‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 43 sur 91 · DU MINISTRE DS L INTSRIBUR · texte numérisé non relu

DU MINISTRE DS L INTSRIBUR

Circulaire de M. le ministre de Tlntérieur

aux préfets.

Paris, le 3 mai 1863.

Monsieur le préfet^

Les élections qui se préparent vont être pour la France une nouvelle occasion d'affirmer devant l'Europe les institutions qu'elle s'est données.

Dans cette circonstance, j'ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui doivent vous servir de guide. Vous n'oublierez pas que TEmpire est l'expression des besoins^ des sentiments^ des intérêts des masses^etque, avant de rallier à lui toutes les forces vives de la na-

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tion> c'est dans la chaumière du peuple qu^ a iii

enfanté.

Fort de son origine providentielle, TEIu du peuple a réalisé toutes les espérances de la France; car cette France, qu'il avait trouvée dans l'anarchie, la misère et Tahaissement où le régime des rhéteurs l'avait jetée, il lui a suffi de c|uelques années pour Télever au plus haut degré de richesse et de grandeur.

On sait comment dans ce pays, bouleversé par tant de révolutions, l'ordre politique, social et religieux a été restauré^ et la sécurité des pcr.«onnes et des choses établie comme elle ne l'avait jamais été; comment, en dix ans, la fortune immobilière a été doublée, la fortune mobilière augmentée de 7 à 8 milliards, le revenu public accru de 300 millions ; comment le territoire a été sillonné de voies ferrées, de routes, de chemins vicinaux, et enrichi d'innombrables travaux publics ; comment enfin les glorietix triomphes de nos armes et la haute influence rendue à notre politique au dehors sont venus couronner un développement de prospérité jusqu'ici sans exemple dans le monde.

L'histoire dira par quels prodiges de sagesse^ de courage et d'habileté l'Elu du peuple a accompli toutes ces choses ; mais elle révélera aussi le secret de son étonnante fortune, je veux dire la confiance absolue, la fidélité touchante avec laquelle, dans la paix ou dans la guerre, dans les mauvaises comme dans les bonnes circonstances, le peuple fiançais n'a cessé de le soutenir, de l'entourer, de le défendre.

C'est à celte confiance que TEmpereur fait encore appel. 11 demande au pays une législature qui, devant terminer son mandat au moment où le Prince fmpérial^ le fils de la France, parviendra à la veille de sa majorité, soit aussi dévouée que les deux précédentes et n ait d'autre préoccupation que Pavenir de l'Empire.

Monsieur le préfet, s'il n'y avait en France^ comme en AiigIcteriCj que des partis divisés sur la conduite

des affaires^ mais tous également attachés à nos institutions fondamentales, le gouvernement pourrait le borner, dans les élections, à assister à la lutte des opinions diverses; mais dans un pays comme le nôtre, qui, après tant de convulsions, n'est sérieusement constitué que depuis dix ans, ce jeu régulier des partis^ qui chez nos voisins féconde si heureusement les libertés publiques, ne pourrait dès aujourd'hui se reproduire qu'en prolongeant la révolution et en compromettant la liberté ; car chez nous il ;f a des partis qui ne sont encore que des factions. Formés des débris des gouvernements déchus, et bien qu'affaiblis chaque jour par le temps, qui seul peut les faire disparaître, ils ne cherchent à pénétrer au cœur de nos institutions que pour en vicier le principe, et n'invoquent la liberté que pour la tourner contre rEtat.

En présence d'une coalition d'hostilités, de rancunes et de dépits opposés aux grandes choses de TEmpire, votre devoir, monsieur le préfet, est tout naturellement tracé. Pénétré de l'esprit libéral et démocratique de nos institutions que l'Empereur s'applique chaque jour à développer^ ne vous adressez qu'à la raison et au cœur des populations. Laissez librement se produire toutes les candidatures, publier et distribuer les professions de foi et les bulletins de vote, suivant les formes prescrites par nos lois. Veillez au maintien de Tordre et à la régularité des opérations électorales. C'est pour tous lui droit et pour vous un devoir de combattre énergiquement toutes les manœuvres déloyales, rintrigue, la surprise et la fraude, d'assurer enfin la liberté et la sincérité du scrutin, la probité de l'élection.

Le suffrage est libre. Mais, afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoques, désignez hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus de confiance au

Gouvernement. Que les populations sachent quels sont les amis ou les adversaires plus ou moins déguisés de TEmpire^ et qu'elles se prononcent en toute liberté, mais en parfaite connaissance de cause.

Nous ne sommes plus au temps où les élections étaient entre les mains d*nn petit nombre de privilégiés, qui disposaient des destinées du pays. Grâce h PEmpcreur, qui a su résister aux tentatives anciennes .»u nouvelles de tous les partis pour restreindre le suffrage universel^ et qui a voulu maintenir le droit de tout Français à être électeur^ aujourd'hui la France, en possession du plus vaste suffrage qui existe en Iilurope, compte iO millions d'électeurs^ votant au scrulm secret, n'ayant chacun à rendre compte de son vote qu'à Dieu et à sa conscience : c'ebt la nation tout entière qui, maîtresse d*elle-mcme, ne peut être dominée, ni violentée, ni corrompue par personne.

Monsieur le préfet, en recommandant au choix des électeurs l'immense majorité des membres sortants du Corps législatif, le Gouvernement rend un hommage mérité à des hommes honorables, d'un dévouement éprouvé, et qui, avant de recevoir le patronage de l'administration, étaient désignés par les sympathies de leurs concitoyens. S'il a cru devoir refuser ce témoignage à quelques-uns, ce n'est pas pour de simples dissidences d'opinions, car il s'est fait une loi de respecter profondément l'indépendance des députés ; mais il ne peut appuyer auprès des électeurs que des hommes ciévoués, sans réserve et sans arrière-pensée, à la dynastie impériale et à nos institutions. Il est donc contraire à la vérité d'attribuer l*attitude du Gouvernement, vis-à-vis de plusieurs candidats, au souvenir de cettaines discussions. Quc'ques députés seulement, dans le nombre de ceux qui ont voté contre l'avis du Gouvernement, lors d'une circonstance importante, n'ont plus le patronage officiel ; mais leur vote n'est

entré pour rien dans la résolution qui les concerne^ et j'affirme, quant à moi^ que jamais je n'ai eu la pensée de rechercher des votes inspirés par des scnipules de conscience.

J'af^Ue votre attention sur une autre manœuvre

2u'il suffit de signaler an bon sens public. I^s partisans e certaines candidatures ne craignent pas de prétendre qu'à défaut du concours de 1 administration^ elles peuvent se prévaloir des plus hautes et des plus augustes sympathies^ comme si l'administration pouvait être dans les élections autre chose que l'instrument de la pensée même de l'Empereur.

Je terminerai^ monsieur le préfet^ en vous rappelant ces paroles solennelles que l'Empereur prononçait à l'ouverture de la session : a Dites à vos concitoyens a que je serai prêt sans cesse à accepter tout ce qui est a rintérêt du plus grand nombre ; mais, s'ils ont à « cœur de faciliter l'œuvre commencée, d'éviter les « conflits qui n'engendrent que le malaise, de fortifier a la Constitution qui est leur ouvrage , qu'ils envoient « à la nouvelle Chambre des hommes qui, comme a vous, acceptent sans arrière-pensée te régime actuel, a qui préfèrent aux luttes stériles les délibérations sé- (K rieuses; des hommes qui, animés de l'esprit de l'é- (c poque et d'un véritable patriotisme, éclairent dans a leur indépendance la marche du gouvernement, et « n'hésitent jamais k placer au-dessus d'un intérêt de « parti la staibilité de l'Etat et la grandeur de la paa trie. »

Vous connaissez maintenant, monsieur le préfet, la pensée tout entière du gouvernement de l'Empereur. Suivez exactement les instructions qui précèdent, et attendez avec confiance le résultat du vote. Los populations du 10 et du ^0 décembre ne laisseront pas affaiblir dans leurs mains l'œuvre dont elles sont lières. Electrisées par leur patriotisme, elles se porteront en masse au scrutin et voudront donner une nouvelle

el éclatante adhésion à TEmpire glorieux qu'elles ont fondé.

Recevez^ monsieur le préfet^ l'assurance de ma considération très-distinguée^

Le mmiêêrê de VbUértmiit,

F. DB PlRSISKT.

Lettre de M. le ministre de Flnt^rieur à M. le préfet de Seine-et-Oîse.

Paris, 44 mai 4863.

Monsieur le préfet,

I^ gouTernement de TEmpereur a fait choix pour candidat officiel^ dans la quatrième circonscription de Si inc-et-Oise^ de M. le général Hellinet^ Tun des officiers généraux les plus braves et les plus distingués de notre armée. Après avoir héroîauement servi la France s(|r les champs de bataille de Sebastopol^ de Magenta et de Solferiuo, il est prêt à consacrer son intelligence et son dévouement aux grands intérêts qui se débattent dans les Chambres, et sera heureux de représenter votre magnifique département.

Devant un nom si éminent, je devais croire que toute autre candidature s'efiEsicerait. J'apprends cependant, avec regret^ que, donnant pour raison que le Gouvernement aurait paru agréer sa candidature, M. Ernest Baroche refuse de se désister. — M. Ernest Baroche se trompe. Le Gouvernement, plein de sympathie pour le caractère élevé et les services éminents de son père^ s'était montré disposé à adopter, sur sa demande, la neutralité dans cette circonscription, mais à une condi-

tîon expresse. Après les drconslances ])^nibles qui avaient amené la r^signalion de si's fonctions au minislère du commerce, M. Ernest Raroche ne devait se présenter devant les électeurs qu'en expliquant publiquement sa conduite.

Malheureusement, Taltitude dans laquelle il persiste oblige le Gouvernement à ne plus consulter que son devoir.

Je vous invite donc, monsieur le préfet, à recommander uniquement la candidature de M. le général Mellinet, un de ces hommes sans peur et sans reproche dont un pays doit être fier, et qu^une grande assemblée serait heureuse de compter parmi ses membres.

Recevez, monsieur le préfet, Tassurance de ma considération très-distinguée,

Le ministre de VlrUérieWy F. DE Persigny.

Lettre de M. le ministre de Tlntérieur à M. le préfet d'Indre-et-Loire,

4c Paris, le 29 avril 4863.

Monsieur le préfet,

A l'approche des élections, je viens de prendre les derniers ordres de l'empereur. Sa Majesté a décidé que M. de Quinemont serait le candidat officiel dans la deuxième circonscription.

M. de Fîavigny est le candidat de l'opposition.

Il a pris lui-même cette altitude dans la circulaire

qu'il a récemment publiée^ et tous les journaux hostiles à Tempereur et à son gouvernement lui ont donné leur appui.

En conséquence, vous aurez, monsieur le préfet , à combattre la candidature de M. de FJavigny, et vous appuierez hautement la candidature de M. de Quinemont.

Recevez, monsieur le préfet, l^assurance de ma considération très-distinguée,

/> ministre de r Intérieur,

F. DE Persignt^

Cette circulaire ne fut rendue publique que la veille de l'élection.

Une circonstance accidentelle permit seule à M. de Flavigny de répondre à la hâte quelques lignes.

Une saisie fut opérée chez l'imprimeur, par ordre de la préfecture; elle n'atteignit que deux exemplaires seulement, les autres ayant été livrés.

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