‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 41 sur 91 · Yoir am Dodtm*, pour lé pro«ès du gard^ de Savigiiy · texte numérisé non relu

Yoir am Dodtm*, pour lé pro«ès du gard^ de Savigiiy

conclusion]

11 faut maintenant laisser la parole aux documents eux-mêmes, seulement effleurés dans les pages qui précèdent. Ce livre n'est ni une dissertation^ ni une polémique^ ni un réquisitoire : c'est une enquête. Le fait n'y marche qu'escorté de ses preuves. Quelque enseignement aussi doit en sortir. Il ne faut pas craindre d'étudier sur le vif la vie politique contemporaine. Les gouvernements et les peuples ne sont dignes, qu'à la condition de résister à cette épreuve. Tout savoir est le devoir des uns^ tout voir est le droit des autres*

Nous tenons à le dire : ce n'est pas le prin-

cipe du suffrage universel qui perdra quelque chose aux indiscrélions de cette histoire. Le suffrage universel n'est pas seulement une institution sacrée et souveraine : c'est tout une politique^ et presque un symbole. Il n'est pas seulement le fait, le Droite le Juste^ il est aussi l'Inévitable. 11 est tout le présent^ et il est tout Tavenir. Le suffrage universel est Thonneur des multitudes, le gage des déshérités, la réconcilation des classes, la vie légale pour tous. C'est en lui seul qu'il faut désormais vivre, espérer et croire.

Même ennemi^ il faut l'aimer. On a dit des gouvernements qu'ils n'étaient pas des tentes pour le repos^ il faut penser de la liberté qu'elle n'est pas seulement un portique pour la victoire. C'est à nous de justifier la liberté, en la faisant assez large pour embrasser^ sans hypocrisie comme sans violence, tous les intérêts, tous les droits, toutes les classes ; — assez simple, pour être désormais, nonseulement le dieu du petit nombre, mais le bien des masses, des ignorants, des pauvres ; — assez calme pour n'effrayer personne, assez radieuse pour éclairer tout le monde.

Ce qui sort désormais jugé de la lutte électorale, ce qui demeure vaincu par sa propre victoire , ce n'est ni le suffrage universel, ni le gouvernement :

c^est la pratique des candidatures admiDistratives. Ce qui a donné là, une fois encore, son dernier mol et sa mesure, c'est la centralisation exorbitante qui nous afflige. C'est par elle seule que le régime des candidatures officielles est possible. La plaie est là. Quand un gouvernement réformateur osera-t-il, voudra-t-il y porter le fer *?

Quoi qu'il en soit, il est permis de dire que ce système électoral s'est, pour la dernière fois, montré devant la France. Il est désormais relégué au nombre des expédients dont l'histoire est pleine. Dans six ans, le gouvernement ne le reprendra pas.

Donnera-t-il du moins, pendant les vingt jours, cette liberté de réunion, sans laquelle le libre choix des électeurs, la délibération sérieuse et vivante est au moins difficile? Nous ne savons. Hais il se posera du moins un certain nombre de questions graves, qui importent au droit du pays et à la dignité du pouvoir.

4 . « . . . . Je fais également étudier une loi destinée à « augmenter les attributions des conseils généraux et cornet munaux, et à remédier k F excès de la centralisation. »

[Discours de l'Empereur à fouverîure dn Chambres, le 5 novembre)

Le suffrage universeli tel qu'il est pratiqué, estil entouré de toutes les garanties de lumières et d'indépendance que l'espril de nos lois lui assure?

Le secret du vote est-il sufGsamment protégé? Les campagnes coniinueront-elles à voter sous Fœil des maires? Peut-on laisser plus longtemps la présidence des opérations électorales à cette classe de fonctionnaires?

Les circonscriptions électorales, même rétablies dans Tordre qu'indique la nature^ ne seront-elles pas toujours trop étendues? Ne faut-il pas^ pour les rendre accessibles^ en augmenter sensiblement le nombre? Les sections de vote ne sont-elles pas trop disséminées? Entre la commune ^ bien souvent trop petite, etle canton, par fois trop grand, ne peut-on pas trouver un sage intermédiaire ?

Les majorités ne font pas tout par le temps qui court. Plus on avance, plus il devient clair qu'à côté des suffrages qui se comptent il y a les suf^ frages qui se pèsent, que les minorités sont Félément obscur, l'inconnue qu'il faut dégager, Taiguiile prophétique sur laquelle le pouvoir doit avoir Tœil fixé dans un pays libre.

Aujourd'hui, comme en 1857, le gouvernement a réuni plus de cinq millions de suffrages. Mais Top position , qui ne comptai t^ il y a cinq ans, que

660,000 voix, peut en montrer aujourd'hui tout près de deux millions. Ajoutez les majorités triomphantes dont Paris se fait honneur; faites le compte des voix des villes, qui, mises à part des voix des campagnes, ont constitué presque partout Tadministration en état de défaite flagrante. Les questions politiques peuvent se poser sur deux terrains : le terrain légal, le terrain révolu-* tionnaire. Les questions révolutionnaires ne se résolvent que par la force , les questions légales s'éclairent par la discussion , s'atténuent par les concessions, se décident par la prudence. Malgré les provocations et les imprudences, la question électorale ne s'est pas posée sur le terrain révolutionnaire; l'opposition a partout accepté la constitution et la dynastie; les minorités n'ont pas voté contre l'Empire. Jamais aspiration plus libérale ne fut plus marquée, plus légale, plus franche; Jamais avertissement plus modéré, plus respectueux, plus paisible ne fut donné au pouvoir. Et si le gouvernement reste sourd aux lointaines rumeurs de la liberté qui s'avance, qu'il regarde autour de lui tomber l'un après l'autre les soutiens des temps de dictature, et que le vide inattendu qu'un seul homme a pu laisser dans son système lui montre qu'au temps où nous sommes

il n'y a que les institutions libres qui soient sures de ne pas mourir.

Quant aupajs attentif, réveillé , revenu de ses vaines terreurs, épris de nouveau de contrôle et de garanties, paisible comme on l'est dans la loi, patient comme tout ce qui dure, uni dans un vœu légal, dans une aspiration commune , où les vieilles rancunes disparaissent, où les partis s'apaisent et se fondent,— il attendra longtemps peut-être, mais à coup sûr, ce que nulle force au monde ne peut refuser à une nation qui le demande : la Liberté !

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