
Qu’ils n’oublient pas que certaines actualités nous sont interdites. »
L’homme rouge c’était Garibaldi, l’homme noir le Pape.
C’est ce dessin qui fit cesser la publication de la Lune. Il fut poursuivi avec le violent article qui l’accompagnait signé, Le cousin Jacques ( d’Hervilly ).
Le directeur Polo fut condamné à un mois de prison et 100 francs d’amende pour le dessin; à un mois de prison, 500 francs d’amende pour l’article incriminé. La cessation du journal fut ordonnée. On interjeta appel de ce jugement et en attendant la décision des seconds juges, le journal continua à paraître, mais le jugement fut confirmé. La Lune dut s’éclipser mais pendant deux mois encore le journal donna des charges de Gill. Ce procès qui eut un grand retentissement à l’époque, amena dix mille acheteurs de plus à la Lune .
11 est peut-être utile de rappeler qu’à cette époque s’ouvrit à Paris, rue Le Pelletier, un spectacle de luttes athlétiques qui devint vite à la mode. Le terrible Marseille, surnommé le tombeau des lutteurs, trouva son maître dans un lutteur qui demanda à rester masqué. Gill saisit l’actualité et en fit l’allusion politique que l’on saisit et qui fut le signal de cette autre lutte du caricaturiste contre le pouvoir.
N° 86 (bis). — C’est par erreur que ce numéro est ainsi numéroté, car c’est bien le numéro 87 bis.
Après la saisie du n° 87, les Lutteurs masqués , on se servit du cliché du n° 25 que l’on avait sous la main et on le donna aux acheteurs sous ce nouveau titre de 3,333,333e résurrection de Rocambole. Lecolorisestpluscompliqué, le vicomte est en bleu foncé et les rideaux sont jaunes; mais le dessin est absolument le même. Du reste dans la légende qui est complètement changée comme le titre on lit :
« Qui disait que Rocambole n’existait plus? Rocambole est immortel comme les immortels principes de 89... Prochainement nous publierons ici le véritable portrait de ce héros du bagne, d’après une photographie apportée de Londres par le vicomte Ponson du Terrail, et qu’il a bien voulu communiquer à la Lune.
En attendant nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant aujourd’hui l’ancien dessin de Gill : la Résurrection de Rocambole , tiré naguère à un très petit nombre d’exemplaires et dont les épreuves d’une excessive rareté, se vendent au prix de l’or. »
Ce qui me confirme dans cette erreur de numérotage, c’est que ce numéro est absolument le même que le numéro des lutteurs à part le dessin de tête et l’article incriminé. Logiquement il doit être rétabli 87 bis.
N° 88. — Virginie Déjazet dans le rôle de Bonaparte à Brienne. Coiffée du chapeau légendaire, elle est debout sur un mirliton, comme Napoléon Ier sur la colonne Vendôme; au loin les Invalides.
N°89. — Portrait authentique de Rocambole, d’après deux photographies et un grand nombre de documents fournis par M. le vicomte Ponson du Terrail, son illustre ami. Grand dessin colorié occupant les deux pages du milieu du journal. Peu de
gens ont oublié cette étrange composition demeurée Tune des plus célèbres de Gill moins par sa valeur réelle que par son audace inouïe. Le corps et la figure de Rocambole sont divisés en deux parties, à droite, c’est le monstre hideux, le forçat au bonnet vert, marqué du n° 117, tenant un poignard d’où coule une rivière de sang, de l’œil démesurément ouvert sort un jet de lumière; l’autre partie, c’est un homme coiffé d’un chapeau haut de forme, les cheveux ramenés surforeille, moustache et barbiche, veston élégant, ganté de rouge et tenant gracieusement une rose, les deux corps se terminent par une queue qui nage dans une mer de sang; sur la queue qui revient sur elle-même, on lit : la suite au prochain numéro. Ce dessin visant assurément l’empereur n’était pas fait pour apitoyer les jurés. On n’osa pourtant pas le supprimer pour le dessin, mais on tourna la difficulté, et comme le journal ne pouvait s’occuper de politique, il fut saisi à cause du dessin de la 4e page où il est question du sauvetage des obligations mexicaines, représentées en demoiselles légèrement vêtues, par la compagnie du câble transatlantique; la preuve de ce que j’avance et que semblent ignorer les biographes d’André Gill; c’est que j’ai justement sous les yeux ces deux numéros différents, l’un ayant la 4e page illustrée par Darjou avec les valeurs mexicaines, l’autre sans aucun dessin. Ce numéro qui doit être double dans les bonnes collections les rendra très rares et recherchées et celles-ci seulement auront toute la valeur bibliographique d’une collection complète avec tous ses doubles et particularités. Les collectionneurs qui font les Gill n’auront peut-être pas perdu leur temps en parcourant cette brochure si grâce à elle ils retrouvent ensuite ces curieux numéros pour parfaire leur collection.
N° 90. — Le Corsaire. Portraits de tous les rédacteurs du Corsaire ; ils sont dans un bateau fait avec un numéro du journal : Victor Noir coiffé d’un immense chapeau est au haut du grand
mât, Lermina tient un porte-voix, Faure, Ranc, Guillemot. Étienne Arago, Albert Brun, Sauton, Siebecker, Lafargue, Alexis Bouvier, Cbabriliat, Paul Arène, Denizet et Scbiller l’imprimeur, sont tous sur la mer en train de voguer.
N° 91. — Madame Galli-Marié, rôle de Vendredi dans Robinson Crusoé . Elle est assise sur une main qui la tient en Y air pendant qu’une autre main avec une brosse la noircit avec du cirage.
N° 92. — Madame Judith, rôle d’Hamlet au Théâtre de la Gaîté. Elle est à genoux une épée à la main et cache de ses regards avec un éventail une tête de mort coiffée d’une toque de velours ornée d’une immense plume sur laquelle on lit : Poor Rouvière , acteur qui avait joué ce rôle avant elle.
Dans l’étude du cousin Jacques, je trouve ce mot de Madame Judith. On se défiait d’elle à cause de sa religion.
« Oh ! ne me confondez pas avec Rachel. Je suis/wire, cela est vrai ; mais Rachel est un elle! »
N° 93. — Résurrection de Thérésa. Elle est entourée de bouquets, à ses pieds l’affiche des Folies-Dramatiques sur laquelle on lit : Pour la rentrée de Mlle Thérésa, représentation chocnosof de l’œil crevé. Musique et paroles d’Hervé. Figaro tiendra la grosse caisse.
N° 94. — Théodoros, roi d’Abyssinie en lion boxant avec le lion anglais, ou rugira bien qui rugira le dernier!... Drame en plusieurs actes, précédé d’un prologue : A quand la noce? Musique d’A7nstrong.
N° 95. — Alfred Darimon, marchant sur les mains la tête en bas, accompagné de cet autographe :
« Pourquoi donc, Monsieur, vous refuserais-je l’autorisation que vous
me demandez. La charge est une des formes de la critique, et je crois avoir assez prouvé jusqu’ici que la critique ne me faisait pas peur. »
Alfred Darimon.
N° 96. — Figaro en voyage, Villemessant en nourrice conduit Rochefort qu’il tire par l’oreille et Wolff armé d’un fusil et coiffé d’un casque prussien, sur son ceinturon le n° 69, au-dessous on lit cette légende qui manque à beaucoup de numéros la censure l’ayant fait enlever.
« Grand Albert et Petit Henri n’ont pas été sages. Locataire d’en haut pas content et porter plainte. Bonne maman Villemessant emmène enfants turbulents àlacampagne. — Allez! mauvais sujets ! »
Particularité : Les numéros qui ont la légende biffée par une large ligne noire qui s’enlève facilement avec de l’eau ont k l’annonce illustr ée de la 4© page le rideau de la malle des Indes colorié en rouge. Les numéros dont la légende a été respectée ont cette même annonce, mais sans aucun coloris.
N° 97. — Le Couple Montrouge. Théâtre des Folies-Marigny. Ils se tiennent les mains et tournent sur une petite serinette sur laquelle est aussi un moulin; les Folies-Marigny, petit théâtre qui existait aux Champs-Elysées à cette époque. A la 4e page grande charge de l’imprésario Ulmann par Gill. Il est à cheval sur une locomotive en marche et tient sur sa main un petit oiseau qui a la tête de Carlolta Patti qu’il conduit sur la route du succès. Dessous ces vers :
Brûlant les rails, courant de la terre à la lune,
Tirant or et bravos des publics étonnés,
Avec sa Garlotta Patti, fauvette brune,
Hurrah! Ulmann va vite! et cet homme a du nez!
N° 98 — et dernier numéro de la Lune portant la date du 17 janvier 1868.
Ernest Feydeau, avec sa plume et un couteau, ouvre la Bourse qui a la forme d’un pâté d’où sortent des pigeons; dessous traîne un numéro du Figaro; à la place du feuilleton on lit : Un coup de Bourse , roman de Feydeau alors en cours de publication dans le Figaro.
Dans ce numéro, pour la première fois, la Lune publie des vers de Vermersch. A la fin de ce numéro on lit l’annonce du journal illustré qui devait faire suite à la Lune.