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A CENTRE DESSAIS PROPHYLACTIQUES
Le protectorat date de 1881, la lutte antipaludique est née en 1903, a commencé à s'étendre en 1927, est devenue effective en 1932.
De pareilles dates pourraient étonner si l’on oubliait que la Tunisie n’est pas un département français, mais un protectorat s’exerçant dans un pays difficile, de mentalité particulière et où les difficultés économiques sont terriblement sensibles.
Le paludisme a longtemps paru quantité négligeable, et la lutte antimalarique s’est heurtée à l'indifférence générale : indifférence des administrations qui ne tenaient nullement à alourdir un budget péniblement équilibré; indifférence des colons, qui, malgré les ravages que pouvait exercer chez eux l'affection palustre, n’avaient pour elle que mépris et ignorance, un peu par peur peut-être d’avoir à engager des frais pour une « maladie dont on ne meurt pas »; indifférence enfin des indigènes : celle-là congénitale. Il faut bien savoir d’ailleurs que c’est toute l’organisation sanitaire du pays qui s’avéra difficile. Il suffit de jeter un soup d'œil sur les dates principales de son évolution pour s’en rendre
compte.
Organisation sanitaire générale
En 1881, lors de l'avènement du Protectorat, la médecine est exercée par qui veut. Aucune mesure d'hygiène, aucune mesure d'assistance ne sont prévues : à vrai dire, au début et à la fin du XVIII: siècle, les décrets beylicaux avaient institué une quarantaine pour les navires venant des lieux « infestés » (lutte contre la peste en particulier).
Trois formations hospitalières seulement pour tout le territoire tunisien sont installées à Tunis : œuvres de charité privée, ce sont : l'hôpital Saint-Louis, le Moristane Aziza, futur Sadiki et un dispensaire italien.
En 1885, les premières mesures d'hygiène extérieure sont officiellement prises : le gouvernement crée « la Santé Maritime et le Conseil Sanitaire de la Régence ».
En 1888, le décret Massicaut règle l’exercice de la médecine, de la chirurgie et de l’accouchement.
En 1889, l'hygiène intérieure est l’objet des attentions du Gouvernement : elle devient la charge d’un « Conseil Central d'Hygiène Publique et de Salubrité. »
En réalité, ce Conseil n'existe que sur le papier; confondu avec la « Santé Maritime et le Conseil Sanitaire de la Régence », il n’a aucun personnel distinct. Ce n'est qu’en 1897 que les deux services reçoivent une formation effective, sous le nom de « Direction de la Santé et de l'Hygiène Publiques » englobant le Service Sanitaire Maritime.
En 1893, un Institut Pasteur est fondé à Tunis : il reçoit en 1903 son organisation actuelle grâce à Charles Nicolle. Dépendant d’abord de la Direction Générale
de l'Agriculture, il est annexé en 1921 au Secrétariat Général du Gouvernement, actuelle Direction Générale de l'Intérieur. (1).
1898 marque le début de l’Assistance Médicale hors des grands centres. Un arrêté du 25 octobre décide de la nomination des premiers médecins municipaux.
1900 est la date de l’avènement de l’Assistance Publique. Par décret du 19 avril, on ouvrait au budget de l'Etat tant en recettes qu’en dépenses, un article spécialement affecté à la dotation d'œuvres d’assistance publique. La véritable organisation ne prend corps qu’en 1908. Cette année-là, un Bureau,de l’Assistance Publique est fondé au Secrétariat Général du Gouvernement.
En 1904, on s'intéresse enfin à la Médecine Rurale. Quatre postes de médecins de colonisation sont créés terme impropre d’ailleurs, car il ne désignait en fait
(1) L’organisation administrative a subi de nombreux changements, sinon de fait, du moins terminologiques. Primitivement, l’autorité supérieure est dévolue au Bey doublé du Résident Général, viennent ensuite le Premier Ministre du Bey doublé d’un Secrétaire Général, les caïds doublés par les contrôleurs civils. Administrations indigène et francaise marchent de pair. Peu à peu on enlève au Secrétariat Général des services techniques : finances, travaux publics, agriculture, office postal, armée tunisienne (1882 à 1900). Avant la guerre, le Secrétariat Général ne comprenait plus que la iustice tunisienne et des services purement administratifs. En 1922, on crée un Ministère de la Justice, si bien qu’il ne reste au Secrétariat Général que l’administration indigène, l’assistance, l'hygiène, la police et les services pénitentiaires, tandis que les contrôles civils dépendent directement de la Résidence. Par analogie aux services des Ministères de France, le Secrétariat Général devient la Direction Générale de l'Intérieur. En 1933, le Secrétariat Général «est rétabli, la Direction Générale de l’Intéricur ne comprend plus que l’assistanc?. l’hvgiène et les services pénitentiaires. Police. sûreté, administration indigène et par délégation les contrôles civils cont administrés directement par le Secrétaire Général qui contrôle en même temps toutes les autres directions.
que des médecins de centres non érigés en communes. Il faut attendre 1910 pour voir les premiers vrais médecins de colonisation. C’est, en effet, le 1” janvier 1910 qu’un décret règle le recrutement et les attributions des médecins dits de colonisation, par analogie avec ceux de l'Algérie, c’est-à-dire siégeant en des centres de colonisation.
A partir de 1910, les premières bases du Service de Santé actuel sont jetées. Hôpitaux et dispensaires vont naître dans les différentes Régions de la Régence, la médecine rurale n’est: plus abandonnée au bénéfice de la médecine urbaine et le nombre des médecins atteint un chiffre respectable, sinon suffisant. (16 médecins municipaux et 24 médecins de colonisation en 1912. A l’heure actuelle, les principales municipalités ont chacune un médecin et il existe 44 médecins de colonisation). L’organisation sanitaire ne cesse plus de s'améliorer, seulement ralentie pendant la période 1914-1918.
Entièrement comprise dans les Bureaux de la Direction générale de l'Intérieur, cette organisation subit encore quelques variations, mais, ce sont là des variations d'ordre surtout terminologique, attachées aux perfectionnements de la machine administrative.
En effet, en 1911, YAssistance absorbe la Direction Ge la Santé et de l’'Hygiène Publique; en 1920, l'Hygiène prend sa revanche, englobant l’Assistance Publique sous le nom de Direction de l’'Hygiène, comprenant : les Services sanitaires généraux, les services sanitaires maritimes, le Bureau de l’Assistance Publique. En 1928, Hygiène et Assistance forment deux services distincts :
Assistance Publique d’une part (comprenant l’Administration pénitentiaire), Hygiène Publique de l’autre. En 1935 enfin, toute l’organisation sanitaire est comprise sous le vocable : Santé Publique.
Organisation actuelle. — Toujours soumise au contrôle de la Direction Générale de l'Intérieur, la Santé Publique en dehors de la médecine privée comprend :
1° L’Hygiène, divisée en Hygiène Publique, Santé Maritime et Hygiène Sociale. Cette dernière est un organisme fondé en 1930 spécialement attaché à la lutte contre le trachome, la syphilis, la tuberculose et la mortalité infantile.
2° L'Assistance Publique, régissant l’Assistance médicale gratuite, l’Assistance hospitalière et contrôlant les œuvres de bienfaisance. L’Assistance médicale gratuite est assurée par les médecins de colonisation (certains sont contractuels) dans une quarantaine de circonscriptions médicales, réparties dans le Tell, les Steppes, le Sahel et une partie de la région saharienne du sud. Dans les territoires militaires du sud, la médecine gratuite est assurée par des médecins militaires : médecins de la garnison, quand il y en a une; médecins militaires détachés, lorsque le centre est dépourvu de troupes.
Les médecins de l’Assistance médicale gratuite sont spécialement chargés de la médecine rurale : dans les grands centres ruraux, ils sont parfois doublés par des médecins municipaux et par des médecins spécialisés à poste fixe ou itinérants (médecins d'hygiène sociale). Assisté d’un infirmier au moins, le médecin de coloni-
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sation a, suivant l'importance de sa circonscription, soit un dispensaire, soit un bâtiment d’hospitalisation hôpital ou infirmerie dispensaire. Des salles de consultation disséminées dans son secteur lui permettent d’y faire des consultations hebdomadaires, au cours des tournées périodiques auxquelles il est astreint.
Telle est, rapidement, l’organisation sanitaire tunisienne.
Nous donnons ici quelques chiffres des budgets de ‘l’Assistance et de l’Hygiène, qui marquent les progrès de cette organisation :
Total Assist. Publique Hygiène
1921 3.646.015 84 8.413.015 >» 233.000 > 1922 SPL LATES 2.784.772 >» 586.475 >»
1929 12.606.586, 05 10.289240 SR SIT SAR 1930 16.175.524 »' 18.023.133 » 8.152.391 >
etc., etc.
La lutte antipaludique ne pouvait guère marcher plus vite que l’organisation sanitaire générale. Elle nécessite, pour être efficace, un personnel nombreux; sans crédits, ce personnel fut réduit jusqu’à 1932 à un médecin assisté d’un personnel d'occasion, bénévole jusqu’en 1928, en dehors naturellement des médecins de colonisation qui,
répétons-le, ne datent que de 1910.
Néanmoins, dès 1903, l’Institut Pasteur, sur l’instigation de Ch. Nicolle, entreprit une campagne antipaludique : campagne modeste, mais qu’illustrèrent les noms des frères Sergent. Cette campagne fut consacrée à l’assainissement de deux gares : celles de Oued-Zerga et du Pont de Trajan, les plus impaludées de la ligne de chemin de fer Bône-Guelma. Quelques mares y furent asséchées et la quinine y fut distribuée pendant deux ans. |
En 1906, le Docteur Husson fut chargé par l’Institut Pasteur de Tunis d’une enquête sur le paludisme dans les « Centres de colonisation ».
En 1907, un service antipaludique d'Etat fut fondé: au sein de l’Institut Pasteur. Ce Service comprenait : un médecin, le Docteur Husson, remplacé en 1910 par le Docteur Comte.
Ce médecin fut chargé des enquêtes épidémiologiques dans les centres de colonisation et d’y organiser, tant bien que mal, une défense antimalarique. Assainissement, quinisation, propagande surtout, rien n’y: manquait, sauf l’argent et le personnel réduit à quelques bonnes volontés : contrôleurs civils, caïds, colons.
La colonisation prenant des proportions de plus en plus vastes, le Service antipaludique ne tarda pas à être débordé, ce d'autant plus qu'il fut obligé de s’occuper également d’autres épidémies ou endémies (en l’espèce, le Docteur Comte qui prit ainsi une part très active dans la découverte de l’agent de transmission du typhus : le pou). La guerre 1914-1918 éloignant la majorité du per-
sonnel de l'Institut Pasteur de Tunis, acheva la dissolution du Service antipaludique.
Le Docteur Comte, devenu médecin des épidémies à l'Hygiène, continua néanmoins et seul à s'occuper du paludisme, s'intéressant non plus aux seuls centres de colonisation, mais à tout le territoire tunisien.
En 1924, lorsque le Service d'Hygiène prit à sa charge la lutte antipaludique, ce fut encore lui qui continua la tâche entreprise. C’est grâce à son impulsion qu’en 1927 une « Commission d'assainissement » fut créée. Grâce à elle, la lutte antipaludique prit quelque tournure et le grand assainissement devint une préoccupation du Gouvernement.
En 1928, lors de la réorganisation des Services de l'Hygiène, un médecin fut spécialement chargé à Tunis de la question paludisme pour tout le territoire de la Régence (1). Le Docteur Villain qui doubla, puis remplaça le Docteur Comte, donna dès lors un mouvement tout nouveau à la défense antimalarique.
En janvier 1933, le Docteur Villain réussit à créer une « Mission antipaludique » avec le.concours de la Direction Générale de l’Intérieur. (Cette brusque création, il faut l’avouer, fut largement favorisée par la
(1) La Tunisie est divisée en trois régions sanitaires : le Nord (1'°, 2° et 3° régions administratives, soit un million d'habitants), le Centre (4 région administrative), le Sud (5° région administrative et territoires militaires).
Chaque région dispose d'un centre avec Bureau d'Hygiène : Tunis, Sousse Sfax. Ces trois centres, sous le contrôle de la Direction de l'Hygiène d’abord, puis de la Santé Publique, comprennent : un médecin-inspecteur adjoint, un chef die laboratoire, un personnel administratif des auxiliaires médicaux (sept à Tunis, deux à Sousse, deux à Sfax), du personnel subalterne, Chaque centre possède un garage et un magasin sanitaire.
panique qu'avait provoquée l'épidémie de 1932).
Cette Mission fut le début de l’organisation actuelle. Ainsi donc, la lutte antipaludique n’a été, jusqu’en 1932, que le fait d’un ou deux médecins, apôtres plus ou moins aidés par quelques bonnes volontés. En dehors de celles-ci, aucun personnel ne lui fut officiellement attaché. Certes, les médecins de la colonisation avaient bien, dans leurs attributions, la défense antimalarique; mais jusqu'en 1910, ils n’existaient pas ; après 1910, ils restèrent longtemps en petit nombre. Par ailleurs, chargés de l’assistance, de l’hygiène, de leur clientèle privée, ils ne pouvaient mener à bien les soins aux malades avec des enquêtes épidémiologiques, la surveillance des grand et petit assainissements. Enfin, alors même qu'ils
- faisaient quelques efforts dans ce sens, sans liaison avec un service directeur spécialisé, sans personnel également spécialisé et sans liaison entre eux, ils ne pouvaient mener la lutte avec l’unité de méthode désirable.