‹ La machine animale locomotion terrestre et aérienneChapitre 22 sur 101 · FONCTIONS · texte numérisé non relu

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qui a été essayé bien des fois : Borelli a tenté de représenter les différents modes de la locomotion terrestre par les différents actes qu'exécute un batelier pour diriger sa barque.

Cette comparaison peut, en effet, si on lui ajoute quelques développements, éclairer le mécanisme des principaux types de la locomotion.

Supposons un homme placé dans un bateau au milieu d'un lac tranquille. Dans ces conditions, son esquif restera dans une parfaite immobilité. S'il veut progresser, il faudra qu'il trouve ce qu'on appelle un point d'appui. Qu'on suppose le batelier muni d'une perche, il la plongera au fond de l'eau jusqu'à ce qu'il rencontre le sol; faisant alors un effort, comme pour repousser cet appui qui résiste, il obtiendra le déplacement du bateau en sens inverse. Cette progression avec point d'appui sur le sol rappelle les conditions ordinaires de la locomotion terrestre.

Si le batelier est muni d'une gaffe terminée par un crochet, il pourra prendre son appui dans des conditions différentes. Accrochant les branches des arbres, ou les aspérités du rivage, il tirera sa perche, comme pour amener à lui les corps auxquels elle est accrochée, et si ces corps résistent à son effort, c'est le bateau qui se déplacera seul et qui s'avancera de leur côté.

Voilà donc deux modes opposés de progression avec appui sur les solides; dans l'un, on tend à les repousser, dans l'autre, à les attirer ; en somme, l'effet est le même dans les deux cas.

Mais si le lac est trop profond, si les bords sont trop éloignés pour fournir au batelier le point d'appui sohde dont il se servait tout à l'heure, l'eau elle-même pourra servir de point d'appui. Le batelier, armé d'une rame aplatie, s'efforcera de chasser l'eau vers l'arrière de sa barque, l'eau cédera à cette impulsion, mais la barque animée d'un mouvement inverse se portera dans la direction de son avant. La godille, l'aube, l'hélice, en un mot, tous les propulseurs nautiques présentent ce caractère commun : de repousser l'eau en arrière et de produire sur le bateau un effort de sens contraire qui le fait avancer.

Au lieu d'une rame agissant sur l'eau, on peut supposer le batelier muni d'une plus large palette avec laquelle il repoussera l'air vers l'arrière de son bateau; il obtiendra également une progression sur la surface du lac. Il progressera de même, en tournant une large hélice semblable aux ailes d'un moulin à vent, ou en agitant à l'arrière du bateau quelque grand éventail qui chassera l'air dans le sens opposé à celui dans lequel il veut déplacer sa barque.

Dans tous ces modes de locomotion, une force est dépensée qui pousse en sens inverse deux corps plus ou moins résistants : l'un est l'appui, l'autre le corps à déplacer.

Les anciens appelaient réaction la force qui agit sur le bateau, ils la concevaient comme un effort émané du sol, de l'eau ou de l'appui quelconque sur lequel s'était appliqué l'effort du rameur. On conçoit nettement aujourd'hui que toute la force motrice est empruntée au batelier lui-même. Cette force peut avoir pour tendance : soit la répulsion des deux points auxquels elle est appliquée, soit leur rapprochement. Dans les deux cas, l'un des points peut être fixe, c'est alors l'autre qui se déplacera ; d'autre fois, les deux points sont mobiles, et alors, suivant leur inégale mobilité, l'un d'eux se déplacera plus que l'autre.

Ce principe général peut s'appliquer à tous les cas de la locomotion; il nous suffira pour saisir, dans ce qu'ils ont d'essentiel, les différents types que nous allons passer en revue .

La classification la plus naturelle semble être celle qu'on a basée sur la nature du point d'appui; d'après elle, on distinguerait trois principales formes de la locomotion, suivant qu'elle est terrestre, aquatique, ou aérienne. Mais, dans chacune de ces formes, quelle variété de mécanismes n'auronsnous pas à rencontrer? S'il est vrai que la marche et le ramper soient les deux types principaux de la locomotion terrestre, que la natation corresponde au mode le plus habituel de locomotion aquatique et le vol à la locomotion aérienne, il n'est pas moins vrai que dans certains milieux on voit se produire plusieurs modes de locomotion. Ainsi la marche et la reptation s'exercent à la fois sur la terre et dans l'eau ; le vol s'effectue habituellement dans l'air et pourtant certains ci-

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seaux se livrent dans l'eau à un véritable vol. Enfin, s'il fallait assigner à chacun des animaux un type de locomotion particulier, l'embarras ne serait pas moindre pour leur classement. Quelques-uns, en effet, se meuvent avec une égale facilité sur terre, dans l'eau et dans les airs. Nous renoncerons donc à la recherche d'une classification tout à fait méthodique des différents modes de locomotion dont nous allons faire une revue rapide.

La locomotion terrestre fournit deux types principaux : dans l'un, l'effort consiste à repousser le sol en sens inverse du mouvement de translation ; c'est le mode de locomotion le plus usité, la marche, la course, le saut se rattachent à cette première forme. A cet effet, les membres qui servent à la locomotion, constitués par une série de leviers rigides, sont susceptibles de changer de longueur : de se raccourcir par la flexion angulaire des articulations, de s allonger par leur redressement. Si la jambe fléchie vient à rencontrer le sol par son extrémité, et si un effort musculaire tend à produire le redressement du membre, l'allongement ne peut se produire qu'en éloignant l'un de l'autre : le sol sur lequel s'appuie l'extrémité de la jambe et le corps de l'animal qui est uni à la base de ce membre; le sol résiste et le corps, cédant à l'impulsion, se déplace. Au lieu d'un changement de longueur, c'est parfois un simple changement de l'angle que le membre moteur forme avec le corps de l'animal qui constitue la cause du déplacement dans la locomotion terrestre.

Dans le second type, la reptation, c'est un effort de traction qui se produit : l'animal s'accroche, par une partie de son corps, à un point fixe extérieur, puis il traîne, à la rencontre de ce point d'appui, toute la masse de son individu. Prenons un limaçon et posons-le sur une glace bien transparente ; au bout de quelques instants, l'animal se met à ramper. Retournons alors la glace et nous verrons, à travers le cristal, les détails du nrouvement de reptation. Sur toute la longueur de l'animal apparaît une série de bandes transversales, alternativement pâles et foncées, opaques et transparentes. Ces bandes se transportent toutes, d'un mouvement conti-

nuel, de la queue à la tête de l'animal ; elles semblent être les spires d'une vis qui tournerait sans cesse dans un même sens. Si l'on suit une de ces bandes dans le voisinage de la queue, on la voit se porter du côté de la tête où elle arrive au bout de 15 à 20 secondes, mais suivie par une série continue de bandes qui semblent naître derrière elle à mesure qu'elle s'avance. Ces bandes rappellent, avec des dimensions considérablement amplifiées, l'onde musculaire et son cheminement dans une nbre contractée. Chaque fois qu'une onde arrive à la région céphalique de l'animal , elle y disparaît en produisant un allongement de la tête qui glisse un peu sur la surface du cristal, et s'avance légèrement pour ne plus rétro ■ grader. Il semble que celte région céphalique prenne le point fixe à la rencontre duquel tout le reste du corps est traîné. En effet , à la région postérieure se passe un phénomène inverse : chaque bande nouvelle qui semble y naître s'accompagne d'un retrait de cette région qui glisse comme si elle était tirée par une rétraction longitudinale du tissu contractile.

D'autres modes de reptation ne sont pas moins curieux : celle qui s'exerce à l'intérieur d'un solide, celle d'un ver, par exemple, quand il chemine dans la cavité tubulaire qu'il a creusée dans le sol. La partie postérieure de son corps, flasque et extensible, est assurément bien moins volumineuse que la cavité du trou dont on cherche à l'extraire, et pourtant, le ver résiste aux efforts de traction, on le rompt plutôt que de l'arracher. C'est qu'à l'intérieur du sol, la région antérieure du corps, raccourcie mais gonflée, se dilate au dedans du conduit, et y trouve un point d'appui solide. Qu'on lâche alors le ver et l'on verra, par un raccourcissement rapide, tout le reste du corps rentrer dans le sol, entraîné à la rencontre de la région antérieure qui possède un point d'appui.

A côté de la reptation viendrait naturellement se placer le grimper dans lequel les membres antérieurs vont s'accrocher à quelque aspérité élevée et soulèvent, en se fléchissant, le reste du corps de l'animal. L'arrière-train se fixe alors dans sa position nouvelle et les membres antérieurs, devenus libres, vont chercher, plus haut encore, un appui pour un nouvel effort. Que de types divers dans ces deux

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