‹ La lyre canadienne [microforme]Chapitre 51 sur 163 · LE GOURMAND · texte numérisé non relu

LE GOURMAND

Am : De la pipe detabac,

u’on chante le Dieu de la guerre, Le vin, les belles et Vénus :

Je n'aime que la bonne chère;

Cy

Ainsi je vais chanter Comus.

Oh! que je chérirais la vie,

Si, plus on dévorait de plats, Amis, au gré de notre envie, Moins s’emplissaient nos estomacs !

C’est pour manger que je me lève.

C’est en mangeant que je m’endors, Et même assez souvent je rêve

Que l’on mange aussi chez les morts.

Un ennemi que je redoute,

Dès que j’y pense, je frémis.

Vous m’avez deviné sans doute:

C’est la diète, mes amis.

Quand je vois tourner une broche, J’éprouve un plaisir ravissant ; Mais mon estomac me reproche De rester à jeûn un instant.

Moi, qui n’aime point qu’on me fronde, Soudain je me mets à manger;

Je cesse quand ma panse est ronde, Et que je ne puis plus bouger.

Une maxime salutaire Qu'on doit suivre dans un repas, Mes chers amis, c’est de se taire ;

ol né

En parlant on ne mange pas...

Je vous l’avoue, une cuisine

Des biens est pour moi le plus grand :

Que ne puis-je chez Proserpine Emporter la mienne en mourant !

On me verra toute la vie | A bien manger borner mes soins:

| | On en glosera, je parie ; |

Mais je n’en mangerai pas moins A ce plaisir quand je me livre, | | Nul souci ne vient me ronger: | À | | Il en est qui mangent pour vivre; Moi, je ne vis que pour manger.

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