‹ La Lutte Antivenérienne à la GuadeloupeChapitre 36 sur 39 · C. — Les conseils de prophylaxie individuelle · texte numérisé non relu

C. — Les conseils de prophylaxie individuelle

Il est d'observation courante que, malgré tous les efforts des moralistes et des religieux, malgré les sermons et les lois, des hommes et des femmes, poussés par un instinct sexuel puissant, se laissent aller à des rapprochements sexuels inconsidérés et parfois dangereux.

I faut donc leur apprendre comment on peut éviter les maladies vénériennes, en se désinfectant tout de suite après l’acte sexuel, et c’est à dessein que nous exposons ici ces conseils.

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Si l’on n’a pas utilisé de préservatifs, un lavage minutieux à l’eau et au savon, après avoir uriné, est une mesure de propreté indispensable.

Mais l’observation médicale de tous les jours montre que celte mesure est insuffisante. La plupart des vénériens disent en effet avoir été contaminés malgré le lavage, malgré même l’emploi du permanganate de potasse.

Aussi, pour détruire les microbes déposés à la surface des organes génitaux, il faut ajouter à ce savonnage les précautions suivantes

1° Faire tomber au compte-gouttes, dans l’orifice du canal entr’ouvert quelques gouttes de la solution suivante CIDO UE ORNE RUE NE er aa 1 gr.

COURENT Rene sense dar à à 4e 10 gr.

2° Pour se préserver de la syphilis, faire une onction soigneuse de la région exposée à la contamination avec la pommade prophylactique du D' Gauducheau, qui se trouve dans le commerce, contenue dans des petits tubes de gélatine (gélo-tubes Gauducheau) et dont nous reproduisons ici la formule :

cyanure de mercure.......... cent vingt-cinq milligrammes CREDIT OI ER Te rene cie one 1 gr. 250 CO TIOD ER CN mme due RE der 25 gr. f IALOLILERE Re ne naes di 50 gr.

vaseline et. huile de vaseline .... 23 gr.

Ce désinfectant doit être appliqué le plus tôt possible après les rapports sexuels, à la surface des muqueuses du prépuce et du gland et à l’entrée du canal de l’urèthre, pour préserver contre la syphilis et la blennorragie (Gauducheau).

Il ne faut pas pousser la pommade trop profondément dans l’urèthre, car on provoquerait une irrita-

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tion des muqueuses. L'application d’une mince couche suffit. On peut l’enlever du reste après une demiheure par un savonnage à l’eau tiède. Ces moyens excellents, ne doivent pas être offerts comme une garantie absolue, car ils ne sont pas infaillibles. De plus, ils favoriseraient l’excitation à la débauche et des accidents seraient inévitables.

La pommade au calomel ne peut pas être employée par les femmes, chez qui elle provoquerait des accidents mercuriels, à cause de la très grande surface d'absorption de leurs muqueuses génitales et parce que la désinfection des femmes par ce moyen serait illusoire. |

Cependant, l’application du désinfectant sur les organes génitaux n'empêche pas les contaminations extra-génitales. Mais celles-ci ne représentent guère que 3 % pour la syphilis, et 0 % pour la blennorragie. C’est donc une méthode bivalente à peu près générale chez l’homme. À la Guadeloupe, la connaissance de la prophylaxie individuelle est absolument indispensable, à tous ceux qui prennent les libertés sexuelles, à tous les célibataires et libertins « qui profitent des occasions » et qui forment la grande majorité de la population. On pourrait vulgariser cette méthode de lutte en établissant des affiches prophylactiques dans les rues et les hôtels où s’exercent la prostitution, où on les placerait sous verre pour éviter leur destruction. On favoriserait également la vente du nécessaire prophylactique qui devrait se faire aux plus bas prix et même sa distribution gratuite par les dispensaires, dans certains cas.

Core De Propagande antivénérienne par l’éducation du public.

C’est avec le traitement des vénériens la partie la plus importante du programme de la lutte antivénérienne. Quiconque a habité la Guadeloupe peut concevoir l’importance que prend cette partie dans l’ensemble du programme. La plus grande partie de la population, nous l’avons vu, ignore totalement les complications des maladies vénériennes. Il faut donc tâcher par tous les moyens d’inculquer, même aux intelligences les plus frustes, quelques notions, simples, précises, que tout le monde doit connaître, en particulier pour ce qui est de la syphilis, à savoir

1° Il n’y a pas de maladie honteuse, la honte étant pour ceux qui la propagent et non pour celui qui l’attrape en accomplissant un acte physiologique naturel comme le cas :

— de l’épouse contaminée par le mari,

— de l’enfant par sa mère,

— de la nourrice par le nourrisson,

— des médecins ou autres par des accidents professionnels.

2° Ce sont des maladies à complications multiples et terribles, mais guérissables si elles sont traitées dès le début avec patience et persévérance.

3° Il existe des contaminations extra-génitales, des avortements et des morti-natalités très fréquents à la Guadeloupe, et donner des preuves statistiques à l'appui.

4 L’abstinence avant le mariage est sans inconvénient et c’est une mesure prudente, mais si l’on ne

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peut s’y résoudre il faut prendre des précautions avant les relations et se faire soigner immédiatement après si la maladie se déclare.

5° La population ne doit pas retenir les conseils de traitement reçus à la dérobée car les complications qui peuvent résulter de l’application de cette thérapeutique empirique incontrôlable, peuvent être très graves.

Cet enseignement doit se faire d’abord à l’école, où l’on atteint l’élément malléable et le mieux groupé pour l’éducation collective : la jeunesse, aux élèves, futurs éducateurs et dirigeants, à partir de l’âge où ils peuvent s'intéresser à ces choses.

A l'Eglise, dans les sermons et aux cours de cathéchisme, moyen facile et efficace à la Guadeloupe chez une population en majeure partie croyante et superstitieuse.

A l'Institut de Prophylaxie, dans les dispensaires, à la policlinique, où l’on pourra distribuer des ordonnances prophylactiques, des prescriptions d’hygiène vénérienne et sexuelle, des papillons faisant ressortir la gravité des complications des maladies vénériennes mal soignées.

Enfin et surtout, il sera fait par les propagandistes organisés en une ligue antivénérienne, subventionnée par les pouvoirs publics, qui se chargerait de faire l'éducation de la masse par tous les gnoyens possibles, de propagande éducative et de vulgarisation de la prophylaxie individuelle.

— Articles et commentaires dans la grande présse locale;

— Distribution de tracts ingénieux et frappants;

DES pre

— Pose d'affiches explicatives avec gravures symboliques;

— Conférences publiques, avec projections à l’appui, faites si c’est nécessaire dans l’idiome national:

— Cinéma public et présentation de films vulgarisateurs, moyens excellents parce que à la portée de tous et frappant le plus la masse illettrée qui forme la majorité de la population.

— Tournées régulières en auto dans les communes et les bourgs avec conférences et films à l’appui.

Mais, pour que ces mesures atteignent leur plein rendement, nous voyons la nécessité d’une participation solidaire du corps médical tout entier (médecins civils et militaires), des laboratoires et des pouvoirs publics.

Dans ces conditions, l’œuvre de redressement sanitaire du pays contre le péril vénérien, déjà en bonne voie d’amélioration, s’accentuera davantage et la Guadeloupe ainsi armée pourra poursuivre avec fruit l’éducation de sa population de condition sociale plus évoluée et plus compréhensive. Nous avons foi en l’avenir. Comment pourrait-il en être autrement après l’œuvre admirable de redressement tout entier du pays qui s’est effectuée en un temps record, à la suite du cataclysme de 1928, qui avait paru anéantir complètement toutes les forces vives de la Guadeloupe.

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