‹ La machine animale, locomotion terrestre et aérienne (volume 2)Chapitre 44 sur 124 · CD *U ^ S · texte numérisé non relu

CD *U ^ S

Analyse du tracé. — Au commencement de la figure, l'animal est suspendu au-dessus du sol ; puis, arrive la bat-

tue PG qui annonce que le pied postérieur gauche touche terre. C'est le pied diagonalement opposé à celui duquel le cheval galope en avant, et dont la battue AD s'effectuera la dernière.

Entre ces deux battues, et sensiblement au milieu de l'intervalle qui les sépare, s'exécute la battue simultanée des deux pieds du bipède diagonal gauche. La superposition des notations AG, PD, montre bien ce synchronisme.

Dans cette série de mouvements, l'oreille a donc entendu trois bruits, à peu près à intervalles égaux. Le premier bruit est produit par un pied d'arrière ; le second par un bipède diagonal; le troisième par un pied d'avant.

Entre la battue simple d'avant, qui constitue le troisième bruit, et la première battue du pas de galop qui va suivre, règne un silence dont la durée est sensiblement égale à celle des trois battues prises ensemble; puis la série des mouvements recommence indéfiniment.

A l'inspection des courbes, on voit que la pression des pieds sur le sol doit être bien plus énergique dans le galop que dans les autres allures déjà représentées, car la hauteur des courbes est notablement plus grande que pour le trot, et surtout pour le pas. En effet, l'animal doit nonseulement supporter le poids de son corps, mais lui imprimer de violentes impulsions. C'est à la première battue que semble appartenir l'énergie la plus grande. A ce moment, le corps, un instant détaché du sol, retombe et c'est un seul pied qui soutient ce choc.

Fig. 56. — Galop à trois temps. A, indication des trois temps; B, indication du nombre des pieds qui forment l'appui du corps à chaque instant du galop à trois temps.

Si l'on veut se rendre compte des appuis successifs qui soutiennent le corps pendant chacun des pas de galop, il

suffit de partager la durée de ce pas en instants successifs dans lesquels le corps est tantôt supporté par un ou plusieurs pieds, et tantôt suspendu. La notation figure 56 permet de suivre, en A, la succession des battues et montre, en B, la succession des membres qui viennent à l'appui.

Si l'on cherche quelles sont les réactions qui se produisent au garrot, on les voit représentées figure 55 (ligne supérieure R). On constate un soulèvement onduleux qui dure pendant tout le temps où l'animal touche le sol; dans ce soulèvement, s'entrevoient les effets des trois battues qui y impriment une triple ondulation. Le minimum d'élévation de la courbe correspond, comme dans le trot, au moment où les pieds ne touchent pas le sol. Ce n'est donc pas non plus une projection du corps en l'air qui constitue le temps de suspension dans le galop. Enfin, en comparant les réactions du galop à celles du trot, figure 45, on voit que, dans le galop, les soulèvements et abaissements se font d'une façon moins brusque. Ces réactions sont donc moins dures au cavalier, quoiqu'elles puissent, d'une manière absolue, présenter une amplitude plus grande.

Piste du galop à trois temps. — D'après de Gurnieu cette piste est la suivante.

Kig. 57. — Pisle du galop à trois temps raccourci. Les pieds postérieurs dont les empreintes ont la forme d'un U prennent terre en avant des empreintes des pieds d'avant. On a représenté ces dernières avec la forme d'un G.

La piste du galop varie suivant la vitesse de cette allure. Dans le galop raccourci des manèges, les pieds d'arrière laissent leur empreinte en arrière des pieds antérieurs; dans le galop rapide, au contraire, ils viennent en avant des empreintes des pieds antérieurs. Tel cheval, dans l'allure de manège, galope presque sur place, qui, lancé au galop de course, couvre un espace énorme. D'après de Curnieu, le fa-

meux Eclipse couvrait 22 pieds anglais. Voici la piste que laissait sur le sol ce galop si rapide.

Kig. ôS. — Piste de galup a hclipse a'après Je Guriiieu. Les empreintes des pieds d'arrière se portent très-loin en avant de celles des pieds antérieurs.

Représentation du cheval au galop. — Pour cette représentation, nous donnerons trois attitudes très-difîérentes les unes des autres et correspondant à peu près aux trois temps de cette allure.

Fig. 59, — Cheval au le temps du galop à droite. Appui exclusif du pied gauche postérieur. Le point blanc, dans la notation, correspond à l'instant pendant lequel le cheval a été représenté.

Au 1" temps, fig. 59, appui exclusif du pied postérieur sur lequel le cheval vient de retomber.

Au 2me temps , fig. 60, le bipède diagonal gauche vient d'effectuer sa battue , le pied antérieur droit va se poser sur le sol, le postérieur gauche vient de se lever.

Le 3« temps du galop a été, comme les autres, dessiné,

Fig. CO. — Cheval au ie temps du galop à droite.

d'après la notation, par M. Duhousset, le moment choisi est celui où le pied droit seul repose sur le sol et va s'enlever à

l-'ig. Cl. — Cheval au ,'i': temps dii galop à droite

x- é^^ fti«^fAM4^^ ALLURE DU GALOP 177

son tour. La figure qui le représente est assez étrange ; rœU.

est peu habitué à voir ce temps du galop qui est sans doute ^ rrès-bref. En présence de cette figure disgracieuse, on est *

tenté de dire avec de Curnieu : « le domaine de la peinture '^^'' est ce qu'on voit et non ce qui a lieu réellement. » i&rit.>«-^^''f rK\

Le galop à quatre temps ne diffère de celui qui vient d'être décrit que sur ce point, que les battues du bipède diagonal,

Fig. 62. — Notation du galop à quatre temps. A, détermination de chacun des temps successifs. B, détermination du nombre des pieds qui supportent le corps à chaque instant.

qui constituent le second temps, se désunissent et donnent des bruits distincts; on en voit un exemple dans la figure 62. D'après cette notation, le corps, d'abord suspendu, est porté successivement sur un pied, sur trois, sur deux, sur trois et sur un, après quoi une nouvelle suspension recommence.

Du galop de course. Cette allure si rapide ne pouvait plus être étudiée à l'aide des appareils que nous avons employés jusqu'ici. Un enregistreur spécial et des appareils explorateurs nouveaux ont dû être construits.

Pour laisser entièrement libres les deux mains du cavalier, l'enregistreur a été renfermé dans une boîte plate qui, à l'aide de bretelles, s'attache sur le dos de l'écuyer comme le sac d'un soldat. Nous n'entreprendrons pas la description détaillée de cet instrument qui portait cinq leviers traçant, sur une glace enfumée, les courbes de l'action des quatre membres , et les réactions du garrot. La violence des battues sur le sol est telle qu'elle eût brisé du premier coup les explorateurs précédemment employés. Nous leur en avons substitué d'autres formés d'un tube de cuivre dans lequel se meut un piston de plomb suspendu entre deux ressorts boudins. Les secousses imprimées à ce

Marey. "1^

piston produisent, à chaque battue, un effet de pompe à air qui agit sur les enregisteurs.

Une boule de caoutchouc que l'on peut, au besoin, serrer entre les dents, met l'enregistreur en marche et permet de recueillir le tracé au moment convenable.

Grâce à l'obligeance de M. H. Delamarre quia mis à notre disposition ses écuries de Chantilly nous avons pu recueillir des tracés de l'allure de course. Voici la notation de ces tracés.

Fig. 63. — Notation du galop de course; réactions de cette allure.

On voit que cette allure est en réalité un galop à quatre temps . Les battues postérieures toutefois se suivent à si courts intervalles que Toreille n'en entend qu'une seule ; mais les battues d'avant sont notablement plus dissociées et peuvent être entendues séparément. Un autre caractère du galop de course, c'est que le plus long silence a heu pendant la durée des appuis postérieurs. Le temps de suspension semble être extrêmement bref.

Pour tirer tout le parti possible de ces expériences, il faudrait les répéter sur un grand nombre de chevaux et chercher s'il n'existe pas quelque relation entre le rhythm.e des battues et les autres caractères de la course. Nous laissons cette tâche aux hommes qui s'occupent particulièrement de l'étude du cheval.

Ajoutons, pour terminer, que les réactions, dans le galop de course, reproduisent assez exactement le rhythme des battues. Ainsi, on observe, au moment de l'appui presque synchrone de deux membres postérieurs, une réaction vibrante et prolongée après laquelle se produisent successivement deux réactions moins brusques dont chacune correspond à la battue d'un des membres antérieurs.

Page 1