ACTE I, SCENE V
stallation, et penses-tu pouvoir t'habituer à la vie retirée que nous allons mener ici ?
HÉLÈNE
Je serais bien difficile ! comment n'y serais-je pas heureuse, entre une mère que j'idolâtre et un mari qui m'adore ?
ALBERT
J'avoue que je préférerais le renversement des rôles.
HÉLÈNE
Non, monsieur; on n'avouera jamais qu'on adore son mari ; c'est assez qu'on s'en laisse adorer.
ALBERT
Voyez-vous la coquette !
HÉLÈNE
Vivre à la campagne a toujours été mon rêve.
Combien je m'applaudis de l'avoir réalisé !
HÉLÈNE
Quel bonheur! Pense donc : nous aurons des poules, des canards, des dindons, un âne...
ALBERT
Tu vas entreprendre sur ha mère Jeanne de la chanson, prends garde, (11 fredonne.)
Je suis la mère Jeanne Et j'aime tous mes nourrissons^
i8 LA LUNE ROUSSE.
Mon cochon, mon taureau, mon âne, Vaches, poulets, filles, garçons, Dindons; Et j'aime leurs chansons.
HÉLÈNE, continuant l'air.
Comme étant jeune paysanne (bis), J'aimais la voix de mes pinsons (bis).
ALBERT
Ce sera charmant!
HÉLÈNE
Oui, tout cela distraira maman.
ALBERT, d'un ton de désappointement.
Ah!
HÉLÈNE
Nous élèverons aussi des lapins, n'est-ce pas?
Ambitieuse ! pour t'en faire trois mille livres de rente ?
HÉLÈNE
Maman aime beaucoup les gibelottes.
ALBERT
Ah!
HÉLÈNE
Je veux aussi une jolie brebis blanche, bien frisée, avec un collier de velours rose autour du cou.
ALBERT
Tu t'appelleras Estelle, et je te ferai la cour sous le