PROGRÈS REALISES DANS LES METHODES D INVESTIGATION
I. — Chaleur animale. — Mesure des quantités de chaleur dégagées; influence de l'espèce et de la taille de l'animal ; influence de l'alimentation et de l'activité musculaire; influences pathologiques.
II. — Électricité animale. — Analogie de la décharge des poissons électriques avec une contraction musculaire; analogie des flu.\ électriques avec la secousse des muscles; inscription des phénomènes électriques de la torpille et du gymnote; application du téléphone à l'étude de la décharge.
III. — Force mécanique des muscles. — Détermination des mouvements du corps et des forces dépensées dans les différents actes de la locomotion. — Emploi de la photographie pour fixer les attitudes successives d'un cheval aux différentes allures; expériences de M. Muybridge, concordance de leurs résultats avec ceux de la chronographie. — Photographies successives sur une même plaque sensible; chrono-photorjraphie ; cinématique des mouvements dans la locomotion humaine; trajectoire d'un point du corps; trajectoires stéréoscopiques. — Application de la photographie à l'analyse du vol plané.
IV. — Inscription des efforts musculaires dans la locomotion. — Dynamographe. — Variations de la pression des pieds sur le sol pendant les déplacements du corps suivant la verticale. — Combinaison des tracés dynamographiques avec la chrono-photographie. — Du travail dépensé dans les différents actes de la locomotion. — Énergie reçue et restituée par les muscles pendant les oscillations alternatives du corps dans la marche. — Travail dépensé pour l'oscillation de la jambe.
V. — Effet utile dans la marche, influence du rythme, de la charge portée, de la forme des chaussures.
VI. — Du point d'appui de l'aile de l'oiseau sur l'air; influence favorable de la translation de l'oiseau sur la résistance de l'air.
Marey. 19
Depuis les premières éditions de cet ouvrage, de grands progrès ont été réalisés dans la connaissance des forces qui agissent dans l'organisme vivant, et dans l'analyse des actes si compliqués de la locomotion. Un nouveau volume suffisait à peine pour exposer ces nouvelles conquêtes de la physiologie : aussi, dans ce court chapitre, nous bornerons-nous à les signaler sommairement en indiquant au lecteur les divers recueils où elles ont été exposées.
La chaleur animale n'a été traitée dans le chapitre III que relativement à la température des différentes parties du corps et à l'intervention des nerfs vaso-moteurs sur la distribution de cette température. Nous avons insisté alors sur le rôle de la circulation pour régler la déperdition de chaleur et pour maintenir la température centrale du corps à peu près fixe, malgré les différentes influences qui tendent à la modifier. Mais nous n'avons point abordé la question, si importante cependant, de la production de chaleur et des influences qui la font varier : les calorimètres que l'on possédait alors ne permettaient pas de suivre pendant longtemps la production de chaleur chez un animal respirant et se nourrissant normalement dans une enceinte dont on pût régler à son gré la température. Ce problème a été résolu par M. d'Arsonval dont les excellents calorimètres ^ traduisent la quantité de chaleur dégagée, par l'écoulement d'une certaine quantité d'eau ; de telle sorte que le nombre de litres et de fractions de litre écoulés, en un temps donné, exprime le nombre de calories et de fractions de calorie dégagées dans ce même temps par l'animal.
Cet écoulement d'eau lui-même, exprimant, par son abondance plus ou moins grande, la quantité de chaleur dégagée
1. Voir pour la description de ces instruments : d'Arsonval, Trav. du laboratoire de M. Marey, t. IV, p. 386 à 406. Paris, G. Masson, 1879.
à chaque instant par l'animal, a permis d'inscrire les phases du dégagement de chaleur en inscrivant les phases du changement du niveau de cette eau dans le vase qui la recueillait.
On a vu alors que la température centrale du corps d'un animal n'exprime nullement, par son degré plus ou moins élevé, l'intensité de la production de chaleur, et que les oiseaux, par exemple, dont la température centrale est si élevée, produisent moins de chaleur que des mammifères de même poids dont la température intérieure est plus basse; c'est à leur plumage qui conserve la chaleur mieux que le poil des mammifères qu'est due cette élévation de la température centrale des oiseaux.
Les petits animaux produisent, relativement à leur poids, plus de chaleur que les gros ; et, comme ces petits animaux présentent relativement plus de suriace rayonnante, il importait de savoir si cette production de chaleur par l'organisme était provoquée par une déperdition plus grande. A cet effet, des animaux furent soumis à des températures basses ou élevées et l'on observa que le froid active la production de chaleur, tandis qu'une température extérieure élevée la ralentit.
L'accroissement de la production de chaleur sous l'influence de l'alimentation et de l'action musculaire, la diminution de cette production sous l'influence de l'abstinence, du sommeil et des agents anesthésiques se montrent nettement dans ces expériences calorimétriques. M. d'Arsonval aborda même l'étude des modifications pathologiques de la production de chaleur; il vit que la fièvre charbonneuse ne semble pas s'accompagner d'une calorification exagérée, tandis que la production de chaleur s'accroît sensiblement dans la fièvre traumatique amenée par des injections irritantes dans les tissus.
Utilisant et perfectionnant une idée de Hirn, M. d'Arsonval créa un autre genre de calorimètre, sorte de chambre à parois creuses dans laquelle un homme pourra se tenir à l'aise. Grâce à une disposition spéciale, une courbe con-
tinue traduira les quantités de chaleur dégagées à chaque
instant