DU GALOP
On désigne sous ce nom plusieurs allures différentes dont le caractère commun est de faire entendre des battues irrégulières à retours périodiques. La plupart des auteurs distinguent trois sortes de galops d'après le rhythme des battues^ et les nomment, suivant ce rhythme, galop à deux^ à trois ou h quatre temps, La forme la plus ordinaire est le galop à trois temps; nous Tétudierons en premier lieu.
Expériences sur le galop. — La fig. 55 a été obtenue sur un cheval qui galopait à trois temps. A première vue, la notation de cette allure rappelle celle que nous avons représentée à propos du galop humain (fig. 36 p. 141), cette allure que les enfants imitent en gambadant. Il semble qu'on ait obtenu la notation du cheval en superposant deux de ces notations du galop bipède. C'est qu'en effet la comparaison
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de Dugès est parfaitement juste, même quand elle s'appliqae
AU galop .
Analyse du tracé. — Au commencement de la figure, l'animal est suspendu au-dessus du sol; puis, arrive la bat-
tue PG qui annonce que le pied postérieur gauche touche terre. C'est le pied diagonaleraent opposé & celui duquel le cheval galope en avant, et dont la battue AD s'effectuera la dernière.
Entre ces deux battues, et sensiblement au milieu de l'intervalle qui les sépare, s'exécute la battue simultanée des deux pieds du bipède diagonal gauche. La superposition des notations AG, PD, montre bien ce synchronisme.
Dans cette série de mouvements, l'oreille a donc entendu trois bruits, à peu près h intervalles égaux. Le premier bruit est produit par un pied d'arrière; le second par un bipède diagonal; le troisième par un pied d'avant.
Entre la battue simple d'avant, qui constitue le faroisième bruit, et la première battue du pas de galop qui va suivre, règne un silence dont la durée est sensiblement égale à celle des trois battues prises ensemble; puis la série des mouvements recommence indéfiniment.
A l'inspection des courbes, ou voit que la pression des pieds sur le sol doit être bien plus énergique dans le galop que dans les autres allures déjà représentées, car Ja hauteur des courbes est notablement plus grande que pour le trot, et surtout pour le pas. En effet, l'animal doit nonseulement supporter le poids de son corps, mais lui imprimer de violentes impulsions. C'est à la première battue que semble appartenir l'énergie la plus grande. A ce moment, le corps, un instant détaché du sol, retombe et c'est un seul pied qui soutient ce choc.
Si l'on veut se rendre compte des appuis successifs qui soutiennent le corps pendant chacun des pas de galop, il
suffit de partager la durée de ce pas en instants successif dans"^ lesquels le corps est tantôt supporté par un ou plusieurs pieds, et tantôt suspendu. La notation figure 56 permet de suivre, en A, la succession des battues et montre, en B, la succession des membres qui viennent à l'appui.
Si Ton cherche quelles sont les réactions qui se produisent au garrot, on les voit représentées figure 55 (ligne supérieure R). On constate un soulèvement onduleux qui dure pendant tout le temps où l'animal touche le sol; dans ce soulèvement, s*entrevoient les effets des trois battues qui y impriment une triple ondulation. Le minimum d'élévation de la courbe correspond, comme dans le trot, au moment où les pieds ne touchent pas le sol. Ce n*est donc pas non plus une projection du corps en Tair qui constitue le temps de suspension dans le galop. Enfin, en comparant les réactions du galop à celles du trot, figure 45, on voit que, dans le galop, les soulèvements et abaissements se font d'une façon moins brusque. Ces réactions sont donc moins dures au cavalier, quoiqu'elles puissent, d'une manière absolue, présenter une amplitude plus grande.
Piste du galop à trois temps, — D'après de Gurnieu cette piste e^t la suivante.
Fig. 57. — Piste du galop à trois temps raccourci. Les pieds postérieurs dont lei empreintes ont la forme d'un U prennent ten-e en avant des empreintes des pieds d'avant. On a représenté ces dernières avec la forme d'un O.
La piste du galop varie suivant la vitesse de cette allure. Dans le galop raccourci des manèges, les pieds d'arrière laissent leur empreinte en arrière des pieds antérieurs; dans le galop rapide, au contraire, ils viennent en avant des empreintes des pieds antérieurs. Tel cheval, dans l'allure de manège , galope presque sur place, qui, lancé au galop de coui*se, couvre un espace énorme. D'après de Gurnieu, le fa-
meux Eclipse couvrait 22 pieds anglais. Voici la piste que laissait sur le sol ce galop si rapide.
Vg. BB. -
Représentation du cheval au galop. — Pour cette représentation, nous donnerons trois attitudes très-différentes les unes des autres et correspondant à peu près aux trois temps
de celle alhire.
Au i" temps, flg. 59, appui exclusif du pied postérieur sur lequel le cheval vient de retomber.
Au a™ temps, fig. 60, le bipède diagonal gauche vient d'effeoti\er sa battue^ le pied antérieur droit va se poser sur le sol,' lé postérieiir gauche vient de se lever.
La 3' temps du galop a été, comme les autres, dessiné.
t* tompi du galop L dnnta*
d'après la notation, par M. Duhousset, le moment clioîà est celui où le pied droit seul repose sur le sol et va s'enlever &
FIg. Sk — CtuTtl la t' Mmpf dn gtlop k irM».
son tour. La figure qui le représente est assez étrange ; l'œil est peu habitué à voir ce temps du galop qui est sans doute très-bref. En présence de cette âgure disgracieuse, on est tenté de dire avec de Curnieu : a le domidne de la peinture est ce qu'on voit et non ce qui a lieu réellement. »
Le galop & quatre temps ne diffère de celui qui vient d'être décrit que sur ce point, que les battues du bipède diagonal,
qui constituent le second temps, se désunissent et donnent des bruits distincts ; on en voit un exemple dans la figure 62. D'après cette notation, le corps, d'abord suspendu, est porté succes^vement sur un pied, sur trois, sur deux, sur troiset sur un, après quoi une nouvelle suspension recommence.
Du galop de course. Cette allure si rapide ne pouvait plus être étudiée k l'aide des appareils que nous avons employés jusqu'ici. Un enregistreur spécial et des appareils explorateurs nouveaux ont dû être construits.
Pour laisser entièrement libres les deux mams du cavalier, l'enregistreur a été renfermé dans une botte plate qui, à l'aide de bretelles, s'attache sur le dos de l'écuyer comme le sac d'un soldat. Nous n'entreprendrons pas la description détaillée de cet instrument qui portait cinq leviers traçant, sur une glace enfumée, les courbes de l'action dp^ quatre membres , et les réactions du garrot. La violence des battues sur le sol est telle qu'elle eût brisé du premier coup les explorateurs précédemment employés. Nous leur en avons substitué d'autres formés d'un tube de cuivre dans lequel se meut un piston de plomb suspendu «ntre deux ressorts boudins. Les secousses imprimées à ce
piston produisent, à chaque battue, un effet de pompe & air
qui agit sur tes enregisteurs.
Une boule de caoutchouc que l'on peut, au besoin, serrer entre les dents, met l'enregistreur en marche et permet de recueillir le tracé au moment convenable.
Grâce à l'obligeance de M. H. Delaroarre qui a inis & notre disposition ses écuries de Chantilly nous avons pu recueillir ies tracés de l'allure de course. Voici la notation de ces tracés.
Fig, sa. — NoUtion ia gilop de donne; riutioni de eella lUnn.
On voit que cette allure est en réalité un galop à quatre temp». Les battues postérieures toutefois se suivent & si courts intervalles que l'oreille n'en entend qu'une seule , mais les battues d'avant sont notablement plus dissociées et peuvent être entendues séparément. Un autre caractère du galop de course, c'est que le plus long silence a lieu pendant i& durée des appuis postérieurs. Le temps de suspen^on semble être extrêmement bref.
Pour tirer tout le parti possible de ces expériences, il faudrait lés répéter sur un grand nombre de chevaux et chercher s'il n'existe pas quelque relation entre le rhythme des battues et les autres caractères de la course. Nous laissons cette tâche aux hommes qui s'occupent particulièrement de l'étude du cheval.
Ajoutons, pour terminer, que les réactions, dans le galop de course, reproduisent assez exactement le rhytiime des battues. Ainsi, on observe, au moment de l'appui presque synchrone de deux membres postérieurs, une réaction vibrante et prolongée après laquelle se produisent successivement deux réactions moins brusques dont chacune correspond à la battue d'un des membres antérieurs.