LA MACHINE ANIMALE G
grand droit de l'ahdomen sont des muscles à long parcours, autrement dit à longue étendue de mouvement; ils ont, à cet effet, une portion charnue d'une très-grande longueur. Le grand pectoral, le grand fessier, le temporal, sont des muscles gros et courts, c'est-à-dire capables d'un effort considérable mais d'un faible raccourcissement.
Borelli connaissait déjà ces lois anatomiques de la puissance musculaire ; sans faire intervenir la notion de travail qui n'était pas introduite de son temps en mécanique, il distinguait très-bien ces deux caractères opposés de l'action d'un muscle selon que son volume ou sa longueur l'emporte. Et comme il faut toujours une théorie pour satisfaire l'esprit, l'auteur cherchait à interpréter ces effets différents par une théorie de la structure des muscles .
Qu'on se figure, disait-il, une chaînette de métal formée d'anneaux circulaires élastiques et que sur cette chaînette on exerce une traction. Chaque anneau se déformera pour prendre une forme ovalaire et la chaînette entière s'allongera en raison du nombre de ses anneaux, c'est-à-dire en raison de sa longueur. En revenant sur elle-même, sous l'influence de l'élasticité, cette chaînette se raccourcira également d'une quantité proportionnelle à sa longueur. La chaînette de Borelli, c'est la fibre primitive que le microscope révèle dans tous les muscles de la vie animale.
Mais, dit Borelli, si l'on forme un faisceau avec un grand nombre de ces chaînettes, chacune d'elles résistera à la traction en raison de l'élasticité de ses anneaux; la résistance totale sera proportionnelle au nombre des chaînettes, c'està-dire à la grosseur du faisceau qui en sera formé et la force avec laquelle le faisceau distendu reviendra sur lui-même sera dans le même rapport.
On ne raisonne pas autrement aujourd'hui que l'histologie nous a montré, dans un muscle, un faisceau de fibres dont les actions s'ajoutent comme celle des chaînettes dont parle le professeur de Naples. Passant à d'autres considérations, cet auteur étudie l'influence de la direction des fibres sur la force qu'elles développent. Il fait remarquer que les muscles dont les fibres convergent obliquement sur un même tendon
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comme les barbes d'une plume sur la nervm'e centrale, ne fournissent ni un parcours ni un effort proportionnels à leurs longueurs et à leurs sections. Il n'y a rien non plus à changer dans cette appréciation de la composition des forces de l'organe musculaire.
De la force spécifique des muscles. — Dans les machines que l'homme construit, il ne suffit pas de mesurer les dimensions longitudinales et transversales du cylindre pour savoir quelle quantité de travail développera chaque coup de piston; il faut encore savoir sous quelle pression agit la vapeur. Gela s'estime par le nombre d'atmosphères qu'elle pourrait soulever en s'échappant. D'autres fois on évalue la force de la vapeur d'après le nombre de kilogrammes de pression qu'elle exerce sur chaque centimètre carré de la surface du cylindre. Dans tous les cas, c'est une sorte d'appréciation de la force spécifique d'un certain volume de vapeur qu'il s'agit de déterminer. De même, dans les moteurs hydrauliques, c'est la charge de l'eau ou sa pression qu'il faut connaître pour apprécier le travail que peut fournir la machine .
Les physiologistes ont cherché, eux aussi, à déterminer la force spécifique du tissu musculaire chez différents animaux et à ramener à l'unité de section transversale du muscle l'effort qu'il peut fournir. C'est ainsi que l'on a estimé que le muscle de grenouille développerait un efïort de 692 grammes (E. Weber) par centimètre carré de section; que le muscle humain en développerait 1087 (Koster). Chez l'oiseau la force serait d'environ 1200 (Marey) ; chez l'insecte elle serait beaucoup plus grande encore (Plateau).
Suivant Strauss Durkheim, un muscle de cerf-volant du poids de 20 centigr. porterait, si l'on calcule le moment de la puissance et celui de la résistance, un poids de 7 kilogr.
D'après ces estimations, on pourrait donc comparer les moteurs animés à des machines travaillant sous des pressions variables. La grenouille, dirait-on, travaille avec une pression de moins d'une atmosphère, l'homme avec une pression supérieure à celle d'uneatmosphère. Il y aurait une pression plusfortechez l'oiseau etplusforte encore chez l'insecte.