LA TUBERCULOSE DANS LA MARINE DE L'ÉTAT
La statistique révèle des dangers non moins graves (1).
Dès 1885, J. Rochard avait signalé la fréquence de la tuberculose dans la marine et il disait : « La tuberculose marche vite sur les navires. »
Transporté en quelques jours, grâce à la navigation à vapeur, des régions les plus chaudes dans la zone tempérée, le marin est sans cesse exposé à des variations atmosphériques considérables. Le navire est le type de l'habitation insalubre; il n'y a pas de milieu collectif où la promiscuité soit plus
(1) Vincent, La Tuberculose dans la marine de VElat (Commission de la tuberculose, Rapport n° 8).
étroite, où les hommes vivent côte à côte, jour et nuit, pendant de longs mois. Il n'y a pas de milieu où la contagion exerce plus activement son œuvre.
Ce danger considérable a provoqué les instructions ministérielles les plus précises.
Pour les inscrits maritimes, Tinaptitude au service est prononcée, non seulement, pour les sujets atteints de tuberculose confirmée, mais aussi pour ceux qui sont 671 imminence de tuberculisation pulmonaire.
Pendant l'armement d'un navire et avant de quitter le port, le médecin-major d'un bâtiment visite individuellement les hommes et élimine les sujets qui lui semblent peu robustes.
Toutes ces précautions devraient avoir pour résultat l'absence presque complète de tuberculeux à bord des bâtiments de guerre. Mais cette situation n'existe, à vrai dire, qu'au moment du départ; au bout de peu de temps, sous l'influence du séjour dans les pays chauds, du paludisme, et des autres affections qui y sévissent, la tuberculose, latente chez des sujets robustes en apparence, se décèle et provoque la mort rapide ou
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des séjours prolongés dans les hôpitaux et des rapatriements onéreux.
Pour connaitrelsi mortalité par tuberculose des marins, M. Vincent a consulté les registres de rhôpital maritime de>Brest pendant une période de 10 ans (J 888-1897). On sait que la zone bretonne fournit les sept dixièmes des hommes de nos équipages. M. Vincent a trouvé les chiffres suivants :
Décès par causes diverses (flotte) . 1.119 Sur lesquels décès par tuberculose. 501 Moyenne : 46,8 p. 100.
La tuberculose entre donc pour près de moitié dans la totalité des décès.
Pour combattre ce fléau, M. Vincent a proposé à la Commission de la tuberculose un certain nombre de mesures qui, convenablement appliquées, en atténueront certainement les redoutables effets.
A bord des navires : Interdiction de cracher sur les ponts ; installation à bord de crachoirs métalliques remplis d'une solution antiseptique ;
désinfection des crachoirs. — Suppression du balayage à sec et de l'époussetage. — Isolement des tuberculeux, qui doivent être débarqués aussitôt que possible et désinfection de tout leur matériel de couchage.
' Dajis les hôpitaux maritimes : Mêmes prescriptions concernant le balayage et les crachoirs. — Imperméabilisation des parquets. — Isolement absolu des tuberculeux dans des salles spéciales ou des quartiers d'hôpital convenablement disposés, orientés et aérés, où les malades pourront se trouver dans les conditions d'asepsie, de discipline, d'hygiène et de régime, conformes aux règles adoptées dans les sanatoriums. — Création de sanatoriums dans le Finistère, le Morbihan, les Côtes-du-Nord, départements fournissant le plus grand nombre des marins de la flotte, qui, ren-» vjyés dans leurs foyers, se trouvent dans les plus mauvaises conditions hygiéniques pour la guérison et dans les meilleures pour la transmission à leur famille ou leur village. Dans ces sanatoriums devront être admis, en outre des marins tuberculeux, ceux qui ont été éliminés du service de la flotte pour tuberculose.