‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 5 sur 91 · Ducum., pièce · texte numérisé non relu

Ducum., pièce

bureau et le inaire^ encourageait ou laissait faire. Je puiserai plus d^une fois dans ce petit drame de Tillage; ce que j'en veux à présent retenir, c'est rentière candeur des personnages. Devant la Cour d'assises (car notre loi qualifie de crimes ce genre d'inadvertances), Tinlerrogatoire du garde champêtre est un aveu plein de bonhomie :

Monsieur le maire m'a dit : « Lépine est entré dans la galle ; il a demandé un bulletin de M. de Bondy, et aussitôt M. de Chergé s'est levé; il a emmené Lépine dans le couloir, puis il est rentré ; Lépine est rentré après et il a volé.,. » Voilà ce que monsieur le maire m'a dit.

M. LE PRÉSIDENT. — Et s'îl nc VOUS a dit que cela, vous saviez bien qu'il n'y avait rien à faire pour vous et qu'il n'y avait pas de quoi arrêter M. de Chergé?

Silence de l'accusé.

Voyons, qu'avez-vous dit à M. de Chergé?

l'accusé. — Je lui ai dit : Monsieur, je suis fâché d'être forcé de vous inviter à me suivre à Belâbre.

M. LE PRÉSIDENT. — Est-ce que vous ne saviez pas qne M. de Chei^é faisait partie du bureau ?

^.'Accusé. — Je ne pourrais pas bien répondre là dessus.

M. LE PRÉSIDENT. — Il était assis au bureau?

l'accusé. — Oui.

11. le PRÉSIDENT. — Commcut vous, garde champêtre, avez- vous pu croire avoir le droit d'entrer dans la salle du vote et d'arrêter un des assesseurs.

l'accusb. — // faut croire que je me suis trompé^ mais je voi4s djs que j'ai cru faire mon devoir. »

Quant à l'adjoint, président du bureau^ il a conseillé au garde champêtre de dresser procès-verbal. Procès-verbal de quoi ? — « Un électeur avait dit qu'il se passait des atrocités,..

51. LE PRÉSIDENT. — Mai S, CCS atrocltés, les avez-vous vues?

LE TÉMOIN. — J'ai vu quc M. de Chargé est sorti avec Lépine.

H. LE PRÉSIDENT. — Eh bien ! est-ce que H. de Giergë n'a pas le droit de sortir? Est-ce qu'un électeur n'a pas le droit de parler à un autre?

M. BOTTARD, défonscur de l'accusé. — Monsieur l'adjoint croit-il qu'on ait eu le droit de voter pour M. de Bondy et de distribuer des bulletins à son nom?

M. LE PRÉSIDENT. — Ah! permettez.... c'est là une question.... dirai-je, politique?... Mais enfm elle est inutile dans la cause.

M. BiOTTARD. — Hélas I mousieuT le président, je ne fais pas de politique, mais c'est l'ignorance politique que je tiens à faire constater... »

Ignorance, en effet, et, par-dessus tout, timidité. Ces campagnards, si héroïques dans les batailles^ tremblent chez eux comme le lièvre au gîte. Il n'y a pour le travailleur des champs ni petits profits, ni petites pertes, ni petites peurs.

Apre au gain, isolé, défiant, il passe sa vie sur la défensive. Le danger pour lui est partout, dans le ciel qui se charge , dans le voisin qui empiète, dans le passant qui Tinterroge. Mais ce qu'il redoute le plus, après la grêle, ce sont les procèsverbaux.

La notion de la légalité n'étant chez lui qu'à l'olat sauvage , il ne fait guère de différence entre l'autorité et l'arbitraire. Il sait à peu près ce qu'est un tribunal, parce qu'il y plaide, mais il croi^ aux épices, comme il y a cent ans. Vis-à-vis du pouvoir local, son état d'esprit habituel est un fatalisme naïf, très-difQcile à convertir. Parlez-lui de recours et de garanties, il vous écoute, mais sans vous croire. La loi pour lui est chose de chair el d'os : on lui parle, on la salue, on lui plaît ou on lui déplaît. La loi, c'est le garde champêtre qui veille sur la berge des chemins, et sur la vache des pauvres gens. C'est le forestier qui a l'œil sur l'usager; c'est le percepteur avec qui l'on est en retard; le commissaire qui siège au canton; c'est le gendarme enfin, qui ne fait que passer, mais qui vient, comme le dénoûment, séparer lïvraie du bon grain, en menant l'ivraie en prison. Je ne dis rien des maires, nous les retrouverons.

Un dernier trait de cette race excellente, c'est sa parfaite crédulité. On sait quel crédit trouTent dans le peuple des villes les niaiseries, si elles sont imprimées.

Ce qui , là> est vrai des choses qui se lisent^ est vrai^ dans les campagnes, des choses qui se disent. Bien les connaissent, ceux qui les font voter ! Aux arguments se juge l'auditoire, comme la soupape au poids qu'elle peut porter. On sourit de voir tant de gens paisibles, conservateurs en* durcis, impérialistes avérés, représentés comme portant en croupe la Révolution. Tel député, choisi, il y a dix ans, pour son humeur inoffensive et sa parfaite insignifiance, veut aujourd'hui saper l'État. Ici, c'est a le sel à cinq sous la livre, et le fromage à 30 francs le cent^ » sans compter les vignes arrachées, les ouvriers privés

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