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CANNE A SUCRE. — DOMAINES DE MARIENBURG ET DE ZOELEN

La plus importante des exploitations de canne à sucre est constituée par l'ensemble des deux domaines attenants de Marienburget de Zoeleu; le premier, de 1,200 hectares et le deuxième de 400 : soit 1,600 hectares dont 800 cultivés presque exclusivement en canne à sucre et 800 en friche. Cette plantation fait partie du domaine de la « Nederlandsche Handels Maatschappy », sorte de compagnie des Indes . hollandaises dont le siège est à Amsterdam. Cette

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société puissante^ sûre d'une clientèle solide et fermé a pu développer ses champs de canne, alors que le^autrcs périclitaient. A la tête de cette exploitation, se trouve à Marienburg, un agent de comptabilité, directeur responsable, chargé de la partie financière, M. de Ruyter; puis, un deuxième directeur, agent de culture (plantations, exploitation, etc), M. Navor. Tous deux résident à Marienburg. Non loin de Marienburg se trouve la plantation annexe de Zoelen avec un directeur de culture. Deux voies ferrées parallèles, à 1",28 d'écartement, vont jusqu'au bout de la propriété. Elles sont réunies, de distance en distance, par des voies transversales perpendiculaires. Ces deux voies principales aboutissent aux débarcadères de Marienburg et de Zoelen, sur la rivière Gommenyne. Elles ont chacune plus de 10 kilomètres. Enfin, un passage établi spécialement à travers la forêt permet, avec une dérivation de la voie ferrée greffée sur la seconde artère principale, de déboucher sur la rivière de Suriname. On circule sur ces voies à l'aide de wagons avec locomotives ou (pour les hommes) de wagonnets poussés par les coolies. Ces coolies courent alors pieds nus sur le rail surchauffé dont la température accuse au thermomètre Fahrenheit 180 degrés, soit 82«2 centigrades. A côté des champs de canne à sucre, on trouve aussi, soit en champs, soit en bordures, quelques cultures de café de Libéria, café arabique ou de moka, cacao et bananes. 11 y a une seule usine à sucre pour les deux plantations de Marienburg et Zoelen. Cet immense domaine absorbe la main-d'œuvre de 3,000 travailleurs et renferme à peine dix Européens; ces travailleurs sont surtout des coolies en contrat de travail ou libres.

Les plants utilisés sont des espèces cultivées à la Martinique, aux îles Fidji, à Demerara et à Bourbon : il y en a plusieurs variétés.

Plantation y préparation du soi. — Le terrain déboisé et défoncé est asséché par une série de fossés ou petits

canaux en quinconces qui aboutissent à de gros canaux parallèles aux voies ferrées. Les bouts de canne devant donner naissance aux boutures sont plantés régulièrement en ligne droite en les inclinant à 45 degrés (plantés comme on fait pour les bambous). On trouve plus avantageux de ne faire qu'une récolte tous les deux ans, car le sol a besoin de repos. Les terres en jachère sont alors inondées au moyen des canaux irrigateurs et assécheurs. Cette façon de noyer les cannes à sucre a le double avantage de détruire certaines maladies et de laisser reposer le sol, qui est alors convenablement humide et meuble l'année suivante. On obtient ainsi un rendement, de 15 tonnes de sucre à l'hectare, ce qui fait une production annuelle de 5 à 6,000 tonnes. On conçoit qu'il est difficile d'établir des voies ferrées sur un sol alluvionnaire si humide ; ri nfi*astructure en est constituée par des fascines, des fagots qui, mélangés à de la terre battue, supportent les traverses de gros bois. Les coolies abattent les cannes par équipes travaillant dans un même champ, sous la direction de surveillants à cheval. Les cannes coupées sont chargées sur les wagons et conduites à Tusine à sucre.

Village. — Le village formé par tout le personnel de 3,000 hommes comprend, pour la partie de Marienburg seulement, l'église catholique, l'église des frères Moraves, l'hôpital avec pharmacie et médecin, l'école ponr les coolies hindous et l'école hollandaise pour les noirs, dite Gouvernements School^ enfin, un économat ou boutique tenue par le patron lui-même dans un but désintéressé et philanthropique. Les deux instituteurs et le médecin sont payés par le gouvernement colonial; ainsi, le médecin reçoit 4,000 florins de la colonie. On trouve encore dans ce village des vaches venant de Demerara et des Barbades; elles fournissent un bon lait, mais en petite quantité (un litre par jour). Il y a aussi une famille de buffles achetés quant à leur souche à Cayenne et venant du Tonkin ; ils

se soat multipliés, mais ne constituent guère que des animaux de luxe; les essais faits pour les utiliser comme animaux de trait pour traîner les wagons de la voie ferrée n'ont donné aucun résultat.

Usine. — L'usine comprend : I* les appareils de^ broyage; 2* les appareils de distillation et, en outre, un atelier de réparations avec plusieurs locomobiJes-machines assez bien outillé.

Broyage» — Les cannes apportées en wagons à l'usine passent dans des cylindres broyeurs, qui donnent un premier jet de suc renfermant la mélasse destinée à former le sucre de consommation (après raffinage) Ensuite, un système de chaînes sans fin fait passer les cannes une seconde fois au broyage pour en extraire ce qui peut rester : c'est le second jet de suc renfermant la seconde mélasse (pour le rhum). Les bois sont séparés automatiquement et brûlés ensuite pour entretenir les machines à vapeur.

Traitement chimique et distillation, — Les mélasses sont ensuite refoulées par des pompes dans des cuves métalliques, rondes et chauffées, dans lesquelles on fait barboter de l'acide sulfureux produit par la combustion directe du soufre : on les traite ensuite par un lait de chaux, c*est-àdire de l'eau de chaux. Ces opérations ont pour but de les blanchir et de les épurer. Ce traitement chimique est à noter, car à la Martinique on arrive au même résultat par un traitement purement mécanique (un filtrage à travers du noir de fumée). La mélasse n** 1 est séchée pour former le sucre par les procédés connus. La mélasse n*" 2 est envoyée dans des cuves mélangées à l'eau pour fermentation; huit jours suffisent; ces cuves renferment alors 87 pour 100 d'alcool. Ces mélasses sont ensuite distillées par les procédés ordinaires. On a ainsi le rhum qu'on laisse d'abord dans de grands récipients de 17,200 et 12,500 litres. En résumé, dans cette exploitation, le rapport à l hectare est de 15,000 kilogrammes de sucre et de

Ij'iOO litres de rhum. Le capital enjjagé dans cette affaire serait de 36 millions de francs et le bénéfice net annuel peut atteindre 700,000 florins.

Les sucres se vendent de 12 à 13 florins (25 fr. 20 à 27 fr. 30) ; ils s'écoulent en Amérique au prix de 13 florins les 100 kilos. Nous rencontrons, en effet, ici une particularité intéressante de la Guyane hollandaise; presque tout son commerce se fait avec les États-Unis et en tout ras presque tous ses produits a^jricoles trouvent leur écoulement aux États-Unis.

Quoi qu'il en soit, la culture de la canne à sucre à Suriname semble appelée à décroître ou à rester rapana(>e exclusif d'une ou de deux g^randes sociétés merveilleusement organisées et outillées. Déjà, sur 1,500 hectares qu'elle comprend en tout dans la colonie, 800 appartiennent à une môme société : encore, celle-ci possède-t-elle un troisième domaine à Suriname. La crise .sucrière a trop éprouvé les autres plantations, et le cacao est venu heureusement remplacer la canne.

cacao f t café. plantation de j a g t l u s t

(propriété de m. barnet-l\on)

Cette plantation située au nord-est de Paramaribo, de l'autre côté de la rivière Suriname, est composée de cacaoyers, de caféiers de Libéria et de caféiers d'Arabie. Propriété du directeur de l'immigration elle peut être, à bon droit, considérée comme le modèle du genre. Son étendue cultivée est de 840 ares, soit 358 hectares, dont 600 ares en cacao, le reste en cafés. Il y a 5 à 600 hommes travaillant sur la propriété, dont 150 Javanais environ et le reste Hindous. On n'y trouve qu'un seul noir.

Les divers caféiers sont des arbustes qui appartiennent tous à la même famille que le gardénia ou la rose du Cap,

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mais les fleurs des caféiers, si elles ressemblent au g^ardenia, sont loin d'être aussi belles. 11 y a deux variétés principales : le caféier de Moka ou d'Arabie, qui donne un produit fin et de luxe (produit à Suriname, on l'appelle dans le commerce café de Suriname); puis, le caféier de Libéria, plus (j^rand et plus fort que le précédent, qui donne un café de marque médiocre. A Suriname, il est préféré, car il résiste beaucoup mieux, croit plus vite, demande moins de soins et donne un rendement bien supérieur.

La culture du cacao nécessite une pépinière pour les semis. La propriété a clé divisée en longes rectangles, irré- (juliers à leur base, par une série de canaux d'assèchement. Ces canaux déversent les eaux dans des canaux plus Ijrands destinés^ à marée basse, à renvoyer à la rivière le trop plein des eaux d'assèchement ; enfin, un réservoir garde leseaux en cas de sécheresse. Grâce à ces travaux hydrauliques où excellent les Hollandais, se trouve résolu le problème de donner au cacao ce qu'il réclame : une humidité permanente sans cependant que le sous-sol soit imprégné d'eau. Chaque rectangle comprend trois ou quatre rangées d'arbustes plantés de 4 mètres en A mètres environ. Enfin, tous les 20 ou 25 mètres se trouvent des arbres plantés en alignement central et destinés à donner aux cacaoyers, qu'il importe de préserver du soleil, de la fraîcheur et de l'ombrage. Les mêmes arbres abritent aussi les caféiers. Les arbres-abris employés pour les cacaoyers et les caféiers sont de l'espèce appelée scientifiquement Erythrina ombrosa, que les Espagnols appellent du nom symbolique de Madré de cacao et qu'à Trinidad on nomme bois îmmorteL Pour les jeunes caféiers, on omet souvent de s'en servir, et on les remplace par des bananiers, dont l'ombre suffit. Les cacaoyers produisent toute l'année, mais, il y a deux saisons plus productives que toute autre époque, l'une en mai, l'autre en novembre. 11 y a plusieurs variétés de cacaoyers. Suivant qu'il s'agit de l'une ou de l'autre, la

(pousse ou cabosse est jaune ou rouge, ou devient Tun ou l'autre en mûrissant : lorsqu'elle est mûre on l'abat et on la recueille. On reconnaît qu'elle est venue a maturité, lorsque les sillons qu'elle porle sont profondément mar- ■ qués et bien jaunes. Suivant les variétés, on mesure de

r 18 à 20 centimètres de longuei:r pour une cabosse. Entre

]i l'axe et la surface de la cabosse sont les (j^ros (j^rains dont

é- on extrait le cacao. Le problème est donc de choisir entre

le les variétés de cacaoyers celle dont la cabosse sera la plus

lon^jueet présentera par sa forme le moins d'espace perdu. i' On trouve ici quatre variétés : a) Calabaclllo, rare, parce

que trop petit; b) Cariollo, de forme désavantageuse; le- c) Amclaciono; d) Forestaro, le plus répandu. Les arbres

u' déjà anciens sont atteints d'une maladie parasitaire qui

le fait développer sur les branches des bourgeons très gros et

(le ressemblant à des asperges. H y a aussi une larve qui

attaque les arbres en creusant des sillons dans l'écorce et l'aubier. Bourgeons et larves sont enlevés régulièrement. [itt On compte habituellement 20 à 25 gousses ou cabosses

pour donner une livre de cacao. Les gousses jaunes sont mûres lorsqu'elles jaunissent franchement et prennent la

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en

(JQ, teinte spéciale d'un melon arrivé à maturité. Les gousses

sont ouvertes sur place et les amandes apportées à l'usine. Les caféiers de Libéria et d'Arabie sont obtenus dans le une pépinière, puis plantés dans des conditions analo(]fties

aux cacaoyers. L'arbuste arrivé à trois mètres environ est taillé au sommet pour éviter une trop grande croissance et faciliter ainsi la récolte.

(je L'arbre produit à cinq ans environ. La terre est tra-

(gi vailléeà l'entoiir au moins une fois par an et nettoyée des

If herbes et pousses gênantes. La manipulation industrielle

lit, du cacao et du café diffère : le cacao produisant toute

,j,i l'année, l'usine est toujours en activité. Les amandes sont

gQ apportées et mises dans des fermentcurs ou boxes en bois,

Je où elles séjournent trois à quatre jours. Elles sont ensuite

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séchccs au soleil sur d'immenses wagons sécheurs posés sur rails et pouvant trouver abri dans un grand liangar; suivant Tctat de Tatmosplière, la pluie, le vent, etc., on les y rentre ou on les en fait sortir. Si les pluies continues s^opposent au sécliaçe au soleil, les amandes sont passées dans des appareils de séclia{[e à la vapeur. Un courant d*air est étnMi par une machinerie où une sorte de tarare permet d*ex puiser les parties légères qui enveloppent les Fèves. Les fèves sèches sont réunies en une couche de m. 10 sur le parquet supérieur de l'usine et peuvent être expédiées en sacs sur Jes centres de débouchés, notamment aux Etats-Unis. Pour le café, le fruit vert est passé à Tappareil décortiqueur, puis lavé. H est ensuite placé dans des récipients où il fermente deux ou trois jours, puis il passe 'dans une série d'appareils destinés à le sécher, à compléter sa décorti cation, à le trier par grosseurs différentes de grains et enfin à le rendre prêt à la consommation. Le café gagnant en qualité en vieillissant, une certaine réserve est faite à titre d'expérience pour être vendue au bout de quelques années. Le personnel de l'usine comprend un directeur et un gérant, qui ont chacun une maison spéciale. Les surveillants européens, au nombre de sept ou huit, ont une chambre chacun, une salle d'étude commune et une salle à manger. Us se rendent à leur travail soit à pied, soit sur les berges des canaux, soit en pirogues, cela des le matin; ils déjeunent sur les lieux et ne reviennent qu'au soir.

Telle est l'économie des plantations de cacao et de café. Le cacao est en pleine prospérité, se vend très bien, et c'est bien la culture d'avenir. Il trouve tout son écoulement aux Etats-Unis : les grandes maisons d'Europe comme V;in llouten font venir leurs cacaos fins de la République de l'Equateur. Pour le café, il y a lieu de craindre la surproduction ; il est vrai que la clientèle américaine du café inférieur de Libéria est très extensible. Quoi qu'il en soit,

on voit, chaque année, de nouvelles plantations de sucre se transformer en cultures de cacao et de café de Libéria.

On tente aussi en ce moment la culture en grand du tabac et on fonde sur cette entreprise de (»randes espérances à Suriname. On en a planté de grandes étendues à Worsteling Jacobs, dans le Haut-Su riname, très loin dans rintérieur; le directeur en est M. Kléber, un spécialiste venu des Indes. Mais la culture du tabac demande une profonde connaissance des saisons, et tout dépend du moment choisi pour la plantation. Aussi le. premier essai a-t-il été un échec. Le second a donné d'excellents résultats, dit-on. L'avenir montrera ce qu'il en faut penser.

Canne à sucre, cacao, café, tabac, ce sont là les grandes cultures.

Voyons les petites cultures et en particulier le riz. La production de la colonie en riz est insignifiante : 150 sacs de 100 kilos par an, soit 15 tonnes, qui, à 400 francs la tonne, donnent une valeur de' 6,000 francs. 11 n'a pas été fait d'essais en grands, mais feulement des cultures de noirs, coolies.ou Chinois, ou des expériences en petit des .planteurs. Cependant, les diverses qualités reçues de la colonie ont été excellentes : elles ont donné un riz exquis et fin, qu'on a envoyé en Europe. Le riz produit est jaunâtre, gras, et non blanc, atone et poussiéreux, comme tant de riz du commerce. Mais tout cela est encore insignifiant. Il semble que le riz réussirait particulièrement dans le Gotlica et leHaut-Commenyne. Mais, faite en grand, cette culture nécessite beaucoup decapitaux. D'un autre côté, la colonie importe énormément de riz dont il est fait grande consommation par les coolies et les chinois : ce riz venu d'Amsterdam est rendu à Suriname tous droits payés dans des conditions de bon marché qu'on ne pourrait jamais atteindre à Suriname. Aussi ne s'agirait-il que de produire du riz fin et cher pour l'exportation et non un produit de consommation sur place.

Quant à la vanille, la question est la môme que pour le riz : pas d'essais en grand, seulement des petites cultures ou des expériences.

Il y a partout de petites cultures de bananes et elles fi(j[urent comme produits secondaires dans toutes les (grandes exploitations. Autrefois, nourriture exclusive des noirs, elles figuraient parmi les grandes cultures : ainsi le domaine de Jagtiust ne produisait autrefois que des bananes et donnait un fort gros revenu. Mais les coolies préférant le riz, cette culture est devenue accessoire.

Le maïs vient très bien et est très apprécié des noirs : c'est Tune des petites cultures les plus importantes. Citons aussi le manioc sur lequel nous n'insistons pas, VarroW' rooty dont la fécule sert en pbarmacie comme fortifiant et qui fait l'objet d'un grand commerce aux Antilles anglaises (à Antigua); enfin les cultures maraîchères (aubergines, patates, etc.), surtout faites par les boers hollandais.

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