CHAPITRE II. loj
lire, on sait peu de chose de la vie de A. Stradivari; ils attestent, toutefois, que les cruels chagrins ne lui furent pas épargnés : de ses onze enfants il en vit mourir six prématurément; ces épreuves, répétées aux différentes époques de sa vie, n'arrêtèrent en rien son amour pour le travail, dans lequel il semblait puiser une nouvelle vigueur, et on peut dire que Jusqu'au Jour où les forces l'abandonnèrent son esprit et sa main furent à l'œuvre, puisqu'à l'âge de quatrevingt-treize ans il signait encore un violon sorti de cette petite maison de la Piazza Roma.
Antonio Stradivari est mort le i8 décembre lySy. Il fut inhumé à Crémone dans l'église Saint-Dominique, dans la chapelle du rosaire, à gauche en entrant K
Il était indispensable de donner tous ces détails sur la vie d'Antonio Stradivari avant de parler de ses travaux de lutherie; maintenant que nous connaissons l'homme, occupons-nous de l'artiste. Il dut entrer très Jeune dans l'atelier de Nicolas Amati, dont il fut le meilleur élève, car il est reconnu qu'à l'âge de vingttrois ans il faisait des violons qu'il signait du nom de son maître et qui attestaient déjà une main habile entre toutes. A cette époque, c'est-à-dire vers 1 6(3(3, Nicolas Amati, né en i59(), avait soixante-dix ans.
Malgré les améliorations sensibles apportées par ce dernier dans la confection des instruments à archet, il restait encore beaucoup à faire; les premiers violons
I. Voir pour les pièces justificatives : Cenni sulla célèbre sciiola Cremonese..., P'iges ib et suivantes.
,o^ LES LUTHIERS ITALIENS.
du Jeune élève qu'il commença à signer de son nom, de 1666 à 1670, portent encore le cachet de son maître; on les distingue focilement à leurs voûtes hautes et bombées; ils sont désignés sous le nom de Stradivarius amatisés. Depuis cette époque, l'artiste cherche et progresse, la main-d'œuvre se perfectionne ; de 1694 à 1700 environ, il adopte un patron un peu plus étroit donnant à ses violons une apparence plus élancée. Les instruments de cette période, que les amateurs appellent longuets, attestent, aussi bien que tous ceux sortis de la main de A. Stradivari, l'habileté du maître, mais leur caractère est particulier 1. Le rétrécissement du patron a lieu surtout vers le milieu ; ce sont des violons à la taille fine, si j'ose m'exprimer ainsi; cette particularité est très sensible entre les,^. La longueur de l'instrument est toujours la même, mais par suite de cette réduction il paraît plus long. A partir de l'année 1700, la perfection est acquise, et jusqu'à sa mort l'artiste ne produira plus absolument que des chefs-d'œuvre, La plume est impuissante pour donner une idée même lointaine de la perfection des œuvresd'Antonio Stradivari. Cet homme, vraiment merveilleux, joignait à une puissance considérable de travail une intuition profonde de tout ce qui touchait à son art; il lui a fallu plus de trente années pour atteindre le but, mais alors il l'a touché avec une précision miraculeuse.
I. M. le marquis de Saint-Hilaire, amateur distingué à Paris, possède un violon de ce genre, remarquable par sa beauté et sa sonorité. 11 porte l'étiquette originale, datée de 1699 (PI. II).