ACTE TROISIÈME . 9l DU TRÉTEAU
Je suis maitre au Lycée Marmontel, un Lycée de jeunes filles.
BOUVARD, Hein !
DU TRÉTEAU
Or, voici le scandale qui s’est passé aujourd'hui même à Marmontel. Une jeune fille avait été mise au Lycée parce qu'elle avait refusé un bonhomme qu'on voulait lui faire épouser.
CARLIN
Non.
DU TRÉTEAU
Comment ! « Non», je vous dis que si.
GARLIN
Non, je dis « non » pour oui. C’est à cause de la physio” nomie.
DU TRÉTEAU
Eh! bien, il y a d’autres mots. Si vous dites non, pour oui, il n'y a plus moyen de s'entendre. Dites un mot qui ne dit rien : « chapeau » par exemple!
BOUVARD
Chapeau ! c’est ça ; mais continuez donc |!
DU TRÉTEAU, à Bouvard.
Trop aimable. (Gontinuant.) Alors, voulez-vous savoir ce qu'a fait la jeune fille aujourd'hui même ?.… GARLIN:
. Chapeau! chapeau !
DU TRÉTEAU
Hein ! quoi, chapeau !.. oh! oui... Eh bien, elle a fait une conspiration, soulevé le lycée, et s’est fait bel et bien enlever par son amoureux.
BOUVARD
Alors ?
DU TRÉTEAU
Vous voyez d'ici le scandale...
Chapeau! chapeau !
DU TRÉTEAU
Enfin, je ne sais pas ce qui va en résulter, mais je conseille au bonhomme, un nommé Bouvard, je crois bien, de ne pas se faire pincer.
Ah ! mon Dieu, je suis dans de}beaux draps! (4 Carlin.)
Tenez, voilà votre portrait.
CARLIN, Voyons. (11 prend la silhouette.) Qu'est-ce que c’est que ça ? Ça n'est pas moi. Ça ressemble à M. Thiers.
BOUVARD
C'est vrai... mais avouez que c’est bien lui. DU TRÉTEAU.
Je ne vous dis pas le contraire, mais enfin, vous garantissez la ressemblance.
BOUVARD
Parfaitement, mais je ne dis pas avec qui...
CARLIN
Enfin, qu'est-ce que vous voulez, pour le prix, c’est en-
core heureux que ça ressemble à quelqu'un !
Ils gagnent le café avec du Tréteau.
BOUVARD, tombant sur sa chaise, Eh bien ! j'ai fait un joli coup !
DU TRÉTEAU
Tiens, bonjour! Anita. bonjour, madame Églantine. (A Garlin.) Y-a-t-il une place pour mon ami et moi à votre table ?