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LA POLITIQUE DE M. DE PERSIGNY

La situaiioB du g«»uywBeinent^ dans les premiers jours du mois de mai 1863^ était nouvelle : nul n'a jamais cru sérieusement qu'elle fût périlleuse.

Deux routfô se présentaient, il fallait choisir. Mais ce n'était point affaire d'audace ni de génie : il n'arrivait rien qu'un gouvernement sage n'eût pu prévoir et ne dût être depuis longtemps préparé à subir.

Le Corps législatif venait de te dissoudre. En 1857^ il ressemblait plus à un grand conseil général qu'à autre chose ; il s'en allait, en 186â, bon gté, mal gré> assemblée parlementaire.

Les événements extérieurs, le lent progrès de Topinion, et par-dessus tout, il faut le reconnaître, rinitiative gouvernementale, s'étaient cbargés de la métamorphose. On avait vu, pour la première fois, la majorité de la Chambre troublée, divisée, chancelante. La vie avait reparu sous ces voûtes endormies. Dans un petit groupe d'hommes — désormais entrés dans Thistoire — la Liberté s'était reconnue. Le gouvernement lui-même, à l'universelle surprise, quittait les chemins couverts de la dictature, livrait à la controverse publique sa politique, sa diplomatie, ses finances ; l'Empire constitutionnel s'entrevoyait à l'horizon : on semblait affamé de lumière et de contrôle.

Il était naturel de prendre pour terrain électoral ces précédents et ces espérances. C'était logique, habile et simple. La minorité en donnait l'exemple. Après avoir reconstitué^ à force de sagesse, de caractère et d'éloquence, l'opposition légale dans la Chambre, les cinq n'avaient à cœur que d'y rallier les libéraux de toutes provenances. La majorité elle-même, prête à paraître devant les électeurs, changeait instinctivement quelque chose à sa vieille attitude. Le mot de liberté > proscrit depuis dix ans , se glisse dans

l'Adresse de 1863. Il allait se retrourer^ — - non sans quelque gaucherie, — dans la plupart des harangues des candidats recommandés. Ces productions électorales ne parlaient» en 1857^ que d'affermir l'empire ; il n'est question aujourd'hui que de lui donner le fameux couronnement K Quant au gouvernement^ puisqu'il veut un contrôle^ quoi de plus naturel que d'accepter des contrôleurs ?

L'événement montra bientôt que la question électorale pouvait être autrement comprise. La direction de la campagne pacifique qui allait

4 . ce Aujourd'hui, dil M. de Rambourgt (député sortant « et recommandé), dans sa proclamaiion aux électeurs de « TÂube, chacun fait profession d*être libéral, il n*y a nul « mérite à cela. » En effets ôtez de la masse des circulaires ofGcietles :

Les circulaires cavalières,

Les circulaires furibondes (M.de Cassagnac, M.Mathieu] ,

Les circulaires qui ne parlent pas politique,

Les circulaires qui ne parlent de rien, ce qui reste, et c^est le très-grand nombre, fait sonner les mots « d'iudépendance , de contrôle, d*écononiie, de politique libérale et progressive , de couronnement de rédifice. » La présence d*un candidat de Topposition arrache aux plus timides ces déclarations hardies, dont Texpansion croit ou décroît à peu près comme les chances de Tadversaire.

commencer fut exclusivement livrée à la poli* tique de M. le comte de Persigny^ ministre de rintérieur.

Intelligence ouverte, esprit vif mais confus, volonté absolue, humeur militante ; successivement soldat, journaliste, conspirateur; dévouement à toute épreuve, fidélité intolérante : H. de Persigny appartenait, par certains côtés, à des temps différents des nôtres. Bonapartiste de la veille, portant fièrement parmi la foule mêlée des serviteurs du lendemain son attachement chevaleresque et sa politique de sentiment ; paladin dynastique, égaré dans un siècle de fidélités courtes et de trahisons récompensées, la nature semblait ravoir fait plutôt pour servir un Stuart guerroyant et déchu qu^un Hanovre triomphant. C'était un homme de foi, ce qui est trop peu pour un homme d'État.

Son administration fut la conséquence logique de son tempérament : il y a dans sa politique un homme, un caractère, non un système. Les paroles étaient libérales, et malgré lui, les actes ne Tétaient guère. 11 était revenu d'Angleterre, les mains pleines de promesses, le cceiir doucement échaufiTé de bonnes pensées pour la presse, cette affligée de dix ans : la libre parole aurait désor-

mate son ehaïap et 8a limite^ on laisserait sommailler l'avertissement. Voilà la théorie ; en fait^ jamais les journaux n^ont tremblé sous une main plus inquiète et plus séyère. Admirateur sin* cère d^ institutions anglaises^ on sait l'étrange leçon d'histoire qu'il imagina pour nous en refuser indéfiniment les garanties rudimentaires. Napoléonien conciliant en 4860^ il entend que l'empire ouTre les bras aux hommes notables des aHdem partis ^ ; en 1863^ il va les repousser arec colère du terrain légal où^ de toutes parts^ ces hommes s'empressent d'accourir.

Entre le suffrage universel et son élu couronné, H. de Persigny n'admet pas d'intermédiaires. À ses yeux^ pour les assemblées comme pour les peuples^ la vertu politique essentielle^ c'est la discipline ; le premier titre, le dévouement *.

Par BMlheur, trente ans de vie politique ont laissé sur le sol de la France des ^générations raisonneuses, esprits critiques, volontés libres, minorité bruyante, remuante, considérée : alluvion des temps de liberté qui s'appelle « les partis d en langue vulgaire. Trop exclusif pour les accepter.

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