‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 48 sur 76 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

ferme, mais j'étais seule ; le silence du parc m*a fait peur, et le courage m'a manqué. — Et puis cet ennuyeux voisin qui surgit toujours à Timproviste sur mes pas, avec une fleur à m'offrir ou un compliment à m'adresser ! Je le trouve justement derrière la petite porte du sentier couvert au moment où je la franchissais € Vous êtes triste comme cette fleur de l'abandon, » m'a-t-il dit en me tendant un bouquet d'anémones. En tout autre lieu et à tout autre moment, je me serais amusée de cette manie de faire parler les fleurs ; mais j'étais triste en eff*et, et des larmes me sont venues aux yeux. Je me suis hâtée de rentrer pour les cacher, non pas si vite cependant qu'il n'ait eu le temps de me jeter son bouquet par l'entre-bâillement de la porte. Je l'ai laissé là où il est tombé ; le ramassera qui voudra. Cette obsession m'ennuie, à la fin ! mon devoir serait d'en, instruire Albert, et je l'aurais fait si je n'étais arrêtée par la crainte de lui paraître ridicule. Ses façons d'être avec moi sont devenues si étranges depuis quelques jours ! C'est à n'y rien comprendre. Toutes ses prévenances sont aujourd'hui pour ma mère. Je ne m'en plaindrais pas si, n'exagérant que les témoignages d'une vénération loyale, il ne prenait à tâche d'accentuer ses préférences au point de me les faire durement sentir. Ah! les rôles sont bien changés! Lui qui me reprochait de donner le pas à mes devoirs de fille sur mes devoirs d'épouse, se gêne-t-il aujourd'hui pour faire passer les attentions du gendre avant les complaisances du mari ? Quel est donc

le sentiment nouveau qui s'éveille en moi? Quelque chose est là qui me mord le cœur. O le triste mal que celui qu'on n'ose approfondir ! — Cette situation ne peut se prolonger; il faut qu'Albert s'en explique, il le faut absolument; car enfin j'aime mon mari, moi! — Le voici justement. — Non, c'est ma mère.

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