La machine de Gramme, sa théorie et sa description: sa théorie et sa description
Il ne faut pas confondre les découvertes avec les inventions. Celles-ci sont seulement des applications des premières, mais il arrive souvent qu'elles leur cèdent peu en iniportance, au point de vue des résultats. Une découverte qui ne donnerait pas lieu à des inventions, reste, sinon inutile, du moins stérile, tandis qu'une invention doiiaÉf^ toujours un nouvel éclat à la découverte dont'^e découle.
Les piles sont venues à la suite de là pile à colonne de Volta; les premières machines magnéto-électriquQS, à là suite de l'expérience deLenz; la télégraphie est née des observations: d'ÛËrsted et d'Arago;
Breguet. — Machine de Gramme, 1
la bobine d'induction a été une conséquence des travaux de Faraday.
Les télégraphes appartiennent, à vrai dire, plutôt au domaine de la Mécanique qu'à celui de la Physique, aussi ne doit-on comparer la machine de Gramme qu'aux inventions purement électriques, comme la machine de Pixii et la bobine d'induction, laissant de côté la pile de Volta, qui constitue à la fois une découverte et une invention.
On peut affirmer alors que Gramme occupe le premier rang parmi les inventeurs qui ont illustré la science de l'électricité avant l'apparition du téléphone.
Sans chercher à rabaisser la machine de Pixii, il est pourtant permis de dire qu'elle découle si directement de l'expérience fondamentale de Lenz qu'elle n'en est qu'une forme particulière et qu'il était naturel qu'un esprit ingénieux eût l'idée de la réaliser. La machine de Glarke constitue à peine une invention, tant est petite la différence qui la sépare de la précédente.
Pour la bobine d'induction, il est impossible de nier qu'elle ne soit une invention vraiment originale; mais on doit ajouter qu'elle constitua une sorte d'invention collective. Sous sa première forme, que lui avaient donnée ses auteurs, MM. Masson et Breguet, elle ne fournissait que de bien courtes étincelles, et c'est grâce à M. Fizeau, qui lui adjoignit un condensateur, et à Foucault, qui y ajouta
son interrupteur, que la bobine d'induction put atteindre la forme définitive sous laquelle elle prit le nom de bobine Ruhmkorf, du nom de son constructeur.
La machine de Gramme se présente tout autrement. En étudiant sa théorie exacte et sa disposition si complexe, il faut admettre chez son inventeur une sorte de divination. Et l'admiration augmente lorsque l'on songe que cette machine est sortie absolument parfaite des mains de M. Gramme, et cela dès son origine. Je ne sache pas, en effet, un seul perfectionnement sérieux qui ait été apporté à cette machine depuis son début dans l'industrie, début qui a suivi de deux années à peine sa réalisation première.
La machine de Gramme a été la cause d'une véritable révolution industrielle, qui ne semble*pas même aujourd'hui près de se terminer. Cette machine a permis pour la première fois de fournir de la lumière électrique à des conditions de prix souvent inférieures à celles du gaz, et, en tout cas, avec une abondance et un éclat qu'on a été parfois jusqu'à lui reprocher.
La lampe Serrin, cette merveille de mécanisme, n'a pris son franc essor que du jour où elle a pu s'atteler à l'appareil Gramme.
La Galvanoplastie a renouvelé ses procédés, en mettant de côté ses bataillons de piles à acides, si encombrants et d'un entretien si onéreux.
i LA MACHINE DE GRAMME.
La Photographie commence à utiliser la nouvelle lumière. On parle même de transporter la force à distance, en mettant à profit la réversibilité des machines magnéto-électriques.
Mais notre but n'est pas de parler ici des applications de la machine de Gramme; nous voulons S3ulement la décrire et en présenter la théorie, ou l)lutôt, afin de suivre un ordre plus logique et passer du simple au composé, nous exposerons sa théorie d'abord et sa description ensuite.
Je commencerai par rappeler en premier lieu les principes fondamentaux de l'électro-dynamique, puis ceux de Télectro-magnétisme, et, par une série d'appareils rudimentaires, on se trouvera conduit tout naturellement à la machine de Gramme et à celles du même genre.
J'ai eu la bonne fortune de donner la première théorie exacte de cette machine, au mois de janvier 1878, dans les Annales de Chimie et de Physique ; le lecteur me permettra d'avoir souvent recours à ce travail, d'ailleurs fort élémentaire. La méthode dont je me suis servi pour faire l'étude comparée des courants et des aimants n'est pas celle de notre illustre compatriote Ampère, mais celle de Faraday, qui m'a semblé plus commode et d'un usage plus facile. Je compte justifier cette préférence, lorsque j'en aurai fait comprendre l'emploi.
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