CONCLUSION
En raison de la légèreté des mœurs antillaises, la prostitution officielle n’existe pratiquement pas à la Guadeloupe, mais la prostitution clandestine existe partout, qu’elle soit occasionnelle ou professionnelle.
Il n’y a pas, à proprement parler, de prostituées et les autochtones seraient bien étonnés si l’on prenait des mesures policières contre les femmes qui, non mariées, admettent dans leur case, tous les hommes de leur choix. La prostitution des femmes européennes est rare et exceptionnelle.
La religion semble cependant imprimer quelque atténuation à cette liberté des mœurs.
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B. — CAUSES GÉNÉRALES FAVORISANT LE DÉVELOPPEMENT DES MALADIES VÉNÉRIENNES A LA GUADELOUPE.
Le développement des maladies vénériennes a pris, à la Guadeloupe, une extension considérable et sa propagation rapide est le fait de facteurs multiples et connexes qui tiennent à la fois du climat, de la race et du milieu social.
L'hygiène encore rudimentaire de la classe pauvre est à la base même de la diffusion du fléau. Ceci trouve sa preuve dans l’extrême virulence des germes. La blennorragie v revêt souvent une forme suraigué.
Sur cette base solide se rattache un certain nombre de causès très importantes qu’on peut classer, pour la commodité de leur étude, sous trois rubriques essentielles :
1° Causes générales primordiales de la diffusion du fléau ;
2° Causes favorisantes secondaires;
3° Causes indirectes.
a) CAUSES GENERALES PRIMORDIALES
Ce sont de beaucoup les plus importantes; elles sont dues :
1° À l'ignorance du danger des maladies vénériennes et à l'insouciance de la masse, d’où absence fréquente de précautions avant la contamination et insuffisance de traitement après.
Très peu d’autochtones, en effet, utilisent les : moyens préventifs qui sont coûteux, peu pratiques ‘et souvent ignorés. L’usage des préservatifs et des gelo-
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tubes Gauducheau est réservé à une minorité aisée et compréhensive. Un savonnage minutieux ne peut pas toujours être fait, vu les conditions parfois extraordinaires dans lesquelles s’est pratiqué l’acte sexuel.
En général, l’insouciance se manifeste toutes les fois que l'affection n’est pas très douloureuse, ce qui est le plus souvent la règle pour le chancre syphilitique non compliqué. Il arrive parfois que le malade vienne consulter à une période très tardive de son affection, après avoir essayé toute une série de recettes d’herbes guérissantes dont les seules vertus thérapeutiques connues par nous, sont d’être des diurétiques.
Le traitement antisyphilitique ou antigonococcique n’est pas suivi de façon régulière et assidue. Dès que les malades sont améliorés, ils se croient guéris et ne voient plus la nécessité d’un traitement prolongé. On ne les revoit plus après 2 ou 3 séries d’injections.
2° La grande facilité des mœurs antillaises. — Le célibat et la polygamie libre.
Dans les classes pauvres, les relations sexuelles, très précoces, sont assez faciles. La grossesse apparaît comme un incident sans complications familiales.
L’appellation de fille-mère n’a aucun sens social. I] arrive souvent que les femmes aient des enfants de pères différents, sans avoir été mariées. Le nombre des naissances en concubinage est dans certaines communes supérieur à celui des naissances légitimes.
3° La surveillance insuffisante de la prostitution clandestine, dont toute réglementation est difficilement applicable et partiellement appliquée. C’est la cause principale des maladies vénériennes à la Guadeloupe, car les femmes qui s’y adonnent sont le plus souvent porteuses de virus.
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b) CAUSES FAVORISANTES SECONDAIRES :
1° L'insuffisance d'éducation sexuelle et les légendes du pays. — Bien que la population soit actuellement assez évoluée, la notion de maladie sexuelle n’est pas très précise dans tous les milieux. Beaucoup de jeunes Antillais croient encore fermement que « l'écoulement blennorragique est survenu après avoir bu froid », des limonades ou des boissons sucrées, étant en transpiration, et pour le chancre de la syphilis, ils rattachent très difficilement leur malheur actuel à un acte sexuel déjà ancien, à cause de la longue incubation de la période préchancreuse.
2° Le tempérament aventureux du colonial et l'amour du risque. — Le créole aime bien jouer avec le feu. Les choses qui se font sans risque n’ont pas beaucoup de prix à ses yeux. Sa vie constitue souvent un vrai roman-feuilleton qu’il ne cesse de compliquer et dont il aime raconter les péripéties.
3° La méchanceté par ignorance de certains contaminés qui trouvent naturel et légitime de transmettre leurs maladies vénériennes à d’autres filles, se croyant protégés par la barrière de leur infection, qu’ils ne risquent plus, soi-disant, d'attraper. C’est pourquoi les infections mixtes sont si fréquentes à la Guadeloupe.
4 L’'insuffisance et l'arrêt du développement des sports, à Pointe-à-Pitre, qui a contribué à l’oisiveté et à l’abandon aux plaisirs de l'alcoolisme favorisant ainsi indirectement un développement peut-être excessif de débits de boisson, bistrots et casinos:
5° Le va-et-vient continuel des marins du commerce dans le port déterminant un brassage énergique de germes de toutes races et de toute virulence, ce qui contribue avec le climat et l’hygiène déficiente, à la fréquence de l'infection aigué.
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c) CAUSES INDIRECTES
Certaines causes agissent en retardant la guérison des maladies vénériennes et en déterminant souvent leur passage à la chronicité, vrai surtout en matière de blennorragie.
Ce sont :
1° Le climat tropical, très favorable à la pullulation des germes constituant une véritable étuve naturelle.
2° La consommation quotidienne et traditionnelle du rhum et du café, à laquelle il est parfois assez difficile de se soustraire sans provoquer des suspicions gênantes, aussi bien dans le milieu familial que dans celui des relations.
3° L'alimentation coloniale habituellement très épicée. Enfin, à toutes ces causes, il faut encore ajouter un climat psychologique favorable sur lequel agit efficacement l'influence excitante du rhum. Il est indiscutable que nombre de jeunes compatriotes auraient moins à se plaindre des maladies vénériennes si, dans tous les cas, ils pouvaient juger en toute lucidité des conséquences fâcheuses de leur instant d’oubli. Il est souvent très difficile, dans ces conditions, d’éviter les occasions et de résister à l’entraînement des plus excités.
Nous avons réservé pour la fin une cause signalée par le médecin commandant Jolly et qui est, à son avis, un facteur adjuvant très important dans la propagation des maladies vénériennes à la Guadeloupe, qui réside chez l’homme dans les phimosis plus ou moins serrés.